Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort.
L’ancien converti de Chartres, devenu orthodoxe, Rod Dreher, est visiblement ému par le voyage du pape en France :
Vous, chers lecteurs fidèles, savez combien j’aime la France. Et vous savez probablement depuis combien d’années je prie pour que ce pays bien-aimé mais souffrant revienne à son baptême. Vous pouvez donc imaginer pourquoi je suis resté allongé ici, tôt le matin, dans mon lit d’hôtel à Chicago, ville natale du pape Léon XIV, à regarder encore et encore ces vidéos du pèlerinage du pape en France, en pleurant à chaudes larmes et en répétant sans cesse : « Merci, Seigneur, merci ! »
Les vidéos ont été incroyables, tout simplement incroyables. Voici le pape américain parlant au nom de ce chrétien orthodoxe américain alors qu’il pleure devant une statue de la Madone et de son Enfant devant la cathédrale Notre-Dame, que l’Ennemi a tenté de brûler sans y parvenir, chantant avec la foule rassemblée l’hymne catholique médiéval « Salve Regina », qui fut mis sur cet air à l’abbaye de Cluny au XIIe siècle. […]
C’est dans cette cathédrale, le 10 novembre 1793, que les révolutionnaires blasphémateurs ont démonté l’autel et intronisé la « Déesse Raison ». Où est la Déesse Raison ? Où sont les révolutionnaires ? Morts, et morts. Aujourd’hui, l’autel a été restauré, Dieu y est adoré, et s’y dresse la Mère de Dieu, dorée et rayonnante de la gloire de son Fils, tandis que le pape en pleurs et la foule rassemblée chantent ses louanges et la supplient de les conduire à Jésus.
Plus tard, au Stade de France, Léon a dirigé une veillée de prière réunissant 80 000 jeunes catholiques français. Les Français ont présenté un spectacle célébrant l’histoire de la foi en France, mettant en vedette ses saints et ses martyrs. (Comme j’aurais aimé qu’ils incluent le père Jacques Hamel, massacré par des islamistes alors qu’il célébrait la messe dans sa petite paroisse de campagne il y a quelques années ; j’ai dédié la version française de The Benedict Option à sa mémoire).
Le fait est : les Français sont un peuple, un peuple avec une histoire, et cette histoire comprend de grandes et saintes actions de chrétiens. L’histoire de la France est l’histoire de la foi chrétienne en France, et des hommes et femmes saints qui en ont fait partie. Quand j’ai vu les vidéos de cette veillée de prière, je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir d’avoir été l’année dernière avec les 20 000 jeunes pèlerins en route pour Chartres. […]
La place de la Concorde est la grande place où les révolutionnaires ont exécuté le Roi, et tant d’autres qui s’opposaient à eux. Où est Robespierre aujourd’hui ? Mort. Où est Danton ? Mort. Où est toute cette racaille ? Mort, mort, et mort. La foi vit, là même sur la terre où ces hommes audacieux pensaient l’avoir tuée, ainsi que tout ce qui s’y rapportait. Jésus est vivant !
Quand le Pape a ouvert la prière du Gloria, chantée en latin, j’ai été surpris de découvrir que je la connaissais encore en latin. J’ai prié avec eux. Oui, je suis orthodoxe, et fermement, mais je suis si, si reconnaissant pour ce que Dieu m’a donné en tant que chrétien dans l’Église catholique. Vous savez tous bien que je dis depuis des années que l’Église catholique, malheureusement séparée de l’Église orientale par les péchés des hommes chrétiens, catholiques comme orthodoxes, dans les siècles passés, est au cœur de la civilisation occidentale. L’avenir de l’Occident dépend de la santé de l’Église catholique — non seulement de l’Église catholique, mais de l’Église catholique plus que toute autre institution.
Aujourd’hui à Paris est, pour cet orthodoxe chrétien, un signe d’espoir pour ma propre civilisation. Ici, à la Touchstone Conference ces deux derniers jours, j’ai entendu des chrétiens orthodoxes et catholiques parler de la façon dont leurs paroisses débordent de jeunes hommes et femmes, cherchant le Christ (peut-être que cela arrive aussi parmi les églises protestantes, mais je n’ai tout simplement pas entendu les gens en parler). Un universitaire catholique a déclaré que le centre étudiant catholique a repris vie une fois que l’évêque a retiré l’ordre religieux libéral ancien et épuisé qui gérait son déclin, et a rendu le contrôle au diocèse. Maintenant, les jeunes gens cherchant le Christ remplissent l’endroit. […]
Mes lecteurs chrétiens, protestants et orthodoxes, célébrons aujourd’hui avec nos frères et sœurs catholiques, et puisons de l’espoir dans ce que le Seigneur accomplit là-bas, sur la terre de Saint Denis, Sainte Geneviève, Sainte Jeanne d’Arc, les Carmélites de Compiègne et tous les saints, ceux connus de l’histoire et ceux connus de Dieu seul. N’ayez pas peur : Dieu est vivant, et Il nous appelle — vous et moi — par notre nom.
Les temps sont mauvais, mais la foi n’est pas encore finie dans les pays d’Occident. Voyez l’espoir dans les rues de Paris aujourd’hui, prenez-le à cœur, et allez faire des disciples dans le monde, en commençant par vous-même.
Merci, Seigneur, je prie à travers des larmes de joie ce matin. Merci.
Crépol : le racisme anti-blanc sera bien jugé
Communiqué de Yann BALY, Président de l’AGRIF :
L’information vient de tomber : le juge d’instruction retient la quailification de racisme anti-blanc et anti-français dans l’Ordonnance de mise en accusation des 11 mis en cause.
Pour le magistrat instructeur, les faits du 19 novembre 2023 à Crépol, qui ont coûté la vie à Thomas Perroto, seront jugés avec la circonstance aggravante de racisme contre la « race blanche et la nation française ».
C’est un désaveu fracassant de la position du Parquet. Le ministère public n’ayant eu de cesse de vouloir nier l’évidence et exclure le racisme anti-blanc du dossier.
C’est, en revanche, une grande victoire pour l’AGRIF. Le travail de notre avocat, Me Jérôme Triomphe, a été décisif pour que la justice soit rendue sur la réalité des faits et la vérité.
Nous pensons aux victimes et à leurs familles dont la parole est enfin entendue.
Du pied de la guillotine, Léon XIV invite la France à se reconstruire sur ses racines de foi
C’est le titre d’un article d’un journal catholique espagnol, dans lequel on peut lire :
[…] Dans la chapelle Saint-Joseph-des-Carmes, le pontife adressa un bref salut improvisé et pria en silence. Il suivit ensuite le Chemin des Martyrs, qui commémore les prêtres et les évêques tués à cet endroit le 2 septembre 1792, lors des massacres de septembre de la Révolution française, et béatifiés en 1926. Le pape s’arrêta pour prier à l’endroit même où ils périrent. […]
À 15 h, le pape a célébré la messe sur la place de la Concorde. […] Ce lieu est chargé de souvenirs. La guillotine y fut installée pendant la Révolution, et plus de mille personnes y furent exécutées, dont le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette.
L’homélie s’articulait autour de l’Évangile du jour : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7,37), et de la vision d’Ézéchiel de l’eau jaillissant du Temple. « Le désir de Dieu habite au plus profond de nos cœurs », a-t-il affirmé, et c’est avant tout « une soif de sens, de vérité et de plénitude » à laquelle seul le Christ répond.
Léon XIV a décrit le vide qui ressurgit lorsqu’on croit avoir atteint ses objectifs et qu’on tente de le combler par de nouveaux plaisirs et possessions. Il les a invités à examiner où ils cherchent à étancher cette soif : dans les biens matériels et « ces nombreuses petites idoles qui promettent monts et merveilles, mais laissent nos cœurs vides ». « Par le baptême, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? » a-t-il demandé aux fidèles. Pour le Bon Pasteur, a-t-il souligné, personne n’est « un numéro de série, mais une personne, une personne unique et irremplaçable ».
S’adressant aux Français comme « héritiers d’une longue et belle histoire de sainteté », il les encouragea à « bâtir une nation renouvelée sur ses racines, nourrie par la foi », et à ne plus garder leur foi pour eux. Il rappela les martyrs Blandine, Pothin et Irénée, Martin de Tours et François de Sales, Vincent de Paul, Frédéric Ozanam et Jeanne Jugan, ainsi que tous ceux qui, aujourd’hui encore, sont engagés « pour la vie, la famille, la vérité, la paix, la fraternité et la justice ». Il parla des familles qui « persévèrent courageusement dans leur mission », des jeunes, de « l’Église d’aujourd’hui », et de nouveau des catéchumènes et des néophytes, avant de confier le pays à la Vierge Marie afin que « les germes de foi, d’espérance et de charité » puissent s’épanouir dans toute la France.
L’avion du pape atterrit à l’aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées peu après 19h, au son des cloches de la ville. Il fut accueilli par Jean-Marc Micas , évêque de Tarbes et Lourdes. Avant d’arriver au sanctuaire, Léon XIV salua le maire, Thierry Lavit , et inaugura une statue sur un pont enjambant le Gave, rebaptisé « Pont Léon XIV » pour l’occasion. Il termina son trajet en papamobile, au milieu de milliers de fidèles chantant l’Ave Maria.
