«Vous allez tous mourir, DZ Mafia», inscrit sur la façade d’une chapelle du XIIe siècle à Marseille
La semaine dernière, les habitants du 11e arrondissement de Marseille ont découvert une menace de mort sans équivoque, inscrite sur la façade de la chapelle Notre-Dame de Nazareth, datée du XIIe siècle. La police a été avertie, et une enquête a été ouverte pour des faits de « dégradations ».
DZ Mafia est le nom d’un gang criminel, qui sème la terreur en France en général, et à Marseille en particulier. Devenue l’une des plus grandes organisations de trafic de drogue du pays, la DZ Mafia est tristement célèbre pour ses meurtres et sa force de frappe. L’acronyme « DZ » fait lui référence à l’Algérie.
Neuvaine de Noël
Combien de fois avons-nous survolé Noël, au lieu de nous y arrêter ? Combien de fois avons-nous détourné le sens profond de cette fête au lieu de la vivre avec intensité ?
Cette année, vivons Noël de l’intérieur. Dieu nous a fait des promesses et il nous ouvre un chemin par la venue de son Fils dans notre monde. Le Prince de la Paix annoncé est venu, il vient pour nous.
Dès le 17 décembre Hozana vous propose 9 jours, 9 étapes pour s’ouvrir à lui à travers cette neuvaine de Noël.
L’étable de notre coeur n’en est pas digne, mais le Christ veut venir y demeurer !
Un an de « rétablissement » de la démocratie et de l’État de droit en Pologne avec le soutien de Bruxelles
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Ce qui se passe en Pologne depuis exactement un an, avec le retour au pouvoir du libéral pro-UE Donald Tusk, illustre parfaitement l’inquiétante dérive de la démocratie libérale en Occident. Une dérive qui s’est exprimée ailleurs par les efforts en vue d’empêcher Donald Trump de se représenter aux élections américaines ou d’interdire à Marine Le Pen de se porter candidate à la prochaine élection présidentielle française. On pourrait encore citer, parmi d’autres exemples de cette dérive, la volonté de dissoudre l’AfD en Allemagne et la récente annulation du premier tour des élections présidentielles en Roumanie.
Et pourtant, tout va pour le mieux désormais en Pologne selon les quelques journaux français qui ont relevé la date anniversaire de l’intronisation de ce troisième gouvernement Tusk entré en fonctions le 13 décembre 2023. Un gouvernement rendu possible par la création d’une coalition anti-PiS avec la Coalition civique de Tusk lui-même (constituée de son parti Plateforme civique, ou PO, d’un autre parti libéral et des Verts), l’alliance centriste Troisième voie (constituée par le parti centriste Pologne 2050 et le parti agraire PSL) ainsi que la Nouvelle Gauche (une alliance de plusieurs partis allant des post-communistes à la gauche LGBT). À en croire certains journalistes français visiblement assez mal informés et sans doutes quelque peu aveuglés par leurs préjugés, ce gouvernement gaucho-libéral étant soutenu et vanté par Bruxelles, il ne peut qu’être plus démocratique et plus respectueux des droits des citoyens que ses prédécesseurs plus conservateurs (« ultra-conservateurs ») et plus souverainistes (« nationalistes »).
Hélas, la réalité se dévoile sous une lumière bien différente si l’on s’intéresse aux faits. Voici donc que vient de s’achever la première année de ce gouvernement dont les composantes s’accordent principalement sur leur hostilité au conservatisme, au catholicisme et au souverainisme, et surtout sur leur haine du parti Droit et Justice (PiS) de Jarosław Kaczyński, même si ce parti social-conservateur s’inscrivant dans la tradition démocrate chrétienne est en réalité nettement moins conservateur et moins souverainiste que ne le dépeignent les médias français. Cette première année a été marquée par des violations des règles de l’État de droit qui sont absolument sans précédent depuis 1989-90, date de la transition de la dictature communiste à un régime démocratique avec une économie de marché, après 45 ans d’occupation soviétique. Non, le PiS, malgré toutes les critiques entendues pendant huit ans, n’a jamais commis des atteintes aux règles de la démocratie et de l’État de droit comme celles commises depuis un an au prétexte justement de « rétablir » l’État de droit.
Notre Institut Ordo Iuris pour la Culture du droit, qui est un des plus gros think-tanks conservateurs en Europe et en tout cas le principal think-tank juridique, a donc profité de cette date anniversaire du 13 décembre pour publier un rapport de 122 pages intitulé « Une année de dévastation de l’État de droit – Les plus importantes atteintes à l’État de droit et aux principes démocratiques de la part du gouvernement de Donald Tusk ». Ce rapport est en polonais, bien sûr, mais nous avons aussi publié en octobre un premier résumé en anglais (https://en.ordoiuris.pl/civil-liberties/year-violations-rule-law-and-democratic-principles-donald-tusks-government-poland) de ces graves atteintes aux règles de la démocratie et de l’État de droit. C’était un an après les élections du 15 octobre 2023 qui ont permis le retour au pouvoir de Donald Tusk en privant la coalition Droite unie menée par le PiS de sa majorité absolue à la Diète (la chambre basse du parlement polonais), ne lui laissant qu’une majorité relative.
Pour le lecteur francophone, voici un bref aperçu de ces violations des règles de la démocratie et de l’État de droit commises, selon le premier ministre Donald Tusk qui a ouvertement reconnu en septembre dernier qu’il prenait effectivement certaines libertés avec le droit, afin, soi-disant, de rétablir l’État de droit en appliquant les principes de la « démocratie combative » :
1. La prise de contrôle par la force des médias publics une semaine seulement après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement de Donald Tusk, en s’appuyant sur des agences de sécurité privées et en court-circuitant le Conseil des médias nationaux, seul habilité à révoquer et nommer les dirigeants de ces médias en vertu de la loi en vigueur en Pologne.
2. En janvier, le ministre de la justice de Tusk révoquait le procureur national sans l’accord du président de la République, en violation de la loi. Les mois suivants, un grand nombre de procureurs ont ainsi pu être mutés ou révoqués sur décision du nouveau procureur national.
3. Le nouveau procureur national nommé par le ministre de la Justice Adam Bodnar a notamment formé une équipe spéciale pour enquêter sur l’utilisation du « Fonds pour la justice » sous le gouvernement précédent. Une enquête qui n’a à ce jour débouché sur aucune mise en accusation devant les tribunaux, mais qui a conduit à plusieurs détentions provisoires, et notamment celle du père Olszewski, responsable de la fondation Profeto, pendant plus de sept mois (https://lesalonbeige.fr/le-calvaire-dun-pretre-catholique-polonais-emprisonne-sans-jugement-par-leuropeen-donald-tusk/), avant que la Cour d’appel de Varsovie ne finisse par ordonner sa libération le 24 octobre dernier. C’est aussi dans le cadre de cette enquête que le parquet cherche depuis plusieurs mois à arrêter un ancien secrétaire d’État du ministère de la Justice, Marcin Romanowski. Les procureurs affectés à cette équipe ont presque tous de bonnes raison d’en vouloir personnellement au gouvernement précédent (du fait de procédures disciplinaires ou de dégradations ou mutations désavantageuses dont ils avaient fait l’objet), ce qui est aussi contraire aux règles.
4. Le ministre de la Justice de Donald Tusk a également remplacé les présidents et vice-présidents des tribunaux à travers le pays, en court-circuitant le conseil de la magistrature à chaque fois que son accord était requis (à chaque fois que le collège des juges d’un tribunal a refusé d’appuyer la décision du ministre), en violation de la loi.
5. Depuis le printemps, le gouvernement de Donald Tusk refuse systématiquement de publier et d’appliquer les jugements du Tribunal constitutionnel polonais, en violation de la Constitution. Le gouvernement du PiS avait lui aussi refusé de publier certains jugements du Tribunal constitutionnel en 2016, mais il s’agissait uniquement de quelques décisions concernant un domaine bien précis ayant trait à l’organisation de son travail et la nomination des juges, et c’était lié à un conflit de compétences entre le Parlement et le Tribunal constitutionnel. Cela avait valu au gouvernement du PiS les premières attaques de la Commission européenne. Une Commission qui, aujourd’hui, n’a rien à redire sur le fait que le gouvernement de Donald Tusk refuse de publier et d’appliquer TOUTES les décisions du Tribunal constitutionnel polonais. En outre, ce gouvernement a annoncé son projet d’en changer tous les juges, ce qui a été récemment critiqué par la Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe. Malgré ces critiques et le caractère évidemment anticonstitutionnel de ce projet, le gouvernement Tusk a d’ors et déjà supprimé les fonds affectés aux salaires des quinze juges en place du Tribunal constitutionnel dans son projet de budget 2025.
6. Le gouvernement Tusk et sa coalition parlementaire refusent de reconnaître et d’appliquer les jugements de la Cour suprême (équivalent polonais de la Cour de cassation en France) quand ceux-ci ne leur conviennent pas. C’est ainsi, par exemple, que le président de la Diète Szymon Hołownia, leader du parti Pologne 2050 membre de la coalition gouvernementale, avait déchu en janvier deux députés du PiS, anciens ministres, de leur mandat de député malgré l’annulation de sa décision par la Cour suprême, et que le ministre de l’Intérieur les avait fait arrêter, forçant le président Duda à leur accorder sa grâce présidentielle pour la deuxième fois dans la même affaire.
7. La Commission électorale, dominée par les membres de la coalition gouvernante, a rejeté les comptes de campagne (pour les dernières législatives) du PiS et lui a par conséquent supprimé ses subventions pour plusieurs années, à l’approche de la campagne pour l’élection d’un nouveau président de la République l’année prochaine. Une élection essentielle pour Donald Tusk, car le président dispose d’un droit de veto sur les lois votées par le parlement et sa coalition hétéroclite ne dispose pas de la majorité nécessaire pour renverser ce veto. Le ministre des Finances de Donald Tusk a immédiatement suspendu les versements au PiS au titre des subventions aux partis politiques alors que le parti de Jarosław Kaczyński avait fait appel de cette décision devant la Cour suprême (instance de dernier recours pour les questions électorales), ce qui aurait dû conduire à la suspension de la décision de la Commission électorale. Et alors que la Cour suprême vient d’annuler la semaine dernière cette décision de la Commission électorale, le ministre des Finances a affirmé en conférence de presse qu’il ne se sentait pas concerné par ce jugement. La suppression des fonds versés au PiS alors que les partis de la coalition continuent de bénéficier de cette subvention accordée aux partis politiques est bien évidemment de nature à fausser le jeu de l’élection présidentielle.
8. La coalition gaucho-libérale aujourd’hui au pouvoir en Pologne conteste la légitimité de tous les juges nommés ou promus au cours des huit années de gouvernement du PiS (2015-2023), soit environ un tiers des juges actuellement en exercice. Elle se sert régulièrement de cet argument pour refuser d’appliquer des jugements, mais uniquement quand ceux-ci ne lui conviennent pas. En septembre, le ministre de la Justice et le premier ministre ont présenté un projet de loi prévoyant une « vérification » par le gouvernement de ces quelque 2500 juges, en violation du principe d’indépendance de la justice.
9. En septembre, la ministre de la Santé du gouvernement de Donald Tusk a publié des directives enjoignant les responsables des établissements de santé ainsi que les personnels de santé à ne pas refuser un avortement à une femme qui se présenterait avec une attestation d’un psychiatre indiquant que sa grossesse pose un risque pour sa santé mentale. La ministre a en même temps menacé les établissements réticents de lourdes sanctions financières s’il refusaient des avortements ou si leurs médecins contestaient la validité de ces attestations (qui peuvent être obtenues sur Internet, sans véritable consultation médicale). La loi polonaise de 1993 sur l’avortement n’autorise l’avortement qu’en cas de grossesse issue d’un viol (jusqu’à la 12e semaine de grossesse) ou en cas de danger pour la vie ou la santé de la femme enceinte (pendant toute la grossesse). Même s’il n’est pas question dans la loi spécifiquement de « santé physique », c’est ainsi que cela a toujours été compris en Pologne et un relâchement de cette condition est clairement contraire non seulement à la loi mais aussi à la Constitution et à la jurisprudence du Tribunal constitutionnel polonais, car cela revient dans les faits à permettre les avortements à la demande sans limite de délai. Ces directives sont de tout évidence une manière de contourner la loi après l’échec en juillet dernier du vote à la Diète d’une loi libéralisant l’avortement.
10. La publication cet été par la ministre de l’Éducation d’un arrêt réduisant les heures de catéchisme à l’école sans consultation préalable avec l’Église, en violation du Concordat.
11. Les répressions contre la Marche de l’Indépendance (https://lesalonbeige.fr/les-liberaux-pro-ue-au-pouvoir-en-pologne-veulent-interdire-la-grande-marche-patriotique-annuelle-de-varsovie/), la plus grosse manifestation patriotique en Europe qui se déroule chaque 11 novembre à Varsovie. Plus généralement, les répressions dont font l’objet depuis un an les organisations à sensibilité patriotique, conservatrice et/ou chrétienne, y compris la multiplication des contrôles et les exigences de remboursement des bourses de recherche visant le Collegium Inermarium, une petite université privée cofondée il y a quelques années par l’Institut Ordo Iuris. Petite, mais visiblement gênante pour la gauche libérale qui n’aime pas beaucoup le pluralisme des idées et qui prépare d’ailleurs une loi sur les « discours de haine » afin de préparer le terrain aux débats (ou plutôt à l’absence souhaitée de débat) sur une loi concernant les unions civiles ouvertes aux duos homosexuels.
Autant de violations des principes de la démocratie et de l’État de droit dont le but semble être d’empêcher tout retour au pouvoir de personnes qui seraient jugées trop conservatrices ou trop souverainistes. D’où le soutien affiché par Bruxelles, qui s’est aussi traduit par un déblocage des fonds européens retenus depuis plusieurs années. A Bruxelles, en effet, un projet de réforme des traités est en cours pour créer un super-État européen. Or un retour des conservateurs au pouvoir en Pologne pourrait empêcher la réalisation de ce projet. D’autant que, à en croire les sondages publiés depuis un an, un tel retour n’est envisageable pour le PiS qu’en coalition avec la Confédération, une alliance des nationalistes chrétiens et des libertariens conservateurs, ce qui laisserait présager un gouvernement plus conservateur et plus souverainiste que celui de Mateusz Morawiecki. ¡No pasarán!
Olivier Bault
(Institut Ordo Iuris)
Chute de Bachar al-Assad en Syrie. Vers un État alaouite indépendant ?
Lu dans la revue Conflits :
L’offensive djihadiste qui a emporté le gouvernement syrien plonge le pays dans une grande incertitude. Il est très difficile de croire que cet épisode pourrait accoucher d’un processus d’unité politique. L’éclatement du pays en communautés et guerres entre mouvements est l’avenir le plus certain. Les persécutions ont d’ailleurs déjà commencé vis-à-vis des minorités alaouites pour venger cinquante ans d’impitoyable domination, ainsi que des chrétiens. L’un des scénarios envisageables est la création d’un État alaouite sur la côte ouest.
Les montagnes alaouites forment une barrière naturelle entre la côte méditerranéenne et l’intérieur du pays. Ce terrain accidenté, culminant à plus de 1 500 mètres, offre de sérieux avantages défensifs. À l’ouest, les villes de Lattaquié, Tartous et Baniyas constituent une région compacte avec une population majoritairement alaouite (60-70 %), accompagnée de minorités chrétiennes, druzes et sunnites. Les caractéristiques géographiques et démographiques sont donc propices à la création d’un État retranché.
Des exemples comme Taïwan ou l’Abkhazie montrent que le soutien d’une grande puissance est crucial. La Russie, déjà présente à Tartous, pourrait garantir la survie d’un État alaouite, tout en consolidant son influence en Méditerranée. Cependant, d’autres acteurs, comme l’Iran, la Chine ou même Israël, pourraient également jouer des rôles majeurs, selon leurs intérêts stratégiques.
La viabilité économique de l’État resterait un défi, malgré un accès à la Méditerranée et une autosuffisance hydrique limitée. Sur le plan social, un modèle inclusif pourrait attirer des minorités persécutées et renforcer l’unité interne. En revanche, l’absence de cohésion risquerait de fragiliser l’État face aux tensions sectaires.
La création d’un tel État aurait de graves répercussions sur la région : les nouveaux maîtres de la Syrie n’accepteront pas une telle amputation du territoire. Si une autonomie de fait pouvait être consentie par le HTS et ses alliés, elle ne saurait se transformer officiellement en État sans déclencher un nouveau conflit armé.
“Faites des enfants”
Le pape a visiblement été impressionné par le nombre d’enfants lors de son voyage en Corse :
« Je n’ai jamais vu autant d’enfants » : le cri de joie du pape aux Corses #papeencorse pic.twitter.com/iK21d8Sawt
— Antoine Pasquier (@PasquierA) December 15, 2024
Pourtant, la Corse affiche le taux de natalité le plus bas de France métropolitaine. L’île est la région de France métropolitaine où le taux de natalité est le plus bas: 1,37 enfant par femme contre 1,76 en moyenne nationale, selon l’Institut national de la statistique (Insee). Ce faible taux de natalité est régulier depuis 10 ans, précise l’Insee.
En 2022, la Corse a enregistré 2749 nouveaux bébés, soit 21 naissances de plus qu’en 2021 (et 62 de plus qu’en 2020) alors que le nombre de naissances baissait de 6,8% en France pour atteindre son plus bas niveau depuis 1946.
Et pour finir, voici le magnifique « Dio Vi Salvi Regina », hymne national corse :
🔴Devant la Madunnucia, Notre-Dame de la Miséricorde, au terme de la messe avec le pape François à Ajaccio, s’élève le « Dio Vi Salvi Regina » érigé en hymne national par les Corses.#PapeEnCorse
👉A revoir : https://t.co/y4lZiqgmrc@dioceseajaccio pic.twitter.com/nfcwrWjQdr
— KTOTV (@KTOTV) December 15, 2024
Le pèlerinage de Chartres, une “ode à la force de la religiosité populaire”
Le pape François, qui a passé la journée de ce dimanche 15 décembre en Corse, n’est pas reparti les mains vides d’Ajaccio a reçu un calice avec une pièce de bois sculptée par un artisan et remis par le maire de la ville.
Emmanuel Macron lui a également offert deux ouvrages. Dans un salon de l’aéroport d’Ajaccio vers 18h, peu avant le décollage du pape vers Rome, le président de la République lui a offert Rebâtir Notre-Dame de Paris, le livre officiel de la restauration de la cathédrale.
Emmanuel Macron lui a également remis une édition ancienne de Charles Péguy, Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres. C’est une édition ancienne d’un poème de l’écrivain Charles Péguy (1873-1914), qui raconte le pèlerinage de l’auteur entre son domicile de région parisienne et la cathédrale de Chartres, décrit comme une “ode à la force de la religiosité populaire”. Y aurait-il comme un message ?
“La piété populaire révèle la présence de Dieu dans la chair vivante de l’histoire, renforce la relation avec l’Église”
Extrait du discours du pape lors de la Session conclusive du Congrès « La religiosité populaire en Méditerranée » :
[…] D’une part, [la piété populaire] nous rappelle l’Incarnation comme fondement de la foi chrétienne qui s’exprime toujours dans la culture, l’histoire et les langues d’un peuple et qui se transmet à travers les symboles, les coutumes, les rites et les traditions d’une communauté vivante. D’autre part, la pratique de la piété populaire attire et implique également des personnes qui sont au seuil de la foi, qui ne pratiquent pas assidûment mais qui y retrouvent l’expérience de leurs propres racines et affections, ainsi que des idéaux et des valeurs qu’elles considèrent utiles pour leur vie et pour la société.
En exprimant la foi avec des gestes simples et des langages symboliques enracinés dans la culture du peuple, la piété populaire révèle la présence de Dieu dans la chair vivante de l’histoire, renforce la relation avec l’Église et devient souvent une occasion de rencontre, d’échange culturel et de fête ; c’est curieux : une piété qui n’est pas festive n’a pas “une bonne odeur”, ce n’est pas une piété qui vient du peuple, elle est trop “distillée”.
En ce sens, ses pratiques donnent corps à la relation avec le Seigneur et au contenu de la foi. J’aime rappeler, à ce propos, une réflexion de Blaise Pascal qui, dans un dialogue avec un interlocuteur fictif, pour l’aider à comprendre comment parvenir à la foi, dit qu’il ne suffit pas de multiplier les preuves de l’existence de Dieu ou de faire trop d’efforts intellectuels. Il faut plutôt regarder ceux qui ont déjà progressé sur le chemin, parce qu’ils ont commencé avec peu de choses, « en prenant de l’eau bénite, en faisant dire des messes » (Pensées, in Œuvres complètes, Paris 2000, n. 681). Ce sont les petits pas qui vous font avancer. La piété populaire est une piété qui est impliquée dans la culture, mais qui ne se confond pas avec la culture. Et elle avance à petits pas.
Il ne faut donc pas l’oublier : « Dans la piété populaire, on peut comprendre comment la foi reçue s’est incarnée dans une culture et continue à se transmettre ». « Se trouve donc en elle une force activement évangélisatrice que nous ne pouvons pas sous-estimer : ce serait comme méconnaître l’œuvre de l’Esprit Saint » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 123 ; n. 126), qui agit dans le saint Peuple de Dieu, en le faisant avancer dans les discernements quotidiens. Pensons au pauvre diacre Philippe, qui un jour a été conduit [par l’Esprit] sur une route et a entendu un païen, un serviteur de la reine Candace d’Éthiopie, lire le prophète Isaïe et ne rien comprendre. Il s’est approché : « Comprends-tu ? ». – Non. Et il lui a annoncé l’Évangile. Et cet homme, qui avait reçu la foi à ce moment-là, s’approchant de l’endroit où il y avait de l’eau, dit : “Dis-moi, Philippe, peux-tu me baptiser, maintenant, ici, qu’il y a de l’eau ?” Et Philippe n’a pas dit : “Non, il doit suivre le cours, il doit amener le parrain et la marraine, tous deux mariés dans l’Église ; il doit faire ceci… ”. Non, il l’a baptisé. Le baptême est précisément le don de la foi que Jésus nous fait.
Nous devons veiller à ce que la piété populaire ne soit pas utilisée, instrumentalisée par des groupes qui entendent renforcer leur identité de manière polémique, en alimentant des particularismes, des oppositions, des attitudes d’exclusion. Tout cela ne répond pas à l’esprit chrétien de la piété populaire et appelle chacun, en particulier les pasteurs, à la vigilance, au discernement et à la promotion d’une attention constante aux formes populaires de la vie religieuse.
Lorsque la piété populaire réussit à communiquer la foi chrétienne et les valeurs culturelles d’un peuple, unissant les cœurs et fusionnant une communauté, un fruit important naît qui rejaillit sur l’ensemble de la société comme sur les relations entre les institutions politiques, sociales et civiles, et l’Église. La foi ne reste pas un fait privé, nous devons nous méfier de ce développement, je dirais hérétique, de la privatisation de la foi ; les cœurs s’amalgament et vont de l’avant…, un fait qui s’épuise dans le sanctuaire de la conscience, mais – si elle entend être pleinement fidèle à elle-même – elle implique un engagement et un témoignage envers tous pour la croissance humaine, le progrès social et la protection de toute la création, sous le signe de la charité. C’est justement pour cette raison qu’à partir de la profession de la foi chrétienne et de la vie communautaire, animée par l’Évangile et les sacrements, d’innombrables œuvres de solidarité et institutions ont vu le jour au cours des siècles comme les hôpitaux, les écoles, les centres de soins – en France, il y en a beaucoup ! – où les croyants se sont engagés auprès des plus démunis et ont contribué à la croissance du bien commun. La piété populaire, les processions et les rogations, les activités caritatives des confréries, la prière communautaire du Saint Rosaire et d’autres formes de dévotion peuvent nourrir cette, permettez-moi de la qualifier ainsi, “citoyenneté constructive” des chrétiens. La piété populaire vous donne une “citoyenneté constructive” !
Parfois, certains intellectuels, certains théologiens ne comprennent pas cela. Je me souviens d’être allé une semaine dans le nord de l’Argentine, à Salta, où a lieu la fête du Señor de los Milagros, le Seigneur des miracles. Toute la province, toute, converge vers le sanctuaire, et tous se confessent, depuis le maire jusqu’à tout le monde, parce qu’ils ont cette piété en eux. J’allais toujours confesser, et c’était un travail difficile, parce que tous les gens se confessaient. Et un jour, en sortant, j’ai trouvé un prêtre que je connaissais : “Ah, vous êtes là, comment allez-vous ?” – “Bien !”… Et comme nous sortions, à ce moment-là, une dame s’est approchée avec des images de saints à la main et a dit au prêtre, un bon théologien : “Mon Père, voulez-vous les bénir ?”. Le prêtre, avec une grande théologie, lui dit : “Mais, madame, avez-vous participé à la messe ?”. – “Oui, padrecito” – “Et savez-vous qu’à la fin de la messe on béni tout ?” – “Oui, padrecito” – “Et savez-vous que la bénédiction de Dieu vient de vous ?” – “Oui, padrecito”. À ce moment-là, un autre prêtre l’a appelé : “Oh, comment vas-tu ?”. Et la dame qui avait dit tant de fois “oui, padrecito” se tourna vers celui-là : “Mon Père, voulez-vous me les bénir ?”. Il y a une complicité, une saine complicité qui cherche la bénédiction du Seigneur et qui n’accepte pas les généralisations.
En même temps, sur le terrain commun de cette audace de faire le bien, de demander la bénédiction, les croyants peuvent se retrouver sur un chemin commun avec les institutions laïques, civiles et politiques, pour travailler ensemble à la croissance humaine intégrale et à la sauvegarde de cette “île de beauté”.
D’où la nécessité de développer un concept de laïcité qui ne soit pas statique et figé, mais évolutif et dynamique, capable de s’adapter à des situations différentes ou imprévues, et de promouvoir une coopération constante entre les autorités civiles et ecclésiastiques pour le bien de l’ensemble de la communauté, chacune restant dans les limites de ses compétences et de son espace. Benoît XVI l’a affirmé : une saine laïcité signifie « libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. […] Une telle saine laïcité garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux » (Exhort. ap. postsyn. Ecclesia in Medio Oriente, n.29). C’est ce qu’a dit Benoît XVI: une saine laïcité, mais à côté d’une religiosité. Les domaines sont respectés.
De cette manière, plus d’énergie et plus de synergies peuvent être libérées, sans préjugés et sans opposition de principe, dans le cadre d’un dialogue ouvert, franc et fructueux.
Chères sœurs et frères, la piété populaire, très profondément enracinée ici en Corse, et ce n’est pas de la superstition, fait émerger les valeurs de la foi et exprime en même temps le visage, l’histoire et la culture des peuples. C’est dans cet entrelacement, sans confusions, que se noue le constant dialogue entre le monde religieux et le monde laïc, entre l’Église et les institutions civiles et politiques. Sur ce sujet, vous êtes en route depuis longtemps, c’est votre tradition, et vous êtes un exemple vertueux en Europe. Continuez sur cette voie! Et je voudrais encourager les jeunes à s’engager encore plus activement dans la vie socioculturelle et politique, sous l’impulsion des idéaux les plus sains et de la passion pour le bien commun. De même, j’exhorte les pasteurs et les fidèles, les hommes politiques et ceux qui exercent des responsabilités publiques à rester toujours proches des peuples, en écoutant les besoins, en comprenant les souffrances, en interprétant les espoirs, parce que toute autorité ne grandit que dans la proximité. Les pasteurs doivent avoir cette proximité : proximité avec Dieu, proximité avec les autres pasteurs, proximité avec les prêtres, proximité avec les peuples, qui sont si proche. Ce sont les vrais pasteurs. Mais le pasteur qui n’a pas cette proximité, pas même avec l’histoire et la culture, est simplement “Monsieur l’Abbé”. Ce n’est pas un pasteur. Il faut distinguer ces deux manières de faire de la pastorale
Je souhaite que ce Colloque sur la piété populaire vous aide à redécouvrir les racines de votre foi et vous incite à un engagement renouvelé dans l’Église et dans la société civile, au service de l’Évangile et du bien commun de tous les citoyens.
Bayrou, Henri IV et Jacques Bainville : quelle réconciliation française ?
Dès sa nomination, le nouveau Premier Ministre François Bayrou s’est recommandé d’Henri IV. Mais si l’allusion historique est habile, elle est aussi exigeante. Décryptage du père Danziec dans Valeurs Actuelles :
« Bienfaisante dictature » : c’est ainsi que Jacques Bainville qualifiait, dans son Histoire des deux peuples, la conduite du royaume de France par le roi Henri IV. Le “bon roi Henri”, tout “vert-galant” qu’il fût, débuta en effet son règne « dans la cruelle nécessité de faire la guerre à des Français ». Dans sa merveilleuse Petite Histoire de France, le fondateur de la Revue universelle expliquait que c’est à peine si, au moment de son accession au trône, « un Français sur six était pour le roi ». Dit aujourd’hui, on parlerait d’une côte de popularité à 16,67%. Le niveau d’un François Hollande en fin de mandat, c’est dire !
En Béarnais, François Bayrou s’est logiquement pris d’admiration pour le roi Henri IV. Il lui a même consacré un livre en 1994 : Henri IV, le roi libre (Flammarion). On lit en quatrième de couverture ce passage qui prend une consonance toute particulière trente ans après : « Ce livre n’est pas seulement l’histoire d’une vie. Il est aussi une tentative pour comprendre l’entreprise de réconciliation nationale, et le plus spectaculaire redressement financier, économique, politique et moral, que notre pays ait connu ». Cependant, si Henri IV fut un « roi libre » aux dires de François Bayrou, une grave introspection s’impose à son européisme militant : la France de 2024 l’est-elle autant ? Quelle que soit l’éventuelle bonne volonté du nouveau Premier Ministre, les observateurs avisés, ainsi que les Français animés par le bon sens du réel, constatent que la France n’est plus tout à fait maîtresse de son destin et cela, sous deux aspects principaux. La récente signature du traité de libre-échange avec le Mercosur montre à tous combien l’Union Européenne se moque des intérêts nationaux. Bien que la France ne veuille pas de ce traité, a-t-elle vraiment le pouvoir de le refuser ? Le deuxième aspect concerne le poids politique et économique de la dette (dont on ignore d’ailleurs la nationalité des créanciers). Le deuxième président des Etats-Unis, Jefferson, avertissait déjà : « Il y a deux manières de conquérir et d’asservir une nation, l’une est par les armes, l’autre par la dette ».
L’art du pragmatisme
Le sixième Premier Ministre d’Emmanuel Macron n’ignore pas le mot de Konrad Adenauer : « L’histoire est la somme des tragédies qui auraient pu être évitées ». En invoquant le patronage du roi Henri IV, François Bayrou se rêve en grand réconciliateur national. Eviter les erreurs tragiques du passé en s’inspirant de son règne. « C’est une figure très importante. Il a fondé sa rencontre avec la France sur la nécessité de sortir des guerres secondaires pour se retrouver sur l’essentiel qui est l’avenir du pays. Si je peux à mon tour, j’essaierai de servir cette réconciliation nécessaire. Je pense que c’est là le seul chemin possible vers le succès » affirmait-il devant les micros, lors de la passation de pouvoir avec Michel Barnier.
Tous les petits écoliers qui ont la chance d’apprendre convenablement l’histoire de France connaissent la formule célèbre prêtée à Henri de Navarre le Huguenot. Comprenant l’obligation d’abjurer le protestantisme pour devenir Henri IV, il aurait lâché : « Paris vaut bien une messe ». S’il ne l’a pas dit, le subtil Béarnais était bien capable de le penser commentera Bainville… Or, cet art du pragmatisme relève sans doute de l’impératif catégorique en période d’instabilité. Si Paris valait bien une messe, d’autres, plus tard, furent tout à fait convaincus que l’avenir de la Monarchie valait bien un drapeau. Bainville – toujours lui – au détour d’un chapitre de son Histoire des trois générations, évoquait la fameuse affaire du drapeau de 1873. Si le pragmatisme avait dominé, le retour des Bourbons aux destinées du pays était, selon lui, tout tracé. Le persuasif député Chesnelong proposera précisément au comte de Chambord, Henri V, l’exemple de son aïeul Henri IV. Des patriotes comme le général Ducrot, gardien de Strasbourg, le supplièrent de revenir sur le symbole du drapeau blanc. Rien ne pourra faire fléchir l’obstination du comte de Chambord. Et Bainville de commenter : « On comprend la douleur, le dépit, l’amertume des monarchistes dont les efforts se trouvaient condamnés. “M. le comte de Chambord a jeté la couronne par la fenêtre”, dit l’un d’eux. Il avait dit avec sévérité le juste mot. »
Deux qualités françaises à retrouver : le courage et la bonne humeur
Bayrou le pragmatique sera-t-il un nouvel Henri IV, grand réconciliateur d’un pays divisé ? Il faudrait encore au maire de Pau, pour l’envisager, être armé du même double atout que possédait le roi Henri et souligné dans la Petite Histoire de France évoquée plus haut : « Heureusement, le Roi Henri avait deux qualités qui ont toujours plu à la France : le courage et la bonne humeur ».
Réconcilier la France, en effet. Mais autour de quoi ? Le courage serait de le faire autour de son passé millénaire. De défendre son histoire prestigieuse, ses racines chrétiennes et sa culture, immense et privilégiée. Le courage de l’ordre et de la discipline contre le wokisme. Le courage de s’affranchir de projets de loi mortifères comme celui de la fin de vie ou de rapports wokistes comme celui récemment publié sur le transgenrisme par la Haute Autorité de Santé (HAS). La bonne humeur qui redonne à la défense du vrai, du bien et du beau une véritable sérénité d’âme. La joie et l’entrain pour offrir de nouveau du panache et alimenter le désir de faire de grandes choses ensemble, en tant que peuple.
Comme souvent, ce qui est valable pour un pays tout entier s’articule avec la même nécessité pour ses cellules de base que sont les familles ou les paroisses. Courage de transmettre la vérité et bonne humeur pour faciliter son infusion. Tels sont les ingrédients pour pouvoir chanter demain, dans un pays réconcilié avec son âme : « Au diable guerre, rancunes et partis ! Comme nos pères, chantons en vrais amis, au choc des verres, des roses et des lys »
En Quête d’esprit : visite du pape en Corse
Aymeric Pourbaix et Véronique Jacquier reçoivent
- Mgr Nicolas BROUWET, évêque de Nîmes
- Père Guillaume JAMIN
- Christian ANDREANI, conseil de Corse
- Romain SALASCA, vigneron et sous-prieur de la confrérie St-Laurent
Recommandations envisagées par la HAS : Ne reproduisons pas les errements passés de nos voisins européens
Communiqué du Syndicat de la famille :
Le projet de pré-rapport remis à la Haute Autorité de Santé (HAS) par des experts suscite une vive et légitime vague d’inquiétude parmi les professionnels de santé et au sein des familles. Faciliter, encourager et rembourser le changement de sexe des jeunes est une perspective inacceptable et contraire à leur intérêt supérieur. Le Syndicat de la Famille dénonce fermement les recommandations envisagées et s’interroge sur la qualité des « experts » et leur militantisme transactiviste. Il appelle François Bayrou et son futur gouvernement à ne pas reproduire les errements de ceux de nos voisins européens qui ont mis des années avant d’admettre les dommages irréversibles subis par de nombreux jeunes.
Si les adolescents peuvent évidemment s’interroger sur leur personnalité, leur caractère et leurs impressions, le militantisme qui consiste à leur faire croire que l’identité sexuelle n’est qu’une construction sociale et culturelle doit être dénoncé. Ces mouvements radicaux cherchent à effacer la réalité qui fonde l’humanité et la richesse que constitue la différence et la complémentarité de l’homme et de la femme. C’est pourtant cette réalité incarnée qui est l’origine de toute vie humaine. « L’homme et la femme sont dans le viseur des experts mandatés par la Haute Autorité de Santé » déplore Ludovine de La Rochère, Présidente du Syndicat de la Famille.
Les adolescents doivent bénéficier d’un accompagnement pour assurer leur croissance psychologique et émotionnelle. Ce sont les parents qui sont responsables de ce soutien précieux qu’ils apportent le plus souvent avec amour, délicatesse et affection. Dans certains cas, il peut être nécessaire d’apporter une aide ou un conseil professionnel aux parents, mais certainement pas militant. Compte-tenu des effets puissants, dont certains irréversibles, des traitements – hormonaux et chirurgicaux –, il est inacceptable de mettre en risque l’avenir des jeunes, d’autant que nul n’est en mesure de dire si leur éventuel ressenti dysphorique perdurera.
Des pays européens, comme la Suède ou le Royaume-Uni, ont révisé leur politique de santé publique sur la dysphorie de genre et la transition. Après avoir encouragé le passage à l’acte, ils reviennent à des législations très strictes pour protéger les jeunes. Les recommandations envisagées à ce jour vont à l’encontre de l’intérêt des enfants et de leurs familles. Envisager de remettre en question, voire de retirer leur autorité parentale aux parents lorsqu’ils ne sont pas favorables à la transition de leur enfant, souligne la dangerosité de ces recommandations et traduit le militantisme de ses auteurs.
Apporter une réponse adaptée
Qu’ils soient ou non mineurs, les jeunes qui expriment une interrogation ou un malaise lié à leur identité sexuelle ont avant tout besoin de l’écoute de leurs parents et de professionnels de santé. Ces derniers savent décrypter ce qui se cache derrière la souffrance et ils sont capables d’y apporter les meilleures réponses. La demande de transition est souvent un appel à l’aide, et y accéder n’est pas la solution miracle comme les « experts » de la HAS le croient ou veulent le faire croire.
La plus élémentaire prudence supposerait au contraire que la HAS fasse savoir que la puberté ne se fera plus jamais complètement au-delà d’un certain temps de prises de bloqueurs et qu’elle fasse connaître les effets – de court, moyen et long terme – des traitements « de réassignation » sur la santé physique et mentale : les études se sont multipliées ces dernières années et le doute n’est plus permis sur leur nocivité.
« Derrière la transidentité, il y a une idéologie qui vise à effacer la différence homme femme et la richesse de la maternité et de la paternité. Nous devons la dénoncer et la combattre pour protéger les jeunes et accompagner les professionnels de santé, de l’éducation et les familles pour apporter une écoute bienveillante et réconfortante. Sans nier la souffrance, il faut éviter toute réponse irréversible et inefficace » souligne Ludovine de La Rochère, Présidente du Syndicat de La Famille.
Gustave Thibon – La Coupe et le Vin : vivre le catholicisme au siècle de la modernité
Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.
Le 2 décembre 2024, Augustin Marie Bréchard donne cette conférence au Groupe des Jeunes Professionnelles Catholiques de Lille. Si Simone Weil est bien connue, Gustave Thibon, son ami, est encore trop inconnu du grand public catholique. Cette conférence a pour seul but de faire connaître et de faire lire ce grand penseur catholique, bien actuel dans notre siècle.
La conférence dans son intégralité est disponible sur la chaîne YouTube de la Fraternité Saint-Ephrem :
Gustave Thibon est né en 1903 et mort en 2001 en Ardèche. Il est le témoin du XXème siècle tout entier, le premier siècle où l’athéisme est généralisé sous les formes des différents totalitarismes. Nietzsche au XIXe siècle diagnostiquait la mort de Dieu dans l’esprit des hommes. Le XXe en a porté les conséquences terribles.
Le XXe siècle est aussi le siècle du culte d’une nouvelle idole, sous-jacente depuis la Renaissance : la modernité. En 1885, Pasteur inventait le vaccin contre la rage. Un siècle après, on était sur la Lune, la brebis Dolly avait été clonée, et tout le monde s’apprêtait à découvrir l’ordinateur et Internet. En un siècle, les limites de l’Homme, sur lesquelles nous allons revenir, et sur lesquelles Gustave Thibon écrit beaucoup, ont été repoussées plus qu’en 20 siècles : « Tout a changé autour de nous. Notre connaissance des choses et notre pouvoir sur les choses se sont vertigineusement dilatés. »
La famille de vignerons des Thibon possède son domaine viticole depuis le XVIe siècle. Le père de Gustave, très érudit, récitait des pages entières de vers de Victor Hugo en labourant la terre, ce qui résume assez bien le milieu dans lequel Thibon grandit. Il perd sa mère de la grippe espagnole lorsqu’il a 15 ans, et connaît une première expérience de la souffrance. Grâce à la bibliothèque familiale, il entreprend des études en autodidacte et devient bilingue en grec, latin et allemand. Il se passionne pour la biologie, l’économie, les mathématiques, l’histoire, la littérature, la théologie, la philosophie. Très humble, Thibon ne publie qu’à contrecœur, mais il multiplie les conférences jusqu’à un fort grand âge, tant en Europe qu’en Amérique.
Bien qu’il porte une philosophie traditionnelle et contre-révolutionnaire, il se refuse à devenir un homme de parti. Il refuse la décoration de la Francisque que lui propose le Maréchal Pétain, même s’il participe à quelques conférences des « chantiers de jeunesse » de la Révolution Nationale. Considéré par Charles Maurras comme « le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils », il n’est jamais membre de l’Action Française. Profondément contre-révolutionnaire, il se garde bien de faire de la politique une idole, ou d’exciter les passions politiques de ses lecteurs. Sa philosophie respire au rythme sain de la marche qu’il affectionnait tant, cette marche « faite de hasard et de liberté, ces deux génies jumeaux que la hâte extermine » , et que notre époque a délaissé au profit d’une course en avant : « Tout se précipite : le vent du « progrès » nous coupe la face. Amer symptôme : l’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions. »
Or, c’est bien une ascension que Gustave Thibon nous demande d’entreprendre. Toute son œuvre tend vers Dieu, de qui le péché nous sépare, séparation plus visible au XXe siècle que dans aucun autre siècle de l’Histoire. Son œuvre toute entière nous exhorte à ne pas abandonner cette ascension exigeante.
Le titre de cette conférence est directement inspiré de cette citation de L’Échelle de Jacob, qui nous servira de ligne rouge. Thibon s’exclame :
« Tu méprises les règles, les traditions et les dogmes. Tu ne veux opposer aucun cadre doctrinal à ton enfant ou à ton disciple : tu prétends leur transmettre tes vertus par le seul rayonnement de ton exemple, par pur échange affectif. Fort bien. Tu leur verses à boire un vin précieux, – tu oublies seulement de les munir d’une coupe ! – Et certes la coupe sans le vin n’est qu’un nid de poussière et d’araignées. Mais qu’est-ce que le vin sans la coupe ?
II ruisselle en vain sur le sol et, mêlé à la terre, il produit la pire boue. »
Qui sont les 21 nouveaux cardinaux ?
Eglise universelle : Création de 21 nouveaux cardinaux
Le 7 décembre, le pape François a créé 21 nouveaux cardinaux, portant à 163 le nombre de cardinaux créés sous son pontificat. L’abbé Claude Barthe, vaticaniste, nous expose les points saillants de ces créations : nominations surprenantes ou omissions étonnantes. Au regard de la composition actuelle du Sacré Collège, le prochain conclave s’annonce particulièrement imprévisible.
Eglise en France : La malle aux 1 000 trésors
Marie Kervizic, rédactrice en chef de “La malle aux 1 000 trésors”, nous présente cette publication bimensuelle de 24 pages, agréablement illustrée et très riche de rubriques variées, qui se définit comme une “Revue catholique destinée aux enfants et à ceux qui leur ressemblent”.
Eglise en Marche : Investir au service du bien commun
Directeur général de Credolending, Edouard Vieilfault présente deux projets animés par l’esprit de regarder “ce qu’ils apportent plutôt que ce qu’ils rapportent”. Un investissement dans le domaine éducatif : Savio Education. Une collecte de dons pour un lieu d’hospitalité, à Montréal de l’Aude, destiné aux sœurs aînées des dominicaines enseignantes du Saint Nom de Jésus de Fanjeaux.
Témoigner de la royauté du Christ dans toutes les dimensions de la vie, même politique
L’Homme Nouveau consacre le dossier de son dernier numéro au Christ-Roi :
En décembre 1925, Pie XI instituait la fête du Christ-Roi par l’encyclique Quas Primas, destinée à rappeler à un monde troublé la souveraineté universelle de Jésus-Christ. Alors que nous nous approchons du centenaire de cette encyclique, L’Homme Nouveau inaugure une année de réflexion et d’enquête sur son enseignement et sa pertinence. Pie XI mettait déjà en garde à son époque contre les « calamités » engendrées par l’exclusion de Dieu des consciences et des structures sociales. Il répondait par une proclamation forte : celle du règne de Jésus-Christ sur les âmes, mais aussi sur les institutions humaines.
Loin d’un geste purement liturgique, cette encyclique appelle les fidèles à témoigner de la royauté du Christ dans toutes les dimensions de la vie, même politique. Ce dossier vise à poser les bases de cette réflexion. Il s’agit de « planter le décor » de cette année dédiée à l’étude de Quas Primas : comprendre son origine, son contexte, ses enjeux théologiques et politiques. Pourquoi Pie XI a-t-il ressenti l’urgence d’une telle proclamation ?
Ce dossier inaugural marque le point de départ d’une enquête approfondie. Tout au long de l’année 2025, nous interrogerons des personnalités et des experts pour analyser les dimensions théologiques, politiques et sociales de Quas Primas. Ce centenaire n’est pas un simple exercice de mémoire. Il constitue une opportunité pour réinterroger le rôle de la foi dans la sphère publique et redécouvrir l’ambition de Pie XI : affirmer que le règne du Christ est une réalité transcendante, mais aussi une source d’ordre et de justice pour les sociétés humaines.
Ce dossier comprend des articles de Miguel Ayuso, Professeur de science politique et droit constitutionnel à l’université pontificale de Comillas, sur le dogme du Christ-Roi et sa dimension politique, Éric Picard, Professeur agrégé d’Histoire, sur le contexte des années 1920 ayant provoqué la parution de l’encyclique Quas Primas, l’Abbé Henri Vallançon sur la royauté du Christ dans la Bible, et Pierre Julien sur la liturgie du Christ-Roi.
“France, fille aînée de l’Église, souviens-toi des promesses de ton baptême !”
De Gérard Leclerc dans France catholique :
[…] La réouverture de Notre-Dame de Paris a eu un retentissement mondial, montrant à quel point le message du christianisme pouvait concentrer l’attention alors que la guerre fait planer une menace d’embrasement. […]
Et pour les catholiques de ce pays, il n’était sûrement pas superflu d’entrevoir que le Magnificat, le Te Deum, la litanie des saints, l’Alléluia de Haendel pouvaient revêtir un caractère missionnaire, supérieur à toutes « les ouvertures au monde ». […]
La réouverture de Notre-Dame a été aussi l’occasion de réinterroger les relations entre spirituel et temporel, le président de la République marquant la place de l’État au chevet mais aussi à l’intérieur de la cathédrale. Selon l’expression célèbre du général de Gaulle : « La République est laïque, mais la France est chrétienne. » Ce que le pape Pie XII entendait par « une saine laïcité » signifie distinction des pouvoirs mais pas ignorance mutuelle. […]
Et voilà que le Saint-Père va être accueilli dans l’île de Beauté, qui s’apprête à lui faire un accueil triomphal. On saisira la signification d’un enracinement populaire du christianisme, si délaissé dans la période post-conciliaire. À nouveau, le président de la République sera présent pour accueillir le successeur de Pierre et manifester les bonnes relations de l’Église et de l’État. Pourtant, une ombre insistante planera sur cette rencontre. Comment oublier que la législation de notre pays conspire de plus en plus à détruire son âme, le tissu social et familial, à force de réformes « sociétales ». De l’avortement inscrit comme un droit dans la Constitution au projet de légalisation de l’euthanasie, il y a une même logique désintégratrice qui prouve à quel point la loi civile s’éloigne des lois non écrites et de la loi divine. France, fille aînée de l’Église, souviens-toi des promesses de ton baptême !
Troisième dimanche de l’Avent : « Gaudete »
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
Vous aurez la totalité des textes sur le site et nous ne pouvons que vous encourager à vous abonner à la newsletter hebdomadaire en cochant dans la case adéquate sur la page d’accueil.
Le Seigneur est déjà proche, venez, adorons-Le (Invitatoire).
Nous sommes en ce dimanche 15 décembre, au IIIe dimanche de l’Avent, un dimanche de joie qui verra le prêtre quitter les habits liturgiques violets qui représentaient ce temps de pénitence de l’Avent et revêtir le rose, comme pour exprimer une joie de Noël anticipé. L’autel pourra être orné de fleurs et les orgues se feront entendre…
Le troisième dimanche de l’Avent est donc un dimanche » rose « , comme le quatrième dimanche de Carême ; ce sont les deux seuls jours de l’année où le célébrant revêt des ornements de cette couleur, car ils marquent une halte dans un temps de pénitence, où les ornements sont normalement violets. En effet l’Avent est un temps de pénitence comme le Carême, bien que moins austère, car c’est un temps de purification et de recueillement qui nous prépare à la venue du Sauveur. Ce jour de répit au milieu du temps de pénitence est un jour de joie, car nous en profitons pour entrevoir le but, qui est le salut et la rédemption finale. Aussi ce dimanche est-il appelé de Gaudete, du premier mot de l’Introït, comme le quatrième dimanche de Carême est appelé Lætare : ces deux mots voulant dire : réjouissez-vous.
1er avènement : C’est Marie qui nous donne Jésus : Vous êtes heureuse, Marie, parce que tout ce qui vous a été dit de la part du Seigneur s’accomplira en vous (Ant. du Magnif.). C’est de Bethléem que sortira le Roi dominateur qui apportera la paix à toutes les nations (2e répons) et qui délivrera son peuple du pouvoir de ses ennemis (4e rép.). Nos âmes participeront d’une façon spéciale à cette délivrance aux fêtes de Noël parce qu’elles sont l’anniversaire de l’entrée en ce monde du vainqueur de Satan. Faites, demande l’Église, que la nouvelle naissance de votre Fils unique selon la chair nous délivre de l’antique servitude qui nous tient sous le joug du péché (Messe du Jour, 25 déc.). Saint Jean-Baptiste prépara les Juifs à la venue du Messie ; il nous prépare de même à l’union, chaque année plus intime, que Jésus contracte avec nos âmes à Noël. Rendez droite la voie du Seigneur, dit le Précurseur. Aplanissons donc les chemins de notre cœur et le Sauveur Jésus y viendra pour nous donner ses grâces libératrices.
2e avènement : C’est à la venue de Jésus à la fin du monde que Saint Grégoire fait allusion en expliquant l’Évangile : Jean, le Précurseur du Rédempteur, déclare-t-il, marche devant Jésus dans l’esprit et la vertu d’Élie qui sera précurseur du Juge (9e leçon). C’est aussi, en les prenant dans leur sens littéral, de l’avènement de justice qu’il est question dans l’Épître et dans l’Introït. Si nous ressentons une grande joie à l’approche des fêtes de Noël qui nous rappellent la venue de l’humble enfant de la crèche, combien plus la pensée de sa venue dans tout l’éclat de sa puissance et de sa majesté ne doit-elle pas nous remplir d’une sainte exultation, parce que c’est alors seulement que notre rédemption trouvera sa pleine consommation.
Si l’on considère l’ensemble des chants de cette messe, la joie y est beaucoup moins partout présente que dans ceux du dimanche précédent. On y trouve aussi des appels pressants et suppliants mettant en évidence le mot « venez » qui est un des mots-clés de l’Avent, mais cette supplication reste toujours pleine de confiance et d’espérance.
► Introït : Gaudete
Le texte de l’Introït est tiré de l’Épître de saint Paul aux Philippiens. C’est d’ailleurs un des rares chants des messes de l’Avent qui provient du Nouveau Testament.
Gaudete in Domino semper : iterum dico, gaudete : modestia vestra nota sit omnibus hominibus : Dominus prope est. Nihil solliciti sitis : sed in omni oratione petitiones vestræ innotescant apud Deum.
Réjouissez vous toujours dans le Seigneur, je vous le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche ; ne vous inquiétez de rien, mais qu’en toutes choses vos demandes se fassent connaître à Dieu par la prière.
Ce texte a été choisi évidemment à cause de la phrase Dominus prope est, le Seigneur est proche. En écrivant cela saint Paul ne pensait pas tellement à une proximité dans le temps. Il voulait seulement dire que le Seigneur est toujours près de nous, nous guidant et nous protégeant par sa providence. C’est pourquoi nous devons être sans inquiétude, manifestant cette tranquillité d’âme par une humeur égale envers tous. Soyez toujours joyeux, nous dit l’apôtre ; un chrétien doit toujours être joyeux, la tristesse c’est le domaine du diable. Cependant dans la liturgie de l’Avent, la phrase » Le Seigneur est proche » annonce la prochaine venue du Sauveur dans quelques jours à Noël. C’est cette prochaine venue qui doit susciter en nous ces mêmes sentiments de paix, de confiance et de joie. Ils sont ici très bien exprimés par une mélodie douce et tranquille, sans grands écarts, avec seulement une belle montée sur la phrase importante : Dominus prope est. Cet Introït est accompagné du premier verset du psaume 84, un des grands psaumes de l’Avent que nous avons déjà rencontré dans les messes des deux premiers dimanches, et que nous retrouverons aujourd’hui dans le chant d’Offertoire avec ce premier verset :
Benedixisti Domine terram tuam, avertisti captivitatem Jacob.
Seigneur, vous avez béni votre terre, Vous avez ramené Jacob de captivité.
► Graduel : Qui sedes
Une particularité de ce troisième dimanche de l’Avent est que nous allons retrouver le même texte au Graduel et à l’Alléluia. Ce texte est tiré du Psaume 79, dont nous avons déjà entendu le premier verset à l’Introït de dimanche dernier, et dans lequel le peuple d’Israël, en butte aux épreuves et aux persécutions, implorait le Seigneur, son guide et son pasteur, pour qu’Il vienne le sauver. Nous n’avons plus ici la joie de Gaudete, mais une supplication intense, où le mot important, un des grands refrains de l’Avent, est Veni (venez), que l’on va retrouver à l’Alléluia.
Qui sedes, Domine, super Cherubim, excita potentiam tuam, et veni. Qui regis Isræl, intende : qui deducis velut ovem Joseph.
Seigneur, Vous qui siégez au dessus des Chérubins, réveillez votre puissance et venez. Soyez attentif, Vous qui dirigez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis
Les Chérubins dont il est question ici sont ceux qui étaient représentés au dessus de l’arche d’alliance, symbole de la présence de Dieu dans le temple. Joseph, comme Israël, désigne le peuple élu.
La mélodie est très ornée comme c’est toujours le cas dans les Graduels, mais on remarquera le contraste frappant entre les deux phrases de la première partie. La première qui acclame la majesté divine siégeant dans les cieux est éclatante, s’élevant jusqu’à l’extrême aigu, tandis que la deuxième prière de demande très humble, se tient entièrement dans le grave. Le texte du verset du psaume est d’ailleurs interrompu (on trouvera le texte complet de ce passage dans l’Alléluia) pour se terminer sur le mot important veni qui est ainsi mis fortement en évidence. Si la mélodie de cette première partie est très originale, celle de la deuxième partie reprend des formules types que l’on retrouve dans d’autres Graduels, avec de grandes vocalises souples et légères mais s’adaptant au texte de manière très expressive.
► Alléluia : Excita Domine
L‘Alléluia du troisième dimanche de l’Avent comporte un texte qui figurait déjà dans le Graduel et plus précisément dans la deuxième phrase. Mais cette fois il n’est pas coupé après le mot veni et il va jusqu’au bout du verset.
Excita, Domine, potentiam tuam, et veni, ut salvos facias nos.
Seigneur réveillez votre puissance et venez pour nous sauver.
Cette phrase est vraiment la prière type du temps de l’Avent, on la trouve même à plusieurs reprises dans les oraisons de la messe. Elle est revêtue ici également d’une mélodie type que l’on retrouve dans un certain nombre d’autres Alléluias au cours de l’année. Elle exprime la prière suppliante du texte d’une manière assez douce et contemplative et le mot important veni, bien que ne se trouvant pas cette fois à la fin, est quand même bien souligné.
Je suis, dit Jean-Baptiste, la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droite la voie du Seigneur (Évangile St Jean 1, 23).
► Offertoire : Benedixisti
Dans l’Offertoire du troisième dimanche de l’Avent, on retrouve le psaume 84, qui est un des grands psaumes de l’Avent et qui figurait déjà dans les chants des premier et deuxième dimanches ; c’était aussi le psaume de l’Introït de ce dimanche. Nous avions dit que dans ce psaume le peuple d’Israël rendait grâce au Seigneur pour les bienfaits passés, notamment la délivrance de la captivité de Babylone, et il s’appuyait sur cette confiance pour implorer la venue du Messie tant attendu. Nous avons déjà rencontré le verset qui formulait cette demande : » Montrez nous votre miséricorde et donnez nous le salut « , et celui qui affirmait la certitude d’être exaucé : » Le Seigneur donnera sa bénédiction et notre terre donnera son fruit « . Aujourd’hui nous revenons au premier verset du psaume et à la prière d’action de grâce pour la délivrance de la captivité, mais elle est évidemment éclairée par le désir du Sauveur et la confiance dans sa prochaine venue. En ce dimanche de Gaudete on se réjouit du bienfait de la Rédemption, dont la fête de Noël qui approche nous apporte les prémices.
Benedixisti, Domine, terram tuam : avertisti captivitatem Jacob : remisisti iniquitatem plebis tuæ.
Seigneur vous avez béni votre terre (c’est à dire votre peuple), vous avez ramené Jacob de captivité, vous avez remis les péchés de votre peuple.
Votre terre, Jacob, votre peuple, c’est toujours le peuple élu, et maintenant c’est l’Église.
La mélodie est assez contemplative mais pleine de mouvement. Chacune des trois phrases comporte une grande montée très expressive avec une nette progression d’une phrase à l’autre.
► Communion : Dicite Pusillanimes
Le texte de l’antienne de Communion du troisième dimanche de l’Avent est tiré du prophète Isaïe, le grand prophète de l’Avent, celui qui a le plus annoncé la venue du Messie. Nous l’avions déjà trouvé à l’Introït de dimanche dernier et nous le retrouverons à deux reprises dans la messe de dimanche prochain.
Dicite : Pusillanimes confortamini et nolite timere : ecce Deus noster veniet, et salvabit nos.
Dites à ceux qui craignent : Prenez courage, n’ayez pas peur, voici que notre Dieu va venir et Il vous sauvera.
Il y a donc deux phrases assez différentes : la première est l’invitation à prendre courage, ce qu’exprime sa mélodie avec une grande montée enthousiaste et vraiment réconfortante. La deuxième phrase donne le motif de ce réconfort, elle est plus calme, affirmative et pleine d’assurance.
Saint Jean de la Croix : Dieu ou le néant
« Dans l’imaginaire collectif, la grandeur d’un homme est mesurée et admirée non seulement par la manière dont il a su vivre son aventure humaine, mais aussi par la façon dont il a affronté les heures du passage ultime, des tourments de la vie mortelle à ‘l’autre rive,’ celle de Dieu. Le moment de la mort : celui des choix définitifs, la ‘crise’ finale qui fait peur à tous. Jean de la Croix, sur son lit de mort, alors que ses confrères lui lisaient les prières des mourants, demanda quelque chose de plus ‘joyeux.’ Il demanda expressément quelques versets du Cantique des Cantiques, un magnifique et bouleversant poème d’amour de l’Ancien Testament (qu’il connaissait bien). N’allait-il pas, après tout, à la rencontre de l’Amour ? Quelque chose de plus approprié s’imposait. Après la lecture, Jean acheva son chemin terrestre en priant les paroles ‘Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit.’ Autrement dit, entre les mains du Dieu Amour pour lequel il avait vécu, travaillé et souffert, ce Dieu qu’il avait aimé, prêché et chanté. Quelques années auparavant, il avait écrit le poème ‘Déchire maintenant la toile pour la douce rencontre.’ Voilà ce qu’était la mort pour lui : une ‘douce rencontre’ avec le Dieu Amour. Il avait 49 ans, tous consacrés à Dieu. »
« L’âme doit toujours s’efforcer de s’incliner non vers ce qui est le plus facile, mais vers ce qui est le plus difficile ; non vers ce qui est savoureux, mais vers ce qui est insipide ; non vers ce qui plaît, mais vers ce qui déplaît ; non vers le repos, mais vers le travail ; non vers le confort, mais vers l’inconfort ; non vers le plus, mais vers le moins ; non vers ce qui est le plus élevé et apprécié, mais vers ce qui est le plus bas et méprisé ; non à rechercher quelque chose, mais à ne rien désirer ; non à chercher le meilleur côté des choses créées, mais le pire, et à désirer la nudité, les privations et la pauvreté de tout ce qui existe dans le monde par amour pour Jésus-Christ. »
« Pour parvenir à goûter le tout, ne cherche pas à goûter quelque chose. Pour parvenir à posséder le tout, ne cherche pas à posséder quoi que ce soit. Pour parvenir à être le tout, ne cherche pas à être quelque chose. Pour parvenir à connaître le tout, ne cherche à savoir quelque chose en rien. Pour parvenir à ce que tu ne goûtes pas, tu dois passer par où tu ne goûtes pas. Pour parvenir à ce que tu ne sais pas, tu dois passer par où tu ne sais rien. Pour parvenir à posséder ce que tu n’as pas, tu dois passer par où tu n’as rien. Pour parvenir à ce que tu n’es pas, tu dois passer par où tu n’es rien. »
« Pour mettre le monde en ordre, il faut d’abord mettre la nation en ordre. Pour mettre la nation en ordre, il faut d’abord mettre la famille en ordre. Pour mettre la famille en ordre, il faut d’abord cultiver sa vie personnelle. Pour cultiver sa vie personnelle, il faut d’abord mettre son cœur en ordre. »
« En insistant ainsi sur la pureté de la foi, Jean de la Croix ne nie pas que la connaissance de Dieu puisse être atteinte progressivement à partir des créatures, comme l’enseigne le Livre de la Sagesse et comme le répète saint Paul dans l’Épître aux Romains (cf. Rm 1, 18-21 ; cf. S. Jean de la Croix, Cantique Spirituel, 4, 1). Le Docteur mystique enseigne que, dans la foi, il est également nécessaire de se priver des créatures, qu’elles soient perçues par les sens ou atteintes par l’intellect, afin de s’unir à Dieu dans une connaissance plus profonde. Ce chemin qui mène à l’union passe par la “nuit obscure” de la foi. »
« Seul Jésus-Christ, Parole définitive du Père, peut révéler aux hommes le mystère de la douleur et illuminer par sa croix glorieuse les plus ténébreuses nuits du chrétien. Jean de la Croix, conséquent avec ses affirmations concernant le Christ, nous dit que Dieu, par la révélation de son Fils, «est devenu comme muet et n’a plus d’autre parole à nous communiquer»; le silence de Dieu trouve sa plus éloquente parole, révélatrice de son amour, dans le Christ crucifié. Le Saint de Fontiveros nous invite à contempler le mystère de la croix du Christ, comme il avait l’habitude de le faire, dans la poésie du «Pastoureau», ou encore dans son célèbre dessin du Crucifié, connu comme le Christ de saint Jean de la Croix. Il a certainement écrit l’une des pages les plus sublimes de la littérature chrétienne sur le mystère de l’abandon du Christ. Le Christ a vécu la souffrance dans toute son âpreté jusqu’à la mort de la croix. Sur lui se concentrent, dans les derniers moments, les formes les plus extrêmes de la douleur physique, psychologique et spirituelle: «Mon Dieu, mon Dieu! Pourquoi m’as tu abandonné?» (Mt 27, 46). Cette souffrance atroce, provoquée par la haine et le mensonge, a une profonde valeur rédemptrice. Elle était ordonnée à ce qu’«il payât purement la dette et unit l’homme avec Dieu». Par sa remise amoureuse de soi au Père, au moment du plus grand abandon et de l’amour le plus grand, «il accomplit une œuvre plus grande que les miracles et les œuvres jamais accomplis durant sa vie, au ciel et sur la terre, qui fut de réconcilier le genre humain par la grâce avec Dieu». Le mystère de la croix du Christ dévoile ainsi la gravité au péché et l’immensité de l’amour du Rédempteur de l’homme. »
« Quand tu t’arrêtes à quelque chose, tu cesses de te lancer vers le tout. Et quand tu atteins le tout, tu dois le posséder sans rien vouloir, car si tu veux posséder quelque chose du tout, tu n’as pas ton unique trésor en Dieu. »
Conclave : fumée rose à Hollywood
L’abbé Simon Fornier de Violet, vicaire au sein de la paroisse du Saint-Esprit, dans le 12e arrondissement de Paris, analyse Conclave, le nouveau film d’Hollywood.
Saint Léonard, soldat du Christ en Corse
Aymeric Pourbaix, Véronique Jacquier et le père Jean-François Thomas évoquent la figure de Saint Léonard, dans l’émission Les Belles figures de l’Histoire :
Quand François Bayrou dénonçait les grands intérêts financiers derrière Macron
Ce tweet de 2016 a-t-il vieilli ?
Derrière Emmanuel #Macron il y a des gds intérêts financiers incompatibles ac l’impartialité exigée par la fonction politique #BourdinDirect
— François Bayrou (@bayrou) September 7, 2016
Je n’aime pas que l’on cible la fonction publique. Emmanuel Macron sert depuis des mois un double jeu. http://t.co/MZw948bIa3
— François Bayrou (@bayrou) September 21, 2015
Redécouvrir la piété populaire
A l’occasion de la visite du pape en Corse, le cardinal Bustillo a été interrogé dans France catholique. Extrait :
La piété populaire en Corse s’exprime sous de nombreux visages :
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La dévotion aux saints, souvent des saints martyrs qui ont marqué les premiers siècles de la christianisation de l’île. Sainte Julie et sainte Restitude sont ainsi les saintes patronnes de la Corse, sainte Dévote qui nous unit à la Principauté de Monaco occupant une place à part.
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Le culte marial : les Corses et la Vierge Marie entretiennent en effet une belle et longue histoire de dévotion.
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La Semaine sainte, au cours de laquelle les Corses se retrouvent sur les chemins de Croix tracés à travers l’île. Le Catenacciu de Sartène, l’Incatenatu de Bisinchi, les processions de Bonifacio constituent les manifestations qui ont traversé les siècles.
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Le Culte des morts, encore, où les traditions dans les familles, mêlant le religieux et le païen parfois, sont immuables.Cette piété populaire a même son incarnation : les confréries, qui perpétuent les traditions, accompagnent les prêtres et les familles. Elles sont plus de 80 et connaissent un renouveau dans l’île, assurant la transmission entre les générations.
Constantin de Vergennes écrit dans ce même numéro :
[…] Alors archevêque de Buenos Aires, en Argentine, François avait ainsi joué un rôle de premier plan dans la rédaction du document final de la Conférence d’Aparecida, qui réunissait en 2007 les évêques d’Amérique latine. « La piété populaire pénètre délicatement l’existence personnelle de chaque fidèle, et bien qu’elle se vive dans une multitude de personnes, ce n’est pas une “spiritualité de masses” », relevait le texte, bien loin du dédain qui avait pu s’exprimer dans les années postconciliaires. Les évêques réunis à Aparecida insistant même sur la portée évangélisatrice de la piété populaire, « chemin éducatif » de la foi.
« La bougie allumée dans un humble foyer… »
Cette portée évangélisatrice se retrouve dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium (2013) dans laquelle François s’exclame : « Ne contraignons pas et ne prétendons pas contrôler cette force missionnaire ! », songeant notamment à la piété des « pauvres » : « Je pense à la foi solide de ces mères au pied du lit de leur enfant malade qui s’appliquent au Rosaire bien qu’elles ne sachent pas ébaucher les phrases du Credo ; ou à tous ces actes chargés d’espérance manifestés par une bougie que l’on allume dans un humble foyer pour demander l’aide de Marie. » Plus récemment, le pape a rappelé dans son encyclique Dilexit nos (2024) comment la dévotion au Sacré-Cœur, profondément populaire, avait été moquée par les jansénistes, dans une attitude « élitiste ». […]
Et Emilie Pourbaix ajoute :
On la croyait éteinte… mais la piété populaire revient en force ! Chapelets, médailles, processions, culte des saints et des reliques, scapulaires… De plus en plus de personnes éloignées de l’Église s’emparent de ces signes de piété. « Tout être humain a besoin de sacré, de sens », souligne l’abbé Maximilien de la Martinière, curé d’un groupement paroissial à Élancourt (Yvelines). Malgré la disparition de la religion de notre société, la soif de spiritualité est bien là, mais elle s’exprime autrement. Pour y répondre, nos contemporains « piochent dans tout ce qu’ils peuvent, notamment les signes de la piété populaire catholiques » – que redécouvrent aussi de plus en plus de fidèles.
Cette forme de piété avait été négligée, voire méprisée, par la hiérarchie de l’Église en France, pendant les décennies postconciliaires. « Il y avait une tendance à vouloir se relier directement au Christ, sans médiation », constate l’abbé Matthieu Bévillard, Missionnaire de la Miséricorde divine. Cette forme de piété était aussi considérée comme trop populaire et superstitieuse. « On pensait que c’était un sous-produit du catholicisme. Pourtant, quand Jésus guérit la femme hémorroïsse qui touche son vêtement, il reconnaît dans son geste une foi authentique : il ne lui dit pas qu’elle est superstitieuse ! », rappelle l’abbé de la Martinière. […]
Autant dire que le cardinal Cupiche, qui vient de s’en prendre à l’agenouillement durant la communion, est totalement décalé.
9ème Salon du Livre et de la Famille samedi 14 décembre de 14h à 19h à la Mairie de Paris 8ème
Liqueurs monastiques : découvrez-les, dégustez-les
Monastère de la Grande Chartreuse, Abbaye de Lérins, Abbaye de la Maigrauge… voilà autant d’invitations à voyager, prier, méditer… Mais aujourd’hui, on vous propose d’en savoir plus sous l’angle de leur travail manuel, dont ils ont besoin pour subvenir à leurs besoins : la production de spiritueux d’abbayes !
Depuis 1605 jusqu’à aujourd’hui, traversons les siècles, humons les plantes, les agrumes et mettons nous au temps monastique… C’est parti pour découvrir tout comprendre sur les liqueurs monastiques !
Plusieurs siècles de savoir-faire
Vers le XIIe siècle, la distillation a été introduite en Europe par les érudits arabes. Par la suite, elle a été adoptée dans les monastères pour extraire les principes actifs des plantes, domaine que les abbayes maîtrisaient déjà grandement. Ainsi sont nées les premières liqueurs monastiques, conçues comme des élixirs thérapeutiques. Par exemple, au XIXe siècle, la Revue d’Histoire de la Pharmacie établit que l’élixir végétal de la Grande Chartreuse avait de nombreuses vertus contre l’asphyxie, l’épilepsie, les fièvres, la typhoïde, le choléra etc… Amusant, non ?
Au fil du temps, les liqueurs monastiques ont évolué, et leur usage aussi, pour devenir davantage festives, parfois même servies lors des grandes occasions. Par exemple, vite après sa création en 1840, la chartreuse jaune se trouvait sur toutes les plus grandes tables d’Europe, y compris celle du tsar de Russie ! C’est de là qu’est venu son surnom : « la Reine des liqueurs ».

