D’Aurelio Porfiri, éditeur et écrivain catholique italien, pour le Salon beige:
Ces derniers jours en Italie, on parle beaucoup du thème de la soi-disant remigration. Ce sujet est étroitement lié au problème plus général de l’immigration et à la question de la manière de réguler un phénomène qui atteint des proportions colossales non seulement en Italie, mais dans le monde entier, surtout dans les pays disposant d’une plus grande richesse économique, qui se trouvent souvent non pas “envahis”, mais certainement fortement sollicités par de nombreuses personnes provenant d’autres parties du monde à la recherche de fortune et de travail.
L’Église s’est beaucoup occupée de cette question de l’immigration, en particulier sous le pontificat du pape François, qui a mis un accent très fort sur le respect des migrants. On voit également que Léon XIV semble montrer combien ce thème est cher à l’Église catholique et à ses activités pastorales.
On parle beaucoup ces jours-ci de remigration parce qu’il s’agit d’un thème qui concerne surtout certains mouvements de droite, qui estiment nécessaire de réglementer de manière plus restrictive le phénomène migratoire, lequel apparaît souvent hors de contrôle.
Je vis dans un quartier de Rome qui est certainement concerné par une forte présence de migrants, et je dois dire que la grande majorité de ces personnes est parfaitement intégrée, a un emploi et mène une vie régulière. Personnellement, j’entretiens des relations avec de nombreux étrangers, également en raison de mon activité de musicien, et cela ne me pose aucun problème. Toutefois, je pense que, précisément parce que je ne me considère pas comme un extrémiste ou un fanatique sur ce sujet, il est nécessaire de l’aborder de manière sereine et honnête.
Le fait qu’il faille accueillir certaines personnes afin de soutenir aussi l’économie locale, parce qu’elles accomplissent des travaux que les Italiens ne souhaitent souvent pas faire, est une nécessité difficile à contester. Cependant, l’accueil indiscriminé est certainement un problème sérieux, car il affecte le tissu même de la société dans son ensemble.
Précisément parce que je n’ai aucun problème avec les personnes qui migrent pour travailler honnêtement et qui ont la possibilité de trouver un emploi, j’ai en revanche un problème avec ceux qui arrivent sans moyens de subsistance et qui sont ensuite contraints de recourir à des moyens illicites pour survivre. C’est un problème sérieux qui doit être traité.
Malheureusement, même au sein de l’Église catholique, il y a des personnes qui abordent cette question d’une manière que je ne partage pas, en tendant à la radicaliser, comme s’il s’agissait d’une maladie chronique avec laquelle il faudrait simplement vivre sans possibilité de guérison. Je ne pense pas que cela doive être l’objectif d’un gouvernement politique : accepter l’immigration incontrôlée comme un phénomène chronique.
Il existe au contraire des lois qui, si elles étaient appliquées, pourraient réellement réguler ce problème. Ce phénomène, en plus de créer des difficultés tant pour les migrants que pour les citoyens qui travaillent honnêtement, contribue également à générer des radicalisations, car la colère est mauvaise conseillère et engendre des extrémismes.
Si le gouvernement appliquait réellement les lois, en régulant les flux migratoires et en montrant que ceux qui entrent illégalement seront renvoyés dans leur pays d’origine, cela pourrait également contribuer à réduire les tendances extrémistes. Le phénomène migratoire ne peut pas seulement être contrôlé — il doit être contrôlé.
Quiconque vit dans une grande ville italienne se rend compte que de nombreuses personnes d’origine étrangère sont malheureusement contraintes de recourir à des moyens illégaux pour survivre ou se trouvent dans des conditions de dégradation qui ne sont dignes ni pour elles ni pour la société. Ce n’est pas leur rendre service que de les laisser dans de telles conditions : si un pays n’est pas en mesure d’offrir du travail et un logement adéquat, il est plus juste de favoriser leur retour dans leur pays d’origine, où elles pourraient peut-être trouver des opportunités plus adaptées.
C’est aussi une manière de protéger les personnes, car ceux qui vivent de la criminalité ne nuisent pas seulement à la société, mais se mettent eux-mêmes en danger, s’exposant à la détention ou à la violence. La solution n’est pas “d’intégrer à tout prix”, mais de créer des conditions réalistes et durables.
Je pense également que certaines positions exprimées ces dernières années par l’Église catholique ont parfois été mal comprises ou mal interprétées. Je donne deux exemples. Premièrement : si certaines personnes viennent me demander de l’aide et que j’ai la possibilité de les héberger, je peux le faire ; mais si elles deviennent des centaines, ce n’est plus possible sans compromettre ma vie et celle de ma famille. C’est une question de simple bon sens.
Deuxièmement : l’Église a raison de rappeler le respect de la dignité de toute personne, mais elle se protège elle-même aussi. L’État de la Cité du Vatican, par exemple, n’est pas un lieu ouvert à tous : il existe des contrôles et des limites d’accès. Cela montre que la protection est également un principe légitime.
De la même manière, les États doivent eux aussi se réguler. L’appel à l’accueil ne peut pas être indiscriminé. L’identité, par ailleurs, est souvent ridiculisée ou mal comprise, mais je la considère comme un élément fondamental de la vie des peuples. Elle ne signifie pas affirmer une supériorité, mais reconnaître ce que l’on est.
L’identité est une richesse qui ne doit pas être opposée aux autres, mais partagée. Lorsque je rencontre des personnes d’autres nations, il est important de connaître leur culture et leurs valeurs. L’identité n’est pas quelque chose dont il faut avoir honte, mais une richesse qui nous enrichit et qui, avec les identités des autres peuples, contribue à enrichir l’ensemble de la communauté humaine.
