Boualem Sansal : entretien autour de “La Légende” sur Livres en famille.
La légende n’est pas seulement le récit d’une détention. C’est l’histoire d’un homme que l’on a voulu effacer – et qui devient un symbole.
Dans ce nouveau livre, l’écrivain franco-algérien transforme une expérience intime en un récit puissant, traversé par les questions de justice, de liberté et de pouvoir. Plus qu’un témoignage, La Légende est une prise de parole : celle d’un homme qui cherche à se réapproprier son histoire, à interroger les mécanismes qui façonnent les récits publics et parfois effacent les individus.
Un jour, on découvre que l’on vit dans un monde inversé – où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur. C’est dans ce «pays des miracles » que mon histoire commence. Ou peut-être qu’elle finit. J’ai compris que cette histoire ne m’appartenait pas. Elle circulait sans moi. Elle est née dans la tête du grand magistrat, elle est passée par un tribunal d’exception, par la prison, par les médias des cinq continents, elle s’est chargée des colères et des espoirs des uns et des autres. A aucun moment elle n’est passée par moi. Mon récit me permet de me réapproprier la légende, et rappelle ce qu’est une justice aux ordres, un pouvoir sans contrepoids, la peur quand elle s’installe dans la langue. Les bourreaux prospèrent dans l’anonymat ; la lumière commence par les désigner. Ces pages n’adoucissent rien : elles éclairent… » B.S.
Face à la caméra, Boualem Sansal évoque cette écriture de l’après, le besoin de dire, de comprendre, et de mettre en lumière ce qui reste souvent dans l’ombre. Un échange à la fois lucide, direct et essentiel, à l’image de son œuvre.
RETROUVEZ BOUALEM SANSAL FACE A LA CAMERA : https://www.livresenfamille.fr/recits-chroniques/30597-la-legende-libres-meditations-d-un-prisonnier-encombrant.html
SON LIVRE : La Légende – Libres méditations d’un prisonnier encombrant, de Boualem Sansal, Editions Grasset, 252 pages, 22€.
Plus d’informations et commandes des livres de Boualem Sansal sur LIVRES EN FAMILLE :
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Ce livre est un combat pour la liberté d’expression.
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Albert Moukheiber, ou le moment où la science du cerveau devient métaphysique de comptoir
Albert Moukheiber est un homme intelligent. Il suffit de l’écouter parler quelques minutes du cerveau, des biais cognitifs, de nos automatismes mentaux, de nos récits intérieurs, pour comprendre qu’on a affaire à quelqu’un de fin, de cultivé, de pédagogiquement doué. Il a ce talent rare de rendre clairs des mécanismes complexes sans les réduire à une soupe de développement personnel. Sur ce terrain-là, il est souvent excellent.
Le problème commence quand il quitte le cerveau pour parler de Dieu.
Dans une intervention récente, il explique qu’il est athée, puis raconte que ce qui l’aurait éloigné du « dieu monothéiste », c’est cette question : pourquoi préférer ce Dieu-là – celui du judaïsme, du christianisme et de l’islam, qu’il présente comme étant au fond le même – plutôt que Zeus, Baal ou d’autres divinités anciennes ?
La question peut sembler maligne. Elle est en réalité très révélatrice. Elle montre surtout qu’un esprit très compétent dans son domaine peut devenir étonnamment sommaire dès qu’il aborde la religion. Comme souvent, l’athéisme contemporain ne réfute pas tant le christianisme qu’une image très appauvrie du religieux : un marché des croyances où l’on choisirait entre Yahvé, Zeus, Baal, Thor ou Allah comme entre plusieurs marques de céréales spirituelles.
Or la foi biblique ne commence pas par une préférence tribale. Elle ne dit pas : « Nous avons choisi ce dieu plutôt qu’un autre parce qu’il nous plaisait davantage. » Elle dit tout autre chose : le Dieu d’Israël n’est pas un dieu parmi les dieux, mais Celui qui est, le Créateur, le Seigneur de l’histoire, Celui devant qui les idoles sont démasquées comme des puissances fabriquées, craintes ou imaginées par les hommes.
Zeus a une généalogie, des passions, des rivalités, un panthéon. Baal est lié à un monde cultuel, à la fécondité, à l’orage, aux puissances cananéennes. Le Dieu biblique, lui, n’appartient pas à cet ordre. Il n’est pas le plus fort des dieux locaux : il est d’une autre nature. Il n’est pas dans le monde comme une puissance parmi d’autres ; il est Celui par qui le monde existe.
Tout l’Ancien Testament est justement traversé par ce combat contre les faux dieux. Israël vit entouré de cultes concurrents. Il est tenté par eux, contaminé par eux, parfois fasciné par eux. Mais la pédagogie biblique consiste précisément à faire passer le peuple élu d’une compréhension encore imparfaite du type « notre Dieu nous protège » à une confession radicale : « le Seigneur seul est Dieu ». Les autres dieux ne sont pas seulement inférieurs ; ils ne sont pas Dieu.
C’est pourquoi la comparaison avec Zeus ou Baal ne tient pas. Elle suppose que la révélation biblique serait une mythologie parmi d’autres. Mais le christianisme ne repose pas sur le simple choix affectif d’une divinité. Il repose sur une histoire : Abraham, Moïse, les prophètes, l’attente messianique, puis l’Incarnation du Verbe en Jésus-Christ. On peut refuser cette histoire. On peut ne pas y croire. Mais on ne peut pas honnêtement la réduire à une préférence arbitraire entre plusieurs figures mythologiques.
Autre glissement révélateur : l’idée selon laquelle le judaïsme, le christianisme et l’islam adoreraient simplement « le même Dieu ». Cette formule peut être vraie dans un sens limité : ces traditions visent le Dieu unique, créateur, juge, Dieu d’Abraham. Mais elle devient fausse si elle signifie que les trois religions diraient substantiellement la même chose de Dieu.
Pour un chrétien, Dieu est Trinité. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des options théologiques secondaires. Jésus-Christ n’est pas seulement un prophète, ni un maître moral, ni un envoyé parmi d’autres : il est le Verbe fait chair, vrai Dieu et vrai homme. L’islam nie précisément cela. Il refuse la Croix, la divinité du Christ, la filiation divine, la Trinité. Dire que « c’est le même Dieu » sans préciser cette différence fondamentale revient donc à écraser ce qui fait le cœur même de la foi chrétienne.
La formule juste serait plutôt celle-ci : les trois monothéismes ne parlent pas de trois divinités concurrentes comme Zeus, Baal ou Apollon ; mais ils ne connaissent pas Dieu de la même manière, et leurs affirmations sur Dieu sont parfois incompatibles.
Le fond de l’affaire est peut-être là. Beaucoup d’athées cultivés ne sont pas vraiment sortis d’une religion étudiée, méditée, comprise. Ils sont sortis d’une atmosphère religieuse. Ils ont rejeté un milieu, une pression sociale, une famille incapable de répondre, une société saturée de signes religieux, parfois une religion devenue politique, communautaire, conflictuelle. Dans certains pays comme le Liban, où les appartenances confessionnelles structurent si fortement la vie publique, ce réflexe peut être encore plus compréhensible. Mais il n’en devient pas plus profond pour autant.
On voit alors apparaître une sorte d’athéisme adolescent prolongé : brillant, ironique, rapide, sûr de lui, mais parlant de Dieu comme on parle d’un vieux catéchisme mal digéré. Ce n’est pas nécessairement de la malveillance. C’est souvent une fatigue. Une saturation. Une allergie au religieux avant même d’avoir rencontré la théologie.
Le paradoxe est cruel : celui qui sait si bien nous alerter sur les biais cognitifs semble parfois ne pas voir les siens dès qu’il parle de religion. Il sait que notre cerveau simplifie, reconstruit, sélectionne, caricature. Mais lorsqu’il aborde le christianisme, il tombe lui-même dans une simplification massive : Dieu devient une hypothèse parmi d’autres, les monothéismes deviennent interchangeables, la révélation devient une croyance collective, et la foi biblique se retrouve alignée sur Zeus ou Baal dans un musée imaginaire des divinités humaines.
Qu’Albert Moukheiber soit athée n’invalide pas ce qu’il dit sur le cerveau. Mais cela n’oblige pas non plus à recevoir ses propos sur Dieu comme s’ils relevaient de la même compétence. Quand il parle de neurosciences, il est dans son champ. Quand il parle de Dieu, il fait de la philosophie, souvent sans le dire. Et une philosophie implicite n’est pas une vérité scientifique.
Le christianisme n’a pas peur des questions. Il n’a pas peur qu’on lui demande pourquoi le Dieu d’Abraham plutôt que Baal. Mais il demande au moins qu’on comprenne ce qu’on critique. Car le Dieu chrétien n’est pas une idole plus réussie que les autres. Il est Celui qui entre dans l’histoire, parle à Israël, accomplit les Écritures, prend chair dans le sein de la Vierge Marie, meurt sur la Croix et ressuscite.
Ce n’est pas Zeus avec une morale plus sérieuse. Ce n’est pas Baal devenu respectable. Ce n’est pas une projection collective parmi d’autres.
C’est le Dieu vivant. Et c’est précisément cela que l’athéisme mondain, souvent très intelligent sur tout le reste, refuse encore trop souvent de regarder en face.
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Saint Antoine et les choses perdues de notre temps
Nous vivons dans un monde paradoxal.
Jamais nous n’avons eu autant de moyens de communiquer, et pourtant beaucoup souffrent de solitude.
Jamais nous n’avons eu autant d’informations, et pourtant tant de confusion demeure.
Jamais nous n’avons autant couru… sans toujours savoir vers quoi.
À force d’aller vite, notre époque semble avoir perdu quelque chose d’essentiel.
Le silence.
La profondeur.
Le sens.
La présence de Dieu.
C’est dans ce contexte que la figure de saint Antoine de Padoue retrouve une étonnante actualité.
La tradition populaire l’invoque pour retrouver les objets perdus. Mais au fond, saint Antoine aide surtout les âmes à retrouver leur orientation intérieure.
Retrouver la paix après l’agitation.
Retrouver la confiance après l’épreuve.
Retrouver la prière après des années d’éloignement.
Retrouver le Christ au milieu d’une vie fragmentée.
Du 5 au 13 juin prochain, Hozana propose une grande neuvaine à saint Antoine sur le thème : « Retrouver ce qui compte vraiment ».
Animée par le Collège des Bernardins et les Franciscains, cette retraite spirituelle en ligne offrira chaque jour une méditation, un enseignement et une prière pour avancer pas à pas vers l’essentiel.
Des milliers de personnes y participeront pour confier à saint Antoine leurs intentions, leurs recherches intérieures et leurs combats spirituels.
À l’approche de l’été, cette neuvaine peut devenir une occasion providentielle de ralentir, de reprendre souffle et de laisser Dieu remettre de l’ordre dans nos vies.
👉 Inscriptions gratuites : https://tinyurl.com/5h9e988v
Euthanasie : passage en force, il reste 6 semaines pour agir
Communiqué de La Fondation Lejeune :
Le verdict est tombé : la commission mixte paritaire (CMP) réunie ce mardi après-midi a échoué. Sept députés, sept sénateurs, aucun accord, fidèle reflet du rejet du texte par le Sénat à deux reprises.
Mais avant même que la CMP ne se prononce, Laurent Panifous, ministre chargé des relations avec le Parlement annonçait le matin : le dernier mot ira aux députés, le 15 juillet.
Le calendrier était écrit d’avance.
Aucune obligation constitutionnelle n’imposait cela. La navette entre les chambres aurait pu se poursuivre. Sébastien Lecornu pouvait respecter les rejets du Sénat. Il pouvait entendre la demande de référendum portée par plus de 200 parlementaires (proposition de loi référendaire à l’étude au Conseil constitutionnel). Il a choisi de ne rien entendre ou a été forcé de se taire. Pendant ce temps, le ministre Panifous et la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, militants assumés de l’euthanasie, pilotent l’agenda.
Donner le dernier mot à l’Assemblée sur un sujet d’une telle gravité, est un passage en force. L’objectif se révèle : Emmanuel Macron tient à cocher la réforme sociétale de son quinquennat et à solder ce dossier avant la venue du Pape pour mieux réhabiliter sa réputation aux yeux des citoyens chrétiens.
Face à ce hold-up politique de notre civilisation qui menace les personnes âgées, handicapées, malades, mais aussi les soignants, nous ne devons pas nous taire.
Six semaines. Tout reste possible.
Souvenons-nous : l’euthanasie, plus on en parle, plus on la rejette. En deuxième lecture, 53 députés ont changé de camp. Les députés se réunissent en commission du 8 au 15 juin, puis en séance la semaine du 22 juin. C’est maintenant que tout se joue.
Comme vient de le rappeler le Pape Léon XIV dans Magnifique Humanité : « Une tentation subtile s’insinue : penser que les problèmes sont trop grands et nous trop petits. C’est une forme élégante de capitulation, déguisée en réalisme. Personne n’est sans responsabilité. »
Agissez dès aujourd’hui — et avant le 22 juin :
| Interpellez votre député |
Si chacun appelle son député, il est encore possible de renverser la balance. La perspective de voir la France abandonner les citoyens les plus vulnérables à la mort provoquée et les soignants au soin dévoyé doit nous faire réagir, maintenant.
| Participez à la web-conférence inter-associative |
La Fondation Jérôme Lejeune organise avec les AFC, Alliance Vita, la Fondation OCH et d’autres associations une web-conférence le 8 juin à 20h30.
L’objectif : rappeler les enjeux du texte, le calendrier et surtout les différentes actions possibles pour se mobiliser !
Communiqué de la Marche pour la vie :
Cet après-midi se réunissait, suite au rejet du sénat le mois dernier, une commission mixte paritaire en vue d’accorder les deux chambres sur un texte légalisant l’euthanasie et le suicide assisté. Mais une fois de plus, le consensus n’existe pas.
