Nous avons interrogé Benoît Dumoulin, directeur d’ICHTUS concernant le nouveau parcours de conférences 2026-2027, consacré à l’Eglise face aux défis politiques :
Pourquoi l’association Ichtus a-t-elle choisi de traiter le thème de l’Église face aux défis politiques pour sa session 2026-2027 des Mardis d’Ichtus ?
La question religieuse ne peut plus être évacuée d’un revers de main parce que Dieu – ou au minimum le fait religieux – est de retour dans l’histoire. D’une certaine manière, il ne l’avait jamais vraiment quittée mais beaucoup ont cru en France que le fait religieux était définitivement séparé du fait politique. Or nous voyons bien que, parmi les défis politiques les plus décisifs du moment, la question religieuse se pose à nouveau.
Pourquoi cette question religieuse se pose-t-elle à nouveau ?
D’une part en raison de la crise d’identité et de cohésion de notre nation, oublieuse de ses racines chrétiennes : la laïcité et les valeurs de la République ne suffisent pas, loin s’en faut, à offrir un ciment commun aux citoyens. D’autre part en raison de la progression de l’islam sur notre sol : celui-ci est en train de fournir une identité essentielle à de nombreux Français et il est clair que l’islam produit un fait religieux profondément politique et social. Enfin, il suffit de faire le diagnostic des maux qui touchent notre pays pour constater que la doctrine sociale de l’Église propose des principes dont la négation est un facteur important de notre état de dissociété et qui constituent pourtant un remède à ces maux. L’Église s’est toujours intéressée aux questions politiques et sociales et il nous semble important, dans le contexte que je viens de décrire, de comprendre comment l’Église, tout en s’inscrivant dans le temps long, sait proposer des réponses aux défis politiques de chaque temps de l’histoire. Il s’agit donc de revisiter cette inscription historique – de Léon XIII à Léon XIV – de l’Église face aux défis politiques et d’en tirer des leçons pour aujourd’hui.
Concrètement, comment se présente cette formation ?
Nous proposons neuf conférences chaque premier mardi du mois, en respectant la chronologie des papes successifs, de Léon XIII à Léon XIV, avec des intervenants particulièrement compétents sur chacun des pontificats, notamment Christophe Geffroy, Yves Chiron, Xavier Boniface, Frédéric Le Moal, Bernard Lecomte, Christophe Dickès, Jean-Marie Guénois et Jean-Baptiste Noé. Nous proposons une inscription sur l’année à l’ensemble du cycle de conférences, qui peut être suivi sur place chez Ichtus au 49 rue des Renaudes à Paris ou à distance par vidéo (en direct et en différé), individuellement ou en groupe. Par ailleurs, nous mettons à la disposition des inscrits une documentation spécifique pour chaque conférence et un abonnement d’un an à la revue trimestrielle Permanences.
Vous êtes l’auteur d’un livre paru en mars 2026 aux éditions Boleine et intitulé Quelle laïcité pour demain ?, préfacé par Matthieu Bock-Côté. Pourquoi est-il important de revisiter ce thème de la laïcité aujourd’hui ?
On a voulu faire de la laïcité une forme de religion civile destinée à remplacer en quelque sorte l’espace jadis occupé par le christianisme comment facteur de structuration de la vie sociale. Or la laïcité reste, en son essence, un principe fondamentalement négatif qui entend retrancher le religieux de l’espace commun pour supposément rendre ce dernier accessible à tous. Fruit de compromis fragiles, la laïcité doit toutefois demeurer une praxis fondée sur un jugement prudentiel qui vise le bien commun : elle est un moyen et non une fin. Si elle peut constituer, dans certains cas, une zone tampon au service de la paix civile, elle n’est plus un facteur de cohésion quand elle se mue en idéologie pour devenir à elle-même sa propre justification en même temps que sa propre fin. Dans ce livre, je remonte aux origines de la laïcité, fondée sur la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, et en quelque fille de la scholastique médiévale, et je souligne la rupture des temps modernes, lesquels sont marqués par l’illusion du Salut par l’État. Bien sûr, j’aborde aussi les lois de 1901 et 1905, j’explique la différence entre laïciser l’État et la société et je propose un regard chrétien sur la laïcité.
