Cinquième article de l’abbé Spriet. Le précédent est ici.
Pie XII a enseigné clairement dans son encyclique Mystici Corporis :
“Pierre, par la vertu du primat, n’est que le Vicaire du Christ, et il n’y a par conséquent qu’une seule Tête principale de ce Corps, à savoir le Christ ; c’est lui qui sans cesser de gouverner mystérieusement l’Eglise par lui-même, la dirige pourtant visiblement par celui qui tient sa place sur terre, car depuis sa glorieuse Ascension dans le ciel, elle ne repose plus seulement sur lui, mais aussi sur Pierre comme sur un fondement visible pour tous. Que le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu’une seule Tête, Notre immortel Prédécesseur, Boniface VIII, l’a officiellement enseigné dans sa Lettre apostolique Unam sanctam et ses successeurs n’ont jamais cessé de le répéter après lui. Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens lumineux de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel”.
Les ordinations épiscopales annoncées par la FSSPX posent des questions d’ordre canonique c’est-à-dire relatives aux lois qui régissent la société visible qu’est l’Eglise catholique fondée sur Pierre. Dans l’Eglise, les fidèles ont des droits et des devoirs. L’anarchie ne doit pas y régner.
Les responsables de la FSSPX nous expliquent qu’ils ne veulent pas ordonner des évêques ayant une juridiction (un pouvoir de gouvernement). Mais qui va donner une mission aux évêques qui seront peut-être ordonnés sans mandat pontifical le 1er juillet prochain ? La FSSPX ? Le supérieur général de la FSSPX ? Mais qui a donné un pouvoir de gouvernement à ces supérieurs ? N’ont-ils pas une hiérarchie parallèle et indépendante de celle de l’Eglise fondée sur le successeur de Pierre ? Qui enverra ces évêques en mission en vertu de quel pouvoir ? Mgr Valdrini, doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris disait : “ ce n’est pas le sacre d’un évêque qui créé le schisme (…) c’est le fait de conférer ensuite à ces évêques une mission apostolique. Car cette usurpation des pouvoirs du Souverain Pontife prouve qu’on constitue ainsi une église parallèle” (cité dans Fideliter, n° 83 septembre-octobre 1991 p 13). Nous voyons bien que l’argument de la FSSPX d’ordonner des évêques sans juridiction ne tient pas.
Malheureusement les supérieurs de la FSSPX annoncent qu’ils sont prêts à désobéir, de facto et non en théorie, au pape (jusqu’à preuve du contraire) et enfreindre des lois de l’Eglise (en particulier des lois relatives au chapitre 3 de la Constitution Pastor aeternus de Vatican I) (cf. note 1). Cela s’appelle commettre un délit.
Un délit est “la violation extérieure et moralement imputable d’une loi à laquelle est attachée une sanction canonique au moins indéterminée” mais souvent déterminée (ou précisée) par l’autorité ecclésiale dans son droit (cf. CIC 83 / canon 2195).
Dans l’Eglise catholique, tous les péchés graves ne sont pas des délits, mais tous les délits sont des péchés graves.
Un antécédent historique qui éclaire la problématique des ordinations du 1er juillet prochain
A la suite des ordinations à Ecône le 30 juin 1988, Saint Jean-Paul a publié un texte qui garde toute sa valeur théologique :
“En lui-même, cet acte a été une désobéissance au Souverain Pontife en une matière très grave et d’une importance capitale pour l’unité de l’Eglise, puisqu’il s’agit de l’ordination d’évêques par laquelle se perpétue sacramentellement la succession apostolique. C’est pourquoi une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique” (Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta).
Il ne s’agissait pas de dire que tous les disciples de Mgr Lefebvre étaient automatiquement excommuniés parce que schismatiques. Mais il s’agissait de qualifier la nature de l’acte posé et de préciser sa gravité objective.
Je ne mets nullement en doute l’intention de Mgr Lefebvre en 1988 : le for interne relève du Seigneur. Mais il s’agit de voir les choses objectivement.
Si Mgr Fellay et Mgr de Galarreta procèdent à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical le 1er juillet prochain (et même contre la volonté explicite du pape) : ils feront un acte schismatique et ils seront excommuniés en même temps que les évêques qu’ils auront ordonnés validement mais illicitement.
