La venue du pape Léon XIV en France a été l’occasion de se pencher sur l’évolution du nombre de prêtres en activité dans notre pays. Les chiffres sont sans appel :
41 000 prêtres environ en 1960
31 481 en 1980
9095 en 2024
4500 environ prévus en 2035
Il est à noter que depuis quelques décennies le nombre de prêtres en apostolat en France comporte un nombre croissant de prêtres étrangers, en particulier africains. On peut ainsi donner en exemple le diocèse de Saint-Claude dans le Jura. En 1950 ce diocèse comptait 300 paroisses, 65 en 2000 et enfin 11 aujourd’hui. Il est placé sous la direction de Mgr Garin, ancien directeur du séminaire de Lille, qu’il a conduit sous les ordres de Mgr Ulrich, ensuite promu archevêque de Paris. À la fermeture, 31 prêtres y sont en activité dont 13 jurassiens ou assimilés et 18 personnes d’origine ultra marine (Voir le site eglisejura.com). L’avenir du sacerdoce catholique en France est inscrit dans le nombre des entrées dans les séminaires. C’est à ce sujet que nous allons nous intéresser.
De plus nombreux candidats au sacerdoce
En lien avec l’augmentation du nombre de baptêmes d’adultes, le nombre de jeunes gens entrant en propédeutique dans les séminaires diocésains ou en année de spiritualité dans les séminaires traditionnels est en hausse sensible :
2023 : 99
2025 : 145
2026 : 170
Ces 170 propédeutes ou assimilés sont accueillis dans 13 séminaires diocésains ou interdiocésains. Il est impossible de savoir quelle est la part de séminaristes étrangers, mais francophones, dans cet ensemble. Cependant, à en juger par la part que représentent les prêtres étrangers dans ces ordinations, les étudiants étrangers représenteraient 30% de ce total.
Ceci posé, il est intéressant de se demander ce que pèse le monde traditionnel, au sens large, dans cet ensemble. Dans les chiffres ci-dessous des entrées en propédeutique ou en année de spiritualité en cet automne 2026, ne sont pris en compte que les candidats de nationalité française :
Communauté Saint Martin : 21
Fraternité Saint Pie X : 18
Fraternité Saint Pierre : 5
Institut du Bon pasteur : 4
Missionnaires de la Miséricorde Divine : 3
Institut du Christ-Roi Souverain-prêtre : 2
Parmi les 170 propédeutes annoncés par la Conférence des Evêques de France sont, a priori, pris en compte les séminaristes des MEP (Missions Etrangères de Paris), de la communauté de l’Emmanuel ainsi que 21 CSM, 4 IBP, 3 MMD soit 28 personnes. En revanche ne sont pas pris en compte : 18 FSSPX pour des raisons évidentes, 5 FSSP car le séminaire est en Allemagne (Wigratzbad) et 2 ICRSP car le séminaire est en Italie (Gricigliano).
Un monde traditionnel en croissance
La Communauté Saint Martin confirme son rayonnement et attire une jeunesse désireuse d’une formation intellectuelle d’esprit traditionnel, dont les apostolats sont néanmoins pleinement intégrés à la vie diocésaine : sacrements et catéchèse. La liturgie y est célébrée de manière très classique au séminaire d’Evron (latin, encens) et plus ordinaire en paroisse.
Les communautés les plus prospères en termes de vocations (CSM et FSSPX) ont en commun d’avoir un séminaire en France (Evron pour les uns, Flavigny pour les autres) et, pour des raisons très différentes, de présenter aux futurs prêtres des perspectives d’apostolat apaisées vis-à-vis des autorités diocésaines. Il est certain que la mise en œuvre brutale de Traditionis custodes et le harcèlement épiscopal dont sont victimes les communautés ex Ecclesia dei peuvent être de nature à décourager des vocations inquiètes de cette précarité.
L’ensemble des futurs prêtres attachés à la célébration de la messe romaine traditionnelle (32) pèse lourd (19%) au regard du nombre de fidèles et de lieux de culte concernés directement, même s’il est évident que tous ces candidats n’accéderont pas au sacerdoce. Le poids des prêtres français célébrant la messe traditionnelle est destiné à croître au fil du temps en raison du nombre élevé de décès (300 par an) de prêtres âgés qui ne célèbrent que le Novus Ordo Missae. Les sanctions romaines contre la FSSPX, suite aux sacres épiscopaux sans mandat pontifical, du 1 juillet 2026, ne semblent avoir eu aucun effet sur le recrutement sacerdotal de la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre. Ce constat rejoint une observation plus générale : les sanctions romaines n’ont entraîné quasiment aucune défection de prêtres et de fidèles de la FSSPX.
De nombreux défis à relever
À court terme tous les séminaires, diocésains comme traditionnels, sont confrontés au défi d’intégrer des garçons certes très généreux mais dont une part est souvent « déshéritée » c’est-à-dire sans culture religieuse et profane, sans habitudes ancrées de vie chrétienne et souvent déjà bien abîmés par la vie. Les séminaires diocésains sont de plus confrontés aux attentes d’une jeunesse radicalisée, au sens de volonté de revenir aux racines, avide de surnaturel, de beauté, de transcendance, de verticalité, de certitudes, d’exigences, d’affirmations identitaires. Le port de la soutane, la récitation du chapelet, les heures d’adoration, l’apprentissage du latin, un enseignement conforme à la tradition de l’Église , feront-ils leur réapparition dans ces séminaires ? Il faut l’espérer. À moyen et long terme le poids des communautés traditionnelles dans les diocèses va inéluctablement croître voire devenir prépondérant. Ainsi le diocèse de Carcassonne compte 62 prêtres actifs mais des implantations traditionnelles nombreuses et étoffées : école Saint Joseph des carmes (FSSPX), dominicaines enseignantes de Fanjeaux, abbaye Sainte-Marie de Lagrasse (18 prêtres), chanoinesses de la mère de Dieu à Azille. De même le diocèse de Bourges compte 53 prêtres actifs mais accueille sur son territoire l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault (57 moines) et la Fraternité de la Transfiguration liée à la FSSPX (10 prêtres).
Sauf événement imprévu le clergé exerçant en France sera dans l’avenir beaucoup moins nombreux, pour une bonne part d’origine africaine et pour une part sensiblement équivalente d’esprit traditionnel voire traditionaliste. L’épiscopat français a-t-il pris conscience de ces réalités démographiques ? C’est un miracle qu’il faut souhaiter.
