Lu dans L’Homme nouveau :
Henri Charlier est décédé le 24 décembre 1975. C’est à la suite du cinquantenaire de sa mort que l’abbaye de La Lucerne organise l’exposition d’une partie de ses œuvres, dans l’ancien carmel de Saint-Pair-sur-Mer, à neuf kilomètres de l’abbaye.
Pour les abbés Henri Vallançon et Guillaume Antoine, prêtres diocésains, en charge du centre spirituel de l’abbaye de La Lucerne, cette initiative fait partie de leur apostolat :
« Nous avons tous deux la conviction que le beau est une des plus puissantes apologétiques qui existent, explique l’abbé Vallançon. Pour nous, le beau est une voie d’accès à Dieu. »
C’est la raison pour laquelle ces deux prêtres présentent des expositions d’art sacré chaque année. « Dans ce monde en quête de Dieu, nos artistes peuvent témoigner de la Vérité, à travers leur art. » Cette année, l’événement prend une ampleur plus importante. « Tout d’abord, Henri Charlier est un des plus grands représentants de cette génération d’artistes », affirme l’abbé Vallançon. Pour l’illustrer, un documentaire, réalisé par Louis-Marie Simon, présentera la vie de l’artiste, avec de nombreux documents d’archives. Il sera visionné tout au long de l’exposition. « Ensuite, cette exposition révélera au grand public des œuvres qui étaient restées dans le cadre familial. » En effet, Henri Charlier était peintre avant d’être sculpteur. C’est dans cette discipline qu’il a commencé ses recherches sur l’art. La sculpture n’est venue qu’en 1916. La suite de la vie de l’artiste n’a pu être consacrée qu’au travail de la pierre. Henri Charlier ne pouvait plus peindre. Et il a peu exposé. De nombreuses œuvres sont donc restées chez lui, puis ont été transmises à sa famille. Cette année, à l’occasion de l’exposition, les Charlier ont prêté certains tableaux et dessins, qui seront donc visibles pour la première fois. Henri Charlier avait soif de transmettre sa réflexion sur l’art. Il écrivait :
« J’ai voulu faire une réforme des arts pour compléter celle qu’avaient commencée Gauguin, Rodin et Van Gogh […]. Si la pauvreté ne m’en avait empêché, si j’avais eu du temps libre pour faire les essais de peinture qu’il eût fallu pouvoir faire, j’aurais porté la réforme dans la peinture aussi. Je l’ai faite sans doute aussi, mais je n’en ai jamais montré les preuves au public. »
Cinquante ans après la mort de l’artiste, ces « preuves » seront enfin exposées, pour manifester l’art d’un peintre et sculpteur oublié.
