Partager cet article

Tribune libre

Lettre intégrale de Mgr Strickland de soutien à la FSSPX

Lettre intégrale de Mgr Strickland de soutien à la FSSPX

Source : https://fsspx.news/fr/news/une-lettre-mgr-strickland-57460

Mgr Joseph Strickland a donné un texte remarquable sur la crise de l’Église et la situation après l’annonce des sacres, que nous reproduisons en entier.

La Ligne dans le sable

Tout Texan connaît cette histoire : Bien avant de connaître la politique, bien avant de connaître les arguments, bien avant de savoir chipoter sur les détails, nous avons appris à l’école une chose qui nous a façonnés jusqu’à la moelle. À El Alamo, l’heure est venue où il n’y avait plus de lettres à envoyer, plus de renforts à venir, plus de négociation à tenter. L’ennemi était à la porte. Il réclamait notre capitulation. Et tous savaient ce que se rendre signifiait.

Alors le commandant – William Barret Travis – rassembla ses hommes – non pour les inspirer, non pour les motiver, mais pour leur dire la vérité. Il traça une ligne dans la terre. D’un côté de cette ligne c’était la sécurité – du moins pour le moment. De l’autre côté c’était la mort quasi certaine. Et il dit : « choisissez ». Un seul homme recula. Tous les autres s’avancèrent.

Cette ligne dans le sable ne fut pas tracée pour lancer une rébellion. Elle fut tracée pour mettre fin aux illusions.

La franchir ne garantissait pas la victoire – seulement la fidélité. Et que nous le voulions ou non, c’est exactement la position dans laquelle l’Église se trouve aujourd’hui.

L’Église est dans une situation d’urgence. Pas une urgence inventée par les commentateurs, pas un état d’esprit fabriqué par les réseaux sociaux, pas une hystérie.

Une réelle urgence – mesurée non par des sentiments mais par les faits. Une urgence mesurée par le silence là où il devrait y avoir des réponses. Par la tolérance là où il devrait y avoir correction. Par des bergers qui refusent de dénoncer les loups tandis que ceux qui souhaitent simplement garder le troupeau sont traités comme des problèmes.

Je vais être très clair : ce n’est pas une question de personnes. Ce n’est pas une question de préférences. Ce n’est pas une question d’attachement au passé. C’est une question de survie – la survie non pas d’une institution, mais du sacerdoce, des sacrements, et de la Foi catholique telle qu’elle a été reçue, transmise et préservée pendant des siècles.

Lorsque des hommes qui contredisent ouvertement l’enseignement catholique sont tolérés, promus et même encensés, tandis que ceux qui maintiennent la tradition sont interdits, mis de côtés ou ignorés, quelque chose ne va pas.

Lorsque la confusion est accueillie et la fidélité doit mendier le droit d’exister, l’autorité a cessé de faire ce qui est la raison d’être de l’autorité.

Et il arrive un moment où le silence devient lui-même une réponse.

Lorsqu’une crise est avérée, lorsqu’une supplication faite sobrement et respectueusement reçoit pour toute réponse le silence, un retard devient une décision. L’inaction devient un jugement. Le refus d’agir devient une abdication.

Ceci n’est pas une théorie. C’est l’histoire.

L’Église a déjà connu de telles heures – des heures où les hommes furent obligés d’agir non parce qu’ils souhaitaient la confrontation, mais parce que la seule alternative était d’abandonner ce qui leur avait été confié. C’est pourquoi le nom de Monseigneur Lefebvre provoque toujours de telles réactions. Non parce que l’heure fut confortable, mais parce qu’elle fut éclairante.

Personne ne prétend que ces décisions ont été légères. Personne ne prétend qu’elles ont été sans douleur. Mais elles ont été prises avec la conviction que la nécessité était là, qu’attendre encore serait laisser mourir quelque chose d’essentiel.

Et aujourd’hui nous nous trouvons à nouveau dans une heure de nécessité.

