De Marie-Thérèse Avon-Soletti, Docteur en Droit, Maître de conférences honoraire d’histoire du droit:
Faire connaître la doctrine de droit naturel devient une nécessité dans un moment où les nouvelles idéologies, toujours changeantes sur la forme mais toujours aussi mortifères sur le fond envahissent la société et les esprits.
Le personnage central du courant de droit naturel est Socrate, philosophe grec du Ve siècle avant Jésus-Christ. Même s’il entre dans une lignée de philosophes, il devient le point central d’un courant, le courant de droit naturel socratique, qui enseigne que la vérité est au centre de de tout être humain et de toute cité si on veut parvenir au bien de la personne et de la cité, et que le moyen le plus sûr d’y parvenir est la loyauté.
Pour Socrate, le centre : la vérité, le moyen : la loyauté. À ces deux conditions, le but sera le bien.
Voilà ce qu’enseigne Socrate tout au long de sa vie. Il sera condamné à mort en grande partie pour cet amour de la vérité qui le mettait nécessairement en opposition avec les sophistes, les démagogues de son temps, pour lesquels le but recherché était la domination de la cité par le moyen de la manipulation des foules, le centre étant la satisfaction de leur volonté personnelle.
Pour les sophistes, le centre : la volonté de l’homme, le moyen : le mensonge, le but : la domination.
Depuis toujours, ces deux courants coexistent et se heurtent, avec bien souvent une victoire des sophistes. Pourtant, les plus belles périodes de la vie des hommes dépendent de cet attachement d’une minorité à ce courant de droit naturel. Un des exemples les plus flagrants est celui d’Hippocrate qui suit le courant de droit naturel et le développe dans l’espace puis dans le temps par le serment qu’il demande de prononcer à tous les docteurs qui suivent son principe de combat exclusif pour la vie : le serment d’Hippocrate.
Un docteur est fait pour soigner, soulager, aider, et, quand il le peut, guérir. Mais, en aucune façon, il ne doit nuire à son patient ou à ceux qui l’entourent. Très combattu à son époque par tous ceux qui s’intéressaient plus à leur profit personnel qu’au bien du patient, Hippocrate résiste et forme une école qui exige de chaque médecin la promesse de tenir bon dans le combat pour la vie contre la mort, école de pensée qui se pérennisera, malgré quelques éclipses, jusqu’au dernier tiers du XXe siècle parmi les médecins de la civilisation grecque, de la chrétienté puis du monde entier.
La guerre entre le courant socratique et les sophistes se poursuivant de nos jours, c’est ce serment qui est aussi férocement combattu que l’a été Socrate en son temps. Quel que soit le nom donné à l’acte, le fait de demander à un médecin de mettre à mort un être vivant innocent, impose de trahir le serment d’Hippocrate et de renoncer à combattre exclusivement pour la vie. C’est ce combat de la vie contre la mort qui est l’enjeu de notre époque. Il ne faut pas s’y tromper, certains aiment la mort, surtout la mort des autres d’ailleurs, et cette volonté est tellement forte, soutenue par tellement de moyens, qu’elle est entrée dans la législation de pays toujours plus nombreux qui croient obéir à des motivations sociales ou sentimentales, mais qui en réalité, obéissent aux sophistes de notre époque, aux sophistes qui œuvrent à chaque époque.
Si les hommes n’ont plus le courage de vivre en cas de difficultés même majeures, ils n’auront plus le courage, ni de s’entraider, ni de se perpétuer, ni de créer. Car tout est lié en réalité, la mort des êtres humains mais aussi des esprits et de la société.
Le combat pour le droit naturel est le combat de la vie contre la mort. Il faut tenir bon contre les tentations du désespoir, refuser de se laisser dominer par la volonté des hommes pour ne s’attacher qu’à la vérité car «la vérité vous rendra libres» (in Saint Jean 8, 32). «Je ne cherche que la vérité» proclame Socrate, c’est un «combat qui vaut … tous les combats de ce bas monde» (Platon Gorgias 526, d-e).

VIVANT
Bon article. Pilate répondit à Socrate. Socrate ne pouvait pas imaginer que la Vérité se fit homme. Notre France postrévolutionnaire ne supporte pas que l’homme ait la vie divine en ligne de mire. L’eucharistie est une piste pour que Socrate et ses amis retrouvent l’Espérance.
Athena-Ulysse
Merci. Oui, Socrate découvre le caractère central de la vérité, mais il ne connaît pas le Christ. En revanche, l’Église a su développer ce courant avec la synthèse qu’en a faite Saint Thomas d’Aquin (voir la réponse au commentaire 3, 12 février, 19h34).
OlivierDebesse
Bravo pour cette article rappelant utilement la doctrine de droit naturel.
Beaucoup de nos amis sont dans le clivage artificiel entre la gauche et la droite. Certains parlent de la “vraie droite” et d’autres de la “fausse droite”.
Le vrai clivage à mon sens est celui entre les amoureux de la vérité et de la doctrine de droit naturel, et les sophistes. Entre les promoteurs de la vie et les promoteurs de la mort.