Nous remercions les parlementaires qui tiennent bon dans le refus de légaliser l’acte létal. Mais malgré ces oppositions, et la faible majorité qui vote en faveur de ce texte, le gouvernement affiche la volonté d’un passage en force le 15 juillet. Pourtant, il pourrait tout à fait prolonger les lectures, ou, ce que nous demandons, abandonner ce texte mortifère.
La Marche pour la Vie, avec VOUS, se bat depuis des années contre cette légalisation. Le permis de tuer pourrait être à nouveau voté d’ici 7 semaines. Allons-nous baisser les bras ?
Des cartes postales pour solliciter nos députés
Acteurs d’une large mobilisation inter-associative, nous avons envoyé dans tous les coins de France des milliers de cartes postales, afin que chacun écrive et demande un rendez-vous à son député !
| En savoir plus |
Le pape nomme la présidente d’EWTN à la tête du Dicastère pour la Communication
Le Saint-Père a nommé le Dr Maria Montserrat Alvarado, présidente et directrice générale d’EWTN News, préfète du Dicastère pour la Communication, qui prendra ses fonctions le 1er novembre.
Maria Montserrat Alvarado, née à Mexico, est diplômée de l’Université internationale de Floride et de l’Université George Washington. De 2009 à 2023, elle a occupé des postes à responsabilité au sein du Becket Fund for Religious Liberty. Pendant quatorze ans elle a travaillé sur plusieurs dossiers emblématiques devant la Cour suprême : les Petites Sœurs des pauvres contre la prise en charge de la contraception prévue par l’Obamacare, Hobby Lobby contre la même obligation faite aux entreprises, des écoles religieuses défendant leur autonomie dans le choix de leurs enseignants, une agence catholique de placement familial opposée à la certification de couples homosexuels. Maria Montserrat Alvarado a dirigé les opérations de communication, de levée de fonds et de lobby dans les cercles politiques de Washington.
Depuis 2023, elle est présidente et directrice générale d’EWTN News, la branche information du réseau Eternal Word Television Network , où elle supervise les plateformes médiatiques internationales produisant du contenu en sept langues pour la télévision, la presse écrite, la radio, le numérique et les réseaux sociaux. EWTN News comprend onze chaînes de télévision diffusées en continu, des radios, une maison d’édition, le National Catholic Register, Catholic News Agency ou encore l’ACI Group. L’ancien nonce aux États-Unis Carlo Maria Vigano, excommunié depuis 2024, y a trouvé une tribune complaisante ; Donald Trump y a été reçu à trois reprises, notamment pour parler avortement, liberté religieuse et vote catholique, au point de faire d’EWTN l’une des passerelles entre catholicisme conservateur et trumpisme. La rupture avec François fut telle que le pape avait fini par viser publiquement ce milieu EWTN. Devant les jésuites slovaques, en septembre 2021, il dénonça un « grand média catholique » qui « parle continuellement mal du pape », ajoutant que ces attaques contre l’Église « sont l’œuvre du diable ».
Institué par le Pape François le 27 juin 2015 dans le cadre de la réforme de la Curie romaine, le dicastère pour la Communication supervise les systèmes de communication du Saint-Siège, notamment Vatican News, Radio Vatican, L’Osservatore Romano, Vatican Media (services photo, audio et vidéo), la Salle de presse du Saint-Siège, les Éditions du Vatican (LEV), la typographie et la Cinémathèque vaticanes. Outre les fonctions opérationnelles et technologiques qui lui sont assignées, le dicastère explore et développe également les aspects spécifiquement théologiques et pastoraux de l’activité de l’Église dans le domaine de la communication.
Maria Montserrat Alvarado succédera à Paolo Ruffini, nommé en 2018 par le Pape François premier préfet laïc d’un dicastère de la Curie romaine, et qui fêtera ses 70 ans en octobre prochain.
Quand rien ne manque, tout manque
L’homme à l’épreuve de l’intelligence artificielle
Alors que le Souverain Pontife pose les balises éthiques face à l’intelligence artificielle, une question plus profonde traverse notre époque : que devient l’homme lorsque la technique tend à effacer jusqu’à ses manques ? À travers Hiroshi Sugimoto et la lumière des Écritures, Je vous invite à redécouvrir le vide — non comme une absence à supprimer, mais comme le seuil où naissent le désir, la création et l’accueil de la Grâce.
Alors que la récente encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV rappelle avec force que la dignité humaine ne saurait être ni déléguée ni absorbée par aucun dispositif technique, un enjeu plus discret, mais peut-être plus radical, se dessine : notre rapport intérieur au manque. Car si la dignité de l’homme est inviolable du dehors, elle peut se laisser vider du dedans — non par arrachement, mais par saturation. Les réponses précèdent désormais les questions, et les silences se trouvent comblés avant même d’avoir pu creuser le moindre sillage.
Pour la première fois, des dispositifs techniques sont capables de satisfaire quasi instantanément une part croissante de nos attentes. Leur promesse ne tient pas seulement à l’efficacité, mais à l’effacement progressif de l’attente, de l’effort et de l’incertitude. Or c’est précisément dans ces interstices que se forme la vie intérieure. L’homme n’est pas seulement un être de besoins, mais un être de désir. Or le désir naît d’un écart : il suppose une distance, une résistance, une absence qui ne se laisse pas immédiatement combler. Là où tout est donné sans délai, le désir se trouve menacé d’atrophie. Un monde saturé de réponses est un monde où les questions ne mûrissent plus.
Toute expérience créatrice en témoigne. Elle commence par une attention nue, un regard sans utilité immédiate, une disponibilité à ce qui ne s’impose pas encore. Une lumière sur un mur, un silence dans une pièce, une phrase qui tarde : rien encore n’est produit, mais déjà quelque chose travaille. Le créateur ne commence pas par faire ; il commence par recevoir.
Dans l’épaisseur du réel, il perçoit une tension, une promesse obscure, avant le travail lent et souvent ingrat de la matière. C’est dans la résistance même du matériau — pierre, langue ou son — que s’opère la transformation. L’art n’ajoute rien au monde : il révèle ce qui, en lui, attendait d’être vu. Mais cette révélation suppose une condition essentielle : consentir à ne pas combler trop vite le vide, accepter de demeurer dans ce qui ne répond pas immédiatement. C’est là que s’opère le véritable renversement intérieur : renoncer à maîtriser pour apprendre à accueillir.
Or c’est précisément cette disponibilité fondamentale que notre époque fragilise. L’intelligence artificielle n’augmente pas seulement nos capacités ; elle tend à rendre superflues certaines médiations essentielles, parmi lesquelles figurent l’attente, l’hésitation et la recherche tâtonnante. En réduisant les temps morts, en anticipant les demandes et en neutralisant les silences, elle nous dispense peu à peu de traverser ces zones d’incertitude où se forment pourtant les questions décisives. Dès lors, l’enjeu n’est pas seulement ce que la machine fait, mais ce qu’elle rend inutile en l’homme : une vie sans manque est une vie sans ouverture.
L’ennui, que nous cherchons spontanément à fuir, en est le signe révélateur. Nos sociétés saturées de sollicitations tendent à le considérer comme une anomalie qu’il faudrait aussitôt corriger par le divertissement, l’information ou la connexion permanente. Pourtant, l’ennui marque ce moment où les stimulations extérieures ne suffisent plus à nous remplir. Il met à nu une faille, qui n’est pas un défaut, mais une invitation. S’ennuyer, c’est refuser d’être artificiellement rempli pour consentir à être creusé. Si ce creusement est accepté, une autre profondeur devient possible. L’homme découvre alors qu’il ne se suffit pas à lui-même et pressent que le réel excède de beaucoup ce qui est immédiatement disponible.
C’est ici que l’expérience esthétique rejoint l’expérience spirituelle. Les horizons marins photographiés par Hiroshi Sugimoto en offrent une image saisissante : la mer et le ciel s’y confondent presque entièrement, dépouillés de tout objet et de tout repère mondain. Il n’y a presque plus rien à voir, sinon une ligne, une tension silencieuse où le regard, ne pouvant s’accrocher à aucune contingence, est contraint de demeurer.
Hiroshi Sugimoto, Seascapes, North Atlantic Ocean, Cliffs of Moher, 1989. Source : National Gallery of Art
Ce dépouillement n’est pas une privation, il ouvre un seuil. On peut y voir comme un écho visuel de la tradition mystique que l’on appelle la mystique du dépouillement : l’absence apparente n’y est pas la négation de la présence, mais le retrait de ce qui l’obscurcit. Lorsque les appuis familiers disparaissent, une autre forme d’attention s’éveille, non plus tournée vers la maîtrise, mais vers l’accueil. Dans cette vacuité consentie, quelque chose se révèle, non comme une évidence brute, mais comme une présence discrète qui ne s’impose pas.
Le manque devient alors le lieu par excellence de la vérité : il ordonne, purifie et détache, non par mépris du monde, mais par une juste lucidité sur son caractère passager.
Ce qui se défait sous le coup de la finitude n’est jamais l’essentiel. C’est souvent dans la perte que se précise ce qui demeure. Peu à peu, l’existence change de centre de gravité : il ne s’agit plus de combler un manque, mais de s’y tenir ; non plus de posséder, mais de recevoir ; non plus de durer, mais de se donner.
Dès lors, agir ne consiste plus à laisser une trace de sa propre puissance, mais à répondre humblement à un appel. Les gestes les plus simples — enseigner, soigner, écouter, servir — acquièrent alors une densité nouvelle. Ils ne visent plus à s’imposer dans le temps, mais à s’inscrire dans une fidélité invisible.
« Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,3).
Au terme de l’histoire, tout ce qui aura été accumulé, construit et maîtrisé se défera, non comme une perte absurde, mais comme un passage. Ne restera alors que ce qui aura consenti à être donné. Alors le manque, que nous redoutions tant, apparaîtra pour ce qu’il était depuis l’origine : non une menace de néant, mais une ouverture. Et nous découvrirons que ce que la technique cherchait à abolir était précisément ce qui rendait possible notre accomplissement. L’homme ne grandit pas en supprimant toute limite, mais en apprenant à habiter l’espace qu’elle ouvre. L’essentiel n’était pas au terme de la quête ; il était déjà là, silencieusement présent, dans l’appel même qui nous mettait en chemin.
L’illustration suggérée est l’œuvre d’Hiroshi Sugimoto, Seascapes (North Atlantic Ocean, Cliffs of Moher, 1989), dont le dépouillement fait écho au cœur de l’article.
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Situation « globalement sous contrôle » : la gauche a, depuis les origines, des problèmes avec le réel.
De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :
Le bilan des « débordements » après la victoire du Paris Saint-Germain en coupe des champions, samedi 30 mai, est lourd : 57 blessés parmi les forces de l’ordre, 219 parmi les participants aux « rassemblements festifs », dont 8 graves, et même un mort (qui a heurté à moto les blocs de béton qui fermaient l’accès au périphérique).
Pourtant, le ministre de l’Intérieur se félicite que la situation ait été « globalement sous contrôle » ! Le vocabulaire même qu’emploient les médias et les politiciens contribue à occulter la réalité : non, il ne s’agit pas de « débordements », ni de « rassemblements festifs ». Mais bel et bien de nouveaux symptômes de l’ensauvagement. On jurerait être revenu aux « beaux temps » de la propagande communiste quand des discours fleuris nous décrivaient une réalité idyllique et occultaient délibérément la monstrueuse réalité ou que Georges Marchais évoquait le bilan « globalement positif » des pays de l’Est. L’avantage de ce « globalement », c’est qu’il permet de passer sous silence les faits « gênants ».
Il est vrai que la gauche a, depuis les origines, des problèmes avec le réel. Souvenons-nous de Rousseau, le prophète de Robespierre et de ses amis, et son célèbre « Commençons donc par écarter tous les faits car ils ne touchent point à la question ». Naturellement, ce choix des nuées et de l’utopie permet de rebâtir une cité idéale où tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le problème, c’est que, « dans la vraie vie », les tentatives de bâtir des sociétés utopiques ont toutes viré au cauchemar. En l’occurrence, la gauche (au sens philosophique ou culturel – et cela va, hélas, bien au-delà de la gauche au sens partisan du terme) ne voit que d’innocents sauvageons qui s’amusent, là où nous subissons de véritables émeutes, parfois même des scènes de guerre.
En sanctionnant mollement de tels « débordements », les autorités les encouragent. D’année en année, la situation s’aggrave, malgré des dispositifs policiers chaque fois plus massifs (22 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés samedi). À vrai dire, on se demande même si le gouvernement n’a pas partie liée avec les émeutiers car cet ensauvagement n’est que l’une des mâchoires de la tenaille qui détruit méthodiquement notre France, l’autre étant la suppression de nos libertés. Toute personne dotée d’un minimum de bon sens ne peut, en effet, que s’interroger sur l’effrayant « deux poids, deux mesures » qui fait que les braves gens sont de plus en plus visés par la police ou la justice, tandis que les criminels sont de moins en moins sanctionnés. Dépasser d’un kilomètre par heure la limite de vitesse autorisée semble ainsi plus grave que vendre de la drogue. Dans un autre ordre d’idée, ceux qui ne font rien pour sanctionner les violeurs d’enfants qui sévissent dans le périscolaire ou l’aide sociale à l’enfance nous « proposent » un flicage généralisé d’internet pour « protéger les enfants ». Comme on peut difficilement croire à leur parfaite imbécillité, on ne peut se défendre de penser que l’ensauvagement est une belle occasion pour faire de notre pauvre France une société où les personnes ont autant d’autonomie que les termites dans une termitière ! Ainsi l’accroissement de la violence et l’allergie de nos diri-eants pour nos libertés s’allient pour rendre la société française de plus en plus invivable. Les étrangers l’ont abondamment commenté après les scènes de samedi, mais les amis de M. Macron y restent aveugles !
Communier sur les lèvres : autoriser ou interdire ?
