D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
En vieillissant, je me surprends à réfléchir de plus en plus au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : un monde véritablement difficile à interpréter et tout aussi difficile à habiter. C’est un monde qui a connu d’immenses changements au cours des dernières décennies, profondément différent de celui de ma jeunesse.
Aujourd’hui, il est difficile de savoir comment se comporter dans des situations qui autrefois semblaient relativement claires. Il existait des règles — même non écrites — que tout le monde comprenait et qui rendaient certains comportements acceptables au sein d’une communauté partageant les mêmes références.
Je crois que la plus grande difficulté touche aujourd’hui surtout les hommes, car presque tout ce qu’ils font, disent — ou peut-être même pensent — est regardé avec suspicion, comme si cela constituait automatiquement une forme de domination. Ce problème devient encore plus délicat lorsqu’il s’agit des relations entre hommes et femmes.
Il faut toutefois faire une précision importante : au cours de l’histoire, il y a effectivement eu des attitudes envers les femmes qui ne respectaient pas leur dignité. Cette dignité doit toujours être défendue et placée au centre de toute réflexion sur la relation entre l’homme et la femme. Devant Dieu, nous sommes tous égaux, et les femmes méritent le même respect que les hommes.
Cela dit, chaque geste ou parole d’un homme envers une femme ne peut pas être automatiquement considéré comme une forme de prévarication.
Depuis plusieurs décennies, on parle beaucoup des rapports de pouvoir entre hommes et femmes, notamment dans le monde du travail. Lorsqu’un homme occupe une position professionnelle supérieure à celle d’une femme, on estime souvent que toute approche sentimentale ou affective doit être considérée avec méfiance, car le pouvoir de l’homme pourrait influencer la liberté de la femme.
Sur ce point, il faut être très clair : si un homme fait du chantage à une femme, menaçant sa situation professionnelle pour obtenir des faveurs sexuelles, alors il s’agit d’un véritable abus de pouvoir. C’est quelque chose de profondément injuste, illégal, et qui doit être dénoncé sans hésitation.
Mais si deux personnes, malgré des positions professionnelles différentes, souhaitent librement entretenir une relation affective consensuelle, je ne vois sincèrement rien de mal à cela. Les déséquilibres de pouvoir existent partout. Sinon, il faudrait également considérer comme suspectes les relations entre actrices et réalisateurs, médecins et infirmières, ou entre personnes occupant des fonctions différentes dans n’importe quel environnement professionnel.
On pourrait même soutenir l’argument inverse : une actrice mariée à un réalisateur pourrait théoriquement bénéficier d’avantages professionnels par rapport à ses collègues. Pourtant, personne ne songerait à la dénoncer pour cette raison.
Ce qui m’inquiète, c’est le risque qu’au-delà des véritables cas de contrainte — que je répète être extrêmement graves — s’installe un climat général de peur et de suspicion, qui finit par créer une profonde solitude chez les hommes, de plus en plus effrayés à l’idée de dire ou de faire quoi que ce soit.
Je me souviens d’une interview de l’avocate italienne Anna Maria Bernardini de Pace, spécialiste du droit matrimonial et certainement pas hostile aux femmes. En parlant des lois sur le consentement, elle avait fait une remarque très intéressante : elle disait avoir aussi rencontré des femmes capables d’une grande méchanceté. Cette phrase peut sembler dure, mais elle souligne une réalité importante : à côté des femmes qui dénoncent à juste titre de véritables injustices, il existe aussi des personnes qui exploitent certaines situations à leur avantage personnel, en interprétant volontairement comme offensants des gestes qui étaient simplement aimables ou galants.
Je crois au contraire que nous devrions regretter une époque où les hommes étaient éduqués à la galanterie : à offrir des paroles aimables, des compliments élégants et des marques de respect envers les femmes. Dire : « Cette coiffure vous va très bien », ou « Vous portez une très belle robe », ou encore « Vous avez de très beaux yeux », ne devrait pas être considéré automatiquement comme offensant ou dégradant.
Ces gestes servaient autrefois à faire sentir la personne appréciée, tout en permettant aussi aux hommes de comprendre, avec discrétion et respect, s’il pouvait exister un intérêt réciproque. Les femmes véritablement élégantes ont toujours su répondre avec politesse, accepter un compliment tout en faisant comprendre, si nécessaire, qu’elles n’étaient pas intéressées.
C’était un langage non écrit, mais profondément compris par les hommes et les femmes : un langage fait de tact, de délicatesse et de respect mutuel.
Aujourd’hui, malheureusement, tout cela semble avoir disparu. Presque chaque parole prononcée par un homme risque d’être interprétée comme une offense, une usurpation ou une forme de domination envers les femmes.
Et cela constitue, selon moi, une véritable tragédie, car cela a profondément détérioré les relations entre hommes et femmes.
Il existe bien sûr de nombreuses femmes intelligentes et équilibrées qui ne partagent pas ces excès. Pourtant, beaucoup d’hommes vivent aujourd’hui dans une peur et une solitude croissantes, craignant que toute accusation portée contre eux soit automatiquement crue simplement parce qu’ils sont des hommes.