Le fait de ne vouloir ordonner que des évêques sans juridiction ne change rien à la loi de l’Eglise. La bonne intention ne changera rien non plus au délit et donc à la sanction (la FSSPX veut sacrer des évêques pour le salut des âmes dans un contexte, jugé unilatéralement et subjectivement, comme étant de grave nécessité) : la peine d’excommunication sera latae sententiae (cf. note 2) c’est-à-dire automatique.
Canon 1314 “Ordinairement la peine est ferendæ sententiæ, de telle sorte qu’elle n’atteint pas le coupable tant qu’elle n’a pas été infligée ; mais elle est latæ sententiæ, si la loi ou le précepte l’établit expressément, de telle sorte qu’elle est encourue par le fait même de la commission du délit”.
Peut-être que la peine d’excommunication sera aussi officiellement déclarée après les ordinations, comme elle le fut en 1988.
“Pour que la peine soit encourue et produise son effet, il faut que l’auteur du délit ait commis celui-ci matériellement, mais aussi volontairement, librement, en connaissance de cause et en sachant, avant de poser l’acte, qu’une telle sanction pénale automatique était attachée à ce délit” (cf. CIC 83 / canons 1321 et 1323; cf note 3). Ce sera le cas objectivement.
Un problème de cohérence
Après les ordinations épiscopales de 1988 les membres de la FSSPX ont expliqué que Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, et les quatre prêtres ordonnés évêques n’étaient pas excommuniés. Pourtant, par une lettre du 15 décembre 2008 adressée au cardinal Dario Castrillon Hoyos, Mgr Bernard Fellay sollicitait la levée de l’excommunication latae sententiae déclarée en 1988. Comment comprendre cette demande de la FSSPX ? N’était-ce pas un aveu a posteriori ?
De facto, cette excommunication a été levée le 21 janvier 2009 sur mandat pontifical par le cardinal Ré, préfet de la congrégation pour les évêques. Ce décret précise que Mgr Fellay “sollicitait de nouveau la levée de l’excommunication latae sententiae” (sic) : ce n’était donc pas la première demande de la part de la FSSPX qui considérait donc bien, de façon réitérée, que ses évêques étaient excommuniés.
Est-ce que cette levée réglait toute la question canonique de la FSSPX ? Non. Dans une note de la Secrétairerie d’Etat relative aux quatre évêques de la FSSPX du 4 février 2009, il était précisé :
“La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique très grave, mais n’a rien changé à la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X qui, à l’heure actuelle, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique de la part de l’Église catholique. Les quatre évêques eux-mêmes, bien que déliés de l’excommunication, n’ont pas une fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas un ministère licite en son sein”.
Nous en sommes encore là aujourd’hui avant le 1er juillet prochain.
Il faut, en outre, se rappeler que la quasi-totalité ou la totalité des prêtres de la FSSPX (ordonnés après 1976) sont susceptibles d’avoir encouru la suspense latae sententiae pour avoir reçu l’ordination illicite sans lettres dimissoriales d’un évêque ou d’un autre ordinaire légitime (cf. canon 1388).
Oui vraiment, quel gâchis !
(1) : Mais qui va donner une mission aux évêques qui seront peut-être ordonnés sans mandat pontifical le 1er juillet prochain ? La FSSPX ? Le supérieur général de la FSSPX ? Mais qui a donné un pouvoir de gouvernement à ces supérieurs ? N’ont-ils pas une hiérarchie parallèle et indépendante de celle de l’Eglise fondée sur le successeur de Pierre ? Qui enverra ces évêques en mission en vertu de quel pouvoir ? Mgr Valdrini, doyen de la Faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris disait : “ ce n’est pas le sacre d’un évêque qui créé le schisme (…) c’est le fait de conférer ensuite à ces évêques une mission apostolique. Car cette usurpation des pouvoirs du Souverain Pontife prouve qu’on constitue ainsi une église parallèle” (cité dans Fideliter, n° 83 septembre-octobre 1991 p 13). Nous voyons bien que l’argument de la FSSPX d’ordonner des évêques sans juridiction ne tient pas.
(2) : Littéralement : “la sentence a déjà été portée” par l’autorité ecclésiale dans la promulgation de la loi.
(3) : Considérations canoniques sur deux affaires médiatisées de censures ecclésiastiques : les évêques lefebvristes et l’avortement de Recife, Père Philippe Toxé op, L’année canonique, n°51, 2009, pages 195-218.
