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Environnement

Les conséquences de la sécheresse

Les conséquences de la sécheresse

Raphaëlle Auclert, docteur en études russes et enseignante-chercheuse à l’ICES, a traduit un article de Rui André Santos Amiguinho. Ce dernier  est un enseignant portugais, éditeur et rédacteur en chef de revues d’opinion. Il a fondé en 2015 le parti «Portugueses Primeiro» ou «Portugal First», dont la doctrine en fait un équivalent portugais du MAGA. Il est membre du think tank Sovereignty, un réseau international d’experts, qui se veut une « plateforme d’échange fondé sur le respect de la souveraineté des nations, de la diversité des cultures et de la multipolarisation du monde. »

 

En France, l’alerte rouge est déclenchée pour les ressources en eau. Alors que le pays subit actuellement sa quatrième vague de chaleur depuis mai, la sécheresse s’aggrave. Par conséquent, la facture des compagnies d’assurance s’alourdit, leurs dépenses augmentant chaque année en raison, semble-t-il, d’événements climatiques exceptionnels de plus en plus intenses et récurrents.

Assureurs, industriels et paysans : une facture salée

Le 29 juillet, pas moins de 62 des 96 départements métropolitains étaient en situation de crise et 22 autres étaient en alerte. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a déclaré que le coût de la crise actuelle serait « supérieur » aux 5,6 milliards d’euros enregistrés en 2022, année marquée par la sécheresse la plus grave qu’ait connue la France depuis 1976, qui avait provoqué des incendies de forêt, comme c’est le cas actuellement.

Dès 2025, les assureurs ont versé entre 700 millions et 1 milliard d’euros d’indemnités pour dommages liés aux pénuries d’eau, selon le rapport annuel du Fonds central de réassurance (FCR), organisme public chargé de l’assurance et notamment de la gestion des catastrophes naturelles. Ce montant est nettement supérieur à celui des dommages causés par les tempêtes et les inondations. Au cours des dix dernières années, le FCR indique également que les dommages liés à la sécheresse représentent 53 % des sinistres (contre 41 % en 1982).

Dans les secteurs déclarés en « crise sécheresse », les industriels sont impactés par la forte réduction des prélèvements d’eau potable pour les sites de production consommant plus de 10 000 m³ par an. Fin juin, dans la commune de Pontivy, l’activité économique a été perturbée par la suspension temporaire de l’accès à l’eau sur plusieurs sites industriels. Les prévisions météorologiques ne sont pas encourageantes : dans les prochains jours, une aggravation de la sécheresse et de réelles difficultés de production d’eau potable sont attendues « en raison du faible débit des rivières et de la diminution accélérée des réserves d’eau », soulignent les autorités.

Mais la pénurie d’eau affecte également l’agriculture. En 2022, les pertes de production agricole étaient estimées à 1,1 milliard d’euros. Cela concerne les céréales, l’horticulture commerciale et l’élevage. Enfin, la production d’énergie est également impactée par le ralentissement des infrastructures hydroélectriques. Et n’oublions pas : les sanctions contre la Russie pénalisent fortement l’agriculture européenne, tant par la hausse du coût des engrais, les contre-sanctions sur les exportations que par le surcoût du gazole agricole.

La situation est d’autant plus préoccupante que la sécheresse est loin d’être terminée. Si des orages sont annoncés, les pluies qui en résulteront seront trop violentes pour pénétrer les sols, préviennent les experts. Et à long terme ? « D’ici 2050, la France pourrait connaître quatre fois plus de sécheresses qu’en 1960 », déclarait encore Monique Barbut, rappelant que « cette situation a un réel impact économique. Pour la sécheresse de 2022, ce coût a été estimé à 5,6 milliards d’euros, dont 3,5 milliards pour les seules fissures dans les maisons individuelles liées au retrait et au gonflement de l’argile, 1,1 milliard de pertes de production agricole et une baisse de 20 % de la production hydroélectrique. » Pour cette année, Monique Barbut annonçait le 12 août « de 10 à 15 milliards d’euros de coûts directs et indirects de la canicule de cet été. »

En Allemagne, inquiétudes sur le Rhin

L’Allemagne est également touchée par ce problème. L’inquiétude grandit dans les secteurs maritime et industriel. Le Rhin, deuxième plus grand fleuve d’Europe occidentale et centrale, dont dépendent neuf pays pour leur eau potable, leur eau douce, leur énergie hydroélectrique et le transport fluvial, atteignait le 1er août à Cologne un nouveau niveau historiquement bas, à 68 centimètres, soit un centimètre de moins que le précédent record établi en 2018.