Le tumulte se tut lorsque le pape s’agenouilla devant la grotte. Il pria en silence, toucha la roche, but de l’eau de la source et alluma un cierge, comme tout pèlerin. Puis il récita une prière à Notre-Dame de Lourdes : « Nous vous supplions, Notre-Dame, pour la France, dont vous êtes la Patronne et que vous avez entourée de votre protection pendant tant de siècles. Obtenez pour son peuple le don de la concorde fraternelle », pria-t-il, demandant une société qui bannisse « toute violence et toute haine » et permette à chacun « de travailler, de fonder une famille et de vivre sa vie jusqu’à la fin dans la paix et la sérénité ».
Le Pape a prié pour que la France ait des dirigeants « sages et généreux, prêts au sacrifice », qui maintiennent la paix dans le pays et défendent les droits fondamentaux de l’homme, « rejetant à jamais la logique de la guerre ». Il a demandé à la Vierge Marie de raviver la foi des familles chrétiennes, afin qu’elles soient « généreusement ouvertes à la vie » et que Dieu suscite en elles « des vocations, notamment au sacerdoce et à la vie religieuse ». Il a également prié pour les malades et ceux qui les soignent, et a conclu en demandant à Marie d’écarter « tous les obstacles qui nous séparent encore de ton Fils bien-aimé », et qu’il « règne dans tous les cœurs ».
Léon XIV souhaite que la voix de l’Église porte dans le débat public
Lors de son discours aux évêques, tous en soutane dans l’hémicycle où se tiennent habituellement leurs assemblées plénières, le pape a rappelé que «la fille aînée de l’Église» fut surnommée «Royaume de Marie».
Le Souverain pontife a abordé les «défis immenses de notre époque»: un «régime de laïcité bien particulier», l’éducation catholique et la soif de sens de la jeunesse, le «douloureux fléau des abus», «l’unité» dans l’Église et le «triste recul des vocations à la vie consacrée». Encourageant les évêques français à demeurer de bons pasteurs et à «faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires», Léon XIV souhaite leur «transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance» qui l’habitent, afin que le peuple de Dieu poursuive «avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.»
«Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur.»
«L’Église a assisté et contribué à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France; elle possède, par nature, une autorité prophétique.»
«Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission».
Léon XIV incite «à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.»
«Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples: «En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire!» (Jn 15, 5).»
Concernant la remise en question du «caractère propre» de l’enseignement catholique, tout en saluant l’ouverture des établissements d’enseignement catholique «à ceux qui ne partagent pas notre foi» ainsi que «l’accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun», gage d’une «grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même», le Saint-Père a insisté :
«l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions: spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.»
Le Successeur de Pierre a fait comprendre que «le clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ». Aussi a-t-il ajouté, «le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.»
L’unité est un autre défi suscitant inquiétude pour l’avenir. C’est également un thème cher au Pape qui en a fait sa devise.
«Permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père: « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage.»
Les tensions ont toujours existé dans l’histoire de l’Église:
«quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, «principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion».
Sénat : le RN parvient à créer un groupe
Dimanche 27 septembre, 178 sièges de sénateurs étaient remis en jeu dans 64 circonscriptions. Le RN aurait 14 sénateurs, ce qui lui permet de créer un groupe RN/UDR du Sénat, puisqu’il faut 10 élus pour former un groupe. Le député et vice-président du RN, Edwige Diaz, a été élu en Gironde.
Dans les Bouches du Rhône, le sénateur sortant Stéphane Ravier, figure historique du mouvement à Marseille mais parti sans investiture après avoir quitté le RN puis Reconquête, a été battu par Marie-Pierre Callet, ancienne cinquième vice-présidente LR du département passé au RN. Sa liste décroche même un second siège, pour Fabien Bravi.
La droite et le centre droit conservent la nette majorité dont ils disposent depuis 2014, avec les groupes Les Républicains et Union centriste.
La France insoumise fait son entrée dans la chambre haute pour la première fois.
Gérard Larcher devrait demeurer président du Sénat. Premier groupe au Sénat, Les Républicains disposaient de 131 sièges, dont 77 étaient remis en jeu lors de ce scrutin. Ils enregistrent plusieurs pertes, notamment en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec la percée de l’Union des droites pour la République, le parti d’Eric Ciotti. Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques, a évoqué un groupe LR « aux alentours de 125 » élus après ce scrutin. Plusieurs cadres de la majorité sénatoriale ont été réélus, comme Bruno Retailleau, candidat LR à l’élection présidentielle, en Vendée, ou Mathieu Darnaud, président du groupe LR au Sénat, en Ardèche.
Le Parti socialiste (64 sièges avant le scrutin) a perdu quelques élus, dans la Creuse par exemple, mais a obtenu quelques gains, dans le Doubs et l’Hérault notamment. Quant aux Ecologistes (16 sièges), ils ont perdu un siège en Gironde et en Alsace.
Prière du chapelet et procession aux flambeaux avec Léon XIV : le soutien et l’intercession de Marie ne sont pas accessoires au chrétien
Paroles du pape prononcées à l’issue du chapelet :
Nous sommes rassemblés ce soir pour répondre à la demande que Notre-Dame adressa aux prêtres par l’intermédiaire de sainte Bernadette : « Que l’on vienne ici en procession ». Combien il est émouvant de voir le peuple fidèle, de génération en génération, répondre avec amour et confiance à la tendre invitation de la Vierge Marie. Combien il est consolant d’entendre les chrétiens chanter des cantiques remplis de ferveur et de foi, et marcher, une lumière à la main, vers leur Mère du Ciel, la Mère que Jésus nous a donnée sur la Croix. Je rends grâce au Seigneur de pouvoir, à mon tour, répondre ce soir à l’appel de notre Mère en me faisant pèlerin parmi les pèlerins.
Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais alors même que nous pérégrinons en cette vie, souvent traversée d’épreuves mais déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu, aimés et sauvés par Jésus. Les personnes malades sont les témoins privilégiés de cette transfiguration de l’existence par la foi, et par l’amour de Dieu et du prochain. Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. Comme le disait le Pape Pie XII, « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie » (Lett. enc. Le pèlerinage de Lourdes ; 2 juillet 1957).
Et si un tel miracle est possible – celui de susciter la sérénité et la joie dans l’épreuve – c’est parce que Dieu nous donne la grâce de percevoir la présence du Christ ressuscité parmi nous. Il nous donne de porter le regard vers un avenir plus lointain, au-delà de notre horizon terrestre, un avenir de bonheur infini en Dieu, que nous sommes assurés d’atteindre si nous tenons fermes dans la foi et la charité. Pour cela, saint Paul nous encourage : « Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous » (Rm 8, 18). Gardez sans cesse en mémoire ces paroles en or, chers malades : Il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui sera révélée en nous.
Nous sommes donc appelés à persévérer dans notre marche, encore et encore, tant que nous sont accordés les jours de notre vie en ce monde, où Marie nous précède. Et nous accourrons avec confiance vers Elle, dont la Conception sans péché resplendit comme un phare dans la nuit. « Elle est le signe de la victoire de l’amour, du bien et de Dieu, donnant à notre monde l’espérance dont il a besoin. Ce soir, tournons notre regard vers Marie, si glorieuse et si humaine, et laissons-la nous conduire vers Dieu qui est vainqueur » (Benoît XVI, Discours lors de la Procession aux flambeaux, 13 septembre 2008).
« Je suis l’Immaculée Conception » ! C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolument unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; Il en a fait une nouvelle Ève sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous.
Voilà pourquoi son soutien et son intercession ne sont pas accessoires au chrétien qui veut accueillir la grâce de la Rédemption obtenue par le sang de Jésus, et lutter contre le mal. Elle est l’étoile de la mer – Stella maris – qui nous secourt dans les tribulations comme l’a si bien exprimé saint Bernard :
« Ô toi qui te sens, loin de la terre ferme, emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. […] Si tu la suis, tu ne dévies pas ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but ». (Saint Bernard, Deuxième homélie Super Missus est, n. 17).
Alors, chers frères et sœurs, pèlerins et malades, qui êtes venus de France comme du monde entier faire cette procession de lumière, fervente et sereine, portons nos intentions les plus chères et les plus pressantes, et présentons-les à Notre-Dame. En la contemplant dans son Immaculée Conception, une joie et une invincible espérance montent dans nos cœurs : car, revêtue du soleil, la lune sous les pieds et couronnée d’étoiles, elle est glorieuse, elle est puissante ; et, en même temps, elle est humble, toute proche de nous. Elle est la mère de Jésus, elle est notre mère.
Ô Vierge Immaculée, que cette lumière que nous tenons ce soir ne s’éteigne jamais dans nos vies, mais qu’elle illumine l’avenir, nous ouvrant dès aujourd’hui aux promesses de la vie éternelle.
