Du père Marcelino Constant pour Le Salon beige :
Certains pensent que les questions doctrinales suscitées par des changements de doctrines, survenus à la suite du dernier concile et concernant ce qu’il faut croire ou faire pour être sauvé, relèvent plus de débats théologiques que du souci que devrait avoir tout catholique de le rester en gardant la Foi.
La Foi est insuffisante mais absolument nécessaire pour être sauvé
La vertu de Foi est une disposition stable donnée par Dieu dans l’intelligence pour lui permettre d’adhérer fermement à la Révélation.
Cette vertu, donnée par le baptême, est une condition de la présence des deux autres vertus théologales (Charité et d’Espérance), sans lesquelles le Salut est impossible. Si, au soir de notre vie, nous serons jugés sur la Charité, celle-ci implique nécessairement la Foi, car tout amour présuppose la connaissance de l’aimé. L’amour surnaturel de Dieu en lui-même et par-dessus-tout implique la connaissance surnaturelle reçue de la Révélation ; celle-ci nous apprend notamment qu’il est Trinité, que son Fils s’est fait homme pour nous sauver par sa Passion en vertu de son Église qui prolonge dans le temps et l’espace sa mission prophétique, sacerdotale et royale.
À la suite de saint Paul qui affirme : « l’homme est justifié 1, non par les œuvres de la Loi, mais par la foi dans le Christ Jésus » (Ga 2, 16), on doit donc tenir avec Saint Thomas que la Foi est la première de vertus théologales 2.
Outre la vertu de Foi, l’acte correspondant à celle-ci est nécessaire au salut de toute personne ayant l’usage de la raison 3 (adulte), et cet acte doit parfois être aussi extérieur 4. En effet, la profession de la Foi publique est l’un des trois liens d’appartenance au corps de l’Église rappelé par le catéchisme de saint Pie X :
« L’Église catholique est la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. »
Ainsi, ce même catéchisme précise cette affirmation en rappelant que l’hérésie est un obstacle à l’appartenance à l’Église : « Ceux qui se trouvent hors de la véritable Église sont les infidèles, les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. », avant d’ajouter que :
« Les hérétiques sont les baptisés qui refusent avec obstination de croire quelque vérité révélée de Dieu et enseignée comme de foi par l’Église catholique : par exemple, les ariens, les nestoriens et les diverses sectes du protestantisme.»
Cet acte de Foi requis au salut de tout adulte, doit être conforme à sa nature, telle qu’admirablement résumé dans la prière de l’acte de Foi.
Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées…
L’objet de la Foi est l’ensemble des vérités constituant la Révélation, contenues dans la Tradition et l’Écriture Sainte, et toutes les vérités qui leur sont nécessairement liées.
Cette Révélation est close à la mort du dernier apôtre,saint Jean, et personne ne peut rien y ajouter, pas même le pape ou un concile. Ainsi, l’Église enseigne infailliblement :
«Le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre afin qu’ils publient une nouvelle doctrine que le Saint Esprit leur révélerait, mais afin qu’ils gardent saintement et exposent fidèlement le dépôt de la foi, c’est-à-dire la révélation transmise par les apôtres, avec l’assistance du Saint Esprit. » (Vatican I, Pastor Æternus).