Crédits photos – ©chartreux.org et ©Nicolas Villion
Un succès qui tient à de nombreux secrets…
Tout d’abord, les liqueurs d’abbayes portent avec elles un savoir-faire et une histoire depuis des siècles ! A l’abbaye de Lérins par exemple, la Lérina Jaune a été créée en 1897. L’élixir végétal de la Grande Chartreuse, créé en 1764, s’appuie sur un parchemin de 1605 ! Et la recette de l’Eau Verte de l’abbaye de la Maigrauge daterait de 1798…
Autre facteur de succès : un savoir-faire bien spécifique et secret, que personne n’a encore dérobé. L’exemple le plus connu et le plus emblématique est celui du monastère de la Grande Chartreuse. Là-bas, seuls deux ou trois moines connaissent les secrets de fabrication des liqueurs. Ils se transmettent à l’oral, de frère en frère, depuis plusieurs siècles, dans le silence du monastère…
Comme dans tout produit d’exception, les matières premières jouent un rôle crucial ! Une grande liqueur a forcément d’excellents ingrédients, et en la matière, les abbayes sont exemplaires. Voici quelques exemples à la volée :
- pour la liqueur de verveine de l’abbaye de Lérins, les moines la récoltent sur leur île, sans aucun engrais ou traitement chimique;
- la Chartreuse verte repose sur 130 plantes qui viennent en partie des montagnes environnantes;
- les sœurs de l’abbaye de la Maigrauge cultivent leurs plantes dans leur petit jardin
- le Dry Gin du monastère d’Helfta est en partie issu de la mélisse et du basilic du jardin des sœurs
La liste serait encore longue pour expliquer le succès des spiritueux monastiques : limitation des volumes, fabrication lente, vieillissement prolongé en foudre de chêne etc… Mais on en restera là dans cet article.