Rencontre de Léon XIV avec les personnes malades : « aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité »
Chers frères et sœurs,
Chers amis malades,
c’est une grande joie pour moi de passer ce temps avec vous, ici à Lourdes où, depuis plus de cent cinquante ans, des pèlerins du monde entier viennent confier à Jésus par Marie leurs souffrances, physiques, psychologiques ou spirituelles. Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée.
Cette année, le thème du Sanctuaire reprend la salutation de l’ange Gabriel à Marie : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Il met en lumière cet admirable échange entre deux regards, celui du messager du Seigneur et celui de Marie. Dans ce face-à-face, l’humilité et la générosité d’une jeune fille permet à Dieu d’accomplir son œuvre de salut. Marie ne garde pas le Seigneur pour elle, mais l’offre au monde en disant à chacun de nous : « Le Seigneur est avec toi ». Cette vérité fonde notre dignité de personne. Et ici, Marie regarde chacun de nous comme une personne unique, ainsi qu’en témoigne sainte Bernadette lors des apparitions de la grotte. Ce regard maternel nous redit que personne n’est invisible aux yeux de Dieu.
À l’heure où certaines sociétés tendent à détourner leurs regards et à fermer les yeux sur la dignité de la vie humaine, « il est urgent d’entretenir en nous et chez les autres, un regard contemplatif. […] C’est le regard de celui qui voit la vie dans sa profondeur, en saisit les dimensions de gratuité, de beauté, d’appel à la liberté et à la responsabilité. C’est le regard de celui qui ne prétend pas se faire le maître de la réalité, mais qui l’accueille comme un don, découvrant en toute chose le reflet du Créateur et en toute personne son image vivante (cf. Gn 1, 27; Ps 8, 6). Ce regard […] est disposé à percevoir dans le visage de toute personne une invitation à la rencontre, au dialogue, à la solidarité », pour que le monde ait la vie (S. Jean Paul II, Lett. enc. Evangelium Vitae, n. 83).
Dans le dialogue de l’Annonciation, alors que le Seigneur pose sur elle son regard, Marie découvre qu’elle est l’élue de Dieu. Mais au cœur de cette rencontre, c’est chacun de nous qui se découvre personnellement appelé et profondément destiné à l’amour de Dieu qui est source de vie. La personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe et a pour fin l’éternité. Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas.
Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.
Ici, à Lourdes, cité des malades et de l’espérance, j’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! Personne n’a le droit, jamais, « sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! » (Discours aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune, 22 juin 2026).
En ce sens, je vous invite d’une part à développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche ; d’autre part à accompagner avec tendresse les malades, comme ici à Lourdes où médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales des malades, et tant d’autres encore exercent leur vocation au service de la dignité de la personne humaine, pour que le monde ait la vie. En soignant les corps, vous pansez aussi les âmes.
À vous chers membres des hospitalités, mais aussi à vous personnels de santé qui vous dévouez au service de vos frères et sœurs j’exprime toute ma gratitude.
Chers frères et sœurs malades, je tiens à vous dire : vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. Je porte dans la prière les épreuves que vous traversez. Ma pensée rejoint tous ceux qui ne peuvent être là et qui, de leur domicile ou de leur chambre d’hôpital, sont unis à notre rencontre. Je vous confie tous à l’amour maternel de la Mère du Seigneur, en lui demandant de vous obtenir les consolations de son Fils Jésus. Que Dieu vous bénisse et vous protège !
Le pape aux évêques : l’unité n’est pas une plate uniformité
Discours du pape aux évêques :
Éminence,
Excellences,
Je suis heureux de vous rencontrer, chers frères dans l’Épiscopat, en ce lieu béni du Ciel, à deux pas de la grotte où la Vierge Marie est apparue à sainte Bernadette, et où vous vous réunissez régulièrement pour vos Assemblées plénières. Vous manifestez clairement par ce choix votre volonté de mettre l’Église en France sous la protection de la Mère de Dieu, la Vierge Immaculée, pour la conduire plus sûrement selon la volonté du Seigneur. Il n’y a pas de meilleur moyen, en effet, pour aller à Jésus, que de passer par Marie. Tout en elle nous porte vers son Fils.
Vous perpétuez en cela l’héritage que vous avez reçu de vos pères dans la foi, aussi loin que remonte l’évangélisation de votre pays. Le culte de la Mère de Dieu s’y enracina si profondément que la France fut très tôt appelée le « Royaume de Marie » (Pie XI, Lett. Ap. Galliam, Ecclesiae filiam primogenitam, 2 mars 1922). Ce lien privilégié entre votre Nation et la Sainte Vierge s’exprima de manière singulière lorsque la France lui fut solennellement consacrée, le 10 février 1638, comme j’ai pu en voir avant-hier une belle représentation dans la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Et mon Prédécesseur Pie XI, en référence à ce vœu, déclara Notre-Dame de l’AssomptionPatronne de la France (cf. Ibid).
Ce long cheminement de confiance et de tendresse avec Marie, marqué par tant de dévotions et de lieux qui portent son nom, tant de supplications exaucées – souvent dans les larmes –, de sanctuaires et de pèlerinages, de cathédrales, se poursuit contre vents et marées, et témoigne de la foi vivante du peuple de Dieu qui vous est confié. Face aux défis immenses de notre époque, je vous exhorte, chers frères, à faire preuve de courage, d’audace et de créativité missionnaires. Ne vous laissez pas décourager par les erreurs, les incohérences ou même les chutes qui ont jalonné l’histoire de ce peuple en marche. Ayez toujours le courage de reconnaître les fautes dans l’amour de la Vérité, et la détermination à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur qui connaît ses brebis et les appelle chacune par leur nom. Levez-vous donc avec espérance, et ne vous lassez par d’annoncer l’Évangile !
L’histoire de l’Église en France est riche, immensément riche. Elle est belle et féconde ; et il est important de s’y référer pour construire l’avenir de vos communautés, comme celui de votre pays. L’Église a assisté, contribué même, à la lente édification de votre Nation, elle fait largement partie aujourd’hui encore de sa culture, de son identité et de sa vocation pour le monde. C’est pourquoi la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique. Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire ; n’en doutez pas ! Je connais votre détermination et votre courage – vous l’avez bien montré lors des récents débats sur la fin de vie –, et je vous invite à la persévérance, avec toutes les personnes de bonne volonté qui défendent les mêmes valeurs.
Vous vivez actuellement sous un régime de laïcité bien particulier, issu d’une histoire mouvementée, aujourd’hui apaisée, mais qui doit permettre à l’Église d’accomplir sa mission. Que l’équilibre laborieusement obtenu soit peu à peu remis en cause, comme cela se produit ailleurs dans le monde occidental, ne doit pas vous résigner. Je vous invite à faire preuve de vigilance pour défendre la liberté et les droits de l’Église à évangéliser, à éduquer à la vraie liberté et à pratiquer publiquement le culte, afin que, de manière visible, la charité puisse être exercée au nom de Jésus-Christ.
Le Pape François vous écrivait à l’occasion de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris : « J’invite tous les baptisés qui entreront avec joie dans cette Cathédrale à ressentir une légitime fierté, et à se réapproprier leur héritage de foi. […] Cette demeure, que notre Père du Ciel habite, est vôtre ; vous en êtes les pierres vivantes. Ceux qui vous ont précédés dans la foi l’ont édifiée pour vous » (Message à l’occasion de la réouverture de Notre-Dame de Paris, 21 novembre 2024). Encourager les baptisés à se “réapproprier leur héritage de foi” fait aujourd’hui partie de votre mission de pasteurs en vue d’un renouveau de l’Église en France.
Ce qui vous a été donné par le Seigneur, à vous catholiques de France, Fille aînée de l’Église, a en effet bien de quoi susciter l’action de grâce : cortège ininterrompu de sainteté jusqu’à nos jours ; fleurissement des arts, des lettres et des sciences sous l’impulsion de la foi et l’action de l’Esprit Saint ; mûrissement irréversible de la conscience de la valeur inaliénable de la personne humaine, de sa dignité et de la nécessité de protéger ses droits et libertés ; sans oublier ce formidable élan missionnaire qui a porté du fruit jusqu’aux extrémités du monde. Oui, Jésus vous a beaucoup donné… et Il veut, dans son amour, vous donner encore…
C’est pourquoi, en scrutant l’avenir, le Pape François ajoutait à ses paroles déjà citées : « Puisse la renaissance de cette admirable cathédrale Notre-Dame de Paris constituer un signe prophétique du renouveau de l’Église en France » (ibid.). Je crois moi aussi que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. Le message de paix qui prend sa source en Jésus est d’autant plus attendu que l’on constate, en France comme ailleurs en Occident, une inquiétante polarisation, un recul de la fraternité, de la cordialité et de la qualité de la vie en société, ainsi qu’une recrudescence des violences, des inégalités et des pauvretés. Face à de tels défis, la désillusion et la désorientation succèdent aux promesses mensongères d’un monde dont Dieu serait absent, relégué à la vie privée, où le secours de sa grâce serait considéré comme inutile à la construction de la Cité. Or, Jésus a clairement averti ses disciples : « En dehors de Moi, vous ne pourrez rien faire ! » (Jn 15, 5).