Si l’actualité religieuse est riche ces jours-ci, le Club des hommes en noir a toutefois choisi de traiter un sujet de fond concernant le mode de transmission de la sainte communion. Récemment, un évêque américain aurait refusé de distribuer la communion dans la bouche alors que, de son côté, Rome aurait tancé deux évêques argentins agissant dans le même sens.
Peut-on aujourd’hui recevoir la communion sur les lèvres ? Ce mode de distribution de la sainte communion n’est-il réservé qu’à la messe traditionnelle ? Comment s’est imposée la communion dans la main et a-t-elle une origine ancienne ? Peut-on se lancer dans n’importe quel type d’action pour promouvoir une forme de distribution de la communion ou en dénoncer une ?
À ces questions et à bien d’autres, l’abbé Grégoire Celier, l’abbé Claude Barthe, Anne Le Pape et Jean-Pierre Maugendre apportent des réponses tirées de l’Histoire, des règles liturgiques, du droit canonique et de l’expérience des uns et des autres.
Bernard Antony, des mémoires de combat au service de la France
LE NOUVEAU PRESENT, 27 mai 2026, Michel Festivi : Bernard Antony, des mémoires de combat au service de la France
Bernard Antony qui fut pendant 15 ans, entre 1984 et 1999, député français au parlement européen pour le Front national, ainsi que conseiller régional de Midi-Pyrénées, pendant près de 20 ans entre 1986 et 2004, vient de publier ses mémoires, et elles sont passionnantes à plus d’un titre. Elles nous remémorent pour les plus anciens, une partie de l’histoire politique mouvementée de la France depuis les années 1950/1960, jusqu’à nos jours. Les plus jeunes y apprendront beaucoup de choses sur le combat politique et culturel des plus pugnaces de Bernard Antony, face aux gauches omnipuissantes et totalitaires, et sur les relations internationales. Mais ce qui rend surtout ses mémoires captivantes, c’est que Bernard Antony a eu plusieurs vies, qu’il a été à l’origine ou au commencement d’aventures extraordinaires, et toujours pour la défense de la France, son histoire, la chrétienté, car pour lui et ceux nombreux qui l’ont accompagné et qui l’accompagnent encore et qui continuent ses oeuvres, la France est indissociable du christianisme et singulièrement du catholicisme qui ont forgé l’âme profonde de notre pays, et ce que l’on soit croyants ou pas.
Très jeune, il s’est éveillé à la vie de la cité au moment du tragique abandon de l’Indochine française. Puis rapidement, encore pré-adolescent, il endosse avec vigueur la cause de l’Algérie française. La fin de l’Empire lui laissera un goût amer, mais qui renforcera plus encore sa détermination. Tout jeune, il militera pour les Comités Tixier-Vignacour, lors de l’élection présidentielle, la première de toute au suffrage universel en décembre 1965. C’est là qu’il fait ses premières armes en politique. Ces comités ont formé tant de militants de la cause nationale, ils furent loin d’être négligeables. Ce sera ensuite ses études de lettres, et ses luttes en mai 1968 contre les gauchistes, qu’ils soient des « stals » des « maos » ou des « anars », des déconstructeurs de la nation. Après avoir été jeune professeur de Lettres et d’Histoire dans un établissement privé de Castres, il fera son entrée aux laboratoires Pierre Fabre, où il y poursuivra toute sa carrière professionnelle, dans différents postes de responsabilités. Mais parallèlement, Bernard Antony va multiplier les initiatives politiques, culturelles, intellectuelles qui pour beaucoup d’entre elles perdurent encore. Cet homme multidimensionnel fondera une famille, il dédie d’ailleurs son livre à son épouse, ses enfants, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.
De la création à Castres en 1975 du mensuel catholique de tradition « Présent », au comité de boycott des jeux olympiques à Moscou en 1980, – (le totalitarisme communiste dominait alors presque la moitié de la planète) -, jusqu’à la création du Centre Henri et André Charlier avec sa revue mensuelle Reconquête, Bernard Antony n’arrête jamais. Cette même année, il sera à l’origine de la première journée des Amitiés françaises, qui connaîtront ensuite un immense succès au fil des ans. Le Centre Charlier va prendre position pour la candidature de Jean Marie Le Pen dès 1981. À cette époque, Bernard Antony sera aussi l’un des fondateurs du quotidien Présent, le premier quotidien national depuis la guerre, qui défendait l’identité française et chrétienne, avec Jean Madiran et François Brigneau à la manœuvre, parmi d’autres talents. Toutes ces personnalités participeront aux immenses manifestations en 1983 et 1984 pour la défense des Écoles libres. Elles seront aussi des combats culturels si nécessaires, comme en 1989, où elles ne célèbreront pas, et pour cause, le bicentenaire de la révolution française, et elles le feront savoir.
Peu de gens se rappellent que le Pèlerinage de Tradition, qui de Paris à Chartres sur la route de Péguy, qui rassemble désormais 20 000 marcheurs tous les week-ends de Pentecôte, -(et encore les organisateurs sont contraints pour de strictes raisons de sécurité de refuser de nombreux pèlerins) -, c’est encore et toujours Bernard Antony avec Rémi Fontaine notamment, qui ont décidé lors de l’université d’été du Centre Charlier de 1982, de relancer ce grand pèlerinage de Tradition. Un immense succès a été au rendez-vous au fil des ans.
Bernard Antony va prendre une autre dimension, lorsqu’il sera élu député français au parlement européen en juin 1984, sur la liste intitulée « Front d’opposition nationale pour l’Europe des patries ». Elle enverra 10 députés à Strasbourg et à Bruxelles, et Bernard Antony sera réélu en 1989 et 1994. Cette élection de 1984 fut un coup de tonnerre formidable, une surprise absolue. Personne quelques semaines auparavant, n’aurait pu imaginer un seul instant que cette liste puisse faire jeu égal avec celle du Parti communiste, alors totalement bolchévisé. Dans la foulée il sera élu conseiller régional Midi-Pyrénées en 1986, réélu plusieurs fois, et prendra quelques années plus tard la présidence du groupe Front National à la région. Parallèlement au sein du Parti, il deviendra délégué national et dirigera son Institut de formation. Jusqu’en 2004, il siégera au Bureau politique du Front national. Bernard Antony a beaucoup écrit, outre des milliers d’éditoriaux et d’articles, j’ai décompté pas moins d’une vingtaine de livres. Il écrit toujours et encore, et dirige une émission toutes les quatre semaines sur Radio Courtoisie.
Ses fonctions au Parlement européen vont lui permettre de rencontrer les plus éminentes personnalités de l’époque, comme le Pape Jean Paul II, Lech Walesa, Boris Eltsine, le Président de la Lituanie encore occupée par les soviétiques, Lansbergis, et bien d’autres comme le Prince Naradith du Cambodge. Il parcourra le monde, du Liban en guerre, au Honduras pour défendre les Contras nicaraguayens anticommunistes. Il rencontrera les représentants des maquis anticommunistes d’Angola et ceux du Cambodge. Il visitera la Croatie catholique au moment de la guerre en ex-Yougoslavie. Il se rendra en Irak et sera reçu par son ministre des affaires étrangères, le chrétien Tarek Aziz, le numéro 2 du régime de Saddam Hussein. La lecture de ses mémoires nous fait comprendre que deux pays l’ont profondément marqué, le Liban d’abord « son cher Liban », y apportant son soutien absolu aux Chrétiens en guerre, il y fut reçu par les plus hautes personnalités politiques et religieuses, dont la famille Gemayel. La Pologne ensuite, au moment de son basculement vers la liberté, avec la geste de Solidarnosc. Là-bas aussi il aura des contacts directs avec les plus hauts représentants de la résistance polonaise au communisme, qui deviennent les dirigeants d’un pays désormais libre, à la foi catholique ardente.
Je ne peux pas terminer cette chronique sans rappeler que Bernard Antony, qui fut et est toujours un inlassable militant anticommuniste, organisa en 1997 une journée entière à la Mutualité, qui rencontra un succès sensationnel sur le thème du « Procès international des crimes contre l’humanité des régimes communistes », où des témoins de plusieurs nationalités vinrent rappeler ces atteintes considérables aux droits humains, qu’ils connurent et subirent. Bernard Antony est l’un de ceux qui pensent à juste titre, qu’il aurait fallu au moment de la chute du communisme en Europe, un véritable Nuremberg du communisme qui fit rappelons le plus de 100 millions de victimes, et dont ses effets mortifères se font toujours sentir dans plusieurs pays du monde.
Mais je garde pour la fin la création de l’AGRIF en 1984 – (l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) -. Cette association édite un bulletin, La Griffe. Elle a essentiellement pour vocation d’attaquer en justice tous ceux et celles qui portent atteinte aux Français et aux catholiques, en raison de leur origine et de leur foi. Malgré de multiples obstacles politico-judiciaires, elle a remporté, hier grâce à Maître Georges Paul Wagner et son regretté fils François, puis aujourd’hui avec Maître Jérôme Triomphe son avocat coordonnateur, de très beaux succès judiciaires, qui font avancer la jurisprudence sur la défense de l’identité française et chrétienne, de plus en plus bafouée. Bernard Antony à bien des égards fut un précurseur. Les mille vies de Bernard Antony ont été d’une fécondité exceptionnelle. Le Centre Charlier et ses universités d’été continuent, comme sa revue mensuelle Reconquête. L’Agrif poursuit sa tâche plus que salutaire, alors que le racisme antiblanc, anticatholique et antifrançais redouble d’intensité. Les graines que Bernard Antony a semées lèvent, on le constate tous les jours avec les divers mouvement patriotes et nationaux. Il faut lire ce livre, il faut lire ses mémoires, car comme il le souligne « il faut surtout s’efforcer d’œuvrer pour l’avenir ».
Bernard Antony a aussi côtoyé de nombreuses intelligences comme Gustave Thibon, Jean Madiran, Jules Monnerot, Monseigneur Lefebvre, Dom Gérard, Yvan Gobry, Jean Dumont, Jean de Viguerie, François Brigneau, Jean-Baptiste Biaggi, Pascal Arrighi, Le commandant Yvan Tommasi, Jean Cassagneau, Georges-Paul Wagner, Alain Sanders, Martine Lehideux, Marie-France et Jean-Pierre Stirbois, Judith Cabaud, Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Thibaut de La Tocnaye, et bien d’autres que j’oublie, ils me le pardonneront.
Michel Festivi, Le Nouveau Présent, 27 mai 2026.
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Bernard Antony, Mémoires, Godefroy de Bouillon, 2026, 338 pages, 35 euros.
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Marion Maréchal est d’une droite antirévolutionnaire
Dans La Nef, Mathieu Bock-Côté recense le livre de Marion Maréchal, Si tu te sens Le Pen. Extrait :
[…] Marion Maréchal est aussi d’une droite antirévolutionnaire. Si elle ne veut pas revenir sur la Révolution française, elle refuse de l’idolâtrer.
« J’éprouve une prévention spontanée pour les mouvements et convulsions révolutionnaires et les violences privées ou étatiques qu’ils engendrent. Les grands soirs aspirant à fabriquer un homme nouveau ne m’inspirent aucun frisson, ou alors un frisson d’effroi! C’est pourquoi j’ai toujours regardé avec circonspection la Révolution française, matrice de la Terreur, qui fascina tant la Russie des bolcheviks. »
Cette histoire est encore la nôtre. Le communisme, dans sa forme classique, n’est plus, mais la révolution est encore, elle a muté, elle a changé de visage. Elle est désormais woke, veut détruire les sexes, et derrière son hostilité radicale à la civilisation occidentale, trouve son carburant dans un racisme antiblanc virulent, qui n’ose toutefois dire son nom, et dont on va même jusqu’à nier l’existence. Elle prend au sérieux la gauche, et la combat. Maréchal ne cherche pas seulement à préserver les dernières ruines d’une société vaincue, elle veut reconstruire la cité sur des bases justes et vraies.
Celle qui ne cède pas
La présidentielle est dans moins d’un an, et Marion ne sera pas candidate. Mais bien sot serait le camp national s’il décidait de se priver d’elle. Quel est son rôle, alors ? Elle sera celle qui prend les idées au sérieux et qui ne cède pas. Une position serait-elle impopulaire, si elle la croit juste, elle la défendra.
« Je ne me suis pas engagée en politique pour me fondre dans le moule des sondages d’opinion ou pour me contenter d’accompagner l’air du temps. Je me fais une plus haute idée de la politique. Je continue de croire que le rôle de l’homme public est d’indiquer le chemin, fut-il escarpé, vers l’idée que l’on se fait du bien commun. »
Qui cède dans l’opposition pour plaire au régime ne fera rien au pouvoir s’il y parvient. De cela, elle est certaine. C’est probablement pour cela que Marion Maréchal aime les militants, les activistes, ceux qui sacrifient le confort de la vie pour ne pas renier leurs convictions. Si vous la croisez, et parlez un peu de politique avec elle, elle vous expliquera qu’en dernière instance, ce qui manque aux hommes de notre temps, c’est moins un fin diagnostic de nos dérèglements civilisationnels ou une subtile doctrine de professeur qu’une véritable virilité – elle vous le dira plus crûment, comme la Le Pen gouailleuse qu’elle est assurément.
Le Japon catholique, de saint François Xavier à la princesse Nobuko : la foi gardée sous la cendre
Une actualité venue du Japon a quelque chose de discret, presque silencieux, mais profondément émouvant. Le 30 septembre 2025, le Conseil économique de la Maison impériale japonaise a reconnu une nouvelle organisation interne de la famille impériale : la princesse Nobuko, veuve du prince Tomohito de Mikasa, quitte la maison Mikasa pour établir une nouvelle branche, tandis que sa fille aînée, la princesse Akiko, devient cheffe de la maison Mikasa. L’Agence impériale japonaise présente désormais séparément la princesse Nobuko dans ses notices officielles.