Il ne s’agit pas d’un seul groupe. Il ne s’agit pas d’une seule société. Il ne s’agit pas d’un seul évêque, ou d’une lettre, ou d’une demande restée sans réponse. Il s’agit d’une tendance – une tendance qui traite l’orthodoxie comme une menace, la tradition comme suspecte, et la fidélité comme une rigidité tandis que l’erreur est louée comme étant de la sensibilité pastorale.

Il s’agit d’une heure où les choses que l’Église défendait autrefois sans excuses doivent désormais se justifier. Où préserver le sacerdoce est devenu facultatif. Où la formation des prêtres est entravée. Où les moyens ordinaires de continuité apostolique sont discrètement refusés.

Et à ce stade-là, la ligne est déjà tracée. Pas par des agitateurs. Pas par des rebelles. Mais par la réalité elle-même.

À El Alamo, un seul homme a reculé. Il s’appelait Moses Rose. L’histoire ne le méprise pas. Elle prend note simplement de son choix. C’est ce que font les lignes. Elles ne condamnent pas. Elles révèlent. Une ligne ne crée pas le courage ou la lâcheté. Elle l’expose.

Et la ligne face à laquelle l’Église se trouve aujourd’hui ne demande pas qui est en colère, qui fait du bruit, qui est populaire. Elle demande qui veut bien rester fidèle lorsque la fidélité a un prix. Car il y a des choses qui sont pires que la défaite. Il y a pire que d’être écrasé. Il y a pire que la mort.

Il y a la capitulation.

Notre Seigneur ne traça pas Sa ligne dans le sable. Il la traça dans le sang. Il garda le silence devant Pilate non parce que la vérité n’était pas claire mais parce que la vérité ne négocie pas avec le mensonge. Il n’a pas promis la sécurité. Il n’a pas promis le confort. Il n’a pas promis le succès.

Il a promis la Croix.

Et Il a prévenu Ses disciples clairement de tout ce que la fidélité leur coûterait.

Alors en parlant aujourd’hui de tracer des lignes, nous n’inventons rien. Nous nous trouvons là où les chrétiens se sont toujours trouvés lorsque l’obéissance à Dieu et la soumission à la confusion divergent définitivement.

Aujourd’hui je demande qui est honnête. Je ne demande pas qui se sent en sécurité. Je demande qui est fidèle.

Car la ligne est déjà là.

Elle a été tracée par le silence. Elle a été tracée par inversion. Elle a été tracée par le refus d’agir alors que l’action est requise. Et la seule question qui demeure – la seule question honnête – est : sommes-nous prêts à la franchir ? Pas avec triomphalisme. Pas avec rébellion. Avec fidélité.

L’Église survit par ses saints.

Et les saints ont toujours su quoi faire lorsque la ligne apparaît.

Je vais maintenant dire les choses de manière claire, car l’heure de parler avec précaution est révolue.

Certains diront qu’exprimer de telles réalités divise. Ils se trompent. Ce qui divise, c’est de tolérer l’erreur tout en punissant la fidélité. Ce qui divise, c’est d’imposer le silence à ceux qui croient ce que l’Église a toujours enseigné tout en applaudissant ceux qui la contredisent ouvertement. Ce qui divise, c’est d’appeler la confusion « pastorale » et la clarté « dangereuse ».

Et nous voyons cette tendance depuis suffisamment longtemps maintenant pour que prétendre le contraire ne soit plus honnête.

Il y a des prêtres et des évêques qui discréditent ouvertement l’enseignement catholique sur le mariage, la sexualité, l’unicité du Christ, la nécessité du repentir – et il ne se passe rien. Ils sont loués pour leur « accompagnement ». Et on nous dit que c’est de la miséricorde. Mais lorsque des prêtres veulent célébrer la Messe comme elle a été célébrée pendant des siècles, lorsqu’ils veulent être formés selon l’esprit de l’Église qui a produit des saints, lorsqu’ils veulent des évêques pour que le sacerdoce ne s’éteigne pas – on les traite comme des problèmes à gérer.

Cela n’est pas de la miséricorde. C’est de l’inversion.

Et lorsque cette inversion est présentée directement à Rome – calmement, respectueusement, sans menace – et que la seule réponse est le silence, nous n’avons pas affaire à une incompréhension. Nous avons affaire à un refus.