La jeunesse en particulier nourrit de grandes aspirations. Inquiète du monde qui lui est laissé, soucieuse de l’avenir, elle est prête à œuvrer courageusement et avec générosité à tout ce qui est beau, vrai et bon. Montrez-lui la voie de l’Évangile, la seule direction sûre – quand bien même elle est exigeante –, qui a déjà porté tant de fruits sur cette terre de France. Nous avons évoqué hier à Paris le signe encourageant du catéchuménat qui touche majoritairement les jeunes adultes. C’est une grâce et une joie pour tout le peuple de Dieu. Il est important que vous preniez soin d’accompagner cette grâce en particulier par l’accueil, dans des communautés vivantes qui pratiquent la charité et vivent la solidarité ; et par un enseignement doctrinal solide enraciné dans la Parole de Dieu qui leur permette d’affronter les objections et les doutes.
Pour opérer ce renouveau de l’espérance, dans un nouvel élan missionnaire en France que j’appelle de mes vœux, il n’y a qu’une “feuille de route”, toujours la même : faire connaître et aimer Jésus-Christ, authentiquement, avec passion, encore et encore…
Dans le contexte actuel, vous êtes confrontés à certains défis majeurs. Celui de l’éducation est de première importance. Il est très louable que vos Assemblées approfondissent le sujet. L’éducation est une mission particulièrement vaste qui touche à de multiples secteurs de la vie. Je voudrais simplement évoquer celui de l’enseignement catholique, dont le “caractère propre” se trouve ces temps-ci remis en question. Il est heureux que les établissements d’enseignement catholique soient largement ouverts à ceux qui ne partagent pas notre foi. Cet accueil généreux et respectueux de la liberté de conscience de chacun est prometteur d’une grande fécondité pour tous, pour la société et pour l’Église elle-même. Pour autant, l’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.
Ces dernières années, vous avez affronté avec détermination le douloureux fléau des abus sur des personnes mineures commis par des membres du clergé ou dans le contexte ecclésial. Vous avez pris de courageuses dispositions pour y répondre, à travers l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement déterminé en faveur d’une culture de la prévention et de la protection contre ces crimes. Je vous remercie pour ce que vous avez fait, et je sais que certains moments ont été très difficiles pour votre Conférence. Il convient de poursuivre dans la voie engagée en maintenant la plus grande vigilance. En même temps, votre clergé a besoin d’être soutenu et encouragé ; je sais qu’il fait l’objet de votre sollicitude paternelle. Pour que naissent les vocations sacerdotales, le prêtre doit être attendu, reçu, aimé et son identité – configurée au Christ – doit être claire et bien comprise au sein du Peuple de Dieu, pour la joie de l’Évangile et le service de sa mission.
Il me tient à cœur de mentionner également le triste recul des vocations à la vie consacrée, en particulier dans la vie contemplative. J’ai appris avec douleur la fermeture, récente ou prochaine, d’anciennes et prestigieuses Communautés monastiques qui ont eu un grand rayonnement dans l’histoire. Engager sa vie à la suite de Jésus sur une voie aussi étroite suppose, outre l’œuvre de la grâce, une particulière générosité, un solide enracinement de la foi, une vie intérieure soutenue, une proximité privilégiée avec Lui.
De telles conditions se rencontrent le plus souvent dans les familles chrétiennes qui méritent la plus grande attention, et le plus grand soutien. L’approfondissement et l’enracinement de la vie de foi au sein des familles est certainement une clé qui permettra de résoudre bon nombre de crises que connaissent l’Église et nos sociétés. C’est au sein des familles, en effet, que s’apprennent la vie en commun, le respect de l’autre, l’acceptation de la diversité, le soutien réciproque, la générosité, la gratuité du don de soi et l’esprit de sacrifice. Peut-être est-ce là le défi majeur à relever : Que Jésus vive pleinement dans les familles catholiques de France et les illumine de sa présence !
À ces enjeux s’ajoute un autre défi qui peut susciter une certaine inquiétude pour l’avenir : celui de l’unité. À cet égard, permettez-moi de rappeler combien il est essentiel que les disciples de Jésus se retrouvent dans la charité comme Il l’a demandé à son Père : « Qu’ils soient Un pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). L’Église en France est un petit troupeau qui doit rassembler ses forces pour la mission. Les divisions idéologiques rendraient vain son témoignage. Il y a toujours eu des tensions dans l’histoire de l’Église mais, quand elles se manifestent, c’est alors que nous pouvons apprécier mieux encore le don de l’unité. Celle-ci n’est pas une plate uniformité mais permet que toute sensibilité authentiquement catholique converge naturellement dans une profession de foi commune, moyennant l’obéissance aux pasteurs légitimes, et en particulier au Successeur de Pierre, « principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de la foi et de communion » (LG, n. 18). Il s’agit d’une unité dynamique qui se nourrit de la Tradition de l’Église – des Pères jusqu’au Concile Vatican II –, et du Magistère postconciliaire. Par ailleurs, elle s’enrichit dans le dialogue réciproque, partant de la foi, selon un style synodal que nous cherchons à approfondir ces derniers temps.
Chers frères ! L’Église en France est précieuse au cœur du Pape ! Combien je voudrais vous transmettre les sentiments d’enthousiasme et d’espérance qui m’habitent lorsque je pense à vous ! Le Peuple de Dieu qui est en France – j’en suis sûr ! –, riche de communautés vivantes, fraternelles et ouvertes sur le monde, riche d’une jeunesse ardente et engagée dans de multiples initiatives, riche aussi d’un héritage qui le porte mais qui aussi l’oblige, poursuivra avec ardeur sa mission d’annoncer et de faire aimer Jésus-Christ, pour que le monde ait la vie.
En confiant votre Assemblée, vos Communautés diocésaines et votre pays à la protection maternelle de Notre-Dame de Lourdes, je vous donne avec joie la Bénédiction apostolique. Merci.
Messe du pape à Lourdes : La Vierge nous demande de faire pénitence
Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !
Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.
Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.
Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ?
Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.
« Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le “Je vous salue Marie”.
On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ? La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.
La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)
Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.
Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.
Amen.
Solennité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face : Devenir comme des petits enfants
Nous remercions l’association Una Voce de nous autoriser à publier des extraits des excellents commentaires des cinq pièces grégoriennes du dimanche ou de la fête à venir.
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Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, Vierge, patronne secondaire de la France a rendu sa belle âme à Dieu, à l’âge de 24 ans, le 30 septembre 1897. La date de sa fête liturgique est le 3 octobre (le 1er octobre selon le nouveau calendrier de 1969) mais la solennité, qui n’est pas obligatoire, se fait le dernier dimanche de septembre en France dans l’Ordo selon les livres liturgiques de 1962. L’on peut très bien célébrer le 16e dimanche après la Pentecôte.
► Introït : Veni de Líbano
Veni de Líbano, sponsa mea, veni de Líbano, veni ;
Viens avec moi du Liban, mon épouse, viens avec moi du Liban ;Vulnerásti cor meum, soror mea sponsa, vulnerásti cor meum ;
Tu m’as blessé au Cœur, ma sœur, mon épouse, tu m’as blessé au Cœur.
Dans ces deux versets du Cantique des Cantiques, c’est le Christ qui appelle l’Église, son épouse, du cri de l’amour qui, comme un feu, le brûle. Ce cri est pour chacun de nous. Dans la mesure où nous avons su cultiver en nous le sens divin de la foi, nous l’entendons qui nous convie pour des entretiens courts ou prolongés.
Que de fois ne l’entendit-elle pas, la petite Sainte ! Le jeudi Saint, 2 mai 1896, lorsque, dans l’obscurité de sa cellule, elle eut son premier crachement de sang, elle le perçut plus vif, « comme un lointain murmure qui annonçait l’arrivée de l’époux ». Le murmure se précisa, à mesure que l’amour, s’intensifiant, creusait dans le cœur de l’Époux une blessure plus cuisante. Elle n’en a plus parlé mais au moment de sa mort son dernier mouvement, lorsqu’elle ouvrit les yeux et les tint fixés vers le ciel, le temps d’un Credo, brillants de paix céleste et d’un bonheur indicible, n’était-il pas la réponse au suprême vent ?
C’est cet appel du dernier instant, éternellement prolongé dans l’éternelle union, que le Christ chante par notre voix au matin de sa fête. Admirable ouverture de ce drame d’amour auquel nous sommes conviés.
La mélodie est calquée sur la mélodie de l’introït Tibi dixit cor meum du mardi de la deuxième semaine de Carême. D’après Dom Baron, le calque est très réussi. Le mouvement mélodique est très réduit. Mais quelle mélodie traduirait bien ce chant mystérieux qui va de l’âme du Christ à l’âme qui s’est donnée à lui ? Le Psaume 112 vient alors, comme la voix de l’Église ou, si l’on veut, comme celle de la Sainte, nous invitant à chanter le Roi d’amour.
Laudáte púeri, Dóminum ; laudáte nomen Dómini
Louez le Seigneur, enfants, louez de nom du Seigneur.
