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Tribune libre

Au matin d’une « longue défaite », l’exigence de notre engagement

Au matin d’une « longue défaite », l’exigence de notre engagement

Le soleil se lève sur la France, comme il se levait hier. Pourtant, quelque chose en nous, en ce matin du 16 juillet, semble avoir basculé. Le vote de la loi sur l’aide à mourir n’est pas une surprise, et pourtant il nous laisse meurtris, le cœur en miettes devant cette dénaturation de l’accompagnement humain. 291 voix pour, 241 contre : un écart infime pour un pas de géant dans un changement de civilisation que nous redoutions.

Il est tentant, devant l’ampleur de ce renoncement sociétal, de laisser la colère prendre les commandes. Mais j’ai repensé, dans le silence de ce matin lyonnais, à ces mots de J.R.R. Tolkien : « Je suis chrétien, et à vrai dire catholique, si bien que je ne m’attends pas à ce que l’Histoire soit autre chose qu’une longue défaite — même si elle comporte quelques aperçus de la victoire ultime. »

Cette phrase est un appel à la lucidité. Si nous voulons protéger les plus faibles et témoigner de notre foi dans l’espace public, nous devons sortir de la tiédeur et assumer une cohérence radicale. Cela implique de tirer les conséquences des actes posés par nos élus.

Mais soyons justes : ce vote n’a pas rassemblé un bloc monolithique. Les clivages ont traversé les groupes politiques. Au sein du MoDem, 20 voix pour et 16 contre. À droite, quelques élus se sont élevés contre le choix de leur camp. Même au Rassemblement national, 12 députés ont voté pour. La majorité présidentielle elle-même s’est déchirée. Boycotter indistinctement tous les députés ayant voté cette loi reviendrait à ignorer ces fractures et à affaiblir les voix qui, en leur sein, ont porté jusqu’au bout le combat de la vie.

Ces élus qui ont voté cette loi, et qui préparent déjà les prochaines étapes — idéologie du genre, GPA — ne sont guère sensibles au débat d’idées, mais d’avantage à la sanction électorale. Dans cette perspective, ne plus accorder notre crédit à ces élus, c’est leur signifier, par un retrait net, que le lien de confiance a été fragilisé par leur vote. Ce n’est pas un refus définitif du dialogue, mais le rappel nécessaire que la confiance se mérite et qu’elle est intimement liée à la défense de la dignité humaine. Il ne s’agit pas de fermer la porte, mais d’exiger un changement de cap : nous restons des citoyens attentifs, prêts à reconsidérer notre position si, à l’avenir, le respect de la vie redevient la boussole de leur engagement politique.

Cependant, la sanction électorale ne suffira pas. La véritable exigence, pour nous qui croyons en la dignité infinie de tout être humain, est de ne pas laisser ce vote clore le débat, mais de l’ouvrir plus largement. L’Église de France elle-même, dans son communiqué, ne s’est pas contentée de dénoncer ; elle a appelé à un sursaut de l’accompagnement, à une présence renouvelée auprès des malades et des personnes âgées. C’est dans les soins palliatifs, dans le soutien aux familles, dans notre présence au chevet des plus vulnérables que se joue l’essentiel.

Cette action n’a de sens que si elle est portée par notre espérance. C’est parce que nous croyons en la dignité infinie de chaque être humain — le plus fragile, le plus vulnérable — que nous ne pouvons plus faire comme si de rien n’était. La rechristianisation du monde passe par cette exigence : être capables de dire « non » à ce qui défigure l’homme, mais aussi, et surtout, de dire chaque jour « oui » à la Vie, par des actes et des visages, avec une détermination qui, elle, ne connaît pas de défaite.

Nous avons perdu une bataille parlementaire. Mais la « longue défaite » dont parle Tolkien n’est pas une fatalité ; elle est le cadre de notre fidélité. C’est dans cette tension, dans cette espérance obstinée, que nous trouverons la force de continuer.

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