À quelques semaines des sacres épiscopaux du 1er juillet à Écône, le numéro de mai 2026 du Courrier de Rome revient sur les questions doctrinales qui se trouvent au cœur des débats actuels. À travers deux longues études de l’abbé Jean-Michel Gleize, ce numéro répond aux objections formulées contre les futures consécrations épiscopales de la Fraternité Saint-Pie X et met en lumière les principes ecclésiologiques qui les justifient.
Dans le premier article L’épiscopat à la croisée des chemins, l’auteur examine le postulat devenu central dans les milieux Ecclesia Dei selon lequel l’évêque recevrait, par son sacre lui-même, une orientation essentielle au gouvernement de l’Église. Cette thèse conduit ses défenseurs à considérer qu’une consécration épiscopale accomplie sans mandat pontifical constituerait nécessairement une atteinte à l’unité de l’Église. L’abbé Gleize entreprend de vérifier ce présupposé à la lumière de la théologie et du Magistère.
En s’appuyant sur Dom Gréa, le cardinal Journet, le cardinal Billot ou encore l’abbé Victor-Alain Berto, il montre que la distinction traditionnelle entre pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction demeure fondamentale. Une formule de l’abbé Berto résume à elle seule toute l’argumentation : « il n’est certainement ni d’exigence ni même de convenance que quiconque a reçu le sacre reçoive une juridiction ». Cette étude met en évidence les faiblesses doctrinales des objections adressées aux sacres.
Le second article, Quelle rupture ?, est consacré au récent ouvrage de l’abbé Albert Jaquemin sur Mgr Lefebvre et les sacres de 1988. L’intérêt de cette recension tient à ce qu’elle met au jour le véritable enjeu du différend entre Rome et Écône. Comme le reconnaît lui-même l’abbé Jaquemin, « le conflit ne porte pas principalement sur des questions disciplinaires ou liturgiques, mais sur le statut théologique de la Tradition » .
À partir de ce constat, l’abbé Gleize examine deux conceptions opposées de la Tradition : l’une, héritée de Vatican I, qui voit dans le Magistère le gardien fidèle d’un dépôt révélé immuable ; l’autre, issue de la nouvelle ecclésiologie postconciliaire, qui présente la Tradition comme une réalité en constante évolution. L’auteur montre ainsi que la question des sacres ne peut être comprise indépendamment de cette opposition fondamentale. Il conclut en défendant l’action de Mgr Lefebvre comme un acte de fidélité à « la doctrine catholique éternelle et au Magistère de toujours » .
Par-delà les polémiques du moment, ce numéro du Courrier de Rome offre une réflexion de fond et permet de mieux comprendre les principes doctrinaux invoqués par la Fraternité Saint-Pie X et les raisons profondes qui l’ont conduite à annoncer de nouvelles consécrations épiscopales.
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