► Graduel : Confíteor tibi
Comme je l’ai annoncé, j’utiliserai le coffret de la Schola Bellarmina publié en 2013, précisément le troisième CD de ce volume 15 consacré au Commun des saints. Hervé Lamy et Vincent Lecornier sont sous la direction de Bernard Lorber. Dom Baron, pour commenter le graduel qui va suivre, cite un extrait du passionnant ouvrage de sainte Thérèse, « Histoire d’une âme ». Le voici :
Je voudrais trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus… J’ai demandé aux livres saints… et j’ai lu ces mots sortis de la sagesse éternelle « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi ». Je me suis donc approchée de Dieu et, voulant savoir encore ce qu’il ferait au tout petit, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein, je vous bercerai sur mes genoux ». Ah ! Jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses ne sont venues réjouir mon âme. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente, je veux chanter vos miséricordes ! Vous m’avez instruite dès ma jeunesse. [Fin de citation].
C’est ce qu’elle chante dans le graduel par notre voix avec l’Évangile de saint Matthieu.
Confíteor tibi, Pater, Dómine cæli et terræ, quia abscondísti hæc a sapiéntibus, et prudéntibus, et revelásti ea párvulis
Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents de ce monde et les avez révélées aux petits.
Dómine, spes mea a juventúte mea.
Seigneur, dès mon enfance, j’ai espéré en vous.
La première phrase est toute recueillie dans une joie profonde. Dès le début de la seconde un mouvement d’exaltation assez inattendu se dessine et va s’épanouir sur une formule originale celle-là qui chante avec beaucoup de bonheur l’allégresse de la sainte évoquant ces paroles divines, qui furent pour elle « si tendres et mélodieuses ». Sur les belles formules des grandes allégresses, la joie de la petite sainte exulte ici du commencement à la fin.
► Alléluia : Quasi rosa
« Ma Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus va bientôt mourir… je me demande vraiment ce que notre Mère pourra en dire après sa mort ! Elle sera bien embarrassée ! Cette petite sœur, tout aimable qu’elle est, n’a pour sûr rien fait qui vaille la peine d’être raconté ! » Ainsi parlait une sœur converse du couvent de Lisieux, pendant l’agonie de sainte Thérèse. Pouvait-elle penser que cette même « petite sœur » serait déclarée patronne des missions par le pape Pie XI, et patronne secondaire de la France avec sainte Jeanne d’Arc ! Que les premières démarches en vue de sa béatification seraient faites à peine douze ans après sa mort, et que deux ans après elle serait canonisée ! Que sa vie serait traduite en plus de trente-cinq langues ! Elle qui voulait rester toute petite et lutter contre l’orgueil : par la simple phrase de la sœur converse, elle avait gagné.
Sa vie a été consacrée à la confiance absolue en l’amour qui culmine dans l’acte d’offrande en l’Amour miséricordieux, du 9 juin 1895 : « Afin de vivre dans un acte de parfait amour, je m’offre comme victime d’holocauste à Votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous. »
Les paroles de l’Ecclésiastique qui nourrissent le texte de l’alléluia de la fête correspondent bien à ce que la petite Thérèse a su entendre.
Il n’est que de citer cette phrase de l’ « Histoire d’une âme » :
« Le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône divin, il chantera de sa voix argentine le cantique d’amour ».
Voici ce texte scripturaire, beaucoup trop long pour un verset d’alléluia, le plus copieux du répertoire, mais magnifique…
Quasi rosa plantáta super rivos aquárum fructificate : quasi Libanus odórem suavitátis habete : florete, flores, quasi lílium, et date odórem, et frondete in grátiam, et collaudate cánticum, et benedicite Dóminum in opéribus suis.
Croissez comme la rose plantée sur les bords des eaux : comme le Liban répandez votre parfum suave : semblable au lys, faites éclore vos fleurs et exhalez vos parfums, parez-vous de beauté, chantez un cantique et louez le Seigneur pour la grandeur de ses œuvres.
Dom Baron nous donne quelques informations techniques sur la façon dont on a procédé pour trouver une mélodie sur un texte aussi étendu. Écoutons-le :
On a choisi celle de l’alléluia du Xe dimanche après la Pentecôte. On en a répété la première phrase et on a appliqué à floréte flores, qui s’imposait comme mot central, l’admirable vocalise de la fin. Cela fait, il restait la moitié du texte. Fort heureusement ce même alléluia se trouve avoir un second verset, tout autre, tant pour le texte que pour la mélodie. Il est en usage pour la fête de saint Alexis le 17 juillet, au supplément pour certains lieux. On a eu l’idée, après une incise de transition sur quasi lílium de le joindre au premier et, par de très habiles sutures, on a fait l’unité. Autant que faire se pouvait ; car on sent tout de même les deux mélodies, d’autant que la vocalise finale ne reproduisant pas le jubilus de l’alléluia, un lien puissant fait ainsi défaut dans l’ensemble.
► Offertoire : Magníficat
La vie apparemment obscure de Thérèse dans son couvent, occupée par de simples tâches (balayage, couture, travaux ménagers…), fut en réalité un long combat caché contre elle-même, et sa nature difficile. D’après les notes prises par sa sœur Céline, on apprend que Thérèse montra dès l’enfance un caractère orgueilleux et obstiné. Avant de devenir la religieuse souriante, serviable et humble, elle fut tout le contraire : dépressive, scrupuleuse à l’extrême, capricieuse, excessivement fragile. Elle fut jusqu’à la fin de sa vie atteinte par d’affreux doutes, mais s’abandonna à la confiance de l’Amour de son Divin époux. Elle ne fléchit jamais, même durant le long combat contre la mort que Dieu lui réserva comme ultime épreuve.
Le Magnificat avec son humble exultation convenait après l’Évangile de saint Matthieu où l’on a entendu pour finir « Quiconque s’abaissera comme cet enfant, celui-là est grand dans le Royaume des cieux ». Elle y est dans le Royaume notre Sainte. Et grande. Et elle y exulte, chantant à jamais son Magnificat. Ne l’a-t-elle pas déjà esquissé sur la terre ? Elle ne s’est jamais regardée que comme toute petite, elle l’a écrit à toutes les pages de son Histoire ; que comme servante, la servante qui ne cherche qu’à « faire plaisir ». Et elle a eu cette simplicité merveilleuse, cette humilité suprême de dire, parce que l’Esprit l’y poussait, que « le Seigneur fera par moi des merveilles qui surpasseront infiniment mes immenses désirs…Personne ne m’invoquera sans recevoir de réponse… Je ferai tomber, après ma mort, une pluie de roses… « .
Avec elle, chantons-le, nous aussi le Magnificat, pour remercier Dieu de nous avoir donné sa servante pour nous servir, et, par elle, de faire en nous les grandes choses qu’il veut.
Magníficat ánima mea Dóminum : et exsultávit spíritus meus in Deo salutári meo : quia respéxit humilitátem ancíllæ suæ : fecit mihi magna qui potens est.
Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur : car il a jeté les yeux sur son humble servante, il a fait en moi de grandes choses.
La mélodie est celle de l’offertoire Jubiláte du IIe dimanche après l’Épiphanie qui a été choisie. Évidemment si habile qu’il soit, le calque ne vaut pas l’original. Cela mis à part, il est très satisfaisant. On aurait pu croire que l’enthousiasme grandiose du Jubiláte se fût mal accordé avec de telles paroles sur des lèvres si délicates. Mais la seconde phrase a été laissée de côté. On peut le regretter ; en fait elle eût été de trop. La joie de la première, avec sa belle progression sur ánima mea et sur le salutári meo, suffit à la louange contemplative en extase éternelle devant son Dieu et son Sauveur. Et son humilité est splendidement glorifiée sur les motifs exaltants de veníte et de audíte, dans l’original. La discrétion, l’intimité qui caractérisent le quanta fecit ánimæ meæ dans le Jubiláte viennent ici sur fecit mihi magna ; l’idée est la même et la mélodie devenue intérieure, enveloppe de mystère cette opération du Seigneur dans l’âme de sa chère petite Sainte.
► Communion : Circumdúxit
« Je ne suis pas un guerrier qui combat avec des armes terrestres, mais avec le glaive de l’esprit qui est la parole de Dieu. Aussi la maladie n’a pu m’abattre…Je l’ai dit : je mourrai les armes à la main ». Ses paroles au cours de son agonie résument toute l’ardeur combative et toujours dans l’humilité : « Oui… il me semble que je n’ai jamais cherché que la Vérité… Oui, j’ai compris l’humilité du cœur ». Thérèse avait vaincu, et sereinement, après de longues et interminables souffrances, elle rendit son âme à Dieu. Elle avait vingt-quatre ans. C’était le 30 septembre 1897.
Circumdúxit eam, et dócuit : et custodívit quasi pupíllam óculi sui. Sicut aquila expándit alas suas, et assúmpsit eam, atque portávit in húmeris suis. Dóminus solus dux eius fuit.
Il l’a entouré et a pris soin d’elle : il l’a gardée comme la prunelle de ses yeux. Comme l’aigle il a déployé ses ailes, l’a enlevée et emportée sur ses épaules. Le Seigneur seul fut son guide.