Crédits photos – ©Abbaye de Lérins
Les quatre vraies liqueurs monastiques : quelles sont-elles ?
Grande-Chartreuse
La Chartreuse, liqueur emblématique, est le plus ancien et célèbre des spiritueux d’abbayes… Il trouve ses origines en 1605, lorsque le maréchal d’Estrées aurait remis la recette d’un “élixir de longue vie” aux moines de la Chartreuse de Vauvert, à Paris. Mais la fabrication ne commencera au monastère de la Grande-Chartreuse que bien plus tard, en 1737, sous l’impulsion du moine apothicaire, frère Jérôme Maubec. Aujourd’hui encore, seuls deux ou trois moines en connaissent les secrets de fabrication !
Voici les cinq liqueurs de Chartreuse les plus connues, par ordre chronologique de création :
- l’élixir végétal de la grande Chartreuse : créé en 1764 selon la recette historique de 1605, sur la base de 130 plantes médicinales
- La Chartreuse Verte. La recette date de 1840, et est tirée de celle de l’élixir végétal. Elle titre à 55% de volume d’alcool, et développe des notes de menthe, poivre, anis, citron et gingembre.
- La Chartreuse Jaune. Comme sa sœur, elle est créée en 1840 et est issue de la recette de l’élixir, mais elle est plus douce, avec des notes de fleurs, miel et épices.
- Le Génépi. En plus du génépi, toutes les autres armoises (fleurs de haute montagne) de cette liqueur viennent du vallon de la Chartreuse dans les Alpes !
- Le vin de Noix apéritif. Les Pères chartreux ont remis au goût du jour cette recette typique de la région du Dauphiné, pour un délicieux apéritif qui titre à 23% vol.
Les amateurs apprécient en particulier les cuvées spéciales de Chartreuse, parmi lesquelles :
- la Chartreuse VEP (Vieillissement Exceptionnellement Prolongé) : c’est une version vieillie de la Chartreuse, verte ou jaune selon les cuvées, qui révèle des notes encore plus complexes et subtiles.
- la Liqueur du 9e centenaire. Créée pour la première fois en 1984 pour commémorer le 900e anniversaire de la fondation de l’Ordre des chartreux en 1084 par saint Bruno. C’est une liqueur d’assemblage qui titre à 47% vol., issue de profils de vieillissement différents.
- la “Liqueur d’élixir 1605”. Créée pour la première fois en 2005 pour commémorer les 400 ans de la remise du manuscrit de l’Élixir de Longue Vie, par le Duc d’Estrées, aux chartreux de Vauvert à Paris. Cette liqueur s’inspire de la “Liqueur de Santé” ou “Élixir de Table” développée au début du 19e siècle, devenue en 1840 la Chartreuse Verte.
- la Chartreuse Jaune MOF (Meilleurs Ouvriers de France-Sommeliers). Créée pour la première fois en 2008 par les Pères Chartreux en collaboration avec les MOF. C’est une liqueur d’assemblage issues de différentes Chartreuse Jaune traditionnelles.
- la “Liqueur du Foudre 147”. Cette cuvée spéciale a été commercialisée pour la première fois en 2019, et fait perdurer le vieillissement de liqueurs dans le fameux “Foudre 147” à Voiron, dans la plus longue cave à liqueur du monde.

