D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
J’ai la chance d’exercer mon service liturgique dans l’église de Santa Maria in Cappella, une église où la musique reçoit la place qui lui revient, même dans le contexte de la messe Novus Ordo (je ne veux pas entrer ici dans la polémique entre Novus et Vetus Ordo, même si j’apprécie et admire profondément ce dernier). Chaque dimanche, il est magnifique de pouvoir chanter mes propres compositions ainsi que la musique sacrée transmise par la tradition. Une place d’honneur, comme le demandent d’ailleurs les documents liturgiques si souvent cités mais si rarement appliqués, revient au chant grégorien.
Cette année, nous chantons le fameux Credo III, le plus connu parmi les différentes mélodies grégoriennes prévues pour le Credo. Les livres officiels de chant grégorien indiquent que ce Credo serait né au XVIIe siècle, c’est-à-dire à une époque non seulement très tardive, mais déjà pleinement marquée par la musique tonale plutôt que modale. D’autres situent l’origine de ce chant un siècle plus tôt. Quoi qu’il en soit, grâce à sa mélodie particulièrement accessible, cette version du Credo s’est largement diffusée et demeure aujourd’hui presque la seule encore entendue, lors des rares occasions où le Credo est chanté.
Et pourtant, il s’agit d’un chant qui ne devrait jamais être négligé, si l’on pense que le Credo est né au IVe siècle précisément pour affirmer la vérité de la foi chrétienne à une époque où de nombreuses hérésies se répandaient. Quand on observe notre époque, on comprend que la situation n’est finalement pas si différente.
Certains me diront : « Mais le Credo est récité tous les dimanches. » Malheureusement, cette remarque est souvent faite par ceux qui ne comprennent pas la différence entre réciter simplement et chanter. Le chant ajoute énormément à l’expérience que nous faisons des textes liturgiques ; il permet à ceux-ci de pénétrer l’âme avec davantage de force et de profondeur.
Malheureusement, l’incapacité à comprendre cela a conduit aux choix désastreux que nous rencontrons encore dans trop de nos églises. On ne comprend pas que toute musique n’est pas adaptée à l’usage liturgique et que certains types de musique peuvent même être nuisibles. Telle a été la tragédie de la musique liturgique au cours des dernières décennies : on est passé d’une musique de type commercial à une musique sentimentaliste, une musique qui ne fait qu’affaiblir la vertu chrétienne au lieu de la fortifier et de l’élever. Et malheureusement, aucune issue ne semble se dessiner ; nous paraissons condamnés à mourir de mièvrerie et de sentimentalité.
Mon expérience du chant du Credo chaque dimanche est véritablement puissante. Il est magnifique de s’unir dans le chant à travers une langue super partes et véritablement inclusive, car même ceux qui ne sont pas italiens peuvent se joindre à nous pour professer l’unique foi. Il est beau que cette union puisse exister non seulement dans l’espace géographique, mais aussi dans le temps, en communion avec tous ceux qui, au fil des siècles, ont professé leur foi à travers ces mélodies.
Je ne crois pas valable l’argument de ceux qui considèrent la langue latine comme un obstacle, car de toute façon tout le monde connaît le texte du Credo. D’ailleurs, le latin ne devrait pas être vu comme un obstacle, mais plutôt comme une opportunité de communiquer les grandes et belles vérités de notre foi.
Tout le monde peut percevoir l’immense différence qu’apporte un chant bien exécuté dans la liturgie — une différence volontairement sous-estimée et qui nous a conduits à la triste situation actuelle.