Or Nobuko est née Nobuko Asō, dans une grande famille catholique japonaise. Des notices biographiques spécialisées indiquent qu’elle a été baptisée dans l’Église catholique et qu’elle a été formée à la Sacred Heart School de Tokyo, établissement catholique féminin. Son frère, Tarō Asō, ancien Premier ministre du Japon, est lui aussi connu comme catholique.
Il ne faut pas travestir l’événement : le Japon impérial n’a pas “proclamé” le catholicisme. La Maison impériale ne fait pas de confession de foi. Mais le fait demeure considérable par sa portée symbolique : une princesse catholique, issue d’une famille marquée par l’histoire chrétienne de Kyūshū, se trouve désormais à la tête d’une branche reconnue de la famille impériale. Pour un pays où les catholiques restent une infime minorité, et où l’histoire chrétienne a été longtemps une histoire de sang, de silence et de clandestinité, ce simple fait résonne comme une braise retrouvée.
L’histoire catholique du Japon commence avec saint François Xavier, arrivé à Kyūshū en 1549. Le grand missionnaire jésuite ne vient pas offrir une sagesse vague, ni un humanisme exotique, mais annoncer Jésus-Christ, baptiser, catéchiser, fonder une Église. Très vite, la mission prend racine. Les conversions touchent des pauvres, des familles, mais aussi des samouraïs, des notables, des seigneurs locaux. On voit naître une chrétienté japonaise réelle, avec ses catéchistes, ses confréries, ses chants, ses images, ses enfants instruits dans la foi.
Ce point est essentiel : le catholicisme japonais ne fut pas simplement une religion étrangère plaquée sur un peuple passif. Il devint japonais. Les convertis ne cessaient pas d’être fils de leur pays ; ils recevaient le Christ dans leur langue, leur culture, leur chair. La foi catholique prenait un visage japonais.
C’est précisément ce qui inquiéta le pouvoir. Le Japon sortait d’une longue période de guerres civiles. Les nouveaux maîtres voulaient pacifier, centraliser, contrôler. Or le catholicisme introduisait une liberté intérieure que l’État ne pouvait pas absorber. Le chrétien japonais pouvait être loyal à son seigneur, respectueux des coutumes justes, attaché à sa patrie ; mais il savait aussi qu’au-dessus du shogun, de l’empereur, des ancêtres et des puissances terrestres, il y avait Dieu.
En 1597, les vingt-six martyrs de Nagasaki sont crucifiés. Parmi eux, saint Paul Miki et ses compagnons. Le pape François, lors de son voyage à Nagasaki, a rappelé cette lignée de martyrs qui commence avec Paul Miki et ses compagnons, mis à mort le 5 février 1597. La scène est immense : des chrétiens japonais meurent publiquement pour le Christ, dans un pays qui aurait pu devenir l’un des grands territoires catholiques d’Asie.
Puis, au XVIIe siècle, la répression se durcit. Les missionnaires sont expulsés ou exécutés, les églises détruites, les fidèles traqués. On oblige les suspects à piétiner des images du Christ ou de la Vierge, les fameux fumi-e. Ceux qui refusent sont emprisonnés, torturés, mis à mort. L’Église visible est presque entièrement arrachée du sol japonais.
Alors commence l’un des épisodes les plus étonnants de toute l’histoire chrétienne : les chrétiens cachés, les Kakure Kirishitan. Pendant plus de deux siècles, des communautés japonaises vont conserver la foi sans prêtres, sans messe, sans confession, sans évêque, presque sans contact avec l’Église visible. Elles gardent des prières, parfois déformées par le temps, des noms sacrés, la mémoire du baptême, l’attente du retour des prêtres, la vénération de Marie, parfois dissimulée sous des formes ressemblant à des figures bouddhiques pour échapper aux autorités. L’UNESCO et les sites patrimoniaux de Nagasaki rappellent cette transmission clandestine des communautés chrétiennes cachées jusqu’à leur redécouverte au XIXe siècle.
Bien sûr, cette foi clandestine n’est pas demeurée intacte partout. Comment aurait-elle pu l’être, humainement parlant, sans sacrements réguliers, sans doctrine enseignée publiquement, sans clergé ? Certains groupes ont mêlé au fil du temps des éléments catholiques, bouddhistes, shintoïstes ou populaires. Mais le miracle n’est pas que tout ait été parfaitement conservé ; le miracle est que quelque chose ait tenu. Une braise sous la cendre, une parole transmise à voix basse, un souvenir de Marie. Un baptême murmuré.
Puis vient la redécouverte. Au XIXe siècle, le Japon se rouvre peu à peu. Des missionnaires catholiques reviennent à Nagasaki et construisent l’église d’Ōura, dédiée aux martyrs japonais. En 1865, des chrétiens cachés d’Urakami viennent discrètement rencontrer le père Bernard Petitjean. L’un d’eux lui dit cette phrase bouleversante : « Nous sommes d’un seul cœur avec vous. » Ce moment est connu comme la “découverte des chrétiens cachés”.
Il faut prendre la mesure de cette scène. Un prêtre français, pensant peut-être retrouver une terre spirituellement morte, découvre que des familles japonaises ont gardé la foi pendant environ deux siècles et demi. Elles reconnaissent le prêtre à des signes profondément catholiques : le célibat sacerdotal, l’amour de la Vierge, l’obéissance au pape. Ce n’est pas une vague religiosité qui a survécu ; c’est la trace d’une appartenance catholique, pauvre, blessée, mais réelle.
Nagasaki devient alors le grand cœur catholique du Japon moderne. C’est le lieu des martyrs, des chrétiens cachés, des retrouvailles avec Rome, des cathédrales rebâties, des familles catholiques japonaises. Il y a des villes qui portent dans leurs pierres une vocation singulière. Nagasaki est de celles-là.
Et c’est là que tombe la bombe atomique, le 9 août 1945.
Le fait militaire n’épuise pas le fait symbolique. La bombe explose au-dessus du quartier d’Urakami, cœur catholique de Nagasaki. La cathédrale d’Urakami, dédiée à l’Immaculée Conception, est détruite ; elle se trouvait à environ 500 mètres de l’hypocentre. Des sources catholiques et historiques rappellent que la communauté catholique locale fut frappée de manière terrible, avec des milliers de fidèles tués parmi les catholiques d’Urakami.
Il y a quelque chose de presque insoutenable dans cette histoire. Les chrétiens japonais avaient déjà connu la croix sous les shoguns ; ils la rencontrent à nouveau sous la forme d’un soleil artificiel, d’une lumière de mort, d’un progrès devenu apocalypse. La cathédrale détruite, les statues calcinées, les fidèles anéantis, les familles disparues : tout cela donne à Nagasaki une place particulière dans la mémoire catholique du XXe siècle.
Et pourtant, même là, la foi ne disparaît pas. La cathédrale d’Urakami est reconstruite. Les statues brisées deviennent des reliques de douleur. Les survivants portent dans leur chair une double mémoire : celle des martyrs anciens et celle de la catastrophe moderne. Le catholicisme japonais demeure minoritaire, mais il possède une profondeur que les statistiques ne peuvent pas mesurer. Il est une Église de fidélité plus que de puissance, de mémoire plus que de domination, de survivance plus que de triomphe apparent.
C’est dans cette longue histoire que l’actualité de la princesse Nobuko prend son relief. Elle n’est pas une revanche politique. Elle n’est pas une conversion officielle du Japon. Elle est un signe discret, ce qui est peut-être plus japonais encore : la foi catholique, après avoir été persécutée, cachée, presque ensevelie, n’a jamais cessé d’exister dans des familles, des lignées, des institutions, des consciences. Elle réapparaît parfois là où on ne l’attend pas, non comme un drapeau agité, mais comme une présence qui dure.
La famille Asō, dont vient la princesse Nobuko, permet justement de relier cette actualité à l’histoire plus ancienne de Kyūshū, région de la première évangélisation du Japon. Tarō Asō, frère de Nobuko, porte lui aussi cette singularité d’un catholicisme japonais enraciné dans une grande famille nationale, jusque dans les plus hautes sphères politiques. Là encore, rien de bruyant ; mais quelque chose demeure.
Le Japon catholique nous enseigne ainsi une vérité que l’Occident oublie souvent : l’Église ne vit pas seulement par ses majorités sociales, ses monuments, ses écoles, ses habitudes culturelles. Elle vit d’abord par la grâce de Dieu dans les âmes. Elle peut être réduite à quelques familles, à des prières murmurées, à une image cachée, à une tradition transmise dans une cuisine ou une arrière-pièce. Elle peut être privée de prêtres pendant des générations et pourtant garder l’attente du prêtre. Elle peut être forcée au silence et pourtant garder le Nom.
Il serait trop facile de ne voir dans cette histoire qu’une tragédie. Elle est aussi une consolation. Les puissants du Japon ancien ont cru pouvoir effacer le christianisme. Ils ont interdit, surveillé, torturé, tué. Mais lorsque l’Église revint, elle trouva des enfants qui l’attendaient encore. Nagasaki fut dévastée, mais la foi catholique de Nagasaki n’a pas été anéantie.
Le Japon catholique est donc une parabole. Il rappelle que la foi peut sembler vaincue alors qu’elle est seulement cachée. Il rappelle que les martyrs ne sont pas les perdants de l’histoire, mais des semences. Il rappelle que Marie demeure auprès des peuples silencieux, même quand tout semble perdu. Il rappelle enfin que la catholicité n’est pas une affaire d’Occident : elle peut prendre un visage japonais, parler japonais, souffrir japonais, prier japonais, et confesser le même Christ.
Au fond, toute cette histoire tient peut-être dans cette phrase murmurée en 1865 par les chrétiens retrouvés : « Nous sommes d’un seul cœur avec vous. » Après deux siècles et demi de nuit, l’Église reconnaissait ses enfants, et ses enfants reconnaissaient leur mère.
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L’abbaye de Notre-Dame-des-Neiges menacée par des éoliennes
Le JDNews relaie le combat des religieuses de de l’abbaye de Notre-Dame-des-Neiges contre l’implantation d’éoliennes :
Dans les hauteurs cévenoles, à la frontière entre l’Ardèche et la Lozère, le paysage semble encore échapper au temps. Les forêts de sapins recouvrent les plateaux d’altitude, les vallons s’ouvrent sur des étendues silencieuses et le vent traverse les crêtes sans autre bruit que celui des cloches de l’abbaye de Notre-Dame-des-Neiges. Perché à plus de 1 000 mètres, ce monastère cistercien fondé au XIXe siècle s’est imposé au fil des années comme une halte incontournable pour les marcheurs du chemin de Stevenson, les retraitants et les visiteurs en quête d’isolement. Le site accueille aujourd’hui près de 70 000 personnes par an selon la communauté religieuse, une fréquentation en constante hausse depuis l’arrivée des religieuses cisterciennes, venues de l’abbaye de Boulaur en 2022. Mais ce calme, qui fait la réputation du lieu, pourrait être profondément bouleversé. À quelques centaines de mètres seulement, sur la commune de Laveyrune, EDF Power Solutions porte un projet d’implantation de six à dix éoliennes industrielles. Des mâts pouvant atteindre 150 mètres en bout de pale, visibles à plusieurs kilomètres à la ronde, installés sur des crêtes encore largement préservées. Si le projet n’a pas encore été officiellement déposé en préfecture de l’Ardèche, les études techniques et environnementales sont engagées depuis plusieurs années. Une étape politique a d’ailleurs été franchie à l’automne 2025 avec l’avis favorable du conseil communautaire Montagne d’Ardèche, qui met en avant les retombées fiscales attendues pour ce territoire rural.
Dans ce contexte, la mairie de Laveyrune n’a pas souhaité répondre à nos questions. Selon plusieurs interlocuteurs locaux, les élus défendent toutefois l’intérêt économique du projet pour une commune confrontée à la baisse de ses ressources et au déclin démographique. Une position qui alimente un clivage déjà visible sur le terrain, entre partisans du développement énergétique et défenseurs du paysage. Car la contestation, elle, s’est structurée rapidement. Une pétition lancée par l’association Urgence Nature a dépassé les 21 000 signatures. « Une première mobilisation avait déjà eu lieu l’an dernier, mais les habitants ont compris que le projet avançait concrètement », explique Bruno Ladsous, secrétaire de l’association et président de la Fédération nationale Vent de colère. Selon lui, le dossier dépasse largement le seul périmètre local : « On parle d’un site emblématique, connu des marcheurs, des touristes, mais aussi des habitants attachés à ces paysages. » Le monastère, lui, se retrouve au cœur du dossier. Depuis leur arrivée il y a quatre ans, les religieuses ont profondément relancé la vie de l’abbaye, développant l’accueil des visiteurs et engageant d’importants travaux pour adapter le site à une fréquentation grandissante. Fin décembre 2025, le Vatican a officiellement reconnu Notre-Dame-des-Neiges comme monastère autonome, consacrant l’implantation durable de la communauté dans le diocèse de Viviers. Pour sœur Marine, en charge de l’activité agricole et sylvicole du monastère, le projet éolien entre directement en contradiction avec ce qui fait l’identité du lieu. « Ce que viennent chercher les gens ici, c’est vraiment le silence, la sérénité et cette nature qui a une force incroyable, explique-t-elle. On a la chance d’avoir un immense domaine autour de l’abbaye où l’on peut marcher pendant des heures sans croiser personne. » La religieuse assure que la communauté n’est « pas opposée à l’éolien par principe », ni aux énergies renouvelables. Mais elle estime que l’implantation choisie menace l’équilibre du territoire. « La richesse de notre région, c’est la beauté de ses paysages. Le tourisme qui fonctionne aujourd’hui, c’est le tourisme vert », affirme-telle, évoquant les milliers de randonneurs qui empruntent chaque année le chemin de Stevenson et la Régordane. Selon les chiffres avancés par la communauté, environ 17 000 marcheurs passent chaque année sur le sentier de Stevenson, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers d’autres visiteurs.