Crédits photos – ©Chartreuse.fr
Abbaye de Lérins
Sur l’île Saint-Honorat, au large de Cannes, se trouve l’abbaye de Lérins, un des plus anciens lieux monastiques de France, puisqu’on date sa fondation vers l’an 400-410. L’activité historique de l’actuelle communauté de moines cisterciens est l’élaboration de liqueurs, et ce, depuis les années 1890 !
Certains moines s’occupent de faire macérer les plantes dans l’alcool, tandis que d’autres s’occupent de la distillation (aux côtés d’un alambic de 1948 !), quand d’autres encore de la mise en bouteille et de l’étiquetage. C’est un véritable travail communautaire et monastique !
Voici les différentes liqueurs distillées par les moines cisterciens de l’abbaye de Lérins :
- Lérina Verte. Élaborée depuis la fin du XIXe siècle par les moines de l’abbaye de Lérins, à base de 44 plantes, elle possède des notes de thym et de menthe.
- Lérina Jaune. Créée en 1897 par les moines, elle est aussi issue de 44 plantes, dont une partie est récoltée sur l’île. Sa couleur jaune est 100% naturelle, grâce au safran !
- Liqueur de verveine, distillée depuis 1948/1949 avec la verveine récoltée directement sur l’île. Avec ses 35% de volume, elle est parfaite pour terminer en beauté un bon repas !
- Liqueur de mandarine, recette inventée en 1994, et titrant à 42% vol.
- Lérincello (liqueur de citron), la dernière de la collection, obtenue après une longue macération du jus, des pulpes et une toute petite partie d’écorces.
- Liqueur Sénancole. Comme son nom l’indique, elle est fabriquée au départ à l’abbaye de Sénanque (“berceau de la congrégation”), mais à Lérins depuis 1969. Elle est constituée de 19 plantes macérées plusieurs semaines dans l’alcool, et titre à 40%.
- Eau de vie de Marc. Cette liqueur, qui titre à 44% vol., est issue d’une distillation de marcs de raisin et de lies provenant du vignoble en culture biologique des moines cisterciens.