C’est Moïse qui chantait ainsi, au peuple réuni, ce que Dieu avait fait pour lui au cours de son histoire. Chant suprême d’action de grâces après lequel il mourut.
L’Église n’a eu qu’à mettre les pronoms au féminin pour l’appliquer à sainte Thérèse et lui faire évoquer ce qu’elle a écrit de plus profond et de plus ardent : « Sans se montrer, sans faire entendre sa voix, il m’instruit dans le secret… Je suis destinée à devenir la proie de l’Aigle divin… » écrit-elle dans « Histoire d’une âme ».
Et si l’on pense que c’est dans l’Eucharistie et par l’Eucharistie que se sont faits cette éducation, cette direction, cet envol ; si nous nous remettons en mémoire le récit qu’elle nous a fait de sa première communion : « Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! Oui, ce fut un baiser d’amour !… » et que nous songions à ce que toutes ses autres communions ont ajouté à cette fusion, à cette fusion qui s’achève maintenant dans « l’éternelle communion de la patrie » ; alors, quelle évocation splendide que le chant sur lequel s’achève la messe de sa fête !
L’original est la communion Pópulus acquisitiónis du jeudi de la semaine de Pâques. Le calque n’est pas serré et pour adapter la mélodie à la longueur du texte, on a dû ajouter la dernière phrase de la communion Vox in Rama des Saints Innocents.
Le pape Léon XIV a visité le site du massacre des prêtres au monastère des Carmes pendant la Révolution
À son arrivée à l’université catholique de Paris, le pape Léon XIV s’arrête pour prier sur le site du massacre brutal au monastère des Carmes pendant la Révolution française, marqué par l’expression latine « Hic ceciderunt » (Ici ils tombèrent).
Le 2 septembre 1792, une foule révolutionnaire exécuta sommairement environ 115 prêtres et évêques catholiques, dont beaucoup refusèrent de se soumettre à la Constitution civile du clergé et furent béatifiés par le pape Pie XI en 1926.
Pope Leo XIV prays in silence at the foot of the staircase of the Martyrs of the French Revolution, at the Catholic University of Paris. In what is known as the September Massacres of 1792, over 110 priests, bishops and faithful were forced through that simple doorway down this… pic.twitter.com/23VJNvCY74
— Catholic Sat (@CatholicSat) September 26, 2026
Une foule immense, calme, respectueuse : aucune vitrine brisée
Un syndicat de police constate la bonne idée de la France catholique :
Affluence
exceptionnelle sur les Champs-Élysées pour la messe du #Pape #LeonXIV : une foule immense, calme, respectueuse.
Le contraste avec certaines soirées de football est saisissant.
Pas de vitrines brisées.
Pas de scooters volés.
Pas de CRS caillassés.#Paris montre…— Officiers et Commissaires de police (@PoliceSCSI) September 26, 2026


Messe de Léon XIV place de la Concorde : Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes

Chers frères et sœurs,
je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).
Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.
Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.
Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !
La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.
Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.
C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.
« Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.
Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.
De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.
Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.
Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.
Amen !
Rencontre avec les membres de l’Assemblée synodale provinciale, les catéchumènes et les néophytes : la liturgie soutient toute la vie de foi
Excellence,
chers prêtres et personnes consacrées,
chers membres de l’Assemblée synodale,
chers catéchumènes et néophytes, frères et sœurs,
je suis heureux de vous rencontrer et de pouvoir m’attarder, dans le cadre de ce Voyage Apostolique, sur le chemin que vous parcourez en Assemblée Ecclésiale Provinciale.
Je remercie Son Excellence Monseigneur Laurent Ulrich, Archevêque de Paris, qui a rappelé l’importance historique et spirituelle du lieu où nous nous trouvons, en évoquant également Frère Laurent de la Résurrection qui a profondément marqué mon parcours de foi par sa mystique du quotidien. Mais surtout, j’exprime ma gratitude pour l’Instrumentum Laboris que vous m’avez remis, expression d’un cheminement ecclésial auquel le Peuple de Dieu a été associé, dans un esprit d’écoute réciproque et de synodalité.
L’Institut Catholique de Paris nous accueille aujourd’hui, une institution située au carrefour de la science et de la foi qui, depuis des siècles, contribue à former les esprits et les cœurs au service de l’Évangile. Je salue les enseignants, les étudiants et le personnel de cette université, ainsi que tous les membres de l’Assemblée synodale de la Province ecclésiastique de Paris, engagés à réfléchir aux perspectives pastorales pour accueillir les néophytes et les catéchumènes, ainsi que pour la vie de l’Église.
En observant de près le travail que vous accomplissez, mais surtout en écoutant les témoignages émouvants de Josué, de Marielle et de Sophie, je ressens avant tout une grande gratitude pour l’œuvre imprévisible de Dieu. Comme vous et avec vous, je suis émerveillé par le nombre de personnes qui se présentent aujourd’hui sur le seuil de la foi, et par les nombreux adultes qui demandent les sacrements de l’initiation chrétienne.
Il peut sembler paradoxal que ce phénomène de tant de personnes redécouvrant l’Évangile et embrassant la foi, se situe dans le contexte d’une société comme la société française, marquée par une culture fortement sécularisée. Votre expérience et votre témoignage, chers catéchumènes et néophytes, sont le signe tangible de l’œuvre de la grâce de Dieu, qui dépasse les analyses chiffrées et sociologiques. Ce phénomène qui vient contredire toute attitude défaitiste – ce que le Pape François appelait le “pessimisme stérile” (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 84-86) –, doit être accueilli dans un esprit de responsabilité.
Nous sommes en effet appelés à nous tourner vers nos frères et sœurs, en redécouvrant le style propre à Dieu, fait de proximité, de compassion et de tendresse. Avec une tendresse pastorale et une charité fraternelle, nous devons reconnaître, accueillir et préserver la petite flamme que le Saint-Esprit a allumée dans l’obscurité de la nuit, la petite graine qui aspire à grandir même au milieu des épines et des ronces.
L’étonnement devant ce qui arrive à tant de nos frères et sœurs ne doit pas nous enfermer dans une béatitude naïve. Au contraire, nous devons nous engager à rechercher, à nous poser des questions et à entreprendre des actions pastorales concrètes. Tel est l’esprit qui anime votre Assemblée synodale et, plus généralement, le cheminement de l’Église en France : émerveillés par l’œuvre imprévisible de Dieu, que devons-nous faire, et où donc le Saint-Esprit nous pousse-t-Il pour accompagner les catéchumènes, les néophytes, les “recommençants” ?
Tout d’abord, j’aimerais rappeler une expression utilisée par l’Épiscopat français, il y a déjà de longues années, qui exhortait à imaginer et à incarner une Église “en état d’initiation” prenant soin des catéchumènes, des néophytes et de ceux qui recommencent leur cheminement ; en leur offrant, sur le temps, un solide soutien. L’initiation chrétienne – dans son ensemble – a été au cœur de la sollicitude des pasteurs dès les années qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. Les demandes étaient déjà nombreuses, et l’agitation théologique et liturgique de ces années-là contribua largement au renouveau des parcours de catéchuménat qui s’opéra ensuite pendant le Concile Vatican II. Même si le contexte est aujourd’hui différent, vous pouvez vous référer à cette tradition pastorale, bien ancrée, concernant l’initiation des catéchumènes. N’oublions pas non plus que cette pratique déjà en vigueur a été redynamisée à partir de 1996, année où ont vu le jour la Lettre aux catholiques de France et, parallèlement, la dernière édition française du Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes.
Chers frères et sœurs, être “en état d’initiation” c’est accueillir les nouveaux chercheurs de Dieu en y découvrant une opportunité et une mission. L’opportunité est que, grâce à eux, la communauté des croyants renouvelle, elle aussi, son cheminement de foi et découvre de manière nouvelle la joie de l’Évangile. La mission, quant à elle, consiste à prendre soin d’eux et à leur servir de guides, même après qu’ils ont reçu les sacrements. Il convient d’accueillir avec joie ceux qui se présentent, partir de leur expérience spirituelle, respecter leur histoire et favoriser une annonce essentielle du kérygme, notamment à travers les formules connues dans le parcours personnel ou communautaire. N’oublions pas, cependant, que chez bon nombre de ces personnes surgit ensuite la question que nous avons entendue dans le témoignage de Marielle : comment éviter le “vide” post-baptismal ?
Il est donc essentiel d’accompagner et d’intégrer pleinement ces personnes dans nos communautés et dans nos assemblées de prière après leur baptême, en leur offrant un espace familial et une formation aussi intégrale que possible, capable d’englober les différents aspects de la vie chrétienne et de favoriser l’unification de leur foi avec leur vie. Les néophytes, en effet, ont souvent soif et besoin d’approfondir les fondements de la foi et de la prière chrétienne, d’être correctement formés d’un point de vue biblique et théologique, de découvrir toujours davantage la richesse de la doctrine ainsi que les différentes dimensions de l’agir moral chrétien lié à la profession de foi.
