Chers amis, chers lecteurs,
On peut dire que, sur ce blog, la bataille des sacres fait rage. Les différents instituts y vont de leurs arguments, et se faire une opinion n’est peut-être pas chose évidente loin s’en faut. Aussi je ne résiste pas à l’envie de mettre mon grain de sel et d’expliquer quel peut être le point de vue d’un simple fidèle (de la FSSPX, n’avançons pas masqués, n’est-ce pas ?).
L’abbé Spriet, dans l’un de ses articles parus récemment sur ce même blog résume bien la situation : La FSSPX déclare qu’il y a un état de nécessité, c’est son seul (ou ultime argument) et décide pour cela de sacrer des évêques sans l’autorisation du pape. Les autorités romaines étant défaillantes il convient d’y suppléer, et le moyen utilisé est ici le sacre d’évêques.
A cet état de fait certains disent :
• Il y a un état de nécessité mais ce n’est pas une raison pour « désobéir » au pape.
• Il n’y a pas d’état de nécessité, l’Eglise a toujours connu des crises et il est néfaste de s’en « séparer » pour vouloir la sauver. D’ailleurs les instituts Ecclesia Dei œuvrent de l’intérieur et parviennent à leurs fins sans avoir à se « séparer » de Rome.
Alors n’étant ni juriste ni théologien, en aucun cas je ne rentrerai dans des considérations techniques. Voilà simplement ce que peut constater un simple fidèle (et à l’instar de l’abbé Spriet je ne parlerai que pour la France, situation que nous connaissons le mieux) :
L’état de nécessité est pour nous simples fidèles, une réalité très tangible pour les raisons ci-dessous :
a. Sans affirmer un lien de dépendance systématique, on peut raisonnablement penser que l’existence et le maintien des instituts Ecclesia Dei tiennent par l’équilibre créé par la FSSPX. Autrement dit ces mêmes instituts verraient inévitablement leur influence réduite à peu de chose si la FSSPX n’exerçait pas un rôle de contrepoids indispensable. Et les sacres version 1 et 2 sont la condition de cet équilibre.
Dès lors comment ne pas privilégier une œuvre appelée à durer dans le temps par rapport à d’autres dont la situation est précaire et dépend du bon vouloir de l’évêque du lieu dont on connaît bien souvent l’hostilité ?
b. Les instituts Ecclésia Dei œuvrent de « l’intérieur » certes ! mais il se pourrait très bien que dans un mois ils aient été sommés de quitter leur paroisse. Leur stabilité est douteuse et dépend de décisions locales parfois bien arbitraires.
En effet nous avons pu voir à plusieurs reprises la FSSP se faire remercier manu militari et ipso facto de certains diocèses (Quimper, Dijon, Grenoble, Versailles et j’en passe…). Alors qu’on m’explique comment je peux bénéficier des sacrements et de la doctrine traditionnelle avec un institut qui pourrait très bien ne plus être là dans une semaine, en fonction du caprice d’un évêque ? (Et qu’on ne me dise pas « mais il faut faire confiance à la Providence » ça ne marchera pas !).
En effet on reste songeur quand on voit des fidèles de la FSSP finir avec une banderole devant leur église fermée sur laquelle est inscrite « nous ne sommes pas des Catholiques de seconde zone ».
Je n’ai aucune envie de m’entendre dire par mon évêque que « la seule chose qui compte c’est l’obéissance ». Autrement dit, pas de panique, arrêtez de réfléchir, on pense pour vous ! Malheureusement pour eux, mon cerveau n’a pas encore besoin d’une prothèse intellectuelle, et je veux ma messe tradi le dimanche sans devoir me justifier ni craindre jour après jour l’humeur changeante de mon évêque.
On reste dubitatif lorsque ces mêmes fidèles se voient interdire de manière purement arbitraire la tenue d’un pèlerinage entre Vienne et Fourvière.
Les exemples sont nombreux et illustrent trop bien la dépendance de ces instituts face à des pasteurs souvent très hostiles.
c. Certains disent encore qu’il y a de bons évêques. En effet il en existe, mais il faut vraiment les trouver.
