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Pays : International

Retour de la droite en Colombie

Retour de la droite en Colombie

L’avocat antisystème soutenu par les États-Unis, Abelardo de la Espriella, a remporté le second tour de l’élection présidentielle en Colombie dimanche, face au sénateur de gauche Ivan Cepeda, allié du président sortant Gustavo Petro.

Les résultats le donnent gagnant avec 49,7% des voix, devant Ivan Cepeda (48,7%). Le président élu prendra ses fonctions le 7 août, pour un mandat de quatre ans.

La Colombie passe à droite après l’Argentine, le Chili et l’Équateur.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a vanté sur X une future collaboration «en matière de sécurité» et pour «mettre fin à l’immigration clandestine vers les États-Unis». Le président américain Donald Trump a publié sur son réseau Truth social une photo du millionnaire colombien, accompagnée du message: «il a gagné, et largement!».

Conflits dresse le portrait d’Abelardo de la Espriella :

Avocat médiatique sans expérience de gestion publique, admirateur revendiqué de Donald Trump, Javier Milei et Nayib Bukele, il a construit sa campagne autour d’un discours de rupture complète, structuré autour de la réduction drastique de la taille de l’État, de la restauration de l’ordre public, de la relance des activités extractives et d’une politique répressive contre le crime organisé.

Le premier tour de scrutin, organisé le 31 mai dernier, a bouleversé tous les pronostics. Abelardo de la Espriella est en effet arrivé en tête avec 10,36 millions de voix, soit 43,74 % des suffrages. Iván Cepeda, souvent donné premier dans les sondages, le suivait avec 40,9 %. En revanche, Paloma Valencia s’est effondrée à seulement 6,92 % des bulletins exprimés, en dépit de son succès massif lors des primaires de mars.

Ce résultat révèle l’ampleur du vote anti-Petro, puisqu’une partie importante de l’électorat conservateur a décidé d’abandonner les formations traditionnelles pour se rallier à un candidat perçu comme plus radical et plus capable d’imposer l’ordre.

La géographie électorale a par ailleurs fait apparaître deux pays irréconciliables. D’un côté, les régions centrales et économiquement dynamiques soutiennent massivement Abelardo de la Espriella. De l’autre, les périphéries rurales et les territoires les plus marqués par le conflit armé entre l’État colombien et les anciennes FARC demeurent clairement favorables à Cepeda.

Pour sa part, l’entre-deux-tours a transformé l’élection colombienne en enjeu international. La quasi-totalité de la droite nationale et internationale s’est en effet rassemblée derrière Abelardo de la Espriella. Paloma Valencia et Álvaro Uribe ont ainsi ouvertement appelé à voter pour lui, tandis que Claudia López a apporté son soutien à Iván Cepeda.

Le tournant décisif est intervenu le 17 juin, lorsque le président américain Donald Trump a accordé son « soutien total » au candidat conservateur. Un tel appui a immédiatement été exploité comme une preuve de crédibilité internationale par l’équipe de campagne d’Abelardo de la Espriella.

La confrontation est alors devenue autant géopolitique qu’électorale : le second tour allait-il marquer le retour dans l’orbite stratégique de Washington ou, au contraire, la poursuite de l’ancrage progressiste latino-américain ?

Une victoire serrée et un pays coupé en deux

Signe de grandes tensions idéologiques, le second tour du 21 juin a enregistré une participation historique de 63,59 %, soit plus de 26,3 millions de votants.

Selon le dépouillement préliminaire, Abelardo de la Espriella l’a finalement emporté avec 12 959 542 voix, soit 49,66 % des suffrages, là où Iván Cepeda obtenait 12 708 695 voix, soit 48,70 % (les votes blancs et nuls étant décomptés à part).

L’écart final n’est ainsi que de 250 847 voix, soit moins d’un point.

Sans surprise, le vainqueur doit son succès avant tout aux grands centres économiques colombiens (départements d’Antioquia, de Santander ou encore de Cundinamarca), à la diaspora installée en Amérique du Nord et à l’effet rassurant produit par son colistier, José Manuel Restrepo, ancien ministre des Finances d’Iván Duque. Iván Cepeda domine quant à lui Bogotá, la côte Pacifique (départements de Chocó, du Valle del Cauca ou encore de Nariño) et plusieurs régions historiquement marginalisées de la nation (comme les départements de Vichada et de Vaupés, dans l’est et le sud du pays).

Néanmoins, la gauche a immédiatement refusé de reconnaître sa défaite, puisque Gustavo Petro et Iván Cepeda ont pointé des irrégularités présumées et contesté les résultats devant les autorités électorales, en dénonçant de possibles fraudes dans 33 000 bureaux de vote. Des manifestations ont alors éclaté dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Cali (ouest).

Le pari impossible d’« El Tigre »

Le 7 août 2026, Abelardo de la Espriella, surnommé « El Tigre », devrait malgré tout faire son entrée à la Maison de Nariño (siège de la présidence) à l’issue d’une victoire fragile et au sein d’un pays profondément divisé.

Les défis de son gouvernement sont nombreux, étant donné qu’il devra simultanément restaurer la sécurité, sauver un système de santé proche de la faillite, réduire un déficit budgétaire devenu préoccupant et négocier avec un Congrès où aucune majorité stable n’existe. Il lui faudra également composer avec une opposition de gauche encore forte.

L’ancien outsider, qui a bâti sa campagne sur la promesse d’incarner un « Bukele colombien » (en référence à la politique répressive et carcérale très marquée de l’actuel chef d’État salvadorien), devra dans tous les cas faire face à des contraintes institutionnelles, à une urgence budgétaire et à la polarisation extrême de la société.

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