Je parle ici de la Fraternité Saint Pie X.

Ils ne demandent pas de nouveauté. Ils ne demandent pas de pouvoir. Ils demandent des évêques – car sans évêques il n’y a pas de prêtres, et sans prêtres il n’y a pas de sacrements, et sans sacrements l’Église ne survit pas de manière significative.

Ils ont demandé. Ils ont attendu. Ils n’ont reçu aucune réponse qui abordait la réalité.

Je vais le dire clairement : lorsque l’hérésie est tolérée mais la tradition étranglée, quelque chose va terriblement de travers. Lorsque ceux qui rompent avec la doctrine sont les bienvenues et ceux qui y adhèrent sont traités de suspects, l’autorité a trahi sa raison d’être.

Ceci n’est pas la voix de la rébellion. C’est un fait.

Il y a ceux qui diront : « Mais il faut attendre. »

Il y a ceux qui diront : « Mais il faut faire confiance. »

Il y a ceux qui diront : « Mais il faut être patient. »

La patience est une vertu. Mais la patience, ce n’est pas regarder le sacerdoce mourir pendant que les responsables refusent d’agir. La confiance est nécessaire. Mais la confiance, ce n’est pas prétendre que le silence est sagesse quand il ne l’est pas. L’obéissance est sainte. Mais l’obéissance n’a jamais été coopérer à l’érosion de la Foi.

Il arrive un moment où continuer à attendre devient une forme de capitulation.

Et ce moment est arrivé.

Je connais des personnes qui reculeront en entendant cela. Ils diront que ce langage est trop fort. Ils diront qu’il secoue.

Tant mieux.

Car une Église qui n’est jamais secouée par la vérité est déjà endormie.

Notre Seigneur a secoué les gens constamment. Il a renversé les tables. Il a dénoncé l’hypocrisie. Il a averti les bergers qui se nourrissaient à la place de leur troupeau. Il n’a pas parlé doucement à ceux qui déformaient la vérité sous couvert de leur autorité.

Et une paix achetée par le silence ne m’intéresse pas. Une unité qui nous demande de nous mentir ne m’intéresse pas. Une stabilité au prix de l’abandon ne m’intéresse pas.

La ligne a été tracée.

Elle est tracée à chaque fois qu’un prêtre fidèle est puni pour avoir fait ce qu’ont fait les saints. Elle est tracée à chaque fois que l’erreur est tolérée parce que la corriger serait inconfortable. Elle est tracée à chaque fois que Rome choisit le silence alors que la clarté est de rigueur.

Et voici ce qui doit être dit haut et fort : de telles lignes ne sont jamais tracées par ceux qui souhaitent le conflit. Elles sont tracées par le réel lorsque l’autorité refuse d’agir.

À El Alamo, les hommes qui ont franchi la ligne ne pensaient pas qu’ils gagneraient. Ils savaient qu’ils perdraient probablement. Ils l’ont franchie parce que se rendre auraient été renier ce qu’ils étaient et abandonner ce qu’on leur avait demandé de défendre.

Voilà le choix face auquel l’Église se trouve à présent.

Non pas entre victoire et défaite.

Mais entre fidélité et abandon.

Entre vérité et déclin organisé.

Entre saints et administrateurs.

Je n’appelle pas à la rébellion. J’appelle à l’honnêteté. Je n’appelle pas au chaos. J’appelle au courage. Je n’appelle personne à abandonner l’Église. J’appelle l’Église à se rappeler qui elle est.

Car si nous ne voulons pas défendre le sacerdoce, nous ne défendrons pas les sacrements, et si nous ne voulons pas défendre la Foi lorsqu’il nous en coûte, alors nous reculons déjà devant la ligne.

L’histoire prendra note de ce choix aussi.

L’Église n’a pas besoin de plus de silence. Elle n’a pas besoin de plus de retard. Elle n’a pas besoin de plus de phrases précautionneuses qui ne disent rien. Elle a besoin d’hommes pour se lever, parler et si besoin souffrir – sans illusions.

Car la ligne n’est plus théorique.

Elle est là.