Ce faible niveau d’eau pourrait affecter plusieurs secteurs clés de la première économie européenne, notamment la chimie et la sidérurgie, qui dépendent du fleuve pour le transport d’importantes quantités de marchandises. Thilo Schaefer, expert en changement climatique à l’institut économique IW, a mis en garde contre les conséquences potentielles de l’interruption de la navigation sur ce fleuve : « Un arrêt total de la navigation intérieure nécessiterait à lui seul environ 3 000 pétroliers supplémentaires par jour. Or, ces ressources ne sont pas disponibles. De réelles pénuries menacent donc les chaînes d’approvisionnement. Pour l’économie allemande, cela pourrait représenter un fardeau économique considérable », a-t-il ajouté.

Pour une gestion transfrontalière de l’eau

Partant, quelles solutions existe-t-il ? La France, comme d’autres pays européens, ne peut négliger la gouvernance transfrontalière et la gestion des bassins hydrographiques, ni la coopération réglementaire dans le cadre de l’Union européenne. Cette gouvernance passe par le renforcement des commissions du Rhin et de la Meuse, qui coordonnent avec l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique la garantie de débits écologiques minimaux et la prévention des conflits liés à l’utilisation de l’eau à des fins industrielles et agricoles. Cette politique européenne comprend en outre des accords sur les débits des Pyrénées et des négociations bilatérales avec l’Espagne pour gérer les ressources en eau partagées face à l’aggravation des sécheresses dans la péninsule Ibérique et dans le sud de la France.

Il est important de noter que la sécheresse affecte directement le refroidissement des réacteurs nucléaires français, engendrant une dépendance stratégique à l’égard de l’électricité. La solution réside dans le recours au marché ibérique de l’électricité, comprenant une coordination diplomatique pour garantir les importations d’énergie en provenance d’Espagne et du Portugal durant l’été, période où la capacité nucléaire française diminue en raison du faible débit des fleuves.

Une gestion locale, résiliente et publique : l’exemple de la région de l’Algarve au Portugal

En parlant du Portugal, l’Algarve, région du sud du pays, constitue une bonne étude de cas en matière de gestion efficace des ressources en eau.

Une stratégie européenne locale de résilience de l’eau y a été adoptée, avec le renforcement des mécanismes de gestion. Les efforts y ont porté sur :

  • la réduction des pertes d’eau en milieu urbain, en ciblant les réseaux de distribution présentant le plus fort potentiel de réduction des pertes réelles et en prévoyant la rénovation et la réhabilitation des infrastructures dégradées ou techniquement déficientes, l’optimisation et la gestion de la pression, ainsi que la mise en place de zones de mesure et de contrôle dans les réseaux.
  • la réduction des pertes d’eau et l’amélioration de l’efficacité dans le secteur agricole.
  • le renforcement de la gouvernance des ressources en eau (garantissant une meilleure capacité de surveillance de la quantité et de la qualité de l’eau, et prévoyant la mise en œuvre de débits écologiques et de technologies de télédétection pour la surveillance et le contrôle des ressources en eau).
  • la réutilisation des eaux usées traitées.
  • l’augmentation de la capacité et de la résilience de l’approvisionnement en eau.
  • la promotion du dessalement de l’eau de mer.

Avant tout, il est essentiel d’investir dans la gestion locale et d’éviter les politiques de privatisation. Une gestion locale de l’eau est toujours plus efficace pour les raisons suivantes :

  1. Moins de fuites : détection rapide des pertes dans les canalisations ;
  2. Maîtrise de la consommation : mesure de la consommation en temps réel ;
  3. Utilisation intelligente : adaptation de l’irrigation et des services publics aux conditions météorologiques du jour ;
  4. Soutien local : protection des rivières, lacs et sources de la région ;
  5. Anticipation par la constitution de réserves : meilleure préparation des villes et villages aux périodes de faibles précipitations ;
  6. Maîtrise des coûts : réduction des dépenses par rapport au transport de l’eau depuis des zones éloignées.

Eviter la privatisation garantit ainsi que :

  1. l’eau demeure un bien national et ne tombe pas entre les mains de multinationales déracinées et soucieuses de leur seul profit ;
  2. les hausses tarifaires soient évitées, car la priorité donnée au profit financier peut souvent alourdir la facture des ménages ;
  3. qu’il n’y ait pas de monopole de fai mais un service public : l’impossibilité pour le consommateur de choisir son fournisseur permet au secteur privé d’imposer des conditions sans réelle concurrence ;
  4. l’égalité d’accès des territoires soit assurée, quand les entreprises privées ont tendance à ne pas investir dans les zones périphériques ou à faibles revenus, et à favoriser les zones plus rentables.

L’eau est un besoin vital, elle doit être accessible à tous et ne doit jamais servir la spéculation ni les intérêts économiques privés.

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