Nous avons interrogé Karen Achkouty, Responsable de projet au Liban pour SOS Chrétiens d’Orient :
100 jours après le début de la guerre, quel est le quotidien des Libanais, aujourd’hui ?
Aujourd’hui, on compte plus de 3600 morts au Liban, plus de 11 000 blessés. Des villages entiers sont détruits, des milliers de logements sont à terre ; 17 hôpitaux ont été touchés dans tout le Liban ; trois sont fermés, parce que détruits ou trop proches des combats… Donc, vous imaginez bien que pour tous les Libanais touchés par la guerre, la vie quotidienne est plus que difficile.
Ceux qui sont restés dans les villages du sud sont privés de tout ou presque. Ils vivent en pleine zone de guerre ; les bombardements israéliens sont quotidiens. Il est dangereux de se déplacer, dangereux d’aller cultiver son champ, etc. Ainsi, en début de semaine dernière, un homme, le docteur James George Karam, rentrait en voiture de Beyrouth vers son village de Qlayaa, avec ses deux enfants, Tony et Theodosia. Celle-ci, jeune étudiante, venait de passer ses examens. La voiture a été visée par un drone israélien. Tous les trois sont morts sur le coup.
Quant à ceux qui sont installés, depuis 100 jours maintenant, dans des centres d’accueil d’urgence, la situation n’est guère enviable. Ils ont été contraints de partir de chez eux en quelques minutes, de fuir la guerre et de tout laisser derrière eux. Impossible pour eux d’envisager un retour pour le moment… Et un retour pour retrouver quoi ? Un village ravagé, une maison détruite, une église en ruine ? Difficile aussi de trouver un travail dans les régions dans lesquelles ces familles se sont réfugiées. Quand on est agriculteur dans le sud du Liban, travailler à Beyrouth est compliqué ! Bref, le quotidien des Libanais touchés par la guerre est loin d’être facile. Avec SOS Chrétiens d’Orient, depuis Beyrouth, nous faisons au mieux pour soulager leurs souffrances.
Justement, quelles sont les nouvelles de vos équipes au Liban ?
J’étais en rendez-vous, il y a quelques heures, avec le président de la municipalité de Rmeich, une ville du Sud-Liban, 6000 habitants auxquels il faut ajouter au moins 1000 déplacés des villages voisins. Celui-ci est bloqué à Beyrouth. C’est donc depuis la capitale qu’il fait partir les convois d’aide humanitaire qui permettent au village de vivre, ou du moins de survivre. Dès qu’il obtient une autorisation, il fait partir, par camion, des médicaments, de la nourriture, de l’essence, etc. Avec lui, nous avons vu comment nous pourrons l’aider ces prochains jours, ces prochaines semaines.
Alors, autant dire que nos équipes et nos volontaires sont plus que jamais mobilisés. Vous savez, depuis le début de la guerre, nous avons mis de côté un certain nombre d’activités habituelles afin de pouvoir apporter notre soutien à ces milliers de Libanais touchés par la guerre. Aussi bien ceux qui ont dû quitter leurs villages, abandonner leurs maisons et laisser tout pour fuir les bombardements israéliens, que ceux qui ont fait le choix de rester, malgré tous les risques…
Des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu ont été annoncés la semaine dernière. Est-ce un espoir ?
Ces pourparlers ont échoué ; comme les précédents… Le cessez-le-feu était conditionné, selon la déclaration officielle « à l’arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l’évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur du Sud-Litani ». Pour le premier ministre Nawaf Salam, cette négociation avec Israël est « la voie la plus rapide et la moins coûteuse pour le Liban et les Libanais, ainsi que pour le Sud et ses habitants ». Le Hezbollah a refusé, qualifiant même les négociations d’ « absurdes, humiliantes et honteuses pour le Liban ». En fin de semaine dernière, Benjamin Netanyhou a lui-même déclaré à ses ministres, selon la presse israélienne, qu’ « il n’y a actuellement aucun accord » puisque « le Hezbollah s’y oppose ».Un de ses ministres, Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, militant sioniste religieux expansionniste, lui avait d’ailleurs déjà répondu que « la cessation des hostilités avec le Liban est une grave erreur ». Aussi, dimanche 7 juin, l’armée israélienne annonçait-elle continuer « ses opérations dans tout le Liban » ! Le lendemain, elle lançait 40 raids aériens. Et ce matin, mardi 9 juin, elle demandait l’évacuation de la ville de Tyr.
Les Libanais vont donc continuer à vivre leur cauchemar. Comme c’est le cas depuis si longtemps.
Que peut-on faire pour les aider ?
Prier, parler, donner ! Prier pour le Liban et les Libanais. Parler de ce qui se passe au Liban. Vous habitez à 3000 kilomètres du Liban ; les mauvaises nouvelles de là-bas sont donc vite oubliées ici. Il faut donc continuer à pleurer avec le Liban et, enfin, chacun peut évidemment soutenir toutes les associations qui agissent concrètement, là-bas.