Enfin, ils ont également besoin d’être initiés et introduits à la vie liturgique de l’Église. Dans les témoignages, nous avons également entendu comment la célébration des rites liturgiques a été pour certains une porte d’entrée au mystère de la foi. Après avoir franchi cette porte, il faut aller plus loin et découvrir la richesse de la liturgie qui soutient toute la vie de foi. Il s’agit d’un domaine fondamental de la vie de l’Église qui requiert une attention pastorale enracinée dans les enseignements du Concile Vatican II. La liturgie, en effet, ne peut être considérée comme une réalité “postérieure” à la catéchèse, dans laquelle on mettrait en pratique ce qui a été appris au long du parcours. Au contraire, elle manifeste et actualise le mystère de la Pâque du Christ et, par conséquent, elle est l’événement capable de révéler le sens de la Bonne Nouvelle et de communiquer la vie même de Dieu. Avec ses rythmes, ses langages et ses rites, la liturgie fait partie intégrante du chemin de conversion et de préparation aux sacrements.
Pour mener à bien cette mission, le rôle des formateurs est essentiel. Comme nous l’enseigne l’antique tradition de l’Église, il s’agit de préparer des parrains et des marraines de communauté, spécialement formés pour initier les néophytes. Dans le cadre de cette formation, je recommande une connaissance approfondie du Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes. Parallèlement, il est nécessaire que les agents pastoraux soient formés – non seulement sur les plans biblique, théologique, liturgique et de la vie spirituelle, mais aussi sur le plan des qualités humaines –, afin de savoir discerner et orienter ceux dont les parcours de vie sont plus complexes et moins linéaires.
Nous l’avons entendu tout à l’heure : certains arrivent avec une simple soif spirituelle, une quête de sens et une attirance pour l’Évangile ; alors que d’autres sont marqués par des expériences douloureuses, des situations de solitude et des blessures profondes. C’est là que le style de la proximité, de la compassion et de la tendresse prend tout son sens : il convient de trouver un savant équilibre pour les accueillir, les écouter et, en même temps, les encourager à relever les défis exigeants de la foi. Dans ce cheminement, il faut respecter le rythme de l’autre, en avançant progressivement, avec attention et dans un compagnonnage fraternel. Il s’agit d’adopter le style du “marcher ensemble”. Sur les sentiers de la foi chrétienne, on s’enrichit mutuellement et on grandit ensemble : prêtres et laïcs, parrains et catéchumènes, animateurs pastoraux et néophytes.
Et pourtant, cela n’est pas encore suffisant. Les nouveaux baptisés ne sont pas seulement appelés à recevoir : leur foi est un trésor qui s’offre à l’Église de France et à l’Église universelle. Je pense à ce qui arriva à l’un des catéchumènes les plus célèbres de l’histoire, saint Augustin. Il fut initié à la foi par saint Ambroise, et sa foi n’était qu’une petite graine lorsqu’il fut baptisé. Mais, cette graine a grandi et s’est multipliée, devenant un arbre si grand que, sous son feuillage, nous pouvons encore aujourd’hui trouver du réconfort.
En vous regardant, chers catéchumènes et néophytes, je ne vois pas seulement le fruit de l’Esprit qui vous a mis en chemin, mais aussi une promesse de fécondité pour l’Église en France. À votre tour, soyez des missionnaires de l’Évangile dans cette société !
Que les grands témoins de cette terre bien-aimée vous soutienne sur votre chemin. Je pense à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui nous enseigne, par sa “petite voie”, comment la confiance ouvre les portes de la grâce ; je pense à saint Martin de Tours, figure emblématique du partage et de la charité fraternelle. Avec tant d’autres saints et saintes issus de cette terre de France, ils nous rappellent que la mission se construit aujourd’hui, en préservant avant tout la présence du Seigneur dans la vie quotidienne.
En vous accueillant les uns les autres, puissiez-vous former tous ensemble le peuple vivant de l’Église en France, capable de transmettre la foi. En invoquant la protection maternelle de la Vierge Marie, Patronne principale de la France, et l’intercession de sainte Geneviève et de saint Denis, protecteurs de cette ville, je vous donne, de tout cœur, ma bénédiction.
Merci et bon chemin !
Visite à la Maison Bakhita : le rôle fondamental des femmes dans la construction d’une civilisation de l’amour
Chers frères et sœurs, bonjour !
Je suis heureux de commencer avec vous cette deuxième journée à Paris dans une maison qui témoigne à toute la ville qu’il est possible de se rencontrer et de vivre ensemble dans la dignité et la paix. Je remercie l’Archidiocèse de Paris, les Sœurs scalabriniennes ainsi que tous les animateurs et bénévoles qui font vivre ce lieu et sont au service de ceux qui y trouvent accueil, écoute, formation et amitié. J’adresse un “merci” particulier à ceux qui ont partagé leur témoignage.
Le nom de votre Centre d’accompagnement et d’intégration sociale, qui fait référence à sainte Bakhita, nous incite à reconnaître le rôle fondamental des femmes dans la construction d’une civilisation de l’amour, comme alternative à la culture qui désagrège les communautés et rend les villes malades de solitude. L’histoire de l’Église et de l’humanité, à y regarder de plus près, n’est pas écrite par ceux qui donnent l’impression de vaincre en s’imposant et en occupant l’espace, mais par ceux qui « font de la place », instaurent des processus de paix, suscitent la confiance et encouragent la vie. Il ne s’agit pas de simples sentiments, mais de décisions et d’engagements à contre-courant, dont nous comprenons de mieux en mieux l’importance publique et la promesse d’avenir. Sainte Bakhita nous invite à voir ceux qui sont invisibles, à libérer ceux que l’économie et la culture réduisent aujourd’hui en esclavage, à honorer la dignité infinie de chaque frère et sœur, en qui Jésus lui-même vient frapper à notre porte.
Chers amis, « La réalité est que, pour les chrétiens, les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique, mais la chair même du Christ. En effet, il ne suffit pas d’énoncer de manière générale la doctrine de l’incarnation de Dieu. Pour entrer véritablement dans ce mystère, il faut préciser que le Seigneur s’est fait chair, qu’il a faim, qu’il a soif, qu’il est malade et emprisonné » (Exhort. ap. Dilexi te, n. 110). Le Christ pauvre et crucifié se laisse encore rencontrer et aimer à travers ces hommes et ces femmes qui nous appellent à sortir de nous-mêmes et à oser la charité.
Frères et soeurs, l’intuition la plus importante qui inspire votre engagement concerne l’échange de dons qui se renouvelle à chaque rencontre. Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. Il n’y a de vie en abondance que là où la limite de chacun s’ouvre à la présence mystérieuse des autres, en qui c’est l’Autre par excellence, le Dieu de la vie, qui se fait proche. Cela ne nie pas la souffrance que le péché a introduite dans l’histoire, mais cela nous aide à ne pas en rester prisonniers. Nous annonçons que la rédemption est possible, qu’elle a commencé, qu’elle est en cours et qu’elle nous concerne, en tant que membres vivants du Corps du Christ.
Et n’oublions pas que « l’œil ne peut pas dire à la main : “Je n’ai pas besoin de toi” ; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n’ai pas besoin de vous”. Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables (1 Co 12, 21-22). Ces paroles de saint Paul s’adressent aux chrétiens de Corinthe, l’une des métropoles les plus riches et les plus dynamiques de son époque. L’Évangile y avait été accueilli par des personnes d’origines et de milieux sociaux divers, parmi lesquelles de nombreux pauvres et esclaves (cf. 1 Co 1, 26-29), comme certains d’entre vous aujourd’hui. « Mais en organisant le corps – poursuit l’apôtre – Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu. Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres » (1Co 12, 24-25).
Je vous remercie donc pour votre travail, ainsi que toutes les personnes qui, partout en France, dans des institutions semblables, accomplissent ce service. Continuez à témoigner de cette attention mutuelle qui, à travers l’accueil fraternel, les parcours de formation et le dialogue avec la ville, élève l’esprit et humanise le monde. Que sainte Bakhita et les grands témoins de la charité qui ont façonné la présence de l’Église en France, en particulier lors des périodes de changements tumultueux, intercèdent en votre faveur. Merci !
Que le Seigneur vous bénisse.
Octobre, mois du Rosaire : Rosario invite à « Raviver la flamme »
Le mois d’octobre est traditionnellement consacré au Rosaire dans l’Église. À cette occasion, l’association Hozana et son application Rosario lancent, du 1er au 31 octobre, leur grande opération « Raviver la flamme », pour encourager chacun à faire découvrir et vivre davantage cette prière autour de lui.
L’objectif de cette mobilisation est simple : devenir missionnaire du Rosaire, en priant, en invitant ses proches à découvrir cette prière et en se formant pour mieux la transmettre.
L’opération s’articule autour de trois piliers :
- Prier pour la diffusion du Rosaire dans le monde, en rejoignant une communauté et des intentions de prière proposées tout au long du mois ;
- Inviter ses proches à rejoindre un chapelet vivant sur Rosario et à redécouvrir cette prière ;
- Se former grâce à des contenus pour mieux comprendre le Rosaire, son histoire, sa place dans l’Église et la manière de le prier.