Par ailleurs on sait parfois ce qu’il advient des bons évêques. On se rappelle tous de Mgr Rey, évêque de Frejus-Toulon à qui l’on a refusé d’ordonner des prêtres jugés trop tradis pour des raisons plus que douteuses.
Il s’est fait remercier par la suite purement et simplement.
Alors pareil, comment être en confiance avec des autorités aussi distantes, ou tout ce qui ne fonctionne pas dans le sens qu’il souhaite est immédiatement étouffé ?
d. Comment expliquer que lorsqu’un évêque de la FSSPX se déplace pour confirmer des enfants dans une de leurs paroisses, une bonne partie des candidats soient des fidèles de la FSSP ?
Si l’évêque est un bon évêque, ou s’il faut lutter de l’intérieur, ou encore s’il faut obéir quoi qu’il arrive… Pourquoi venir chez nous ? Justement parque dans ce cas précis l’évêque du lieu n’effectue pas son travail et il est normal que l’évêque de la FSSPX (sacré illégalement !?) vienne pallier cette défaillance.
Les exemples ci-dessus ne sont pas des théories ni des concepts sur l’état de nécessité mais des réalités bien vécues par les fidèles. Là, on ne parle pas d’ecclésiologie ou de droit canonique on parle d’avoir un simple accès aux sacrements pour sauver son âme. Force est de constater qu’il est laissé à la discrétion des évêques. Cette situation est inacceptable.
Alors je n’ai pas la prétention de mettre tout le monde d’accord sur un sujet aussi pointu, néanmoins il faut retenir ceci : marié et père de quatre enfants je reste pragmatique. Mon objectif est de transmettre à ma famille une doctrine sûre et des sacrements accessibles.
L’état intérieur de l’Eglise est actuellement beaucoup trop instable, les autorités trop incertaines et les garanties trop faibles pour que je puisse y aller sereinement.
Si je suis fidèle de la FSSPX c’est parce que j’ai la certitude absolue :
- Que leurs sacrements sont valides.
- Que leur doctrine est sûre
- Qu’ils seront là dimanche prochain pour célébrer la messe traditionnelle (ce qui n’est pas le cas des autres instituts).
- Et accessoirement que leur liberté de parole permet de dire la vérité mais également de dénoncer les erreurs.
Ces quatre critères-là je ne les retrouve pas ailleurs.
Par ailleurs :
- Le simple fidèle que je suis ne va pas s’embarrasser d’un étroit juridisme qui semble ne plus correspondre à la situation. En effet si ma maison brûle je ne me soucie pas de savoir si mon extincteur est bien aux normes NF EN 2 et NF EN 2/A1 du code de production de l’Union Européenne. Je prends les moyens à disposition et j’essaie d’éteindre le feu.
- On nous annonce depuis 40 ans que ces sacres illégaux vont causer « tôt ou tard » (c’est le mot de l’abbé Spriet) un véritable schisme ou une dérive. Force est de constater qu’il n’en est rien. En revanche ça fait bien plus que 40 ans que l’Eglise compte parmi ses membres officiels de véritables hérétiques et de véritables schismatiques sans que ceux-là soient inquiétés le moins du monde.
- Enfin, si je puis me permettre de lancer une pique à ces instituts Ecclésia Dei, je dirais qu’ils sont bien prompts à tacler la FSSPX pour ces histoires de sacres mais on aimerait bien les entendre un peu plus pour condamner les erreurs et les hérésies qui s’accumulent jour après jour au sein de l’Eglise officielle. Leur silence est parfois assourdissant !
Mais de fait, le peuvent-ils vraiment ? A mon sens, non, ou difficilement, leur situation dépendant du bon vouloir de celui qu’ils voudraient peut-être « corriger » …
Moralité, entre s’en tenir à une lecture purement juridique de la situation ou regarder en face la réalité difficile du terrain, il y a un choix à faire. A chacun de se déterminer !
Amitiés !
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