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Culture de mort : Euthanasie

87e anniversaire de l’Aktion T4

De Roland HUREAUX, Agrégé d’histoire, pour le Salon beige:

C’est par beau printemps    comme celui que nous connaissons, qu’Hitler a conçu en 1939 l’Opération dite Aktion T4, un vaste plan d’euthanasie des handicapés physiques et mentaux.

La proposition de loi sur l’euthanasie dont débat aujourd’hui le Parlement français, excluait cette possibilité de s’en prendre aux plus vulnérables dont on ne saurait attendre un consentement. Elle a été rétablie par l’Assemblée. Dans le principe, si la loi est votée, une élimination des handicapés  analogue à celle du IIIe Reich est désormais possible en France.

Si le début officiel de l’opération T4 est le 1er septembre 1939, au commencement de la guerre, la décision avait été prise antérieurement et son exécution préparée tout au long de l’été. L’opération, pilotée par la Chancellerie, a reçu le nom de code T 4 parce que l’administration dédiée   avait été installée dans une villa confisquée à une famille juive au 4 de la Tiergartenstrasse (rue du Jardin des Plantes), une des avenues les plus huppées de Berlin.

C’est là que fut recrutée   une équipe restreinte    destinée à réaliser cette élimination, dirigée par Philip Bouhler, en liaison étroite avec le Dr Karl Brandt, médecin personnel du führer[1].

Dès avant son accession au pouvoir, Hitler avait ce projet   en tête. Il découlait de son     idéologie préconisant l’élimination des faibles et des tarés, à la fois pour améliorer la race et pour débarrasser le pays de la charge des improductifs. Il ne fallait   pas trembler pour le faire car, selon lui, le monde appartenait aux forts aptes à surmonter les sentiments de pitié. Cela n’a cependant pas empêché Hitler de dire aux familles que l’opération visait à infliger « une mort miséricordieuse » (sic)  à des gens plongés dans la souffrance. Entre les deux-guerres, l’idée d’une élimination des tarés, portée par la philosophie de Nietzsche[2], était déjà   dans l’air du temps, non seulement en Allemagne mais aussi dans le monde anglo-saxon.

Dès 1933, les nazis avaient pris des mesures d ’ « hygiène raciale » : stérilisation obligatoire des porteurs de maladies héréditaires, légalisation de l’avortement dans le cas où un de parents en serait affligé.  Mais pour des raisons politiques, Hitler préféra attendre la guerre pour aller plus loin tout en préparant les esprits par une propagande insistant sur le coût social des handicapés. A partir de 1938, la même propagande prétendit que des parents de handicapés de plus en plus nombreux écrivaient pour demander leur élimination. Comme aujourd’hui, on entend  encore des « témoins » déclarant avec le maximum de pathos souffrir de ne pas pouvoir mettre fin aux jours d’un parent qui souffre.

Dans le plus grand secret

La difficulté à surmonter était la résistance prévisible des familles et des Eglises. Tout se fit donc dans le secret. Si l’opération débuta avec la guerre de Pologne, c’est que le régime espérait que le bruit médiatique lié à la déclaration de guerre la couvrirait.

On commença par les enfants : dès le 18 aout, une circulaire imposa au médecins et sage-femmes de déclarer ceux qui naissaient handicapés. Les parents étaient informés de leur transfert dans des unités dispensant des soins spécialisés ; ils   devaient signer une autorisation. L’opération fut très vite étendue aux adultes : furent particulièrement visés les psychopathes, les alcooliques, les infirmes, les faibles d’esprit, les incurables.  L’inaptitude au travail était   le critère déterminant.

L’opération se fit hors des hôpitaux psychiatriques, dans six centres spécialisés, dont des châteaux isolés, répartis sur tout le territoire. Les malades y étaient amenés dans des autobus gris aux vitres opaques   de la société d’Etat Gekrat. Ignorant leur destination, les familles recevaient plus tard un faire-part de décès pour cause d’épidémie et quelquefois une urne funéraire.

La majorité du corps médical était au courant comme l’a montré le procès des médecins qui s’est tenu à Nuremberg en 1948. Après avoir essayé les piqures de morphine ou scopolamine, l’administration du T4 jugea plus expéditif le recours au   monoxyde de carbone, suivi d’une crémation.

On estime que, pendant les deux années (août 1939-août 1941) où elle se déroula, l’opération fit environ 75 000 victimes. Mais l’élimination des malades mentaux ou enfants handicapés se poursuivit hors de l’opération T4, dépassant au total   les 100 000 victimes.

Le secret presque absolu dans lequel elle fut menée   fit que les réactions furent lentes. D’autant qu’en régime totalitaire, les   familles sont isolées les unes des autres et sous surveillance policière. Quand la chose filtra, des pasteurs protestants et de prêtres catholiques écrivirent à la Chancellerie. La protestation la plus spectaculaire fut celle de Mgr Clemens-August von Galen, évêque de Munster qui, à l’été 1941, saisit la justice et interpella avec véhémence le gouvernement du haut de sa chaire.  Que l’opération ait cessé peu après   est-il l’effet de cette interpellation ou cette phase de l’opération était-elle terminée ? Toujours est-il que l’évêque fit mis au secret et plusieurs de ses prêtres déportés.

Une autre raison de mettre fin à l’opération, était qu’à l’automne 1941, après l’invasion de la Russie, commençait l’élimination des juifs, d’abord par balle dans les terres occupées de l’Union soviétique puis, de manière plus « scientifique », dans des camps. L’Aktion T4 aura servi en quelque sorte à tester   cette méthode de massacre de masse, prévu lui aussi depuis longtemps. Le personnel qui avait été recruté pour éliminer les malades mentaux fut en partie transféré dans les camps d’extermination.

[1] Condamné à mort à Nuremberg , Bouler s’est suicidé en prison.

[2] Le philosophe a à plusieurs reprises recommandé l’élimination des tarés.

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