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Culture de mort : Avortement

« IVG » : « Mes amis, au secours… »

« IVG » : « Mes amis, au secours… »

De Rémi Fontaine pour Le Salon beige :

Au moment où passe sur les écrans le film de Frédéric Tellier sur l’Abbé Pierre, joué remarquablement par Benjamin Lavernhe, comment ne pas évoquer son fameux appel historique du 1er février 1954 :

«  Mes amis, au secours… une femme vient de mourir gelée cette nuit… serrant sur elle le papier par lequel on l’avait expulsée… Devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre les hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure… »

Cet appel salutaire renvoie à un autre lancé beaucoup plus discrètement par Mgr Vingt-Trois dans une lettre pastorale du 21 mai 2004 :

« Notre époque est fertile en procureurs zélés pour dénoncer les silences coupables du passé. Oserais-je vous dire que je m’interroge souvent devant Dieu sur les silences dont on pourra nous accuser dans quelques décennies ou siècles… ? Quand je dis “nous”, je ne pense pas seulement aux intellectuels éclairés dont les opinions ont si souvent suivi le “politiquement correct” ou le “médiatiquement correct”. Je pense à nous chrétiens et, premièrement, à nous évêques qui avons reçu mission de guider le peuple chrétien. »

L’archevêque de Tours ne pointait plus là les silences honteux vis-à-vis des sans-abris, qui, même s’ils sont toujours trop nombreux, voire de plus en plus nombreux en France, ne manquent plus de porte-paroles et d’associations humanitaires et charitables pour les secourir un minimum aux côtés d’immigrés de plus en plus nombreux également. Il ne visait pas non plus forcément l’omerta scandaleuse sur les abus qui a explosée depuis, notamment dans l’Eglise. Non, il s’agissait explicitement des silences coupables à propos d’enfants qui ne meurent pas dans la rue ou dans la mer mais dans le ventre même de leur mère, abusés in utero par volonté d’une loi abominable et d’hommes politiques plus indifférents encore à ce cri(me) silencieux et étouffé, qu’à celui des misères de la guerre, de la rue ou de la soi-disant libération sexuelle… Massacre d’innocents dont le nombre a encore augmenté l’an dernier.

Si bien que, près de vingt ans après cette interrogation du futur cardinal de Paris, au moment même où Emmanuel Macron veut en plus inscrire le droit ou la liberté d’avorter dans la constitution, on pourrait reprendre, en le paraphrasant à peine, l’appel de l’abbé Pierre à l’adresse de tous et plus particulièrement des parlementaires :

Mes amis au secours… plusieurs centaines de bébés viennent encore de mourir aujourd’hui dans les avortoirs français où on les a expulsés du ventre de leur mère, serrant encore leurs doigts minuscules. Devant leurs petits frères mourant d’indifférence, une seule opinion doit exister entre les hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous en prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de malheur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France, merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux sans-abris-maternels, aux petits enfants qu’on s’apprête à avorter ou à stocker dans l’azote liquide. Ouvrir la porte de son cœur, en demandant la fermeture des avortoirs et l’interdiction des manipulations « bioéthiques ». En donnant aux mères en détresse les moyens d’accueillir la vie nouvelle qu’elles portent en elles. En affichant à leur intention et celle de tous les enfants à naître sur le fronton de nos cliniques et de nos hôpitaux : « Ici, on aime ! »

Comme on voudrait qu’un tel appel – celui lancé en substance par le docteur Xavier Dor pendant des années – connaisse le même retentissement médiatico-politique que celui de l’abbé Pierre en son temps, constituant le même détonateur de l’insurrection du respect de la vie ! Valant du reste aussi bien à propos de la loi sur l’euthanasie que s’apprête également à faire passer notre très transgressif Président au mépris des soins palliatifs. Et comme on souhaiterait, pour aider à ce faire, que cet appel soit lui-même repris ou relancé sans cesse par nos évêques et nos pasteurs !

