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France : Société

L’éditeur Claude Durand est mort. RIP

Patron de Fayard durant trente ans, Claude Durand vient de s'éteindre à l'âge de 77 ans. Il avait quitté la maison d'édition en 2009.

Né en 1938 à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), il a vécu dans le «9-3» toute sa jeunesse. Il a exercé le métier d'instituteur, dès 17 ans, à Livry-Gargan :

«Je faisais écrire à chacun de mes élèves un roman durant l'année! Et j'y arrivais! C'était pour leur donner une sorte de continuité, de goût dans l'effort, et pour leur montrer qu'on pouvait créer en improvisant…»

Il dirigea Grasset de 1978 à 1980, année où il rejoint Fayard. Il fit découvrir à la France Gabriel Garcia Màrquez, puis L'Archipel du Goulag de Soljenitsyne dont il devient l'agent mondial. Il récidive avec un autre dissident, l'écrivain albanais Ismaël Kadaré.

En 2010, il révélait que les prix littéraires sont truqués :

"Il n'est pas rare que les prix couronnent de bons livres. La question posée concerne l'honnêteté du système, non celle des gens. D'abord, les jurés se cooptent. C'est la «reproduction» selon Passeron et Bourdieu ! Quand telle maison a trois jurés et qu'elle risque, l'âge aidant, de ne plus en avoir qu'un ou deux, elle va tout faire pour conserver son nombre de «couverts». C'est ainsi qu'on a pu parler de la perpétuation d'un système «Galligrasseuil» (contraction de Gallimard, Grasset et Le Seuil, ndlr) ; il serait d'ailleurs plus approprié de parler aujourd'hui de Gallisset ! Le défaut de ce système fermé, c'est qu'il a une fâcheuse tendance, à la longue, à ne plus couronner des oeuvres, mais des éditeurs. La méthode la plus courante est le troc de voix. Des patrons de maison ou leurs subordonnés vont tenter un marchandage en disant, par exemple : «Moi, j'ai deux voix au Goncourt, et tu en as trois au Renaudot. J'ai eu le Goncourt l'année dernière, donne-moi tes voix au Renaudot et je te donnerai mes voix au Goncourt...», et ainsi de suite avec, parfois, des échanges plus sophistiqués. Les réformettes apportées aux règlements des différents prix n'ont guère banni ces pratiques, même si elles ne sont pas systématiques. Si certains jurés restent libres, c'est qu'ils ont assez de caractère ou de succès pour se le permettre. […]

Mais je rappelle qu'une voix dans un jury n'est pas seulement utile pour couronner un livre, elle est aussi utile à la perpétuation du système : si survient un décès dans le jury auquel cette voix appartient, elle contribuera à désigner le successeur. C'est un investissement. J'ai calculé un jour que les frais engagés dans une politique de prix, en à-valoir, en préfaces, en dessus de table (les grands restaurants), pour ne pas parler ici de dessous, peuvent en arriver à coûter l'équivalent du bénéfice d'un prix littéraire de moyenne diffusion. Il faudrait donc avoir deux de ces prix pour qu'une telle politique soit vraiment rentable. Mais, dans le même temps, les prix présentent un autre avantage : ils peuvent attirer des auteurs dans la maison qui les reçoit. C'est donc un moyen de débaucher des écrivains plus facilement."

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3 commentaires

  1. Ouf …! J’ai bien fait de ne pas écrire de romans…
    Le troc et le marchandage sont les modes les plus ancestraux de la vie économique. la Bible en raconte quelques uns..Le bon Dieu se sert de tout;je crois qu’Il a beaucoup d’humour….C’est ce qui fera le charme du Paradis…

  2. Projetez-vous dans un siècle : des noms comme Amélie Nothomb, Frédéric Begbeider… Un génie comme Jean Michel Ribes ! Tout ça sera complètement oublié : on aura tiré la chasse d’eau.
    Par contre, il est fort probable que des auteurs actuels, méconnus, seront alors considérés comme des gens véritablement talentueux.
    La doxa actuelle ne résistera pas face à l’Histoire car la culture de gauche met tout au même niveau : les pensées de Pascal sont égales aux propos débiles d’un Joey Starr. Triste époque !

  3. En parlant de livres : (je n’ai pas lu celui-ci) :
    ” Majid Oukacha, ex-musulman : “J’ai voulu faire le meilleur livre possible sur l’islam”
    Majid Oukacha a 28 ans, il est né dans la culture musulmane, et il a cru dans le dieu Allah jusqu’à l’âge de 18 ans. A partir de cette première année d’un âge adulte qui l’a poussé à étudier les textes sacrés islamiques et à mieux en comprendre le sens et les principes, il a pris définitivement ses distances avec la religion musulmane et a commencé à réfléchir à un livre qui permettrait à quiconque, musulman ou non musulman, de mieux connaître et de mieux comprendre, sans jugement de valeur, cette religion vue à travers l’analyse précise de ses textes sacrés, Coran naturellement mais aussi Hadiths. Ce livre c’est Il était une foi l’islam, L’histoire de celui qui voulait diviniser pour mieux régner, fruit de 8 ans de travail. (…)”
    http://www.enquete-debat.fr/archives/majid-oukacha-ex-musulman-jai-voulu-faire-le-meilleur-livre-possible-sur-lislam-65985

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