Crédits photos – ©Divine Box
Monastère d’Helfta
En Allemagne en 2021, grâce à l’aide d’un frère d’une abbaye voisine, les huit sœurs cisterciennes du monastère d’Helfta se sont lancées dans une nouvelle activité manuelle : la distillerie ! Chaque cuvée (≈ 600 bouteilles) porte un nom de pape différent. Amusant, non ?
Voici les trois spiritueux produits à ce jour par le monastère d’Helfta :
- Monastic Dry Gin. Un gin classique à 42% d’alcool, élaboré notamment avec la mélisse et le basilic du jardin des sœurs. Une partie des autres ingrédients vient d’autres monastères français et autrichiens ! Pas mal, non ?
- Monastic Gin vieilli en fût de chêne : une version améliorée aux saveurs plus riches avec des notes boisées.
- Monastic Coffee : une crème de café ressemblant au Baileys
Abbaye de la Maigrauge
Les sœurs cisterciennes de l’abbaye de la Maigrauge, à Fribourg (Suisse), produisent notamment deux liqueurs emblématiques : l’Eau Verte et l’Eau de Noix. Ces deux cuvées sont confidentielles, et vendues uniquement à la boutique des sœurs, ou à distance mais en Suisse uniquement.
Voici les deux spiritueux de l’abbaye de la Maigrauge :
- Eau verte : un élixir de 20cL titrant à 55% de volume d’alcool, fabriqué à partir de plantes biologiques soigneusement sélectionnées et cultivées dans le jardin des sœurs. La recette daterait de 1798, date à laquelle les Ursulines se seraient réfugiées à l’abbaye, pendant l’invasion de Fribourg par les troupes révolutionnaires françaises.
- Eau de Noix : une liqueur artisanale mettant en valeur la richesse des noix.

