Le professeur Roberto de Mattei a publié une biographie du cardinal Merry del Val (1865-1930). Il retrace notamment son combat auprès de Pie X contre la séparation de l’Église et de l’État en France. Interrogé dans France catholique, le Pr de Mattei déclare :
Le pape Pie X a publié trois encycliques contre la politique anticléricale de la République française à cette époque. Pourquoi ?
Le premier test pour Pie X et son secrétaire d’État fut la situation religieuse et politique en France, où l’échec de la politique du Ralliement de Léon XIII [le Pape avait demandé aux catholiques de jouer le jeu de la République nouvellement installée en France, NDLR] avait provoqué des conséquences dévastatrices. Les événements dramatiques en France, culminant avec l’abolition du Concordat et la loi de séparation entre l’État et les Églises en 1905, mirent en évidence la distance entre les positions de Pie X et celles de son secrétaire d’État [qui refusèrent fermement l’application de la loi de 1905, notamment les associations cultuelles qui mettaient l’Église sous dépendance de l’État, NDLR], par rapport à celles de Léon XIII et de son cardinal secrétaire d’État Rampolla del Tindaro.
Dans ce contexte tendu, pourquoi Pie X et Merry del Val ont-ils souhaité placer le débat sur le plan des principes religieux, et non pas politiques ou diplomatiques ?
Constatant l’impossibilité d’un accord honorable et décent pour l’Église, Pie X et son secrétaire d’État ont préféré sortir du terrain diplomatique et politique et déplacer toute la question sur le plan religieux. La politique « religieuse » et sans concession de Pie X et du cardinal Merry del Val s’est révélée, à mon avis, clairvoyante. La loi de séparation n’a jamais été appliquée avec rigueur, et l’appel du Pape a contribué à une grande renaissance du catholicisme en France à la veille de la Première Guerre mondiale.
