De Bogusław Kiernicki pour Le Salon beige :
Il y a deux jours, les funérailles de Mgr Józef Michalik, ancien président de la Conférence épiscopale polonaise, ont eu lieu en Pologne. L’Église a fait ses adieux à celui qui, pendant des années, a été à sa tête et lui a donné le visage d’une Église engagée dans les affaires nationales. Dans son homélie lors de la messe funéraire, l’actuel président de l’Épiscopat, Mgr Tadeusz Wojda, a notamment déclaré :
« Le début de son ministère épiscopal a coïncidé avec une période de transition – la Pologne entrait dans une nouvelle réalité de liberté sociale et politique, porteuse à la fois d’espoirs et de menaces. Il s’engageait dans cette réalité avec le courage et la force de Celui qui l’avait choisi et établi Pasteur du peuple. Il cherchait, discernait, prenait des décisions – parfois difficiles, parfois incompréhensibles pour les autres. Il n’avait pas peur des sujets difficiles. Il avait le courage de dire la vérité, même lorsqu’elle était dérangeante. Dans un monde désorienté, il rappelait les fondements : l’Évangile, la conscience et la responsabilité devant Dieu. Il fortifiait la foi des personnes qui, pendant des années, avaient vécu sous la pression du système communiste », a souligné Mgr Wojda.
Le président de la Conférence épiscopale a estimé que feu l’archevêque Michalik comprenait que l’avenir de l’Église et de la Pologne dépendait aussi de la famille. C’est pourquoi, a déclaré le prédicateur, il a ardemment promu la pastorale familiale. « Il soutenait la préparation au mariage, renforçait les communautés familiales, défendait l’indissolubilité du mariage et la dignité de la vie humaine. Dans le débat public, il rappelait clairement et avec constance l’enseignement de l’Église, en prenant position « pour défendre les plus faibles – de la conception jusqu’à la mort naturelle. C’est ainsi qu’il a défendu la dignité humaine, qui est un droit fondamental de l’homme », a-t-il fait remarquer.
Mgr Wojda a rappelé que lorsque Mgr Michalik est devenu président de la Conférence épiscopale polonaise, « il s’est alors retrouvé au cœur de la vie de l’Église dans notre patrie, en une période de tensions, de conflits et de sécularisation croissante. Il était la voix des évêques, il représentait l’Église face au monde de la politique, de la culture et des médias. Ce n’était pas un rôle facile. Il a commencé ce ministère en revendiquant la place de Dieu dans la vie publique », a estimé le prédicateur.
« Il expliquait que la participation des croyants à la vie publique, aux débats sociaux, culturels, caritatifs ou politiques découle du fond de la foi chrétienne en Dieu. Il précisait en même temps que l’Église en Pologne ne souhaite ni s’emparer du pouvoir laïc ni empiéter sur ses compétences, mais qu’elle ne peut renoncer à dénoncer ce qu’elle considère, dans la réalité d’aujourd’hui, comme indigne et intolérable pour la dignité humaine, notamment face à l’émergence de formes très diverses de relativisme moral qui constituent une grave menace pour l’Église et la nation », a-t-il souligné.
Le président de la Conférence épiscopale a reconnu que les propos de feu Mgr Michalik avaient parfois suscité des critiques et des accusations d’ingérence dans la politique.
« Il répliquait et expliquait qu’elles découlaient d’un sens des responsabilités. Il était convaincu qu’un pasteur ne peut se taire lorsque la vérité sur l’homme est menacée. Il considérait que la vérité n’est pas un fardeau – c’est un chemin vers « libertés », a-t-il expliqué.
Alors qu’il n’était encore qu’un jeune évêque, Józef Michalik s’était fait connaître par une déclaration faite lors des premières élections législatives libres en Pologne. Ses propos de l’époque, selon lesquels « un catholique vote pour un catholique », avaient été interprétés comme un soutien à l’Action électorale catholique organisée par les militants de l’Union chrétienne-nationale. Cette coalition a obtenu un très bon résultat, ce qui a ensuite permis l’adoption du concordat, le rétablissement de l’enseignement religieux dans les écoles et l’adoption d’une loi protégeant la vie humaine dès la conception, en vigueur depuis plus de 30 ans.
L’archevêque Michalik était également connu pour son attitude critique envers l’Union européenne. Dans une interview accordée au trimestriel « Christianitas » juste après le référendum sur l’adhésion en 2005, il a notamment déclaré :
« Nous assistons à la construction d’une Europe idéologique qui méprise l’ordre de la création, l’histoire et tout simplement la vérité. Je suis un homme qui ne craint pas cette Union, mais qui ne lui fait pas non plus vraiment confiance. Et je ne compte pas sur elle pour résoudre tous les problèmes. De plus, je pense qu’elle ne fera qu’aggraver ces problèmes. »
L’une de ses dernières publications fut un essai dans le livre « La présence de la Couronne. Rapport sur la grande tradition d’État », une anthologie publiée par la Fondation Saint-Benoît à l’occasion du millénaire du Royaume de Pologne. Il y écrivait :
« Le monde a besoin de personnes de conscience – de monarques, de présidents et de dirigeants préparés, compétents, honnêtes et moralement intègres. (…) Les gardiens de l’« esprit royal » au sein de la nation polonaise ont été nombreux et il vaut la peine évoquer leurs modèles de comportement, car ce sont eux qui ont payé le prix fort pour avoir fait les bons choix dans la vie, ne serait-ce que pendant les périodes d’esclavage. Il s’agissait des poètes exilés : Mickiewicz, Słowacki, Norwid, du prince Adam Czartoryski et des prêtres de la Congrégation de la Résurrection, qui œuvraient à Paris pour préserver l’identité des Polonais ; les défenseurs de Monte Cassino, les victimes de Katyn et celles de Smolensk sont devenus des héros. Dans la mosaïque des grands gardiens d’un patriotisme sain figurent également saint Jean-Paul II et le bienheureux prêtre Jerzy Popiełuszko, ainsi que Ryszard Siwiec, de Przemyśl, qui s’est immolé par le feu au Stade du Dixième Anniversaire à Varsovie pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Union soviétique. (…) Le Seigneur Jésus a également utilisé à maintes reprises l’image du royaume auquel l’homme aspire, bien qu’il ne puisse l’obtenir qu’à certaines conditions : il faut être juste (Mt 5, 20) et déterminé, car seuls « les violents s’en emparent » (Mt 11, 12). Le royaume ne peut être divisé en son sein (Mt 12, 25), mais y entrera celui « qui s’humilie comme un enfant » (Mt 18,3). Il ne fait donc aucun doute que les plans de Dieu incluent l’autorité du pouvoir et le leadership exercé par l’homme sur la communauté. (…) Un vieux dicton disait que nous avons les dirigeants que nous méritons. Ainsi, le moyen d’améliorer la qualité des personnes qui gouvernent la communauté consiste à se soucier de la qualité de chaque être humain et de chaque famille, ainsi qu’à créer une opinion publique qui soutienne la valeur du travail dévoué au service des autres et une atmosphere où la paresse, l’égoïsme, la corruption et toutes sortes de maux sont mal vus. Il convient toutefois de se rappeler que la noblesse engage et que « coruptio optima pessima » – la corruption de ce qu’il y a de meilleur devient la pire des choses.
Sa propre mission terrestre a pris fin. Il a laissé une empreinte marquante dans l’histoire de la Patrie et de l’Église.
Bogusław Kiernicki
