Les éditions Fayard publient le Journal d’un jeune en vrac, un récit signé Martin Jubert. À 18 ans, le bac en poche, Martin a tout pour réussir. Ou presque. Il lui manque l’essentiel : un sens à la vie. Aussi, derrière cette trajectoire idéale, les addictions prennent le dessus. Une nuit, après une énième soirée qui tourne mal, il touche le fond. Au petit matin, une décision radicale : prendre son sac, son bourdon et partir à pied de Notre-Dame de Paris jusqu’à Jérusalem. Sur près de 4 000 kilomètres, Martin va affronter ses addictions, ses illusions et les injonctions de sa génération; réseaux sociaux, plaisirs immédiats, vies toutes faites, pour tenter de se reconstruire.
Au gré des rencontres, Martin affronte ses démons et les illusions de sa génération afin de trouver un sens à sa vie.
Je croyais manquer d’eau. Je découvrais que je manquais de bien d’autres choses. Suis-je né pour vivre de désert ? Suis-je fait pour être comblé de tout ? Toute notre vie consiste à remplir : remplir les silences, remplir les blessures, remplir les absences, remplir les soirées, remplir nos verres.
Le désert, lui, refuse obstinément de se laisser combler. Au contraire, il oblige à regarder le vide. Ce vide me faisait peur. Il ne me restait plus que moi-même et c’était déjà beaucoup trop. Je ne voulais plus penser. Je ne voulais plus réfléchir. Je voulais seulement avancer jusqu’au prochain village, emmagasiner un peu d’eau, boire un çay brûlant, échanger avec des inconnus avant de reprendre la route.
Mais une autre soif remontait. Une soif infiniment plus ancienne que celle de l’Anatolie. Elle n’avait rien à voir avec la chaleur. Elle me poursuivait depuis bien plus longtemps. Je l’avais simplement laissée derrière moi quelques semaines. Ou plutôt, j’avais cru l’avoir laissée derrière. C’était une illusion. […]
Je marchais la bouche sèche, le crâne battant, les jambes molles, et je comprenais que le désert ne faisait que révéler ce qui me brûlait depuis des années. La soif n’était pas seulement dans ma gorge. Elle était devenue presque toute ma vie. Elle était dans cette impossibilité à rester seul avec moi-même. Dans cette panique devant le silence, dans cette manie de remplir chaque vide, dans cette envie de tout éteindre dès que le réel devenait trop.
Je pensais être parti pour Jérusalem. C’était un voyage au bout de ma nuit.