Les religieuses disent également craindre un impact durable sur la biodiversité locale. « Plus on découvre le site, plus on s’émerveille de la richesse de la forêt, de sa faune, de ses oiseaux, poursuit sœur Marine. Nous réfléchissions même à développer une forme de réserve naturelle sur certaines parcelles. » La communauté travaille déjà avec des gestionnaires forestiers pour préserver certaines espèces présentes sur le domaine. DR EDF Power Solutions assure de son côté que les études environnementales en cours concluent à un impact global limité, sous réserve de mesures de réduction et de compensation. Parmi les dispositifs envisagés figurent des systèmes d’arrêt temporaire des éoliennes lors du passage de certaines espèces protégées, comme l’aigle royal, le milan royal, le vautour moine ou plusieurs espèces de chauves-souris recensées dans la zone. Des conclusions contestées par les opposants, qui estiment que les risques résiduels restent importants et que les dispositifs techniques ne garantissent pas une protection suffisante de la biodiversité locale. Sur les plateaux de la montagne ardéchoise, le débat semble s’être déjà installé durablement entre élus, habitants, associations et acteurs du territoire, chacun avançant sa propre vision de l’avenir de ces paysages. « On s’est engagées à rester ici jusqu’à notre mort, affirme sœur Marine. Alors, s’il faut cohabiter avec ces éoliennes, on cohabitera. Mais on continue de penser que ce n’est pas la bonne solution pour ce territoire. »
Ceux qui attendent la casse et ceux qui attendent ces premiers
Il y a des publications qui disent plus qu’elles ne croient dire. Libération publie, à propos de la finale de la Ligue des champions, un billet sur « ceux qui attendent plus les casseurs que le match ». La formule vise juste. Il existe en effet une droite de la jubilation catastrophiste, toujours prête à transformer le moindre désordre en preuve définitive que la France est morte, que tout est perdu, que le pays n’est plus qu’un décor de fin du monde.
Il existe une autre obsession, symétrique : celle qui consiste à ne plus regarder la casse elle-même, mais seulement l’usage politique que d’autres pourraient en faire. Le problème n’est plus que des vitrines soient brisées, que des familles soient inquiétées, que des policiers soient attaqués, que des habitants se demandent dans quelle ville ils vivent. Le problème devient : « Attention, cela va profiter à l’extrême droite. »
À partir de là, la politique ne regarde plus le réel. Elle surveille le commentaire du réel.
C’est une vieille maladie française, mais elle s’est aggravée. Devant un attentat, une émeute, un fait divers atroce, un drame national, certains ne pensent plus d’abord aux victimes, aux familles, au pays blessé, à la cité abîmée. Ils pensent au score électoral du camp adverse. Ils ne se demandent plus : « Que s’est-il passé ? Que devons-nous réparer ? Qui devons-nous protéger ? » Ils se demandent : « Qui va en profiter ? »
C’est peut-être cela, le signe le plus sûr que la pensée de camp a remplacé la pensée politique.
Charles Péguy distinguait la mystique et la politique. La mystique, chez lui, c’est l’élan premier, la fidélité vivante, la source morale. La politique, lorsqu’elle se dégrade, c’est l’appareil, la boutique, la tactique, le calcul, la petite mécanique des positions. Tout commence en mystique et finit en politique, écrivait-il en substance. Aujourd’hui, on pourrait dire : tout commence en drame humain et finit en commentaire électoral.
Or, pour un chrétien, la politique ne peut pas être seulement cela. Elle n’est pas d’abord une gestion de narratif, un exercice de communication, une guerre de camps, une surveillance angoissée de ce que dira l’adversaire. La politique est une forme de charité ordonnée. Elle a pour tâche de protéger les personnes, de transmettre un monde habitable, de servir le bien commun, de défendre les faibles, de garder les lieux, de permettre aux familles de vivre en paix.
Protéger n’est pas un gros mot. L’ordre n’est pas une lubie bourgeoise. La tranquillité publique n’est pas un fantasme réactionnaire. Une ville où l’on ne craint pas de sortir, où les vitrines ne sont pas fracassées, où les transports ne deviennent pas des zones d’angoisse, où la fête ne se termine pas en théâtre de violences, ce n’est pas une exigence policière abstraite. C’est une condition minimale de la vie commune.
Et transmettre suppose aussi cela. On ne transmet pas seulement des valeurs dans des discours. On transmet des rues, des places, des habitudes, des fêtes, des rites populaires, des soirs de match, des cafés ouverts, des familles dehors, une confiance élémentaire dans le monde. Quand tout événement collectif devient immédiatement une occasion de tension, de casse ou de peur, ce n’est pas seulement la sécurité qui est atteinte. C’est la possibilité même d’un peuple joyeux.
Il faut donc refuser deux mensonges à la fois. Le premier consiste à jouir du désordre parce qu’il confirme notre pessimisme. Le second consiste à nier le désordre parce que le reconnaître pourrait servir le camp d’en face. Les casseurs ne deviennent pas imaginaires parce que Libération se méfie de ceux qui les attendent. Mais l’inquiétude devant la casse ne devient pas automatiquement noble parce qu’elle arrange la droite.
La politique chrétienne devrait nous obliger à sortir de ce piège. Elle ne peut pas donner le bon Dieu sans confession à ceux qui n’ont rien à faire du pays réel, ni aux professionnels de la récupération, ni aux entrepreneurs du déni. Elle doit regarder les faits, mais les regarder chrétiennement : non pour se repaître de la peur, non pour humilier l’adversaire, non pour fabriquer du ressentiment, mais pour protéger ce qui doit l’être.
Un pays n’est pas une matière première électorale. Une ville n’est pas un plateau de télévision. Une fête populaire n’est pas seulement un événement à commenter selon qu’il sert ou non notre camp. C’est un morceau du monde commun.
Et si nous ne savons plus dire simplement qu’il est triste qu’une fête soit abîmée par la violence, sans immédiatement calculer qui va gagner trois points dans les sondages, alors ce n’est pas seulement notre sensibilité qui est malade. C’est notre intelligence politique.
La vraie question n’est donc pas de savoir qui attend les casseurs, ni qui attend ceux qui attendent les casseurs. La vraie question est plus simple, plus grave, plus chrétienne : qui protège encore les habitants ? Qui protège la ville ? Qui protège la joie commune ? Qui transmettra à nos enfants autre chose qu’un pays réduit à des réflexes de camp ?
La politique commence peut-être là : dans le refus de laisser le réel disparaître sous la propagande de ceux qui le nient comme sous la jubilation de ceux qui s’en servent.
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Une messe perturbée à Triel-sur-Seine (78)
Un homme a perturbé la messe du dimanche matin, à Triel-sur-Seine, dans les Yvelines. Vers 10h30, un individu a tenté d’entrer dans l’église Saint-Martin en criant « Allahou akbar ». Il sortait du bar et visiblement il en recherchait l’entrée…
Deux paroissiens l’en ont empêché et l’homme est remonté dans sa voiture avant l’arrivée de la police. L’église a dû être sécurisée alors que l’individu n’a pas été retrouvé.
L’homme a été identifié. « C’est quelqu’un qui habitait la commune auparavant et vit désormais aux Mureaux », confie le maire Cédric Aoun.
La messe du dimanche soir a été annulée.
Composition de la commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur l’euthanasie
Les membres de la CMP ont été désignés. En cliquant sur leurs noms vous trouverez leur groupe d’appartenance ainsi que leurs coordonnées :
- M. Christophe Bentz (député)
- Mme Christine Bonfanti-Dossat (Sénatrice)
- Mme Corinne Bourcier (Sénatrice)
- Mme Marie-Noëlle Battistel (député)
- M. Théo Bernhardt (député)
- Mme Marie-Pierre de La Gontrie (Sénatrice)
- M. Stéphane Delautrette (député)
- Mme Sandrine Dogor-Such (député)
- Mme Chantal Deseyne (Sénatrice)
- Mme Nicole Dubré-Chirat (député)
- Mme Justine Gruet (député)
- Mme Pascale Gruny (Sénatrice)
- Mme Jocelyne Guidez (Sénatrice)
- M. Olivier Henno (Sénateur)
- M. Xavier Iacovelli (Sénateur)
- M. Bernard Jomier (Sénateur)
- Mme Annie Le Houerou (Sénatrice)
- Mme Élise Leboucher (député)
- Mme Brigitte Liso (député)
- M. Alain Milon (Sénateur)
- M. Philippe Mouiller (Sénateur)
- M. Yannick Monnet (député)
- M. René Pilato (député)
- Mme Sandrine Rousseau (député)
- Mme Silvana Silvani (Sénatrice)
- Mme Anne Souyris (Sénatrice)
- M. Vincent Trébuchet (député)
- M. Philippe Vigier (député)
Xavier Moreau élu conseiller consulaire en Russie et Biélorussie
La liste conduite par Xavier Moreau, « Patriotes français », a remporté deux des trois sièges de conseillers consulaires en Russie et Biélorussie.
Le gouvernement français l’avait inscrit en décembre dernier sur la liste noire des personnes sanctionnées par l’UE. Leurs avoirs sont gelés. Toute relation financière avec eux devient illicite. Leur accès au territoire de l’Union est interdit. Le tout sans procès.
Xavier Moreau, qui vit en Russie, est l’animateur du site Stratpol, il est aussi chroniqueur sur RT en français. Et il représente donc les Français de Russie auprès des services du ministère des affaires étrangères. Il a porté plainte contre le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot pour diffamation et a lancé une série d’actions en justice contre les institutions françaises et européennes après que le Conseil européen l’a mis sous sanctions le 15 décembre 2025.
100 000 € de dons de particuliers pour sauver trois églises du Morbihan
A Bignan, Billio et Camors, trois églises qui ont besoin d’être sérieusement rénovées, font l’objet d’une collecte de dons par l’intermédiaire de la Fondation du Patrimoine. Alors que les opérations de collecte ne sont pas terminées, les trois monuments ont déjà reçu près de 100 000 € de dons.
522 donateurs pour une somme de 64 776 € sur un objectif fixé de 80 000 €. Et ce alors qu’il reste encore plus de 300 jours de collecte. L’appel à l’aide concernant l’église Saint-Pierre Saint-Paul de Bignan suscite un bel engouement. Et ce d’autant plus qu’il faut rajouter à cela 62 000 € de mécénat. Les travaux, dont le coût total est estimé à environ 3,5 M€, sont prévus en cinq tranches.
A Billioque, la collecte, qui doit encore durer environ un an et demi, atteint aujourd’hui 11 527 € sur un objectif de 60 000 €.
A Camors, la collecte pour l’église Saint-Sané atteint aujourd’hui la somme de 20 555 € sur les 50 000€ nécessaires.
Comme le disait le cardinal Ratzinger, dans un schisme, les torts sont malheureusement partagés
Dans le n°176 de Sedes Sapientiae, le père Louis-Marie de Blignières revient sur le séparatisme provoqué par les sacres annoncés au sein de la FSSPX. Extrait :
[…] Pour justifier les sacres annoncés, la FSSPX et ses sympathisants avancent aussi que « seule la FSSPX dénonce les erreurs ». C’est faux. Notons en particulier les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffara, Müller, Sarah et Zen ; Mgrs Schneider, Mutsaerts et Eijk, et, pour Fiducia supplicans, tout l’épiscopat africain, ont fermement dénoncé certaines déclarations du pape François.
Les prêtres et les fidèles des Instituts ex-Ecclesia Dei (et d’autres prêtres) dénoncent des erreurs. Ils le font plutôt dans des articles argumentés que par des affirmations à l’emporte-pièce du haut de la chaire. Et ils s’efforcent de garder le ton qui convient à des théologiens ou à des laïcs cultivés s’adressant aux autorités de l’Église, comme des fils s’adressent à leur père, avec « la révérence due aux pasteurs », selon la recommandation du droit canonique lui-même [35].
Ce combat contre les erreurs, ils le mènent plus complètement que la FSSPX. Sur un point essentiel, la mouvance ex-Ecclesia Dei ne mutile pas la tradition, comme le font la FSSPX et les fidèles ou communautés qui la suivent. Il est en effet une partie fondamentale de la tradition catholique qui n’est plus honorée dans la position et l’action de ces derniers : l’union à la hiérarchie catholique. Le combat de la mouvance ex-Ecclesia Dei tient ensemble deux éléments inséparables : la continuité dans le temps de ce qui vient (en matière de doctrine et de sacrements) des apôtres, et l’union avec leurs successeurs.
Sur ce point, je récuse l’accusation de « silence » qui nous est parfois faite. Pour la seule revue Sedes Sapientiæ, je relève des contributions critiques sur la réforme liturgique (nn° 40, 45, 49, 56, 84, 93, 107, 158, 163, 167), sur la vie religieuse dans le Code de droit canonique (n° 49), sur la pseudo-obligation de la concélébration (nn° 68, 113, 158, 159, 172, 174), sur la repentance (nn° 74, 80 et 100), sur Assise (n° 80), sur Amoris lætitia (nn° 136, 137, 140, 166), sur Cor orans (n° 149), sur Traditionis custodes (n°159, 160, 167), sur l’homosexualité (n° 165), sur la conception moderne du droit (nn° 163, 167, 171), sur le texte du DDF sur la corédemption (n° 174).
Des publicistes ou des personnalités laïques qui n’ont pas accepté les sacres de 1988 – notamment Jean Madiran et Bernard Antony – sont restés aussi très actifs dans le domaine de la controverse doctrinale. Il suffit pour s’en convaincre de lire ce que Madiran écrivait dans Itinéraires, puis dans Présent, jusqu’à sa mort en 2013, et ce qu’Antony a écrit dans les revues ou sur les sites où il s’est exprimé depuis 1988 jusqu’à aujourd’hui.
