Dom Geoffroy Kemlin, Abbé de Saint-Pierre de Solesme, vient de publier la lettre qu’il a adressée au Pape Léon XIV pour lui faire une proposition de liturgique : insérer le Vetus Ordo dans le nouvel ordo. Le prêtre pourrait choisir d’intégrer des éléments de l’ancien missel qui ne figurent plus dans celui de Paul VI : prières au bas de l’autel, offertoire. Et de l’autre, célébrer la messe selon l’ancien rite mais dans la langue du pays et plus seulement en latin, utiliser les nouvelles prières eucharistiques et les nouvelles préfaces, et utiliser le lectionnaire actuel.
Alors qu’il y a déjà un nombre incroyable de variantes dans le nouveau missel, cette proposition vient ajouter de nouvelles options, ce qui nous éloigne de l’unité liturgique revendiquée. Mais aussi, pourquoi s’échiner à ne vouloir voir qu’une seule tête (alors même, soulignons-le, qu’il n’y a pas deux messes de Paul VI célébrées pareillement), alors que la diversité liturgique est une richesse, souvent vantée par ailleurs ? Faut-il que les partisans de la nouvelle messe soient si peu satisfaits du missel qu’ils utilisent pour demander, ici une réforme de la réforme, là un mixage des deux rites, quand ce n’est pas carrément l’interdiction de l’ancien ?
Pour Yves Daoudal, cette proposition irréaliste est une mauvaise action. Si elle devait être mise en œuvre par le pape elle ne mettrait pas fin à la « querelle liturgique », elle l’exacerberait. Les nouvelles prières eucharistiques, la réforme du sanctoral, le nouveau cycle des lectures ont tout autant été contestées que la suppression de l’offertoire (voir ici à partir de la page 12). Multiplier les lectures dans la liturgie, c’est confondre la liturgie et la lectio divina. Et que penser aussi de la réforme du bréviaire, de l’abandon du temps de la Septuagésime, des Quatre-temps, de l’octave de la Pentecôte, … Par ailleurs, dans les oraisons du nouveau missel, on observe un net affaiblissement de certains thèmes : ceux relatifs au sacrifice, au péché, aux fins dernières… Quant aux péricopes, nombreux sont ceux qui ont critiqué l’absence de certains passages.
Dom Guéranger, restaurateur de l’ordre bénédictin en France après la Révolution qualifiait d’hérésie antiliturgique un certain nombre de mesures comme la volonté de célébrer face au peuple, en langue vernaculaire, et en changeant les textes de la sainte messe… On ne peut pas vraiment considérer qu’il serait le père de la réforme liturgique comme semble le penser Dom Kemlin.

