De Priscille Kulczyk, chercheur à l’ECLJ :
Dans l’après-midi du jeudi 25 juin 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) débattra d’un rapport intitulé « La pornographie violente : un test pour les droits humains » (document 16422) rédigé par la sénatrice espagnole Laura Castel (Groupe pour la gauche unitaire européenne-GUE). Ce débat devrait mener à l’adoption d’une résolution et d’une recommandation sur ce sujet.
Il faut se réjouir que la « pornographie violente » préoccupe l’Assemblée et que les textes devant être débattus contiennent quelques recommandations positives. En revanche, ces textes pourraient être largement améliorés, en particulier eu égard à la distinction illusoire opérée entre « pornographie » et « pornographie violente ». En effet, sans même parler du fait que la violence est omniprésente dans de tels contenus, force est de constater que la pornographie est en elle-même une violence, tant dans sa production souvent marquée par l’exploitation de d’êtres humains vulnérables que dans les conséquences de sa consommation, non seulement par les enfants parfois très jeunes mais aussi par les adultes. Il n’existe en cela aucune pornographie « éthique » : c’est la pornographie en soi qui constitue « un test pour les droits humains », pas seulement les contenus pornographiques violents.
Cette même frontière artificielle sous-tendait la résolution 1835 relative à « La pornographie violente et extrême » adoptée par l’APCE en 2011. Or il s’avère que les constats posés alors par l’Assemblée demeurent les mêmes quinze ans plus tard. Le fléau pornographique continue son œuvre de pornification de la société, au prix de nombreuses victimes, en particulier parmi les femmes et les enfants. La consommation de pornographie est toujours aussi massive, chez les adultes comme chez les jeunes, et ses conséquences toujours aussi nocives pour les individus, les familles et la société tout entière. D’autre part, les évolutions technologiques permettent l’émergence de nouvelles pratiques néfastes en la matière.
C’est pourquoi l’APCE doit saisir l’occasion qui lui est donnée et se montrer plus ambitieuse si elle veut véritablement lutter contre la violence de la pornographie. En ce sens, des parlementaires ont déposé des amendements pragmatiques qui tiennent compte des racines de ce problème et en favorisent une meilleure compréhension. Ceux-ci vont notamment dans le sens de l’atténuation de la distinction regrettable entre « pornographie » et « pornographie violente », d’une meilleure reconnaissance des effets négatifs à grande échelle de la pornographie, tout particulièrement sur les enfants, ou encore d’une responsabilisation accrue des différents acteurs de l’industrie pornographique en ligne.
Il importe que ces amendements puissent trouver un fort soutien à l’issue du débat en séance plénière, afin de permettre une meilleure compréhension et prévention des dégâts causés par la pornographie, y compris en ses formes les plus violentes.