Pour aller plus loin, il est utile de visiter ce site dont Marie-Thérèse Avon-Soletti est Directeur de publication : https://unite-asso.com/
Athena-Ulysse
Oui, la droite et la gauche sont nées avec la révolution française en rapport avec le président de l’assemblée, les uns se mettant à sa droite et les autres à sa gauche. C’est un peu simpliste et surtout à un niveau qui ne dépasse pas l’humain. Pour cette raison, ils sont inconstants tous les deux, la droite approuvant dix ans après les idées de gauche qu’elle avait combattues dix ans avant, comme colonisation, idée de gauche, que la droite n’approuvait pas et qu’elle a défendu ensuite quand la gauche l’a combattue. Et on pourrait donner bien d’autres exemples. En fait, la gauche fonce vers le gouffre et la droite freine ce mouvement quand elle arrive au pouvoir. Mais, droite et gauche restent à un niveau humain et, pour cette raison, ne peuvent arrêter la dégradation de la situation.
Il faut retrouver une vraie doctrine, une doctrine qui part de Dieu passe par les hommes et retourne à Dieu. L’Église a développé le courant de droit naturel en une véritable doctrine : la doctrine de droit naturel dont la synthèse est élaborée par Saint Thomas d’Aquin. Je crois, comme vous, que c’est à partir de cette doctrine qu’une reconstruction de la société pourra être élaborée et mise en pratique.
PierreMontamat
Quelle régression : nous en sommes revenus à l’Antiquité (et avant Aristote !!!) pour défendre le droit naturel !!! Comme si la ‘Renaissance’ n’avait pas suffi !
Je préfère lire M Villey, J Madiran, P Pichot-Bravard ou le P Bernard sur le sujet… pour reconnaître que seuls les catholiques défendent le droit naturel, dans l’ordre de la Rédemption.
Garde67
Ne comprenez-vous pas que la philosophie grecque a préparé l’avènement du christianisme, comme le judaïsme. D’où l’apostolat de Saint-Paul à Éphèse, Corinthe et à Thessalonique.
Bien évidement, il manquait aux juifs et aux grecs la Révélation, c’est-à-dire la connaissance de la source du droit naturel, qui n’est autre que la Loi de Dieu. Dieu avait préparé la venue de son Fils, dans toutes les nations entourant Israël : l’Égypte, la Perse, la Grèce et Rome. S’il y a eu un “Peuple choisi”, toutes les nations ont été visitées par l’Esprit de Dieu pour les ouvrir à l’Évangile.
Athena-Ulysse
Le courant socratique de droit naturel a pour base philosophique Socrate. Il se poursuit avec Platon, Aristote, Cicéron et bien d’autres. Socrate, étant né au Vème siècle avant Jésus-Christ, il ne connaît pas le Christ, bien sûr, ni ceux qui le suivent, mais il cherche la vérité. Or, le Christ dit de Lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (in Saint Jean 14,6).
Jésus-Christ est le centre de l’histoire. Il ne fait pas table rase du passé, reléguant l’Antiquité aux gémonies. Au contraire, en tant que Créateur il a créé tout homme à l’image de Dieu. En tant que Rédempteur, Il appelle tout homme à Le reconnaître comme le Fils de Dieu. Ceci signifie que tout homme a en lui une étincelle divine qui le rend capable de répondre à l’appel de Dieu. C’est ce qu’ont compris tous les missionnaires qui, de tous temps, sont partis convertir les populations qui ne connaissaient pas le Christ. Tout homme a en lui l’image de Dieu qui lui permet d’attendre le Christ et de Le reconnaître quand la Bonne Nouvelle lui est annoncée.
L’Église, parce qu’elle a été créée par le Christ sur Pierre, a compris que ce courant socratique de droit naturel allait dans la direction de Dieu du fait de sa volonté de tout centrer sur la vérité. Elle l’a gardé et l’a développé de façon remarquable en ajoutant tout l’apport chrétien issu de l’Évangile et de la Doctrine de l’Église. Arrivé à Saint Thomas d’Aquin, la synthèse était prête. C’est la doctrine de droit naturel qui, seule, a été capable de lutter contre l’absolutisme, les Lumières et les idéologies sorties de la révolution française qui continuent de régner sur notre société, dont cette idéologie de mort qui veut s’imposer maintenant. Bien sûr, ce courant a eu pour défenseur Michel Villey et bien d’autres au XXème siècle. Mais, aucun n’a rejeté Socrate car les chrétiens, contrairement aux autres religions, savent que l’homme a été créé par Dieu et qu’il aspire à connaître Dieu.
Le fait que le serment d’Hippocrate soit attaqué aujourd’hui de façon atroce puisqu’on veut forcer des soignants à tuer des êtres innocents sous peine de prison prouve l’actualité de ce courant socratique et de cet attachement à la vérité.
ThierryVitteau
Merci pour votre commentaire, il a le mérite d’être clair et précis.