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Pays : Russie

Kaliningrad, l’exclave de tous les dangers

Kaliningrad, l’exclave de tous les dangers

D’Antoine de Lacoste dans la Nouvelle Revue d’Histoire :

Le 17 juillet 2025, le général américain Chris Donahue a remis l’exclave de Kaliningrad au goût du jour. Au cours d’une conférence sur la stratégie terrestre européenne qui se tenait à Wiesbaden, en Allemagne, il a déclaré : « Avec les moyens avancés de l’OTAN, nous pouvons détruire cette région depuis le sol, plus vite que jamais. » Les Russes ont évidemment réagi et rappelé que Kaliningrad, c’est la Russie et que toute attaque contre cette région serait considérée comme une agression directe contre la Russie elle-même.

Cette menace américaine n’est pas brandie par n’importe qui : Chris Donahue commande les forces américaines en Europe et il est également commandant des forces terrestres de l’OTAN. L’avertissement est donc à prendre au sérieux, et a d’ailleurs été plusieurs fois renouvelé depuis, par différentes voix otanesques.

Cette tension autour de l’exclave de Kaliningrad, n’est pas nouvelle. Elle est en réalité inhérente à son existence même.

Kaliningrad est l’ancien Königsberg, un territoire de la Prusse-Orientale du nord. C’est à la Conférence de Postdam (17 juillet-2 août 1945) que les alliés ont réglé le partage de la Prusse-Orientale : le nord fut attribué à l’URSS et le sud à la Pologne. Staline tenait beaucoup à Königsberg, seul port situé sur la Mer Baltique libre de glace toute l’année. Sa prise par l’Armée rouge avait d’ailleurs donné lieu à de furieux combats qui avaient duré plus de trois mois.

Königsberg était une vieille ville allemande fondée par les chevaliers teutoniques en 1255 au moment des croisades contre les Prussiens et les Baltes païens. Son nom signifie « Montagne du Roi » en Allemand afin de rendre hommage à Ottokar II de Bohême qui avait combattu aux côtés des Teutoniques.

Elle fut très belle, abritait des universités de haut niveau et Kant en fut un des habitants emblématiques. Il ne reste plus grand-chose de son patrimoine historique en raison des bombardements de la seconde guerre mondiale. Ce ne sont d’ailleurs pas les Soviétiques qui en furent les responsables mais les Anglais qui détruisirent à peu près tous les quartiers médiévaux au cours d’un bombardement aveugle et inutile en août 1944. Une bonne vieille marque de fabrique anglo-saxonne.

Quand les Soviétiques s’installèrent, ils chassèrent brutalement les 300 000 Allemands qui s’y trouvaient depuis des siècles. Staline en fit une grande base militaire et la baptisa (si l’on ose dire) Kaliningrad, en hommage à Mikhaïl Kalinine, chef du Soviet suprême qui venait de décéder. Dès lors, l’exclave fut un endroit secret, interdit aux étrangers. Le port était stratégique et c’est là que l’URSS puis la Russie concentrèrent la partie la plus moderne de leur flotte.

Lors de la chute du communisme en 1991, Kaliningrad fit comme le reste de la Russie : elle s’effondra. Pauvreté, corruption, chômage, rien ne manqua. Même la flotte n’était plus entretenue. Boris Eltsine décida d’en faire une zone franche afin d’attirer des investissements étrangers. Les Allemands, on s’en doute, furent intéressés. On vit même d’anciens habitants expulsés, ou leurs enfants, revenir voir leurs maisons familiales ou leurs châteaux en ruine pour les descendants de hobereaux prussiens.

L’Allemagne tenta alors d’aller plus loin et favorisa, dans l’anarchie de l’époque, l’installation des fameux Allemands de la Volga que Catherine II avait fait venir et que Staline déporta en Asie centrale, notamment au Kazakhstan. Après l’indépendance des pays d’Asie centrale, ils y furent maltraités et durent partir. Pourquoi pas à Kaliningrad afin de préparer une future autonomie favorisée par une présence allemande importante ?

L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine mit fin à cette tentative de recolonisation. Depuis, l’exclave de 15 000 km2 et un million d’habitants dont 80% de Russes est redevenue stratégique. Coincée entre la Lituanie, dont la frontière est l’emblématique fleuve Niemen (non loin de Tilsit, Eylau et Friedland), et la Pologne au sud, Kaliningrad est régulièrement menacée. La Russie ne la lâchera jamais : il y a la flotte, 30 000 soldats et des ogives nucléaires.

Le général Donahue le sait bien mais menacer la Russie tout en l’accusant d’être une menace est une stratégie de communication qui fonctionne très bien en Europe.

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