Il n’y a donc pas de progrès objectif du dépôt de la Foi qui soit possible car aucune nouvelle vérité ne peut être ajoutée à la Révélation. En revanche, il est possible qu’il y ait un progrès subjectif consistant en une meilleure compréhension de la Révélation, en raison notamment de son explicitation possible par le magistère ecclésiastique :
« La doctrine de foi que Dieu a révélée n’a pas été proposée comme une découverte philosophique à faire progresser par la réflexion de l’homme, mais comme un dépôt divin confié à l’Épouse du Christ pour qu’elle le garde fidèlement et le présente infailliblement. […] » (Vatican I, Dei Filius)
Notons que cette explicitation doit toujours se faire dans le même sens :
« C’est pourquoi « le sens des dogmes sacrés qui doit être conservé à perpétuité est celui que notre Mère la sainte Église a présenté une fois pour toutes et jamais il n’est loisible de s’en écarter sous le prétexte ou au nom d’une compréhension plus poussée. “Que croissent et progressent largement et intensément, pour chacun comme pour tous, pour un seul homme comme pour toute l’Église, selon le degré propre à chaque âge et à chaque temps, l’intelligence, la science, la sagesse, mais exclusivement dans leur ordre, dans la même croyance, dans le même sens et dans la même pensée” (Saint Vincent de Lérins). » […]
Et donc
« si quelqu’un dit qu’il est possible que les dogmes proposés par l’Église se voient donner parfois, par suite du progrès de la science, un sens différent de celui que l’Église a compris et comprend encore, qu’il soit anathème.» (Vatican I, Dei Filius)
Pie XI dans son encyclique Mortalium animos le rappellera en évoquant le magistère solennel des conciles œcuméniques :
« Cet usage extraordinaire du magistère n’introduit aucune nouveauté à la somme des vérités qui sont contenues, au moins implicitement, dans le dépôt de la révélation confié par Dieu à l’Église ; mais ou bien il rend manifeste ce qui jusque-là pouvait peut-être paraître obscur à plusieurs, ou bien il prescrit de regarder comme de foi ce que, auparavant, certains mettaient en discussion. »
… et que vous nous enseignez par votre Église,
La Révélation à laquelle nous pouvons et devons croire et professer par la vertu de Foi, est celle que nous recevons del’Église enseignante ou de son magistère infaillible ou constant :
« Puis il leur dit : ” Allez par tout le monde et prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné. (…)“» (Marc XVI, 15-16)
Contrairement à ce qu’affirme la doctrine protestante, la Révélation non seulement ne se réduit pas à l’Écriture (car elle est complétée par la Tradition), mais elle est transmise aux baptisés par le pape et les évêques unis à lui et à qui le Christ a confié de manière exclusive la mission de sauver les âmes, notamment en les enseignant :
« Celui qui vous écoute m’écoute, et celui qui vous rejette me rejette ; or celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé » (Luc 10,16).
À cette mission d’enseignement confiée par le Christ à la hiérarchie de son Église correspond une assistance du Saint–Esprit proportionnée au degré d’autorité qu’elle veut engager dans son enseignement, et qu’elle manifeste dans la manière de s’exprimer.
… parce qu’étant la Vérité même, vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper.
C’est le motif surnaturel de la Foi qui lui donne une certitude plus élevée que celle à laquelle peut aboutir n’importe quelle démonstration, à savoir Dieu se révélant.
Dieu étant celui qui est, il ne peut ni faire erreur, ni nous mentir, car tant l’erreur que la malice impliquent défaut ou manque d’être, comme c’est le cas pour tout mal.
On comprend alors cet enseignement de l’Église expliqué admirablement par le docteur Angélique :
« … celui qui n’adhère pas, comme à une règle infaillible et divine, à l’enseignement de l’Église qui procède de la Vérité première révélée dans les Saintes Écritures, celui-là n’a pas l’habitus de la foi. S’il admet des vérités de foi, c’est autrement que par la foi. Comme si quelqu’un garde en son esprit une conclusion sans connaître le moyen qui sert à la démontrer, il est clair qu’il n’en a pas la science, mais seulement une opinion. »
Rejeter consciemment une seule vérité enseignée par l’Église comme révélée, c’est donc nécessairement perdre la vertu de Foi c’est-à-dire la confiance surnaturelle en Dieu et par le fait même la Charité, condition du Salut et à laquelle est ordonnée l’appartenance à l’Église 5.
Le motif de la Foi étant l’autorité même de Dieu se révélant et attestant par son Église de ce qui est conforme à la Révélation et de ce qui ne l’est pas, il est très important de discerner le degré d’autorité engagé par tel ou tel enseignement donné à l’Église universelle par le pape ou celui donné par le corps épiscopal uni à lui.