N’y a-t-il pas d’autres liqueurs monastiques ?
Réponse courte : oui et non ;-)
En France, on pourrait prolonger l’analyse en citant des spiritueux fabriqués pour des abbayes, comme notamment “Amelino de Madaleno” pour l’abbaye du Barroux, ou encore les liqueurs Eyguebelle, héritées du savoir-faire de l’abbaye d’Aiguebelle en Provence. Mais ce ne sont pas des productions assurées par les moines, donc on préfère les mettre de côté.
En parcourant le monde, on pourrait toujours découvrir des cuvées de liqueurs d’abbayes confidentielles ici et là, en particulier dans les abbayes trappistes, où le travail manuel a une grande part.
Enfin, on pourrait poursuivre l’étude en évoquant les produits monastiques qui incluent de la liqueur dans leurs ingrédients, comme par exemple les “framboises savoureuses” de l’abbaye de Rosans, les “bouteilles à la liqueur” de l’abbaye de Bonneval, ou encore les “gros bouchons” de l’abbaye du Val d’Igny.
Si cela titille votre curiosité, vous pouvez cliquer ici pour en savoir plus sur ces liqueurs monastiques !

Crédits photos – ©Divine Box
Où acheter des liqueurs ou spiritueux d’abbaye ?
Pour cela, allez donc visiter une abbaye sur place, pour partager un office avec les moines (ou moniales) et faire un tour à la boutique !
Mais si c’est un peu loin, alors privilégiez l’achat en ligne, par exemple sur la boutique monastique en ligne de Divine Box.
Dernière ligne droit pour la future hospitalité des Dominicaines Enseignantes de Fanjeaux
La levée de fonds des Dominicaines Enseignantes de Fanjeaux a pris un très bon départ grâce au relais de nombreux contacts engagés. Les Mères remercient d’ores et déjà tous ceux qui ont participé, et invitent chaleureusement les donateurs à faire connaître le projet auprès du plus grand nombre.
Le but de cet appel à dons est d’acquérir un ancien hospice que les Mères ont découvert de façon providentielle. Depuis longtemps, elles cherchaient sans succès un lieu pour accueillir leurs Sœurs les plus âgées. Il y a quelques mois, elles se sont vues proposer de racheter un bâtiment historique situé à Montréal (Aude), à près de 10km de leur Maison mère de Fanjeaux.
Cette opportunité unique se prête en tous points à leurs projets (chapelle, parc, situation en centre-ville, …). Une fois aménagé, cet édifice permettra d’accueillir les aînées de la communauté, leurs proches et une salle de classe pour une vingtaine d’élèves.
Pour les Mères, c’est le lieu idéal pour accompagner la croissance de leur communauté. Celle-ci compte, au bout de 50 ans d’existence, 263 Sœurs et 20 novices qui accompagnent pas moins de 2715 élèves dans quatre pays différents. Leur succès augure un avenir radieux mais aussi tous les défis inhérents à un développement.
C’est pourquoi cette acquisition immobilière est un choix stratégique à ne pas manquer. Elles ont donc lancé un appel à dons afin de compléter le financement partiellement couvert par leur apports en fonds propres.
Pour connaitre le projet et y participer, cliquez sous le lien ci-dessous :
https://www.credofunding.fr/fr/dominicaines-fanjeaux
Tous les dons sont défiscalisables à hauteur de 66%, et à hauteur de 60% si vous représentez une entreprise.
Vous pouvez contacter Anne-Laure de Latrollière ([email protected]) pour toute demande de précision.
Nicaragua: une dictature anti-chrétienne
L’ECLJ publie un rapport sur le Nicaragua :
Le Nicaragua est devenu une dictature anti-chrétienne.
Depuis 2018, le président Daniel Ortega a instauré un régime répressif de plus en plus intraitable. Les opposants politiques au gouvernement sandiniste sont réduits au silence, jetés en prison ou expulsés, déchus de leur nationalité, tandis que des centaines de milliers de Nicaraguayens ont fui le pays.
Les catholiques, et le clergé en particulier, sont devenus des cibles privilégiées du régime.
Le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), qui agit depuis plus de 25 ans auprès des institutions internationales pour défendre et promouvoir la liberté religieuse dans le monde, publie aujourd’hui un rapport dénonçant La persécution des chrétiens au Nicaragua:
La persécution des chrétiens au Nicaragua
Ce nouveau rapport expose objectivement cette persécution, qualifiée de “crime contre l’humanité” par des experts des Nations unies.
Une guerre culturelle et spirituelle contre les chrétiens
Plus de 870 attaques contre l’Église catholique ont été recensées depuis 2018. Ces actions comprennent des agressions physiques, des fermetures forcées de lieux de culte, des détentions arbitraires de membres du clergé et des confiscations de propriétés religieuses.
Le cas de Monseigneur Rolando Álvarez, évêque de Matagalpa, illustre la violence du régime. Emprisonné en août 2022, il a été condamné à 26 ans de prison après avoir refusé l’exil. Libéré en janvier 2024, il est déchu de sa nationalité et expulsé au Vatican, après 17 mois de détention. Il demeure une figure de la résistance chrétienne face à l’oppression. Plus de 245 membres du clergé ont déjà été exilés, tandis que d’autres sont détenus arbitrairement dans les prisons, privant les fidèles de leurs pasteurs.
En plus de la violence physique, le régime d’Ortega mène une guerre culturelle et spirituelle.
En août 2023, l’Université d’Amérique centrale, dirigée par les Jésuites, a été confisquée par le gouvernement, tout comme le monastère Santa María de la Paz. Les manifestations religieuses, comme les processions de la Semaine Sainte, ont été massivement interdites.
Entre 2022 et 2024, plus de 5 000 processions ont été annulées par les autorités, marquant la volonté du gouvernement d’effacer les traditions chrétiennes du paysage national. Les malades et les mourants ne sont pas épargnés: interdiction est faite aux prêtres d’administrer les sacrements dans les hôpitaux.
Des associations caritatives internationales, comme Caritas International, l’Agence catholique pour le développement d’outre-mer, ou encore Christian Aid et Compassion International, ont été dissoutes et interdites par le gouvernement, privant ainsi les Nicaraguayens de l’aide humanitaire qu’elles offraient.
La liberté de la presse n’est pas en reste: au moins 54 médias, dont 22 médias chrétiens, ont été censurés et environ 280 journalistes sont actuellement exilés, etc.
L’urgence d’agir au soutien des chrétiens persécutés du Nicaragua
Cette persécution s’inscrit dans une stratégie de propagande soigneusement orchestrée par le régime Ortega pour affaiblir l’Église et porter atteinte à sa réputation. Les autorités multiplient les discours qualifiant les prêtres et les évêques de « putschistes » ou d’ennemis de l’État, pour présenter l’Église comme une menace pour la sécurité nationale. Ces accusations s’accompagnent de campagnes de diffamation publique créant un climat de haine.
Le rapport de l’ECLJ met en évidence la relative inaction de la communauté internationale face à cette crise. Bien que des sanctions ciblées aient été imposées par les États-Unis et l’Union européenne, leur impact reste limité. Pendant ce temps, le Nicaragua renforce ses alliances avec la Russie et la Chine, contournant les pressions occidentales tout en intensifiant sa répression interne. En même temps, le Nicaragua exerce une pression migratoire sur les États-Unis, en facilitant le transit des migrants contre le paiement de taxes qui viennent enrichir le régime.
Nous ne pouvons rester silencieux face à cette persécution contre les chrétiens par un régime de plus en plus dictatorial. Il faut faire connaître et dénoncer ces atteintes, puis agir auprès des instances internationales pour que le régime en place au Nicaragua ressente la pression internationale. C’est ce que l’ECLJ s’engage à faire aujourd’hui.
Il faut imposer des sanctions efficaces, offrir une protection accrue aux exilés et engager des poursuites judiciaires contre les responsables de ces crimes. Il est également essentiel de fournir un soutien humanitaire direct aux communautés chrétiennes, qui incarnent une résistance courageuse face à la dictature et aux persécutions.
Il faut aussi prier. Prier pour l’Église qui souffre de tant de persécutions dans le monde, alors qu’elle veut seulement aimer Dieu et son prochain.
Nous ne pouvons pas nous résigner à tant de persécutions.
Pour cela nous vous invitons à lire et partager ce rapport et à signer notre pétition contre la persécution des chrétiens pour soutenir notre action institutionnelle.
Vous pouvez aussi partager, relayer et réagir aux nombreuses informations sur cette persécution que nous allons publier sur les réseaux sociaux. Vous contribuez ainsi à faire connaître plus largement cette persécution des chrétiens du Nicaragua.
Notre Dame : le meilleur et le pire
Comme autour de la Mamma chantée par Charles Aznavour ils sont venus, ils sont tous là, aux pieds de Notre-Dame : les avorteurs artisans de la constitutionnalisation de l’avortement, les invertis exposant leur compagnon dans la presse people, tous ceux qui depuis des décennies s’acharnent à détruire l’héritage chrétien immatériel de la France (mœurs, habitudes, institutions) dont la cathédrale Notre-Dame de Paris est le plus bel, et emblématique, témoignage matériel. Y a même Manu, le fils prodige, peut-être un jour prodigue, figé en un sourire quasi permanent de satisfaction de lui-même. Seules quelques rares personnalités (Henri d’Anselme- le héros au sac à dos-, le prince Jean de France, son épouse et son fils) paraissent conscientes de la nature réelle de l’événement et de sa signification alors que la grande masse des participants ne peut qu’être étrangère à un héritage qu’elle est incapable intellectuellement de comprendre et spirituellement de vivre.
Une belle réussite
Cette réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, cinq ans après le drame du 16 avril 2019 aurait dû être un jour de joie et une fête sans mélange. La prouesse technique est incontestable, la beauté du bâtiment restauré à couper le souffle, la compétence et le dévouement des équipes qui ont œuvré à cette restauration, manifestes. Un hommage légitime a été rendu aux pompiers qui ont sauvé l’édifice en proie aux flammes, la Providence ayant permis qu’il n’y ait pas un seul mort à déplorer, aux mécènes qui ont financé la reconstruction, au général Georgelin, maître d’œuvre de ce chantier… pharaonique. Emmanuel Macron s’est livré à un exercice oratoire, empreint de gravité et d’émotion, inhabituel dans sa bouche : une exaltation du roman national de St Louis à Claudel. Roman national qu’il s’acharne chaque jour à déconstruire. Il n’a pas été question d’Europe, cela nous repose ! La preuve a été faite qu’avec une vraie volonté politique il est encore possible, en France, de faire de grandes, et belles, choses.
Un goût amer dans la bouche
D’où vient alors ce sentiment d’incomplétude, voire d’amertume, alors qu’une fois encore les regards du monde entier ont été, pendant quelques heures, tournés vers la France et Notre-Dame ? Tout d’abord, un voile pudique semble avoir été jeté sur les origines du drame. Depuis cinq ans l’enquête piétine. Comme l’observe Didier Rykner, fondateur de la Tribune de l’Art, il semblerait que la responsabilité de l’Etat, propriétaire de la cathédrale depuis les spoliations de la Révolution, soit en cause, par négligence, dans cet accident dans lequel il est trop facile de ne qu’une succession de malchances. Ensuite, la cérémonie elle-même a suscité bien des commentaires. Les vêtements liturgiques portés par les concélébrants (170 évêques, 106 prêtres) et conçus par le styliste Jean-Charles de Castelbajac dans une optique très colorée et arc en ciel ont suscité bien des interrogations : Clin d’œil au défilé de mode ecclésiastique du film de Federico Fellini Roma ? Publicité gratuite pour Google, Liddle ou Uno ? Réminiscences enfantines de Pierrot ou Polichinelle ? Certains ont évoqué le cirque Zavatta. Chacun se perd en conjectures. Ce qui est certain c’est que si cet accoutrement n’était guère en phase avec la solennité des lieux il s’accordait tout à fait à l’ambiance générale de la cérémonie : à la fois digne par sa solennité mais aussi très « laïque » et festive dans son déroulement. Il est loin le temps où la cérémonie de la dédicace d’une église commençait par ces mots : « Terribilis est locus iste, Que ce lieu est redoutable ! C’est la maison de Dieu et la porte du ciel ». Plus qu’à la gravité, à la transcendance, à la verticalité, au recueillement l’heure semblait aux mondanités et aux familiarités entre puissants de ce monde : Brigitte Macron embrassant comme du bon pain le recteur de la cathédrale Mgr Ribadeau Dumas qui l’accueillait à l’entrée de la cathédrale, son mari multipliant sourires et poignées de main, le tout dans un brouhaha qui semblait faire l’impasse sur la présence dans le tabernacle de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, maître de l’univers et juge des vivants et des morts. En ces temps là également le pontife montant ou descendant la nef bénissait la foule qui se prosternait et ne se contentait pas, laïcité oblige ?, d’un petit signe de la main : Bonjour ! Bonjour !
Ils ne savent pas ce qu’ils défont !
Le nonce à Paris, Mgr Migliore, a d’abord lu une lettre du pape, invité mais absent, qui a justement valorisé le travail des artisans et la redécouverte de vérités oubliées qui viennent du passé pour nous aider à redécouvrir le sens de notre histoire nationale. Ensuite le sermon de Mgr Ulrich s’est révélé sans aspérités ni propos qui puissent fâcher quiconque. Plus surprenants ont été les propos de Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, à l’issue de la messe, répondant à la question d’un journaliste : « Cela ne me choquerait pas qu’il (Emmanuel Macron) communie ». Est-il incongru de faire remarquer à Mgr de Rouen, qui a pourtant courageusement participé plusieurs fois à la Marche pour La Vie du mois de janvier qu’Emmanuel Macron est l’homme qui a voulu puis fait inscrire l’avortement dans la Constitution. L’Eglise a longtemps proclamé et mis en œuvre l’enseignement selon lequel le soutien à l’avortement était passible d’excommunication et incompatible avec le fait de communier. Il faut convenir que ces dernières années quelques entorses à cette règle, au plus haut niveau, ont été observées. Ainsi en est-il de la communion donnée par le pape François à Nancy Pelosi, partisane affirmée de l’avortement, le 29 juin 2022. Quant à la communion sacramentelle reçue par Brigitte Macron, alors que sa situation conjugale semble confuse au regard de la loi de l’Eglise, sans doute s’agit-il d’une nouvelle mise en œuvre d’Amoris laetitia. Mais existe-t-il encore une doctrine, un enseignement et des lois dans la Sainte Eglise de Dieu, au-delà des appels récurrents à la paix, la joie et…la communion ? Pardonnez leur Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils défont !
Jean-Pierre Maugendre
151 jours au Liban, dont 17 sous les bombes
Par Antoine Bordier, auteur de la trilogie Arthur, le petit prince (d’Arménie, du Liban, d’Egypte) :
Je suis arrivé pour la première fois au Liban, le 18 mars 2023. C’était la veille de la saint Joseph, chez les Franciscains, de la rue Gouraud. Depuis longtemps, je rêvais de me rendre au Pays du Cèdre, que Lamartine appelait la Perle du Levant. Les trente années précédentes, j’avais côtoyé des Libanaises et des Libanais au teint hâlé, à la foi chevillée au corps, aux r roulés, et aux racines drapées de rouge, de blanc et de vert. C’est ma plume, finalement, qui me fera embrasser cette terre cananéenne. Je n’imaginais pas que sur ces 151 jours, j’allais en vivre 17 sous les bombes. Reportage-témoignage sous le regard de Lamartine et de saint Charbel.
Mes aventures libanaises, finalement, ont commencé il y a plus de trente ans, lorsque jeune étudiant je faisais la connaissance, à Paris, de ces deux séminaristes maronites, qui venaient étudier en France. Ils étaient originaires de Jounieh, une ville côtière qui se situe à 19 km au nord de Beyrouth, la capitale. Puis, à Paris, je rencontrais Jehanne et Sami. Jehanne travaillait dans l’audit, et Sami était étudiant en biologie. Il avait fait la guerre. Ou plutôt les guerres, celles qui ont frappé le pays des Phéniciens entre 1975 et 1990. Jehanne est restée en France, comme Sami. La France, cette terre d’accueil unique en son genre, qui est la sœur aînée, le phare et la servante de nombreux peuples en souf-france. Au Liban, une guerre sans fin, sans paix durable, continue sous nos yeux, avec ces cessez-le-feu. Cette terre est très convoitée. Elle est si fertile, généreuse et sainte. Poétique, elle a été foulée au 19è siècle par de nombreux académiciens français, de nombreux auteurs, de nombreux poètes. Cette terre de feu et de sang où coule le sang, rouge, blanc et vert, des martyrs.
La Terre Sainte du Levant
Oui, avant Alphonse de Lamartine, avant Gustave Flaubert, avant Gérard de Nerval, avant Hélène Carrère d’Encausse, la Terre du Levant était, déjà, une terre où la plume virevoltait entre les bruyères, les cèdres millénaires, les cyprès, les bougainvilliers, les pins, les pistachiers, les sycomores et les térébinthes.
Elle est une Terre Sainte, sur laquelle de nombreux scribes ont écrit. Dans la Bible, le pays est cité 69 fois ; le cèdre 51 fois, et les villes de Tyr et de Sidon, respectivement, plus de 60 et 30 fois.
Quant à Byblos, ou Jbeil, cette vieille ville phénicienne n’est citée qu’une seule fois.
Le Liban, même dans sa coupe géographique, est lyrique car il ressemble à une harpe. Ses cordes sont le mont Liban et l’Anti-Liban. Deux chaînes de montagnes qui donnent à ce relief une originalité unique au monde, avec la célèbre vallée de la Bekaa, un nouveau paradis terrestre tant jalousé.
Le mont Liban culmine à plus de 3000 mètres et la deuxième chaîne à plus de 2800 mètres. Cette-dernière forme une frontière naturelle avec la Syrie. Alors que le mont Liban étend ses gorges, ses ravins et ses vallées comme les doigts d’une main plongeant en Méditerranée.