L’argument : « Il faut faire des sacres pour dénoncer les erreurs, car seule la FSSPX le fait » est donc faux. Il arrive malheureusement à des responsables de la FSSPX d’énoncer en ce domaine des contre-vérités. En des colloques publics ou en chaire, ils soutiennent, par exemple, le fait que les Supérieurs Ecclesia Dei auraient tous concélébré dans le nouveau rite, ou qu’ils n’auraient pas réagi au récent document du DDF sur la corédemption. Mais ils ne publient aucune rectification après avoir été informés de leur erreur.
Quelle est la crédibilité des dénonciations de la Fraternité Saint-Pie X ?
Certes, la FSSPX dénonce des erreurs, mais est-elle toujours crédible quand elle le fait, s’étant séparée et mise à l’abri de tout contrôle ? L’outrance des propos, qui est parfois flagrante, ne plaide pas pour leur objectivité. L’argumentation n’est pas non plus toujours convaincante, du fait que la FSSPX est dans un crescendo de critiques vis-à-vis de la hiérarchie, et qu’elle donne l’impression de forcer la note, afin de justifier sa séparation.
On est frappé du caractère parfois simpliste et univoque de l’argumentation de prêtres et de sympathisants de la FSSPX, du passage du raisonnement théologique à la rhétorique – l’Église est un bateau qui coule ou une maison qui brûle, les « bons » enseignements postconciliaires sont en fait des gâteaux empoisonnés –, et parfois de l’arrogance du ton. C’est assez déplorable pour des personnes qui se veulent catholiques et qui s’adressent à la hiérarchie de l’Église. Donnons un exemple récent tiré d’un texte de l’abbé Jean-Michel Gleize, théologien influent et quasi officiel de la FSSPX.
En toute réalité, il y a : 1° une autorité gravement défaillante à Rome, au point de scandaliser gravement les âmes ; […] Toute la question est de savoir si on admet le 1°. Si on ne l’admet pas, si la Nouvelle Messe n’est pas un buisson rempli de reptiles venimeux, si le concile Vatican II ne met pas la foi en péril, si la liberté religieuse n’est pas contraire aux enseignements de Pie IX, si l’œcuménisme ne remet pas en cause le dogme de l’unicité de la valeur salvifique de l’Église catholique, si la Collégialité ne remet pas en cause le dogme de l’unicité du sujet du Primat, alors « tout va bien » et le Supérieur Général est un halluciné et toute la Fraternité avec lui [36].
Ce texte manifeste une vision binaire. Pour l’abbé Gleize, soit le magistère est hérétique (Vatican II est plein d’erreurs contraires à la foi, la liturgie réformée est pleine de « reptiles venimeux » [sic !]), soit il n’y a pas de crise dans l’Église (tout va bien). Il n’y a pas d’entre-deux.
Mais la réalité est plus nuancée. Si on voulait esquisser les grandes lignes de cette grave crise que l’Église traverse depuis soixante ans, sans complaisance, mais sans forcer le trait, on pourrait retenir trois points.
- Il y a une certaine faiblesse des Actes de Vatican II, comme l’explique l’abbé Berto dans sa lettre à l’abbé de Nantes citée plus haut. Et il y a des ambiguïtés sur certains passages [37], que le mouvement progressiste a mises à profit pour diffuser des erreurs dans l’Église.
- Durant de longues années, la hiérarchie a été trop faible pour arrêter ce mouvement subversif, elle n’a guère encouragé ceux qui s’efforçaient de l’endiguer [38], et elle les a même en certains cas durement combattus.
- La réforme de la liturgie, par ses déficiences (quoique les sacrements soient valides et donc de soi sanctifiants), a contribué à déstabiliser la vie chrétienne des fidèles.
Juger l’arbre à ses fruits ?
Enfin, le critère, avancé par certains des responsables ou des sympathisants de la FSSPX, de « juger un arbre à ses fruits », est mis en œuvre de façon parfois grossière. « Il y a plein d’enfants et de familles dans nos assemblées, nous avons beaucoup de vocations et nous ouvrons régulièrement de nouveaux lieux de culte. » Oui, mais l’argument ne prouve pas en faveur de la seule FSSPX, car c’est le cas aussi chez les ex-Ecclesia Dei, comme en plusieurs instituts « non tradis » qui connaissent un fleurissement de vocations… On observe aussi un vrai dynamisme chez les orthodoxes [39], et parmi les chrétiens évangéliques. Cela ne suffit pas pour affirmer que ces arbres sont bons à tous les points de vue.
Ce critère est aussi employé de façon sélective, car il faudrait tenir compte de tous les fruits, les bons et les mauvais.
La division du mouvement traditionaliste, par exemple, est aussi un fruit des sacres de 1988. Si Mgr Lefebvre, au lieu de sacrer illégalement, avait persévéré dans l’accord signé, nous aurions aujourd’hui des évêques traditionalistes en situation régulière. Probablement, la diffusion des pédagogies traditionnelles de la foi aurait été renforcée dans les structures visibles de l’Église, acquérant légitimité et appui, au lieu d’être en partie reléguée à l’extérieur. La crise n’aurait-elle pas été ainsi plus efficacement combattue ? Mgr Richard Williamson, et la douzaine d’évêques qu’il a sacrés, sont aussi un fruit des sacres de 1988. En sacrant des évêques le 1er juillet 2026, la FSSPX prendra le risque de voir se fonder de nouvelles lignées épiscopales de plus en plus « sauvages », comme cela s’est historiquement passé dans tous les cas de sacres en dehors et contre la hiérarchie catholique.
Les torts de la hiérarchie
Des sacres de 1988 à ceux de 2026, le Saint-Siège, à diverses reprises, a tenté de faire face, sous les papes successifs, à la dissidence qui s’installait dans le temps. Elle a proposé des rencontres aux responsables de la FSSPX, notamment en 2001, puis en 2010-2012 à Mgr Fellay, et tout récemment (trop tardivement), à l’abbé Pagliarani. Il y a plusieurs raisons à l’échec de ces propositions. J’en ai évoqué quelques-unes ci-dessus, à charge de la FSSPX.
Mais il est juste de mentionner une autre importante raison de ces échecs, où les torts sont, me semble‑t-il, du côté de la hiérarchie : la perte de confiance.
Tout d’abord, en dépit de louables efforts de plusieurs cardinaux présidents d’Ecclesia Dei, le Saint-Siège n’a pas pu faire respecter par les évêques, lorsqu’ils étaient mal disposés (ce fut souvent le cas en France), les dispositions prévues par le motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988 pour les « fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine [40] ». Ainsi Mgr Fellay disait en 2001 :
« Il faut que les fidèles qui désirent suivre l’ancienne messe puissent le faire sans brimade. La solution qui a été accordée à la Fraternité Saint-Pierre est invivable : on laisse les évêques locaux tout décider, eux qui sont pour la plupart radicalement opposés à la tradition [41]. »
Le Saint-Siège n’a pas non plus fait appliquer complètement ce qui était légitimement demandé pour que le motu proprio soit efficacement appliqué. Ainsi l’ordination d’évêques issus des rangs de la mouvance, demandée par les Instituts [42] et les fidèles [43], n’a pas été mise en œuvre. Elle aurait pourtant constitué un argument de crédibilité de poids pour la FSSPX. Par ailleurs, lors d’une crise interne importante qui menaçait l’identité de la Fraternité Saint-Pierre (1998-2006), celle-ci n’a pas reçu du Saint-Siège la protection qu’elle était en droit d’attendre, alors que les éléments perturbateurs étaient encouragés. Cela a créé chez les responsables de la FSSPX une défiance compréhensible vis-à-vis des promesses qu’on leur faisait.
Il est normal qu’il y ait une méfiance en voyant ce qui se passe, […] en voyant ce qui vient de se produire à la Fraternité Saint-Pierre. On peut légitimement se demander s’il ne s’agit pas d’un piège pour nous casser, pour créer par exemple une dissension entre ceux qui voudraient accepter telle ou telle proposition romaine et ceux qui ne le voudraient pas. Il est donc évident qu’il y a une méfiance, cela ne peut pas être autrement [44].
Ensuite, en 2021, le motu proprio Traditionis custodes, programmant en droit la disparition des rites anciens dans l’Église, a donné un aliment substantiel à la méfiance au sein de la FSSPX et au refus de toute tentative de rapprochement avec le Saint-Siège.
Par ailleurs, dans les négociations avec Mgr Fellay puis avec l’abbé Pagliarani, le fait de ne pas s’en être tenu aux termes du Protocole du 5 mai 1988 a constitué une grave maladresse. Certes, il y avait eu une « surenchère anti-Vatican II » de la FSSPX, qui expliquait en partie la crainte du Saint-Siège, mais le texte du Protocole offrait la seule garantie acceptable par la FSSPX. La FSSPX a eu l’impression en 2012 que ce texte était considéré comme dépassé, et que le Saint-Siège demandait un alignement complet sur les éléments nouveaux qui justement lui posaient problème.
En 2026, les propositions du DDF étaient plus larges, mais elles étaient formulées, après plusieurs années de silence, sous la perspective de l’annonce des sacres et la confiance s’était évanouie.
Comme me le disait le cardinal Ratzinger en 1988, dans un schisme, les torts sont malheureusement partagés.
Sauver la tradition ?
Si les torts de la hiérarchie sont bien réels, est-ce que cela justifie d’affirmer que « la Tradition » ne peut être concrètement maintenue et vécue qu’en dehors de la hiérarchie catholique ? Non, ce serait une position fondamentalement non traditionnelle, et finalement non catholique. On ne sauve pas la tradition par des moyens anti-traditionnels, comme l’avait fait observer en son temps Jean Madiran.
« Je n’ai pas de doctrine personnelle, disait Mgr Lefebvre. Je me suis tenu toute ma vie à ce qu’on m’a enseigné sur les bancs du séminaire français de Rome. Je n’ai rien inventé de nouveau. Nous ne pouvons pas nous tromper en nous attachant à ce que l’Église a enseigné pendant deux mille ans. Je fais ce que les évêques ont fait pendant des siècles et des siècles, je n’ai pas fait autre chose. »
Mais voici précisément que Mgr Lefebvre, le 30 juin 1988, fait autre chose ; il fait quelque chose de nouveau : il consacre des évêques contre la volonté expressément notifiée du pape. On ne peut pas dire cette fois que les évêques ont fait cela pendant des siècles et des siècles. L’Église n’a enseigné, ni pendant deux mille ans, ni sur les bancs du séminaire français de Rome, qu’on peut passer outre à une interdiction formelle du Souverain Pontife concernant la consécration de nouveaux évêques.
Pour cet acte-là, voici que la garantie de s’en tenir à ce que l’Église a toujours fait vient de disparaître. Mgr Lefebvre est sorti du domaine où « nous ne pouvons pas nous tromper [45] ».
Méditons en terminant les beaux reproches d’un père de la primitive Église à un fauteur de schisme :
« Il fallait en effet tout supporter plutôt que de déchirer l’Église de Dieu – écrivait saint Denys d’Alexandrie à Novatien – et il n’est pas plus glorieux de rendre témoignage pour ne pas adorer les idoles que pour ne pas faire de schisme ; ceci est, selon moi, plus grand encore ; car dans ce premier cas on est martyr pour son âme seule, et dans l’autre on l’est pour toute l’Église [46]. »
La crise des démocraties, fruit d’un oubli généralisé du Créateur
Extrait du discours du pape Léon XIV samedi à la Fondation Centesimus Annus Pro Pontifice :
[…] Ce que nous découvrons ici, ce sont les deux « cités » décrites par saint Augustin qui continuent de caractériser non seulement le cœur humain, mais aussi les civilisations que nous créons. La Cité de l’Homme, bâtie sur l’orgueil et l’amour-propre, est marquée par un individualisme égoïste. La Cité de Dieu, bâtie sur l’amour de Dieu jusqu’au désintéressement et sur le développement des relations, est ce qui rend véritablement possible l’édification d’une civilisation de l’amour. À la lumière de cette perspective, nous pouvons constater que la crise des démocraties contemporaines et l’affaiblissement du multilatéralisme constituent en réalité une crise anthropologique, fruit d’un oubli généralisé du Créateur. Loin de désespérer, cependant, nous sommes appelés à prendre notre part, en nous souvenant que « la civilisation de l’amour ne naîtra pas d’un geste unique ou spectaculaire, mais de la somme de tous ces petits actes de fidélité constants qui font rempart contre la déshumanisation » ( Magnifica Humanitas 213). […]
La loi que personne n’assumera
Alors que la Commission Mixte Paritaire se réunit ce mardi 2 juin dans un climat de démission collective, l’émission de Guillaume de Thieulloy du 30 mai sur Radio Courtoisie, “Euthanasie : les enjeux cachés de ce projet de loi”:
https://www.youtube.com/watch?v=Jvb6jAWugPg
a magistralement mis en lumière les coulisses de ce texte. En écho à ce débat essentiel, voici une réflexion sur ce que nous nous apprêtons à dire aux plus fragiles.
Illustration
« La Mort de Marat » — Jacques-Louis David (1793)
sous-titre: Lui, au moins, avait signé.
La loi que personne n’assumera
Dans quarante-huit heures, une Commission Mixte Paritaire tentera de finaliser l’un des textes les plus importants de ces dernières décennies. Une loi qui pourrait modifier durablement le rapport de la France à la maladie, à la dépendance, à la vieillesse et à la mort.
Une loi historique. Une loi civilisationnelle.
Et pourtant — une loi dont personne ne semble vouloir être pleinement l’auteur.
Il ne s’agit pas de nier qu’un texte ait été déposé, porté, discuté. L’auteur juridique existe. Mais l’auteur politique pleinement assumé — celui qui dirait : « je porte ce choix devant l’Histoire » — demeure introuvable.
C’est là le fait le plus troublant de ce débat. Lorsqu’une société s’apprête à franchir une frontière aussi importante, on s’attendrait à voir des responsables politiques défendre explicitement une vision de l’homme, assumer un choix de civilisation, en porter la charge devant l’Histoire.