Et chacun d’entre nous – évêque, prêtre, laïc – est déjà en train de choisir sa position.

Je vais maintenant arrêter d’expliquer.

Car il arrive un moment où expliquer devient éviter et les paroles deviennent une façon de retarder l’obéissance.

La ligne n’est plus dans les livres d’histoire. Elle n’est plus théorique. Elle n’est plus à débattre dans des conférences ou derrière des portes closes.

Elle est là.

Et elle ne demande pas quelle est votre position ni combien vous suivent ni si vous avez formulé vos phrases avec précaution. Elle demande une seule chose : vous tiendrez-vous du côté de la vérité lorsqu’il vous en coûtera quelque chose ?

Car c’est cela qu’il faut dire en fin de compte sans ornement et sans excuse : une Église qui ne défend pas son sacerdoce ne survivra pas. Une Église qui considère la fidélité comme dangereuse et l’erreur comme pastorale a déjà commencé à capituler. Une Église qui répond aux urgences par le silence choisit la décomposition à la place du courage.

Ceci n’est pas une insulte. Ce n’est pas une menace. C’est un diagnostic. Et le but des diagnostics est de réveiller les gens et les appeler à l’action.

Il n’y a pas de zone neutre. Il n’y a pas de terrain où on peut attendre tranquillement à l’abri en espérant que quelqu’un d’autre agira. Le silence est lui-même une prise de position. Attendre est désormais une décision.

La ligne est tracée à chaque fois que l’on demande à la vérité d’attendre. À chaque fois qu’une excuse est faite à l’erreur. À chaque fois que le courage est puni. À chaque fois qu’un berger se détourne.

Et le plus terrifiant dans de tels moments n’est pas que certains feront le mauvais choix.

C’est que beaucoup choisiront en silence – en se disant qu’ils ne choisissent rien du tout.

L’histoire ne sera pas d’accord avec eux.

Le Christ non plus.

Car Notre Seigneur ne demandera pas si nous étions à l’aise. Il demandera si nous étions fidèles. Il ne demandera pas si nous avons préservé notre rang. Il demandera si nous avons porté notre croix. Il ne demandera pas si nous avons survécu. Il demandera si nous avons aimé la vérité plus que notre propre sécurité.

Je terminerai donc cette lettre comme je le dois.

Non pas avec une stratégie. Ni avec un programme. Ni avec une conversation de plus.

Mais avec un appel à se mettre à genoux.

Si votre cœur est secoué en m’entendant, ne l’anesthésiez pas. Si vous êtes en colère, demandez-vous pourquoi. Si vous avez peur, reconnaissez-le. Puis priez – non pas pour que l’Église devienne plus facile, mais pour qu’elle redevienne sainte.

Priez pour des évêques qui parleront même lorsque parler leur coûte tout ce qu’ils ont. Priez pour des prêtres qui resteront fidèles même lorsqu’ils sont abandonnés. Priez pour Rome – non pas pour qu’elle gère cette crise, mais pour qu’elle y réponde.

Et priez pour vous-mêmes.

Car la ligne est déjà là.

Et lorsque le bruit s’arrêtera et que les chaises auront fini de heurter le sol et qu’il ne restera plus rien derrière lequel se cacher, chacun de nous aura à répondre à la seule question qui vaille :

Où vous êtes-vous tenus ?

Que le Dieu tout-puissant vous bénisse et vous garde, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi-soit-il.

Monseigneur Joseph E. Strickland
Évêque émérite

(Source : Pillars of Faith – FSSPX.Actualités)
Illustration : Pillars of Faith

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

Partager cet article

Nous utilisons des cookies pour vous offrir la meilleure expérience en ligne. En acceptant, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de confidentialité des cookies.

Paramètres de confidentialité sauvegardés !
Paramètres de confidentialité

Lorsque vous visitez un site Web, il peut stocker ou récupérer des informations sur votre navigateur, principalement sous la forme de cookies. Contrôlez vos services de cookies personnels ici.


Le Salon Beige a choisi de n'afficher uniquement de la publicité à des sites partenaires !

Refuser tous les services
Accepter tous les services