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Voyage du pape à Lourdes : le cauchemar d’un pèlerin palestinien catholique

Voyage du pape à Lourdes : le cauchemar d’un pèlerin palestinien catholique

Raconté ici :

[…] Originaire de Ramallah, en Cisjordanie occupée, Abdel-Massih est catholique de rite latin, comme le sont la grande majorité des catholiques de France. Son pèlerinage devait être une action de grâce. Remercier pour les prêtres, pour les Sœurs du Rosaire, pour cette communauté au sein de laquelle il avait appris à croire, à servir, à trouver sa place. Prier pour sa famille, ses amis, la paix et la justice. Et célébrer tout cela avec le pape.

Venu pour rendre grâce d’être chrétien

« Je voulais que le pape voie mon drapeau, d’autant plus qu’il ne manque pas une occasion de nous soutenir. Alors je voulais qu’il voie que les chrétiens palestiniens sont eux aussi avec lui. » explique-t-il. Il espérait que ces couleurs diraient cette reconnaissance des catholiques palestiniens pour l’Église qui les accompagne. Il avait apporté son pays avec lui, comme d’autres pèlerins apportent le leur quand l’Eglise est universelle sans effacer les appartenances.

Le samedi 26 septembre, à Lourdes, il se tient près des barrières, à l’entrée du sanctuaire, sur le parcours du pape. La messe sera célébrée le lendemain. Lui attend déjà la rencontre. Il sort son drapeau palestinien.

Selon le récit qu’il nous livre, des policiers s’approchent, contrôlent ses papiers, vérifient son sac et le fouillent. Son titre de séjour est en règle. « Je leur ai dit que j’étais chrétien. » Un policier lui indique qu’il pouvait rester, mais qu’un agent se tiendrait devant lui. Il accepte. « Pas de problème pour moi, je suis un pèlerin comme les autres » répète-t-il heureux et fier.

L’arrivée du pape approche. Abdel-Massih affirme avoir demandé au policier s’il pouvait maintenant déployer le drapeau et avoir reçu son accord. « Lorsque je l’ai déroulé, poursuit-il, cinq autres policiers sont arrivés et m’ont aussitôt menotté. Je leur ai dit que je n’étais pas un militant que j’étais un pèlerin, mais il semble qu’ils n’aient pas compris. »

Interpellé, il raconte les 37 heures de garde à vue, les interrogatoires, les fouilles, son téléphone passé au crible, ses comptes sur les réseaux sociaux consultés. Une nuit passée à Tarbes, l’autre à Lourdes.

Il dit être resté calme, tout au plus a-t-il interrogé pour savoir ce qu’il aurait fait de mal. Puis, selon son témoignage, une OQTF (obligation de quitter le territoire français) lui est présentée. « J’ai refusé de la signer et j’ai demandé à voir un avocat. » On imagine la peur de celui qui est venu en méropole parfaire le Français qu’il enseignait jusque-là en Palestine. Finalement, la mesure a été annulée avant sa libération.

Une blessure infligée par des frères

Ce qui le blesse, ce n’est même pas la garde à vue. Dans la foule rassemblée autour de lui, dit-il, il a entendu à plusieurs reprises le mot « terroriste ».

Il espérait qu’on vienne l’interroger sur ce qu’est être chrétien au pays de Jésus. Il aurait aimé expliquer qu’il existe des catholiques latins en Palestine, raconter leur vie, leur foi, leur joie. Le drapeau devait ouvrir une conversation. Il s’est retrouvé à devoir se défendre.

Il répète à l’envie la seule chose qui lui tenait à cœur. « Je voulais faire savoir qu’il y a des catholiques latins en Palestine et parler de notre identité, de notre vie, de notre joie d’être chrétiens. J’aurais été tellement heureux de parler des catholiques palestiniens. »

À l’écouter, on entend une infinie tristesse et une question qu’il retourne de toutes les façons : pourquoi ce qui lui semblait naturel est-il devenu suspect ?  « Je suis chrétien catholique. Et je suis palestinien. Je ne comprends pas, je pensais qu’entre chrétiens, on était tous les mêmes, que chacun avait le droit de porter le drapeau de sa nation. Que nous avions tous la même foi et les mêmes droits. » […]

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