Un enseignement de l’Église est vraiment magistériel (fait au nom du Christ et avec une certaine assistance du Saint–Esprit) dès qu’il a pour auteurs le pape ou les évêques unis à lui, et qu’il a pour objet la Foi ou la morale, c’est-à-dire ce qu’il faut croire ou faire pour aller au Ciel.
Cet enseignement magistériel, pour être infaillible, doit concerner directement un point concernant la Foi ou la morale et être affirmé, pour toute l’Église, comme étant divinement révélé ou nécessairement lié à la Révélation ou à tenir définitivement ; que ce soit par le biais d’un jugement solennel d’un concile ou du pape, ou par le magistère ordinaire universel 6, c’est-à-dire de l’ensemble du corps épiscopal (dispersé ou réuni) uni au pape 7, ou par une définition ex cathedra du pape 8.
Seuls ces enseignements ou ceux du magistère constant 9 sont infaillibles et impliquent une adhésion (assentiment) absolument irrévocable de l’intelligence de celui qui veut conserver la foi.
Pour les enseignements non-infaillibles, il requiert selon le degré d’autorité engagé une adhésion a priori qui va de la simple docilité au vrai assentiment de l’intelligence mais non irrévocable.
Père Marcelino Constant
[1] « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. » (Héb., XI, 6.)
[2] : « Par soi, il est certain qu’entre toutes les vertus la première est la foi. Puisque, en matière d’action, la fin est principe, nous l’avons déjà dit, nécessairement les vertus théologales, parce qu’elles ont pour objet la fin ultime, possèdent la priorité sur toutes les autres vertus. Mais, cette fin ultime elle-même, il faut qu’elle soit dans l’intelligence avant d’être dans la volonté parce que celle-ci se porte sur un objet en tant seulement qu’il est saisi par l’esprit. Aussi, comme la fin ultime est dans la volonté par l’espérance, et comme la charité est dans l’intelligence par la foi, nécessairement la foi est la première entre toutes les vertus : le fait est que la connaissance naturelle ne peut s’élever jusqu’à Dieu sous l’aspect ou il est objet de béatitude, selon que tendent à lui l’espérance et la charité. » (IIa IIae, Q3, art7)
[3] Il y a précepte divin de faire des actes de foi, au moins intérieurs : à l’âge de raison, dans les tentations contre les vérités religieuses ou après les péchés contre la foi, quand nous recevons quelque sacrement, quelquefois dans l’année, et surtout dans le péril de mort.
[4] Ce devoir de professer extérieurement la Foi, est enseigné par le Christ : « Celui qui m’aura confessé devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux ; et celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux. »(Mat., X, 32, 33.) Ce commandement nous oblige à professer publiquement notre Foi : quand la chose nous est prescrite par un commandement (à la messe dominicale…), ou quand le silence et l’abstention équivaudraient au reniement.
[5] Notons qu’un tel rejet n’équivaut pas à quitter l’Église par l’hérésie puisqu’il faut en effet pour cela que ce rejet soit public.
[6] Vatican I, Dei Filius, enseigne : « Ajoutons qu’on doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu, écrite ou transmise par la Tradition, et que l’Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel. »
[7] Pie IX, Lettre apostolique Tuas libenter 21 décembre 1863, affirme : « Quand même il ne s’agirait que de la soumission due à la foi divine, on ne pourrait pas la restreindre aux seuls points définis par des décrets exprès des Conciles œcuméniques, ou des Pontifes romains et de ce Siège Apostolique ; il faudrait encore l’étendre à tout ce qui est transmis, comme divinement révélé, par le corps enseignant ordinaire de toute l’Église dispersée dans l’univers, et que pour cette raison les théologiens catholiques, d’un consentement universel et constant, regardent comme appartenant à la foi. »
[8] Ainsi, Vatican I, enseigne dans Pastor Aeternus que : « le pontife romain parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue par toute l’Église, il jouit, en vertu de l’assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité ».
[9] Cela, conformément au Commonitorium de Saint Vincent de Lérins, auquel fait référence le concile Vatican I dans Dei Filius : « Il faut veiller soigneusement à s’en tenir à ce qui a été cru partout, toujours, et par tous. »