Or il se produit exactement l’inverse :
• Les associations expliquent qu’elles n’ont fait qu’accompagner une évolution de la société.
• Les experts assurent qu’ils n’ont fait que constater une demande.
• Les médias affirment qu’ils n’ont fait que refléter l’opinion.
• Le gouvernement dit qu’il n’a fait qu’ouvrir une possibilité.
• Les parlementaires prétendent qu’ils n’ont fait que traduire une attente.
À la fin de la chaîne : personne ne décide vraiment. Personne n’assume pleinement. Personne ne signe moralement. Et pourtant, une décision irréversible est en train d’être prise sans sujet clairement identifiable.
C’est précisément ce mécanisme — cette dilution progressive de la responsabilité — qui devrait nous alerter. Car les grandes ruptures historiques ne surviennent pas seulement lorsqu’une volonté s’impose. Elles surviennent aussi, et peut-être surtout, lorsque plus personne ne veut en porter explicitement la charge.
Car derrière les mots liberté, autonomie, dignité — que personne ne conteste en eux-mêmes — se cache une question que l’on évite de formuler clairement : Que dit une société lorsqu’elle transforme la mort en réponse légalement proposée à la vulnérabilité humaine ?
Que dit-elle au malade qui souffre ? Au vieillard dépendant ? À la personne handicapée ? À celui qui a perdu son autonomie, sa force, parfois même le désir de continuer ?
Officiellement, elle lui dit qu’il reste libre.
Mais une liberté ne se juge pas à ce qu’elle autorise. Elle se juge à ce qu’elle rend psychologiquement supportable.
Dans une société qui valorise l’autonomie, la performance et la maîtrise de soi, combien finiront par ne plus seulement se demander s’ils souffrent — mais s’ils ont encore le droit symbolique de peser sur les autres ? Combien auront le sentiment de coûter trop cher ? Combien en viendront à intérioriser l’idée que leur disparition pourrait soulager leurs proches ?
Les défenseurs de la réforme répondront qu’aucune pression n’est prévue, que des garde-fous existent. Sans doute. Mais les lois ne vivent jamais uniquement dans leurs articles. Elles vivent dans les esprits. Ce qu’une loi autorise compte moins que ce qu’elle rend imaginable. Puis acceptable. Puis banal.
Le véritable test d’une civilisation n’est pas de savoir comment elle accompagne ceux qui veulent mourir. Il est de savoir ce qu’elle dit à ceux qui hésitent encore à vivre.
Voilà pourquoi les membres de la Commission Mixte Paritaire ne voteront pas seulement un texte juridique. Ils voteront un message adressé à la fragilité humaine.
Dans quarante-huit heures, chacun d’entre eux fera un choix.
Pas l’Histoire. Pas les sondages. Pas une « évolution inéluctable de la société ».
Eux. Personnellement.
Cette loi ne sera pas votée par « la société ». Elle sera votée par des femmes et des hommes identifiables.
Et lorsque l’on se demandera ce que nous avons commencé à dire à nos plus vulnérables, il ne sera plus possible de répondre : « Personne n’a décidé. » Car quelqu’un aura voté.
L’Histoire ne retient pas les justifications.
Elle ne retient pas les intentions.
Elle retient les décisions.
Et elle retient les noms.
#AideÀMourir #FinDeVie #CMP #Parlement #Dignité #LaLoiQuePersonneNAssumera
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Des rives de l’Euphrate aux steppes mongoles : l’ombre longue du nestorianisme
Il y a des hérésies qui disparaissent comme des disputes de spécialistes, et d’autres qui deviennent des civilisations de rechange. Le nestorianisme appartient à cette seconde catégorie. Né d’une querelle christologique au Ve siècle, condamné par l’Église au concile d’Éphèse en 431, il n’est pas seulement resté dans les marges de l’Empire romain : il a fui vers l’Est, s’est enraciné en Perse, a longé les routes de la soie, a touché l’Inde, l’Asie centrale, les steppes mongoles et jusqu’à la Chine des Tang.
Encore faut-il commencer par une prudence. Le mot « nestorien » est souvent un mot de polémique, appliqué très largement à l’Église de l’Orient. La déclaration christologique commune signée en 1994 entre Jean-Paul II et le patriarche Mar Dinkha IV de l’Église assyrienne de l’Orient reconnaît une foi commune au Christ vrai Dieu et vrai homme, et affirme que les anciennes divisions tenaient en large part à des malentendus de formulation. Autrement dit, il faut distinguer l’hérésie nestorienne, condamnée comme séparation dangereuse des deux réalités du Christ, et les chrétiens orientaux appelés « nestoriens » par l’Occident, souvent de manière approximative.
La crise commence autour de Nestorius, patriarche de Constantinople. Ce qui est en jeu n’est pas une nuance byzantine pour théologiens fatigués, mais la question centrale : qui est Jésus-Christ ? Peut-on dire que Marie est Theotokos, Mère de Dieu ? Nestorius craint que ce titre ne brouille l’humanité réelle du Christ. Cyrille d’Alexandrie, au contraire, y voit la conséquence nécessaire de l’Incarnation : celui qui naît de Marie est bien le Verbe fait chair. L’Église condamne donc Nestorius, car, vue depuis l’orthodoxie catholique et chalcédonienne, sa doctrine risque de faire du Christ non plus une seule personne divine assumant une vraie nature humaine, mais une sorte d’union trop extérieure entre l’homme Jésus et le Verbe de Dieu. Britannica résume cette ligne en parlant d’une insistance nestorienne sur l’indépendance des natures divine et humaine, jusqu’à suggérer deux personnes trop lâchement unies.
Après Éphèse, l’histoire devient orientale. Les milieux proches de Nestorius trouvent refuge dans l’Empire perse sassanide, notamment à Nisibe. Politiquement, c’est presque logique : pour les Perses, accueillir des chrétiens séparés de Constantinople permet de disposer d’une Église chrétienne moins suspecte de fidélité à l’ennemi byzantin. L’Église de Perse, devenue largement autonome, adopte progressivement une théologie d’orientation nestorienne ; Édesse décline, Nisibe devient un centre intellectuel majeur.
Ce déplacement change tout. Pendant que l’Occident regarde Rome, Constantinople, Alexandrie ou Antioche, une autre chrétienté s’organise vers l’Est. Elle parle syriaque, vit dans un monde perse, fréquente les marchands sogdiens, les caravaniers, les villes-oasis et les cours nomades. Elle n’a pas la puissance impériale de Byzance, mais elle possède un avantage immense : elle circule. Là où l’Église latine structure des royaumes, l’Église de l’Orient épouse les routes.
C’est ainsi qu’on la retrouve en Asie centrale. Des traces chrétiennes apparaissent au Khwarezm dès la fin du VIIe siècle ; les nestoriens sont bien établis en Transoxiane ; Samarcande semble florissante aux Xe et XIIIe siècles ; on trouve des inscriptions syriaques, des cimetières, des tombes turques et syriaques, des Églises à Kashgar, Khotan, Turfan. Sous le patriarche Timothée Ier, à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, l’expansion missionnaire vers les Turcs, le Tibet et l’Asie intérieure se consolide.
Puis vient la Chine. La stèle de Xi’an, érigée en 781, raconte l’arrivée de la « religion lumineuse » à Chang’an en 635, sous les Tang, avec le moine Alopen. Elle mentionne des communautés, des églises, des évêques, et atteste que ce christianisme syriaque avait été autorisé à se diffuser. En 845, l’empereur Wuzong interdit cependant les religions étrangères, dont le christianisme, le bouddhisme et le zoroastrisme ; la stèle est alors ensevelie, avant d’être redécouverte au XVIIe siècle.
C’est ici que l’histoire devient vertigineuse : au Moyen Âge, il exista bel et bien une chrétienté asiatique, non latine, non grecque, non occidentale, présente des confins de la Mésopotamie aux steppes mongoles et à la Chine. Elle n’a pas donné naissance à une Europe orientale bis, mais à un christianisme de marchands, de moines, de scribes, de médecins, de diplomates et parfois de princesses.
Car les princesses sont essentielles. Lorsque les Mongols entrent dans l’histoire mondiale, certains grands peuples des steppes — notamment les Kéraït — sont déjà christianisés dans la tradition de l’Église de l’Orient. Les sources médiévales associent fortement ces milieux kéraït au nestorianisme, et plusieurs femmes chrétiennes de grandes familles entrent dans la maison de Gengis Khan. Les observateurs européens et orientaux furent fascinés par cette présence chrétienne au cœur même de l’empire mongol.
La plus célèbre est Sorghaghtani Beki. Princesse kéraït, chrétienne de l’Église de l’Orient, épouse de Tolui, le plus jeune fils de Gengis Khan, elle devient la mère de quatre figures immenses : Möngke, Grand Khan ; Kubilaï, fondateur de la dynastie Yuan en Chine ; Hülegü, fondateur de l’Ilkhanat de Perse ; et Ariq Böke. Les chroniqueurs persans eux-mêmes l’admirent. Juvaini et Rashid al-Din la présentent comme une femme d’une intelligence politique extraordinaire, consultée par Ögödei et capable d’assurer l’ascension de ses fils.
Sorghaghtani n’a pas transformé ses fils en rois chrétiens. Aucun d’eux ne se convertit pleinement au christianisme. Mais elle leur transmit une disposition favorable aux religions, aux lettrés, aux administrateurs, aux échanges. Sa foi nestorienne n’a pas fait de l’empire mongol un empire chrétien ; elle a pourtant pesé dans la formation d’une élite mongole cosmopolite, relativement ouverte aux chrétiens, aux musulmans, aux bouddhistes et aux taoïstes.
Autre figure fascinante : Doquz Khatun, elle aussi issue du monde kéraït chrétien. Épouse principale de Hülegü, le conquérant mongol qui prend Bagdad en 1258 et met fin au califat abbasside, elle devient dans la mémoire chrétienne orientale une protectrice providentielle. Les sources rapportent qu’elle intercéda en faveur des chrétiens lors du sac de Bagdad, qu’elle favorisa l’élection du catholicos nestorien Mar Denha en 1265, et qu’une église mobile avec cloches fut installée dans son camp.
Il faut mesurer la scène : une princesse chrétienne orientale, héritière d’un christianisme condamné en Occident comme hérétique, se tient au côté du conquérant qui abat le cœur politique du monde musulman abbasside. L’image est presque romanesque. Bagdad tombe, le califat s’effondre, et dans la tente du vainqueur se trouve une femme de la vieille Église syriaque de l’Est.
On pourrait ajouter Qutui Khatun, épouse de Hülegü puis d’Abaqa selon la coutume mongole, mère de Tekuder. Elle est décrite comme chrétienne de l’Église de l’Orient et protectrice des chrétiens syriaques orientaux. Son fils Tekuder, lui, devient musulman sous le nom d’Ahmad et règne brièvement sur l’Ilkhanat. Là encore, la scène est révélatrice : une mère chrétienne orientale, un fils souverain musulman, une dynastie mongole encore hésitante entre christianisme, bouddhisme, chamanisme et islam, avant la conversion plus nette de l’Ilkhanat à l’islam.
Ces femmes ne sont donc pas anecdotiques. Elles incarnent un moment possible de l’histoire : celui où une partie de l’Asie aurait pu basculer vers un christianisme oriental, syriaque, mongol, non latin. Ce moment n’a pas duré. Les souverains mongols ont souvent préféré la souplesse religieuse à la conversion exclusive ; puis, en Perse et en Asie centrale, l’islam finit par l’emporter. Avec les persécutions, les recompositions politiques, puis les ravages de Tamerlan, l’Église de l’Orient recule dramatiquement. elle fut presque exterminée au XIVe siècle par les raids de Timur, ne survivant plus que dans certaines régions d’Irak, du Kurdistan, de Turquie et d’Iran.
Reste la question la plus délicate : le nestorianisme préfigure-t-il l’islam ?
Oui, mais seulement si l’on parle avec précision. Le nestorianisme ne nie pas la divinité du Christ comme le fait l’islam. Il ne nie pas la Croix. Il ne réduit pas Jésus à un prophète. L’Église de l’Orient, malgré les ambiguïtés christologiques qui lui furent reprochées, demeure une Église chrétienne confessant le Christ Sauveur. Le Coran, lui, refuse explicitement la crucifixion de Jésus dans la lecture musulmane classique, et présente Jésus comme le Messie, fils de Marie, messager d’Allah, non comme le Verbe incarné mort et ressuscité pour le salut du monde.
Mais il existe bien une parenté de climat. Le nestorianisme, ou du moins sa caricature, tend à séparer fortement l’homme Jésus et le Verbe divin. Il se méfie du titre Theotokos. Il rend plus difficile l’expression simple et lumineuse de la foi catholique : Dieu lui-même est né de Marie selon la chair. Or l’islam reprend précisément le refus de toute maternité divine, le refus de la filiation divine, le refus de l’Incarnation au sens fort. Il conserve Jésus, mais le décentre : Jésus n’est plus Dieu fait homme, il devient prophète exceptionnel ; Marie est honorée, mais non Mère de Dieu ; l’Évangile est reconnu, mais comme message altéré ; le Christ est sauvé de la Croix, mais l’humanité est privée du Crucifié.
C’est pourquoi on peut dire que certains christianismes orientaux hétérodoxes ont préparé le terrain mental de l’islam, non comme cause unique, mais comme atmosphère. L’islam surgit dans un Orient saturé de débats judéo-chrétiens, syriaques, araméens, apocalyptiques, anti-byzantins, antichalcédoniens. Les travaux historico-critiques contemporains replacent d’ailleurs de plus en plus le Coran dans l’Antiquité tardive, au croisement des judaïsmes, des christianismes orientaux, des cultures syriaques, araméennes et gréco-byzantines, plutôt que dans un désert religieux isolé.