Car comment prétendre bien s’entraider, vivre en paix, loger les plus démunis, quand on exclut, prive, expulse de leur propre logement naturel les plus petits, les plus faibles et les plus pauvres des hommes en les éliminant ainsi sans pitié ? C’est la grande intuition de Mère Teresa : « Si une mère peut tuer son propre enfant dans son propre sein, qu’est-ce qui nous empêche, à vous et à moi, de nous entretuer les uns les autres ? » Le crime commis contre l’innocent enfant à naître (mais aussi contre le vieillard ou le malade démuni) est « le plus grand destructeur de la paix » et de notre civilisation chrétienne. Et la sainte de Calcutta de nous proposer au contraire le remède : « nous aimer les uns les autres jusqu’à en avoir mal ». Le remède d’aimer c’est d’aimer davantage, comme disait aussi Marie Noël. Pour que les futures mères, les malades ou les vieillards en détresse et les pauvres – « vous en aurez toujours avec vous… » (Jn 12, 8) – ne soient plus miséreux…

Il nous faut, plus que jamais, nous faire les voix des sans-voix, appelant les évêques et les prêtres à être eux-mêmes des haut-parleurs selon leur mission d’éveilleurs d’âmes. Dans le désert moral qui a recouvert notre pays, il nous faut des voix prophétiques. Pour toucher enfin la population et les politiques, comme a su le faire l’abbé Pierre. Et ne pas mériter tous ensemble le reproche évoqué par Mgr Vingt-Trois.

« Mes amis, au secours… »

Rémi Fontaine

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6 commentaires

  1. Ce qui est infiniment triste, c’est que l’avortement est devenu un acte banal chez certaines jeunes filles.
    Dans la rue, en attendant le bus sous un abri bus, j’ai entendu des toutes jeunes filles, scolaires, parler ainsi publiquement de leurs avortements, gaiement, comme si elle revenait de chez le dentiste.
    C’est infiniment triste.
    Madame Simone Veil a voulu la notoriété et ce ne sont pas ses quelques petites larmes qui effacent ce qui reste sa mauvaise action.

  2. Oui et c’est bien là le problème, les jeunes sont gavés à l’école de cette hydre , exactement, c’est comme si elles revenaient de chez le dentiste. Bravo Mme Veil, vous êtes sortie de l’enfer d’Auchwist mais combien de femmes avez-vous condamnées à un autre enfer avec une loi scélérate. Quant aux évêques désolé ils devraient crier tous les jours sur tous les plateaux la scélératesse de ce gouvernement de fantoches. Mais comment le peuvent-ils eux qui ne savent que faire des églises vides mais qui ne veulent même pas les prêter à la Fraternité St Pie X, qui sont leurs frères. Où est leur charité? Tant que l’idéologie règnera et en plus s’ils luttaient pour cette noble cause contre l’IVG beaucoup se méjugeraient car combien ont appelé à voter Macron? 1 seul et c’était un de trop, malheureusement le 1 n’était pas seul

  3. Ne soyons pas injuste envers Simone Veil en l’accusant d’avoir ouvert la boîte de Pandore avec sa loi sur l’IVG (1974). Cette loi était en faveur des femmes en détresse, pour leur éviter les IVG clandestines à hauts risques. Est-elle responsable du totalitarisme pro-avortement d’aujourd’hui (France, etc.) ? …Pas si sûr !
    Simone VEIL ne considérait pas l’IVG comme un droit. Elle déclarait dans son discours de présentation à l’Assemblée nationale française (26/11/1974) : « L’avortement est un drame, il sera toujours un drame » ; il faut « l’éviter à tout prix. » Simone Veil elle-même redoutait et pressentait cette dérive : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? » (source, voir aussi)
    Simone VEIL, coupable ou non ? Que dirait-elle aujourd’hui face au totalitarisme pro-IVG ?
    Notre philosophe et député européen François-Xavier BELLAMY tient la même position.

    • Bof : le discours de Veil était destiné à rassurer les imbeciles. Elle a ouvert la boîte de Pandore sachant que l’effet cliquet allait empêcher tout retour en arrière. Par la suite elle n’a jamais déclaré que sa loi avait été outrepassée par les ouvertures qui ont rapidement suivi.

      • Pouvez-vous faire honnêtement ce procès d’intention sur les propos de S. Veil ? Vous dites donc ça aussi à François-Xavier BELLAMY ?
        Attention à l’ANACHRONISME (1974 !), qui est un ‘péché’ en histoire (Jn Sévillia).
        En tout cas, je reste un de vos fidèles lecteurs.

        • Quel rapport avec Bellamy ?
          Veil n’a jamais rien renié de ses convictions pro-avortement et n’a jamais élevé la voix lors des multiples extensions de l’avortement. Ce n’est pas de l’anachronisme. Elle a même avoué que ses réserves étaient destinées à convaincre les indécis.

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