Apolline de Bourayne, professeur d’histoire-géographie, mère de famille, chroniqueuse à Radio Maria, vient de publier une biographie de Madame Élisabeth, une princesse au coeur de la Révolution. Soeur de Louis XVI, « Élisabeth la Folle » comme elle osa signer certaines de ses lettres (1764-1794), fascine par son empathie et sa délicatesse de cœur. Tantôt exubérante ou réservée, novatrice ou enracinée, elle fut un modèle de foi et de féminité.
Après l’échec de projets de mariage, elle épouse la vocation d’un célibat tourné vers les services des pauvres autant que vers l’apostolat des grands de la cour. Enfant terrible, elle polit son caractère à l’école des vertus et d’une farouche volonté jusqu’au sacrifice de sa vie, dans la loyauté à son Dieu et à son roi. Au cœur de l’épreuve révolutionnaire, contrairement à ses deux autres frères émigrés, elle reste fidèle à Louis XVI et se montre d’une trempe bien plus virile que de coutume. L’auteur évoque la terrible journée du 5 octobre :
C’est une kyrielle de femmes et de mères qui quittent Paris pour rejoindre Versailles. La farine manque, la disette guette. Elles craignent pour leurs enfants et veulent avertir le roi. Le temps est pluvieux lorsqu’elles quittent la capitale. Elles ont six heures de marche. Ce cortège hétéroclite est composé de femmes de la Halle, des harengères, des poissardes qui ont l’habitude de rencontrer le souverain. Elles sont honnêtes et respectueuses. Mais à cette colonne se greffent également des femmes violentes, politisées, qui réclament la tête de la “Messaline autrichienne”. Munies de couteaux et de pierres, elles s’écrient “qu’elles vont pendre l’Autrichienne et sa commère Polignac à la lanterne”. Le ton est donné. Et puis il y a ces hommes déguisés en femmes, parés de jupes et de corsages. Un cortège panaché. La reine serait la cause de tous les maux.