Le Livre des Rois
Il est bon de relire ces versets bibliques du Premier Livre des Rois (chap. 5, des versets 15 à 32) :
« Hiram, roi de Tyr, envoya des serviteurs auprès de Salomon, car il avait appris qu’on lui avait donné l’onction comme roi à la place de son père. En effet, Hiram avait toujours été l’ami de David. […] Salomon envoya ce message à Hiram : « Tu sais que David, mon père, harcelé par les guerres, n’a pas pu bâtir une maison pour le nom du Seigneur son Dieu, jusqu’à ce que le Seigneur eût mis sous ses pieds les ennemis qui l’encerclaient. Mais à présent, le Seigneur mon Dieu m’a donné le repos de tous côtés ; je n’ai plus d’opposants ni de dangers à craindre. Ainsi, j’ai décidé de bâtir une maison pour le nom du Seigneur mon Dieu, selon la parole du Seigneur à David, mon père : “Ton fils, celui que je mettrai après toi sur ton trône, c’est lui qui construira la Maison pour mon nom !” Maintenant donc, ordonne que l’on coupe pour moi des cèdres du Liban. Mes serviteurs travailleront avec les tiens, et je te donnerai pour leur salaire ce que tu me fixeras ; car tu sais qu’il n’y a personne chez nous qui sache couper les arbres comme les gens de Sidon. […] Puis les maçons de Salomon et ceux d’Hiram, ainsi que les gens de Byblos, taillèrent et préparèrent le bois et les pierres pour construire la Maison. »
Au temps du Christ, c’est à Cana, à 13 kms au sud-est de Tyr (il y a deux Cana, l’autre est en Israël, près de Nazareth), qu’aurait eu lieu le premier miracle de Jésus, lors des Noces de Cana. Pendant sa vie publique, Jésus s’est souvent retiré dans la région de Tyr et de Sidon. Avec sa mère, il s’est rendu dans la région qui porte le joli nom de Maghdouché. A leur époque, il n’y avait pas de frontières, et toute cette région faisait partie de l’Empire Romain.
Des Cananéens et des Phéniciens ont conquis le monde
Les cités de Tyr, de Sidon et de Byblos sont emblématiques de ce qu’est le Liban. C’est avec le Rotary Club de Saverne, que j’ai découvert Byblos, Jbeil, en mars 2023. Cette cité est l’une des plus anciennes du monde. Des vestiges remontent à plus de 7000 ans ! Son petit port cananéen, puis phénicien, était l’un des plus dynamiques avec ceux de Tyr et de Sidon, il y a 3000 à 4000. Il faut voir son enceinte fortifiée, ce qu’il en reste, plongée dans la mer Méditerranée, éclairée par les rayons dorés d’un soleil finissant sa course quotidienne. La pierre aux couleurs de sable et de terre foncée est comme grêlée par des gouttelettes d’eau salé projetées par les vagues qui sans cesse, comme dans un refrain, s’y abattent. Ces cités, leurs pierres et leurs vestiges, inscrites au patrimoine universel de l’UNESCO, en disent long sur ces peuples cananéens (qui vivaient vers l’an 2000 avant J.C.) et phéniciens (vers l’an 1000 avant J.C.) qui ont conquis de leurs célérités commerciales pacifiques les villes du pourtour méditerranéen.
C’est avec Naji Farah, le célèbre guide touristique du Liban, que je me suis rendu à Tyr, Sidon, Cana, Maghdouché, etc. Il est plus qu’un guide. Francophone, devenu francophile, il a vécu en France dans les années 80-90, pour continuer ses études en sûreté. Il est fortement engagé dans les liens d’amitié qu’il tisse entre la France et le Liban. Il est à l’origine, avec d’autres, de l’association RJ Liban (Rassemblement de la Jeunesse Libanaise). Pour lui, « la jeunesse reste la clef du Liban ». Il est rentré au Pays du Cèdre après la fin de la guerre. Il passe sa vie entre le Liban, la France et le Brésil ! Il connait l’histoire de son pays par cœur, à l’époque où le Liban s’appelait Canaan.

Le Liban et la France
Ah, que serait la France sans le Liban, qui lui donne ce supplément d’âme lié à la Terre Sainte ? Et, que serait le Liban sans la France, qui lui assure, depuis que le Roi Louis IX, saint Louis, s’est engagé à le faire, protection ! Le temps des Croisades n’est pas celui de la reconquête de la Terre Sainte de Jérusalem tombé sous le sabre de l’Islam. Non, il est d’abord le temps d’un hommage, d’un pèlerinage, d’un voyage sur les pas du Christ. Il ne peut être décorrélé de la politique et des conquêtes arabes.
Depuis saint Louis, la France n’a pas cessé d’être aux côtés des Libanais, de tous, à commencer par les Maronites.
Elle l’est, toujours, principalement à travers les écoles francophones qu’elle a fait pousser de terre, lors de l’arrivée des Jésuites au 19è siècle. Ecoles, Collèges, Lycées, Universités, Observatoires, Vignobles, ils ont semé et planté énormément au Liban, presque partout. Ils ont créé de l’activité.
Il en est de même des Frères des Ecoles chrétiennes, des Ecoles lassaliennes.
L’Education francophone
Oui, elle est belle la jeunesse libanaise. Je lui ai, d’abord, rendu visite dans cette montagne, celle de Baskinta, un village perché à 1300 mètres d’altitude, à une heure de Beyrouth. Antoine Mdawar dirigeait l’école Saint-Pierre fondée par les Lassaliens. Il y a 5 ans, il avait réussi à la sauver car elle était menacée de disparition, faute de moyens financiers suffisant. Avec les anciens et des associations, comme le Rotary Club d’Antony, non seulement, il a réussi à la sauver, mais il lui a donné une nouvelle impulsion.
Aujourd’hui, il dirige le collège Notre-Dame, à Furn El Chebbak, dans le sud de Beyrouth, à la limite du quartier Hezbollah bombardé par Israël. « Oui, je suis très inquiet pour la suite. Nous avons des familles qui ont été touchées par les bombardements. Notre école est ouverte à tous. Elle est située à une centaine de mètres des lieux de bombardements. Nous avons besoin de l’aide de la France… » Il est un francophone devenu francophile ! Mais sans la France, que va devenir le Liban ?

La belle jeunesse
Ah, cette jeunesse qui fend le cœur, parce qu’elle est résiliente et qu’elle résiste sous les bombardements. Certains jeunes ont quitté le pays, mais d’autres, comme Fidèle Maroun, Fadi Najjar, Neemat et Hikmat Mdawar résistent. Ils sont unanimes et disent en cœur :
« Oui, ce que nous vivons est devenu dévastateur. Est-ce qu’on reste au Liban, dans cet environnement où la vie devient un danger presque permanent, ou on part ailleurs, dans un environnement porteur, dans un havre de paix, où on est attendu ? Nous les jeunes, nous étudions, nous voulons nous marier, fonder une famille, réussir professionnellement, gagner de l’argent, être utile et rester solidaire. Mais, ces tragédies nous empêchent de nous projeter. Il y a eu les explosions de Beyrouth, et maintenant cette guerre. Nous ne voulons pas aller ailleurs, nous voulons rester chez nous. La famille et les amis sont très importants. Notre foi, également. Ici, autour de la table, nous sommes tous membres du Mouvement apostolique marial. Nous œuvrons pour le bien commun, pour la paix. Et, cela commence ici, au Liban, entre Libanais. Oui, la foi, la famille, les amis et notre pays sont notre trésor. »
La diaspora libanaise
Entre 1975 et 1990, le Liban a perdu plus d’un million d’habitants, près d’un tiers de sa population 100% libanaise. Et entre 2019 et aujourd’hui, ils sont entre 200 et 500 000 à avoir quitté le pays. C’est une véritable saignée de ses élites, de sa jeunesse, de sa matière grise qu’a subi le pays où coule l’eau, l’huile, le lait, le miel et le vin. Pourquoi rester, en effet ? Les guerres du Liban ont été lourdes de conséquences : avec plus de 150 000 morts et près de 300 000 blessés.
Au fil des millénaires, des siècles et des années, les Cananéens, puis, les Phéniciens et maintenant les Libanais ont émigrés. Ils sont partis commercés dans tout le pourtour méditerranéen et dans le monde entier. Aujourd’hui, alors que le pays compte, selon les derniers chiffres de la Sûreté Générale, moins de 6 millions d’habitants, il faut enlever les 1,5 millions d’immigrés syriens et les plus de 300 000 Palestiniens, pour obtenir le chiffre de +/- 4,1 millions de Libanais, compte tenu de l’émigration récente.
Cette diaspora volontaire et forcée est présente dans plus de 150 pays. Elle se chiffrerait entre 14 et 18 millions selon certaines sources. Le pays qui attire le plus de Libanais est le Brésil, avec 6 à 8 millions de Libanais.
Les héros et les héroïnes du Liban
Pendant ces 151 jours, j’ai rencontré des milliers de personnes, de 0-2 ans à 95 ans. Des écoliers, des adolescents, des adultes, des personnes âgées. Des directeurs, des professeurs, des entrepreneurs, des hommes politiques. J’ai rencontré beaucoup de femmes. Avant d’évoquer les héros, il faut les évoquer ces héroïnes. Elles sont, encore, debout, malgré le fait que leur mari soient partis, de l’autre côté, en direction du Ciel. Ils sont morts pendant les guerres de 1975-1990, celles de 2006 et de 2024. Ils sont morts lors des explosions du port de Beyrouth, le 4 août 2020. Là encore, Israël est pointé du doigt. Plusieurs informations indépendantes convergent vers la même question : deux missiles israéliens ont-ils fait exploser les milliers de tonnes de nitrate d’ammonium, causé la mort de 237 personnes et blessé des milliers de personnes ?
Me Tania Daou Alam raconte :
« Ce 4 août 2020, j’ai perdu mon mari Jean- Frédéric, (Freddy). J’ai moi-même était blessée, alors que nous nous trouvions ensemble dans une clinique pour une consultation médicale à l’hôpital Saint-Georges, surplombant le port de Beyrouth. »
Puis, elle continue :
« Ce 4 août à 18h07, une première explosion dans le hangar 12 du port de Beyrouth envoya un gros nuage de fumée dans le ciel au-dessus de la ville. La seconde quelques instants plus tard créa un choc sismique secouant le sol et tous les bâtiments. Cette onde fut ressentie jusqu’à Chypre, pulvérisant le port et détruisant la ville. Je fus projetée violemment en arrière et je perdis connaissances quelques instants. Lorsque je suis revenue à moi, j’ai appelé Freddy sans obtenir de réponse. Je réalisais, alors, que je saignais de partout même des yeux. Le sang recouvrait entièrement mon corps de la tête aux pieds. Freddy, lui, était couché sur le ventre. En essayant de le retourner, j’ai vu que le sang giclait de sa gorge tranchée et de ses poumons percés. J’ai essayé en vain d’arrêter le sang avec la blouse blanche du médecin qui était lui-même blessé à la tête. Nous étions cinq dans cette clinique mais, bizarrement, à mon réveil nous n’étions plus que trois. »
Parmi les héros de ce 4 août, il y a feu le docteur Robert Sacy.

Hommage au Docteur Robert Sacy
Oui, comment oublier ce docteur-courage haut-en-couleur, d’une humilité incroyable. Il sauvait les bébés des poubelles, soignait les enfants des rues. Je l’ai rencontré parce que je voulais traiter le sujet de la santé. Eh oui, comment dans un tel pays où l’Etat est corrompu et a démissionné, comment soigner la population ? Sans la France, sans l’aide de la manne diasporique, difficile de faire tourner les hôpitaux, d’avoir les équipements. J’ai réalisé plusieurs reportages sur lui, sur les explosions du 4 août. Et puis, le docteur avait lancé cet appel :
« SOS ENFANCE EN DANGER. J’ai arrêté de compter, de compter sans arrêt les bébés-poubelles, les bébés abandonnés au coin des rivières, les bébés ramassés par les chiens et ramenés à la vie, les enfants battus, violés, harassés… Mais après ? Hier, je reçois un bébé d’environ 2 mois abandonné sur un trottoir, avec des traces de brûlure autour de la lèvre. Il a été amené par des gendarmes. Et après ? Qu’est-ce que vous attendez, Messieurs nos dirigeants milliardaires pour réagir et vider un peu vos poches ? »
Il est décédé le vendredi 10 mai 2024, frappé par une crise cardiaque. « Aujourd’hui, nous pleurons la perte d’une personne remarquable, plus qu’un simple médecin, mais un mentor, un guide et une figure paternelle pour beaucoup », écrivait sur Facebook l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine où je l’avais interviewé.
C’est lui qui m’a fait rencontrer Roger Nasnas.