En ce sens, le nestorianisme est moins « l’islam avant l’islam » qu’un des grands signes de la fragmentation chrétienne de l’Orient. Là où l’unité catholique confessait le Christ vrai Dieu et vrai homme dans l’unique personne du Verbe, les controverses orientales ont laissé circuler des images diminuées, séparées ou brouillées du Christ. L’islam naîtra plus tard comme une simplification radicale : un Dieu unique, un livre, une loi, un prophète, et un Jésus honoré mais découronné.
La tragédie est là. L’Orient avait reçu l’Évangile très tôt. Il l’avait porté jusqu’à la Chine. Il avait donné des moines, des théologiens, des missionnaires, des lettrés et des princesses. Mais parce que la confession du Christ s’y était divisée, parce que les empires avaient utilisé les querelles théologiques comme armes politiques, parce que les routes de la soie étaient aussi des routes d’exil doctrinal, le christianisme oriental a parfois préparé malgré lui le terrain d’une autre religion, qui allait reprendre des noms bibliques tout en refusant le cœur de la foi : l’Incarnation, la Croix, la Résurrection, l’Église.
Les princesses nestoriennes des steppes semblent alors appartenir à un monde englouti. Sorghaghtani, Doquz, Qutui : femmes de tente et de cour, chrétiennes au milieu des conquérants, mères ou épouses de souverains qui dominèrent des peuples musulmans, bouddhistes et chinois. Elles furent peut-être les dernières grandes silhouettes d’une possibilité perdue : celle d’une Asie chrétienne, non occidentale, enracinée dans le syriaque, traversant la Perse et la Mongolie jusqu’à la Chine. Un christianisme immense, fragile, imparfait, parfois hérétique, mais réel ; une lumière orientale qui, faute d’unité doctrinale et de force historique, s’est peu à peu retirée devant le croissant, les khans convertis et les empires de l’islam.
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Secret de confession : l’État devient une dictature religieuse
De Thomas Debesse :
Ce lundi 1er juin 2026 sera examinée à l’Assemblée Nationale une proposition de loi soumettant les ministres du culte aux obligations de signalement de certaines violences y compris quand celles-ci ont été entendues en confession. Il s’agit en pratique de contraindre le prêtre à lever le secret de confession.
De prime abord, nombreux adhéreront à ce principe avant de se rendre compte que cette obligation transforme l’État français en dictature religieuse, la pratique sacramentelle animée par la foi devenant alors un moyen légal d’extorsion d’aveu.
Il est raisonnable de considérer spontanément que toute personne ayant acquis la connaissance d’un fait grave doit rapporter cette connaissance aux autorités compétentes, y compris les autorités publiques, afin de permettre la protection des victimes, la réparation éventuelle du mal quand c’est possible, la mise hors d’état de nuire de ceux commettant des faits graves, la répression des crimes, la prévention de la récidive, etc.
Mais il ne faut pas faire abstraction du moyen utilisé pour obtenir cette information.
Ce qui est exprimé verbalement dans le sacrement de confession est exprimé par domination spirituelle. Je n’emploie pas ici le mot de « domination » négativement, je l’emploie de la même façon que l’on peut dire par exemple « en grandissant vers l’âge adulte, l’être humain apprend à dominer ses passions ».
Le devoir de confession est un devoir moral qui est uniquement contraint par une domination spirituelle à laquelle la personne humaine accepte de se soumettre. On distingue deux types de contritions : la contrition parfaite, par amour du Christ, et la contrition imparfaite, par peur de l’enfer.
Pour qu’une personne se contraigne à la confession par contrition parfaite, cette personne doit être convaincue préalablement que Jésus existe, qu’il est Dieu, le créateur de toute chose, qu’il s’est incarné, qu’il est mort et est ressuscité pour la sauver.
Pour qu’une personne se contraigne à la confession par contrition imparfaite, cette personne doit être convaincue qu’il existe une vie après la mort, que l’enfer existe et que c’est une souffrance éternelle, qu’elle mérite cette souffrance éternelle et que sa confession lui permet d’en être libérée.
Ce sont ces convictions produites par la foi et enseignées par une doctrine religieuse qui contraignent une personne à exprimer un aveu auprès d’un prêtre dans la confession.
Dès lors que l’État contraint la communication de l’aveu exprimé dans la confession, l’État utilise et requiert la domination spirituelle de cette foi pour obtenir cet aveu, comme moyen de collecte de renseignements et comme moyen de documentation dans ses enquêtes de police, comme moyen d’instruction des affaires judiciaires, et comme moyen de gouvernement des hommes, d’administration, et d’exercice du pouvoir politique.
L’État devient alors une dictature religieuse qui instrumentalise la pratique religieuse et la foi comme moyens d’extorsion d’information pour exécuter ses fonctions régaliennes.
Quand l’État contraint par la loi un prêtre à révéler un secret de confession, l’État recourt à l’autorité spirituelle de l’Église et à un système de croyance exclusivement religieux pour obtenir les aveux. Quand le prêtre est contraint par la loi à révéler à l’autorité publique les aveux qu’il entend en confession, l’État mobilise la discipline sacramentelle et la foi elle-même comme instruments d’obtention d’informations en vue de leur exploitation dans ses missions de police, de justice, et de gouvernement.
L’État devient alors une autorité centrale incontestable dans tous les aspects de la vie, y compris dans sa dimension spirituelle, exerçant alors une emprise mentale et religieuse sur les administrés. Si la proposition de loi est adoptée, l’État français se comportera comme une secte.
Face à cette dictature religieuse qui utilise ainsi la foi et la doctrine religieuse pour extorquer des aveux de la population, le refus de collaborer expose à toutes les mesures de rétorsion et châtiments que l’État pourrait imposer : ostracisation, amendes, perte d’emploi, travail forcé, exil, déportation, internement, mort.
De l’identité à la foi chrétienne
De Gérard Leclerc dans France catholique :
Décidément, le problème posé par le profil nouveau de beaucoup de candidats au baptême ne cesse de provoquer des interventions contraires. Récemment, un échange plutôt vif sur les réseaux sociaux avait au moins le mérite d’exposer clairement les positions en cause. L’un assène : « Le national-christianisme est un long et pénible blasphème continu. » L’autre réplique : « Le gaucho-christianisme est une longue agonie civilisationnelle… et spirituelle. »
Cet échange pour le moins « musclé » s’inspire au départ de la situation américaine, avec la mise en cause de Donald Trump et sa façon de bousculer tout un climat culturel. C’est donc que le débat dépasse nos frontières nationales et que nous nous trouvons face à un défi assez redoutable. Si la droite catholique américaine, présente aux côtés du président des États-Unis, notamment avec le vice-président J.D. Vance, se manifeste à l’encontre d’un progressisme solidement implanté dans le milieu universitaire, c’est en raison d’un climat idéologique caractérisé par le wokisme. C’est-à-dire la dévaluation et même la récusation de tout un héritage.
Éviter l’impasse
Que la réaction à l’encontre de ce climat pose des questions de pertinence ne fait pas de doute. Qu’elle soit marquée par une militance qui se réclame du christianisme constitue aussi un sujet de réflexion. Le seul nom de Charlie Kirk, assassiné en raison de ses convictions, en est un signe manifeste. Que cela provoque la polémique n’a rien pour nous étonner. Mais il serait dommage que les oppositions entre les uns et les autres débouchent sur une impasse, dans une totale incompréhension et l’hostilité telle qu’elle s’exprime dans l’échange que nous citions.
Le mieux est de revenir calmement sur les termes du débat, sans ignorer les arguments essentiels des deux bords. Ainsi il sera intéressant de prendre connaissance du livre du Père Benoist de Sinety qui paraît ces jours-ci sous le titre La cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne » (Grasset). On peut joindre au dossier la contribution du dernier numéro de la revue Communio, « Catholicisme et politique aux États-Unis ».
Compatibilité ou pas ?
Y a-t-il incompatibilité entre l’adhésion au Christ vécue dans la plénitude de l’Évangile et une certaine identité culturelle et civilisationnelle se réclamant du christianisme ?
Oui, si une telle identité s’affirme comme une idéologie et une pratique fermées aux vertus évangéliques et à l’action de la grâce dans les âmes.
Non, si la mystique chrétienne n’ignore pas les nécessités de l’Incarnation dans les réalités contemporaines, notamment dans le domaine décisif de la culture.
La découverte par une génération, désaffiliée par rapport à toute tradition, de la civilisation chrétienne peut être le préambule à une véritable conversion. Il est gravement préjudiciable de traiter par le mépris le cheminement de jeunes en quête d’identité. La mystique la plus profonde n’est nullement contraire à une telle démarche qu’elle éclaire et purifie. Encore faudrait-il revenir aussi sur la notion de civilisation qui est souvent le point aveugle des incompréhensions actuelles. L’histoire entière du christianisme ne saurait se séparer de cette inscription de la foi chrétienne dans l’espace et dans le temps.
Euthanasie : les enjeux cachés de ce projet de loi
Sur Radio courtoisie, Guillaume de Thieulloy recevait samedi
- Patrick Hetzel, ancien ministre de l’enseignement supérieur, député du Bas-Rhin
- Francis Jubert, philosophe, praticien des soins palliatifs à domicile, fondateur de la fondation de service politique
- Marie-Lys Pélissier, porte-parole de La Marche pour la vie
- Paul-Marie Coûteaux, ancien député français au Parlement européen
La part d’actes antichrétiens a augmenté entre 2015 et 2022
Le 28 mai, le ministère de l’Intérieur a publié un bilan national détaillé des actes antireligieux pour l’année 2025.
- La part d’actes antisémites est en nette augmentation depuis 2023. Ils représentent désormais plus de la moitié des actes antireligieux (environ 53 %) en raison de la hausse de +203 % des actes antisémites entre 2022 et 2025.
- La part d’actes antichrétiens a augmenté entre 2015 et 2022, période pendant laquelle ils représentent la majorité des actes antireligieux (environ 57 %). La baisse de la part des actes antichrétiens depuis 2022 dans le total des actes antireligieux s’explique par la forte hausse des actes antisémites et, dans une moindre mesure, celle des actes antimusulmans ;
- La part d’actes antimusulmans est relativement stable depuis 2010, avec un pic observé en 2015 (+223 % par rapport à 2014) dans le contexte des attentats terroristes de Paris.


Emeutes et violences
Un mort, 780 interpellations et 57 fonctionnaires de police et de gendarmerie ont été blessés à Paris et dans une soixantaine de communes en France, à l’occasion du sacre du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, samedi 30 mai.
Mais le ministère de l’Intérieur préfère communiquer sur les infractions anti-LGBTQXYZ :
En 2025, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales ont progressé de 2 % sur un an, après avoir augmenté en moyenne de 13 % par an sur la période 2016-2024. 64 % de ces 4 900 infractions sont des crimes ou des délits et sont en hausse de 4 % sur un an. Les contraventions représentent 36 % des infractions et sont en baisse de 3 % sur un an.
Terres de mission : pluie de grâces malgré la canicule
Eglise universelle: Rencontre avec l’Eglise cubaine
Martin Dousse a réalisé un reportage sur l’Eglise à Cuba en y accompagnant la Communauté des Missionnaires Serviteurs des Pauvres. De 1961 à 1998 une persécution violente a frappé l’Eglise, à la suite de la prise de pouvoir par Fidel Castro en 1959. Depuis la visite du pape Jean-Paul II en 1998, l’Eglise renaît dans un contexte politique et social très difficile.
Eglise en France: Les Français et l’école
Directeur Général de la Fondation Pour l’Ecole, Michel Valadier présente le colloque qui a eu lieu le 4 mai dernier au Sénat sur le thème: Les Français et l’école. Il présente, en particulier les résultats d’un sondage mené par l’Ifop et présenté par Jérôme Fourquet, Directeur du département “Opinions” de l’IFOP. De salutaires contats et réflexions à un an de l’élection présidentielle.
Eglise en Marche: 30 000 pèlerins de la Pentecôte
Le 44 éme pèlerinage de chrétienté a été marqué par un nouvel afflux de pèlerins: 20 000 de Paris à Chartres. Philippe Darantière, Président de l’association Notre-Dame de Chrétienté nous présente les enjeux logistiques, spirituels et ecclésiaux d’un tel événement. Il commente en particulier un sondage fait auprés de 4 000 pélerins: ce qu’ils sont, ce qu’ils pratiquent, ce qu’ils croient.
DEX AIE le pélé normand de tradition : les âmes du purgatoire à Montligeon les 3 & 4 octobre
Le grand pèlerinage de Normandie est lancé pour sa seconde édition.
Cette année, nos pas nous conduiront vers le Sanctuaire International de Montligeon, haut lieu de prière et d’espérance pour les âmes du purgatoire.
N’hésitez pas à nous rejoindre nombreux : enfant, parents, grands-parents et en parler autour de vous.
Au programme : 42 km de marche, veillée et adoration, banquet normand, messe selon le rite tridentin le samedi et le dimanche (dans la basilique de Montligeon).
Saint-Michel l’Archange, Consolateur des âmes du purgatoire, priez pour nous !
DEX AIE
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Conflit à Marjayoun au Sud Liban
Communiqué de l’Eouvre d’Orient :
Dans le conflit qui l’oppose à l’armée israélienne, plusieurs roquettes lancées par le Hezbollah sont tombées la nuit dernière dans le village à majorité chrétienne de Marjayoun au Sud-Liban, causant des dégâts sur l’école des sœurs des St Cœurs et sur l’église grecque-orthodoxe St Georges, classée au patrimoine historique libanais.
L’Œuvre d’Orient, qui soutient cet établissement scolaire et les habitants de cette localité, condamne fermement ces actes de guerre qui menacent les populations civiles, endommagent leur lieux de vie et de culte qui poussent les populations restées sur place à l’exode.
À l’instar des habitants vivant sur place, l’Œuvre d’Orient demande le retour à la paix et le droit des populations locales à rester sur leurs terres.