Les entrepreneurs du Liban
Roger Nasnas est l’un deux. Il a été ministrable à plusieurs reprises. Mais, il est resté dans l’ombre de l’Etat, préférant œuvrer pour la société civile et les œuvres caritatives. Et, il a bien eu raison. Le patron d’Axa Middle East est un serviteur au grand cœur. Son père était, déjà, dans les assurances. Les assurances ? Comment assurer dans un tel pays ? Cela tient de la magie, de la prouesse, de la pure intelligence.
Justement, Robert Sacy disait de lui :
« Il a développé les activités de la société d’assurances de son père et de ses associés. Mais, surtout, il passe son temps à aider les autres. C’est un entrepreneur social hors-pair. » Un autre grand entrepreneur du Liban, Zafer Chaoui, impliqué dans les œuvres de bienfaisance, ajoutait : « Roger Nasnas est un homme entier, dévoué, fidèle et d’une grande honnêteté ».
Citons quelques autres grands capitaines d’industrie, qui ont façonné le Liban : Comme les Hassoun, les Bedran, les Eddé, les Sfeir, les Hatem, les Gemayel, les Assaf, les Badaro, les Nasr, les Phares, les Nour, les Saadé, les Tabet, etc.
N’oublions pas, non plus, les Gebrayel, partis de zéro. Elie a fondé, avec son épouse, Erga, un groupe incontournable dans l’architecture et présent dans le monde entier. Avec Gabriel, les deux frères s’occupent d’un complexe de petites maisons d’hôtes à la pointe du respect de l’environnement, dans le village de Ghalboun. Enfin, il y a les petits derniers, qui ont, déjà, roulé leurs bosses à… l’étranger. Oui, ils sont peu nombreux une partie des entrepreneurs de la diaspora qui ont réussi rentrent à la maison depuis 2019. C’est le cas d’Elie et Georges Ballouz. Ils ont fondé Alfa Engineering qui tourne, toujours, à plein régime aux Etats-Unis et, depuis, au Liban. Certes, ils ne sont pas, encore, comme les Gebrayel dans le vin !

Les vins de Dieu
Ah, que serait le Liban sans ses vignes ? Oui, comment ne pas évoquer durant ces 150 jours, les vins de… Dieu. De Dieu ? Oui, de Dieu, des Jésuites, et de Bacchus. Car, depuis tout temps, avant et après le Déluge, le vin a coulé dans les plaines fertiles de la Bekaa et dans les collines arpentées des montagnes. Depuis, les dieux de l’Antiquité, le vin ruisselait. Les Cananéens avaient même, comme les Egyptiens, produit leurs bières. C’est dire.
Ah, ces vins de Ixsir, où Carlos Ghosn a investi ; de Ksara, dont le domaine à exalter la dégustation se trouve près de Zhalé, la quatrième ville du pays, sur le plateau de la Bekaa. Il y a, également, Château Musar, Château Fakra. Du rouge au rosé en passant par le blanc, ils sont tous épatants, avec un petit air de France, de la région de Bordeaux, dans la gouleyance.
Je les ai tous retrouvés ces châteaux, ces noms, ces vins, lors du Festival de Byblos qui leur est consacré chaque fin du mois de juin. Organisé par Neda Farah, une femme haute en couleur et en joie. Son enthousiasme est communicatif. Il pétille. D’ailleurs, elle avait fini par m’avouer :
« Oui, vous pouvez l’écrire, je suis passionnée par tout ce que je fais. Par mon pays, par la France où je me suis rendue des dizaines de fois et où j’ai trouvé mon inspiration pour monter ce festival des vins libanais. Je suis passionnée par l’entrepreneuriat, par mes activités dans l’évènementiel, et par le vin. Vous savez, dans ces temps qui sont difficiles, si tous s’asseyaient autour d’une bonne table, d’une table de fête, où la gastronomie et le bon vin seraient honorés, le monde irait mieux, beaucoup mieux ».
Parfois, exceptionnellement, il faut savoir s’enivrer avec… modération !

Saint Charbel, le soldat de Dieu
Cette ivresse typiquement libanaise, on la retrouve chez les saints libanais. Ces Maronites qui ont survécu dans les montagnes de la Qadisha à plus de 2000 mètres d’altitude pour rester en vie, lors des persécutions qui ont duré 5 siècles ! Et, ce qui m’a particulièrement émerveillé, ému, touché, c’était de voir tous ces Libanais, y compris de nombreux musulmans, alaouites, chiites, druzes, ismaéliens, sunnites, se rendre en pèlerinage à Annaya, là où a vécu le très discret devenu très célèbre saint Charbel.
Il faut dire que le monastère Saint Maron renferme, avec la dizaine de moines qui y vivent, de nombreux témoignages de guérisons et de miracles. Après l’ivresse des corps, leur guérison, et l’ivresse des âmes.
Saint Charbel, dont nous fêterons bientôt la fête, le 24 décembre, est né en 1828. Les miracles ont commencé alors qu’il était ermite. Dès sa mort, en 1878, des phénomènes étranges entourent son corps inerte. Il est resté incorrompu. Des lumières jaillissent de son tombeau, et de l’huile suinte de son corps. Depuis, des dizaines de milliers de miracles ont été attestés. Le saint du Vivre-Ensemble fait des miracles pour tous…
Les saints du Liban existent. Il faut rajouter saint Maron, sainte Rafqa, saint Nimatullah Kassab Al-Hardini, le bienheureux Etienne Nehmé, et d’autres innombrables qui ont leur nom voilé, inscrit dans le Livre des Saints.
Quoiqu’il en soit ces saints ont la foi chevillée à l’âme, au cœur et au corps. Ils vivaient comme des soldats de Dieu. Ils étaient des éveilleurs, des guetteurs, même dans leur solitude.
Les guerriers du Liban
Impossible de ne pas évoquer, justement, cette guerre, ces guerres qui ont frappé le Liban depuis 1975. Toutes les familles libanaises ont été touchées, blessées et meurtries par cette terrible tragédie qui a piétiné le Vivre-Ensemble si précieux au Pays du Cèdre. D’ailleurs, comme me l’avait dit Mgr Guillaume Bruté de Rémur, en mars 2023 :
« Notre grande force, c’est cette cohésion sociale due à l’appartenance religieuse et au fait que nous baignons tous dans des cultures religieuses. Elles sont une vraie richesse, car elles portent à l’ouverture vers l’autre. Elles sont vraiment un ferment pour la société. Et, elles offrent de véritables solutions pour sortir de la crise. »
Cette cohésion a été mise à mal de 1975 à 1990. Les jeunes libanais, de 16-17 ans ont dû prendre les armes, pour ne pas que la terre de leurs ancêtres devienne une terre israélienne et une terre syrienne. Certains, rares, ont 14 ans, comme Fouad Abou Nader :
« Oui, je me suis engagé à 14 ans au sein du parti Kataëb. Mes parents ne le savaient pas. Ils l’ont su 4 ans plus tard, vers l’âge de 18 ans, lorsque la guerre de 1975 a commencé [elle va durer jusqu’en 1990]. Je n’étais pas seul. Des milliers de jeunes s’engageaient. Il y avait un dynamisme, un élan, une ferveur incroyable, dans ce parti politique qui s’occupait de la jeunesse. J’avais envie de défendre l’identité libanaise menacée par l’afflux massif de Palestiniens, dont les chefs voulaient faire du Liban leur nouvelle Palestine. »
Il se bat sous le drapeau des Forces Libanaises, dont il devient le Chef. Puis, il raccroche les armes après plusieurs attentats, plusieurs blessures qui ont failli lui coûter la vie.
« Oui, j’ai arrêté de me battre. Je me suis battu pendant une vingtaine d’année. Mon rôle en tant que Chef des Forces Libanaises était à la fois politique et militaire. Ma bataille, depuis 1987, je la mène sur le terrain de l’entreprise. Cette année-là, j’ai créé Tanit Group, spécialisé dans l’installation et le développement d’hôpitaux en Afrique et au Moyen-Orient. Aujourd’hui, nous sommes, surtout, présents au Nigéria. C’est mon fils, Anthony, qui en est le CEO depuis 2003. Son frère Georges est venu le rejoindre. Et, en 2010, j’ai créé mon ONG Nawraj. »
Tony Fata, le héros du Liban
« Le héros, ce n’est pas moi, c’est Tony », disait-il en septembre dernier alors qu’il remettait à Tony Fata, dans une salle pleine à craquer du parti Kataëb, une distinction honorifique. Oui, il fallait rendre hommage à ce jeune homme devenu grand-père.
Tony se souvient de l’OLP de Yasser Arafat : « Je me souviens, déjà, en 1969, ils ont bombardé l’aéroport de Beyrouth. Je me suis, alors, engagé, comme beaucoup de mes concitoyens chrétiens au Kataëb, le parti fondé par Pierre Gemayel. » Comme Fouad, Tony a 14 ans. Il devient un guerrier, au tempérament d’acier. Mais, il est, aussi, un entraîneur. Son charisme est réel. Cependant, ce 7 octobre 1976, la guerre contre les Palestiniens fait rage dans le sud-est de Beyrouth, à Hadath. Le jeune guerrier est aux avant-postes. Ce matin-là, une bombe explose devant lui et des éclats l’atteignent en pleine tête. Ses yeux sont touchés. Blessé, il devient aveugle. Sa vie ne sera plus la même. Elle ne s’éteint pas non plus totalement, mais elle vient de basculer dans la nuit. Le héros n’est pas fatigué. Il continue la lutte avec Fouad Abou Nader.
Tony pense à construire une vie de famille : « Je me suis marié en 1981, et j’ai eu 4 enfants, 3 garçons et 1 fille. » En 1986, un nouveau malheur frappe à sa porte : il est kidnappé et sa vie est menacée par une partie des Forces Libanaises. C’est le combat des chefs, la division interne tâchée de sang et de trahison. Tony décide de mettre toute sa famille à l’abri, direction les Etats-Unis. « J’arrive en Californie, le 8 octobre 1986. Je vais rester aux Etats-Unis jusqu’en 2016. » 30 ans au pays du burger et des étoiles entrepreneuriales.
Depuis, Tony est devenu grand-père. Au Liban, il continue à rêver de liberté, de paix et de souveraineté.

17 jours sous les bombes
Pour ma part de simple témoin, ces vies accompagnées, partagées et racontées sont autant d’exemples à suivre, d’étendards à brandir… Pour qui ?
Le 17 septembre, Israël faisait sauter des milliers de bipeurs du Hezbollah et déclenchait une nouvelle guerre sur le sol du Pays du Cèdre. Je quittais ce jour-là le Liban. Puis, j’y suis retourné en pleine guerre. En novembre, j’ai vécu 17 jours sous les bombes, jusqu’au cessez-le-feu du 27 novembre 2024. Le jour de la fête de la Médaille Miraculeuse ! La veille, il avait neigé, alors qu’il ne neige « jamais à cette époque de l’année » me témoignaient plusieurs personnes.
Un double miracle au Liban ? Celui de saint Charbel et de l’Immaculée Conception !
Le 28, je me risquais dans les quartiers bombardés de Beyrouth-Sud, les quartiers du Hezbollah. C’était la désolation, des ruines… à pleurer. Dans la nuit du 26 au 27 Israël, ou plutôt Netanyahu – actuellement jugé pour corruption et il fait l’objet d’un mandat international du CPI pour crimes de guerre – une trentaine de missiles s’abattaient pour la dernière fois (?) sur Beyrouth et le sud du Liban.
Trois missiles, dont le souffle avant l’explosion me réveilla, s’abattirent à 300 mètres à vol d’oiseau. Je n’oublierai pas. La guerre, ces hommes et ces femmes, tout le Liban est entré en moi à ce moment-là.
Cet article veut rendre hommages à ces milliers de victimes civiles innocentes, des bébés aux enfants, en passant par les parents et les grands-parents. Un autre Gaza était-là sous mes yeux d’enfant-gâté…
Je n’oublierai pas. Où sont les artisans de paix ? Ils existent… je les ai rencontrés. Ce sont les Libanais et les Libanaises restés au Pays du Cèdre, la Perle du Levant. Ils sont des montagnes, des résistants.

De notre envoyé spécial Antoine BORDIER, consultant et journaliste indépendant.
Auteur de la trilogie Arthur, le petit prince (d’Arménie, du Liban, d’Egypte).
Pour le contacter, envoyez-lui un mail à : [email protected]
Hélène de Lauzun et le bouillonnement conservateur en Europe
Comment défendre nos racines européennes dans un monde en mutation ? Dans cet entretien, Hélène de Lauzun, journaliste, historienne et spécialiste de l’Autriche, partage son regard unique sur les défis contemporains de l’Europe et du conservatisme. Fondatrice d’un bal viennois à Paris, elle mêle une perspective intellectuelle riche et une vision enracinée, inspirée par les grandes figures historiques comme Marie-Thérèse d’Autriche. Quelques sujets abordés :
- Pourquoi l’histoire autrichienne est-elle un modèle d’unité et de diversité ?
- Les leçons politiques des Habsbourg et de leur empire.
- Conservatisme en Europe : réaction passagère ou lame de fond ?
- Comment réenchanter la transmission de l’histoire à l’école ?
- Le bal viennois : un art de vivre porteur d’espérance pour l’avenir.
Chapitres de la vidéo :
- 0:00 Introduction et présentation
- 1:32 Pourquoi l’histoire de l’Autriche fascine-t-elle ?
- 8:00 Le conservatisme en Europe et ses défis.
- 10:25 La richesse méconnue de l’histoire autrichienne.
- 26:26 Réenchanter l’éducation nationale.
- 28:35 La valse viennoise : entre tradition et modernité.
- 32:42 Figures historiques et leçons pour aujourd’hui.
La LDH toujours en guerre contre les crèches, de Beaucaire à Béziers
Communiqué de la ville de Beaucaire :
Beaucaire, ville aux traditions profondément ancrées dans la culture provençale et camarguaise, est fière de ce qu’elle est. Cette année encore, la cour de l’Hôtel de Ville accueille une exposition culturelle, artistique et festive de Crèche Provençale de Noël. Et, comme régulièrement depuis 2015, la Ligue Française des Droits de l’Homme et du Citoyen (LDH) cherche à interdire toute exposition et a déposé un recours en excès de pouvoir auprès du Tribunal Administratif de Nîmes. Ce recours s’inscrit dans la continuité des actions entreprises par la LDH pour interdire les expositions ces dernières années. « Pour s’attaquer à l’art et à la culture, et pour interdire toute liberté d’expression, certains brûlaient des livres. La LDH, elle, choisit de s’attaquer à une exposition de crèche provençale de Noël. » déclare Nelson Chaudon, Maire de Beaucaire.
Le Maire de Beaucaire, défenseur de l’identité française et provençale, invite donc la LDH à le retrouver au tribunal mercredi 18 décembre, où il défendra avec détermination la crèche de Beaucaire qui représente un témoignage vivant des traditions provençales et françaises, que chacun, quelle que soit sa religion, peut apprécier comme une exposition artistique et festive. Nelson Chaudon rappelle avec force que la défense du patrimoine culturel est une priorité, car il constitue une richesse précieuse de l’identité nationale. La crèche provençale de Noël de Beaucaire incarne les traditions, un moment de partage et de convivialité qui transcende les croyances et s’adresse à tous comme une œuvre culturelle, artistique et festive.
Le Midi Libre évoque celle de Béziers :
Au sujet de la crèche installée dans la cour de l’Hôtel de ville de Béziers, plusieurs organisations (la Libre pensée, la Ligue des droits de l’Homme, Le mouvement de la Paix, les écologistes d’Europe Écologie les Verts Ouest-Hérault, le Parti communiste français, le Parti ouvrier indépendant, La France insoumise, Nouveau Parti anticapitaliste, Solidaires) interpellent le préfet. Elles ont signé un appel unitaire lui demandant, en tant que “garant de l’application de la loi”, “de prendre ses responsabilités et de rappeler la loi, comme elle l’a été rappelée par le juge à plusieurs reprises”. Au regard de la loi de 1905 sur la laïcité, la Ville a en effet été condamnée à plusieurs reprises à sortir la crèche de l’enceinte municipale.
À noter que depuis quelques années, le préfet n’attaque plus cette crèche. Par ailleurs, le référé qui vient d’être formulé par la Fédération départementale des libres penseurs de l’Hérault par rapport à l’installation de la crèche 2024 a été rejeté par le tribunal administratif de Montpellier. Une procédure de recours (sur le fond) a quant à elle été déclenchée et sera bien plus longue.
Les halles, qui avaient été bénies lors de leur inauguration et qui sont propriété de la Ville de Béziers, ont désormais aussi leur crèche. Provocation de la part du maire ? Lui s’en défend totalement : “Arrêtons de foutre de la politique là où il n’y en pas ! La crèche fait plaisir aux gens, c’est juste populaire.”