Sur Rosario, le principe du chapelet vivant est simple : des groupes de 5 personnes se réunissent virtuellement. Chacun s’engage à prier chaque jour une dizaine, permettant ainsi au groupe de réciter ensemble un chapelet quotidien.
Veillée de prière avec les jeunes au Stade de France : « Vous êtes les saints de France ! »
Le magnifique spectacle sur les saints de France avait un air de Puy du Fou.

Dialogue du Saint-Père avec les jeunes
Question de Chloé
Très Saint Père, nous rendons grâce pour votre présence parmi nous ce soir et pour ce temps d’échange que vous nous offrez.
Je m’appelle Chloé, j’ai 25 ans et j’achève des études en pharmacologie. Je suis engagée au sein d’un collectif de jeunes catholiques de quartiers populaires d’Île-de-France : La Cité Céleste. Nous organisons notamment des événements ponctuels tels que des nuits d’adoration et de louange, réunissant de nombreux jeunes de quartier désireux de vivre et de partager largement leur foi. Je suis également engagée au sein de ma paroisse, notamment auprès des jeunes lycéens. À travers ces différents engagements, j’ai à cœur de mettre mon énergie et mes compétences au service des autres en créant du lien entre la foi, la jeunesse et les réalités vécues au quotidien dans nos quartiers.
Comme le dit saint Paul « pour nous, vivre, c’est le Christ ». Pourtant, la société dans lequel nous vivons se construit sur d’autres fondements et semble parfois même être étrangère à la question de Dieu. Nous désirons annoncer le Christ autour de nous avec force et persévérance mais aussi, bien sûr, avec respect et délicatesse vis-à-vis de ceux que nous rencontrons. Comment pouvons-nous conjuguer la force de notre élan missionnaire avec l’authenticité d’une vie fraternelle avec ceux qui ne partagent pas notre foi ?
Réponse du Saint-Père
Chers amis, la première chose que je voudrais dire est très simple : merci ! Merci à Dieu, merci à vous, merci pour votre courage, merci pour votre présence, merci pour votre foi. Vous êtes les saints de France !
Et merci Chloé pour ta demande. La phrase de saint Paul que tu as citée, n’est pas une simple affirmation. Elle est une véritable synthèse de sa vie. En quelques mots, brefs mais décisifs, il prononce une prière de louange, un acte de foi, et indique un chemin de sainteté jusqu’au martyre. « Pour moi, vivre, c’est le Christ » (cf. Ph 1, 21). En répétant cette déclaration d’amour, nous essayons de partager l’expérience de l’Apôtre. Celui-ci témoigne, en effet, que Dieu n’est jamais étranger à sa vie, mais que, au contraire, Il vient à sa rencontre : Il l’appelle auprès de lui, le transforme intérieurement, l’envoie dans le monde.
Nous sommes tous concernés par cette dynamique spirituelle, aujourd’hui encore. Il est vrai, comme tu le dis, que la société dans laquelle nous vivons semble indifférente à Dieu. Mais le Seigneur n’est pas indifférent à nous ! Voilà ce qui compte… et ce qui nous donne toujours de l’espérance !
Que beaucoup soient étrangers à la question de Dieu est, en effet, un problème ; mais que beaucoup soient étrangers à la question de l’homme l’est tout autant. Combien de personnes, malheureusement, se désintéressent de leur prochain, menant une vie égoïste, ou bien méprisent les pauvres en gaspillant leurs biens dans des choses futiles. Combien rejettent les personnes simples ou malades, pensant que chacun ne vaut que par ce qu’il produit. Je pense en particulier à ton engagement dans les quartiers populaires d’Île-de-France avec La Cité Céleste : c’est là, dans le concret du quotidien, et parfois des difficultés, que ta foi devient un vibrant témoignage d’espérance.
L’homme s’égare lorsqu’il affirme que Dieu est mort. Si Dieu n’est pas avec lui, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, celui qui dit : Pour moi, vivre, c’est le Christ ! , fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, en effet, nous savons que Dieu n’est jamais indifférent à l’homme ! Par Jésus, crucifié et ressuscité, Il donne sa propre vie pour que nous en vivions. Voilà donc la manière d’annoncer le Christ qui allie courage et respect : l’annoncer comme Évangile de salut ; comme parole de vérité et de vie. Cet Évangile est une bonne nouvelle pour tous, une annonce libératrice et une règle de vie nouvelle.
L’Évangile de Jésus, en effet, ne conduit pas au conflit, mais invite toujours au pardon : tandis qu’il éclaire le drame de l’histoire, il nous forme à la sollicitude fraternelle. La rencontre avec le Christ ouvre au dialogue et prépare à sa paix, car elle offre à chaque homme et à chaque femme la promesse la plus grande, qui comble tous les désirs : la promesse de la vie éternelle.
Chère Chloé, chers jeunes, l’expérience religieuse de toute personne exprime cette quête de sens qui anime l’âme humaine. En Jésus, le Rédempteur du monde, Dieu se laisse trouver en s’adressant « aux hommes comme à des amis » (Const. dogm. Dei Verbum, n. 2). Il est la source d’eau vive, la lumière dans les ténèbres. Dans la joie de la foi, proclamons donc ensemble, ce soir : pour nous, vivre, c’est le Christ! Ensemble : pour nous vivre c’est le Christ!
Grâce à Lui, il est possible d’allier l’élan missionnaire à l’expérience de la fraternité à l’égard de ceux qui ne croient pas en Dieu ou qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Cette fraternité, faite d’écoute et d’estime réciproque, trouve ses racines dans l’unité de la famille humaine qui, tout au long de l’histoire, a développé la dimension religieuse comme une caractéristique vitale de chaque peuple.
Cultiver un lien fraternel « avec ceux qui ne partagent pas notre foi » contribue donc à la construction de la société ; et devient un exercice de foi et de charité ; car il est impossible de témoigner du Christ sans aimer ceux à qui nous voulons l’annoncer. Les rencontres entre jeunes de la région méditerranéenne qui ont eu lieu ces dernières années sont un signe encourageant de cette fraternité.
Le message chrétien ne constitue donc pas un obstacle à la coexistence fraternelle ; au contraire, il la favorise, car il invite librement chacun à écouter une nouvelle de paix et de salut. De même, notre mission n’est pas en contradiction avec le respect des autres religions, car l’Église ne rejette rien de ce qui, en elles, est vrai et saint (cf. Nostra Aetate, n. 2). Merci !
Question de François
Très Saint Père, merci de venir nous fortifier dans la foi et dans notre désir de témoigner de l’Evangile !
Je m’appelle François Bigot, j’ai grandi dans la campagne en Bourgogne et je suis actuellement étudiant en agronomie à UniLaSalle. J’aime donner mon temps pour la beauté de la liturgie, je suis engagé au service de mon diocèse à travers le pélé VTT de Nevers, et pour la préparation d’un nouveau pèlerinage bourguignon. Je suis également chef scout et engagé dans l’aumônerie étudiante de mon école.
Au service des plus fragiles, au service de la paix dans notre pays et dans le monde, au service de l’Eglise du Christ, nous, les jeunes, nous voulons nous engager ! Cependant, il est souvent difficile de savoir comment orienter sa vie pour se donner sans compter, fidèlement, sans pour autant se disperser ou perdre courage tant la tâche semble parfois démesurée. L’anxiété et l’incertitude viennent souvent fragiliser l’enthousiasme de notre jeunesse. Très Saint-Père, comment discerner où le Seigneur nous attend pour servir et offrir notre vie ?
Réponse du Saint-Père
Il y a beaucoup de scouts ici ? Oh, très bien, bienvenus !
Tout d’abord, je vous remercie vivement pour votre engagement. C’est pour moi une grande joie de vous voir si nombreux, animés de la volonté de vous mettre au service de la paix qui nous fait grandir en tant qu’hommes et femmes, en transformant les peurs en espérance, et les plaintes en engagement responsable. Aujourd’hui, cette grande mission est plus urgente que jamais, car elle nous invite à naviguer avec discernement au cœur des mutations technologiques et numériques actuelles, sans diminuer notre humanité.
En particulier, lorsque nous nous consacrons à la protection des plus petits et des plus faibles, nous reconnaissons notre propre faiblesse dans laquelle nous nous retrouvons tous. Cette fragilité propre à la vie humaine ne nous effraie pas, mais nous unit en tant que créatures qui se découvrent frères et sœurs dans le Christ. C’est Lui le premier qui se donne à nous, et le signe vivant de cette grâce est l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11). Nous tirons de ce sacrement, qui soutient notre foi, la force de nous donner, nous aussi, à notre prochain, en imitant la gratuité du Seigneur Jésus. La recherche de la justice et de la paix nous oblige à constater les conflits que nous vivons nous-mêmes, et à purifier notre cœur. En nous engageant au service de Dieu et des autres, nos blessures trouvent alors consolation et rédemption.
Il n’existe aucun échec dont Dieu ne puisse nous relever : sa miséricorde est notre joie. Et pourtant, vous avez cité l’anxiété et l’incertitude comme des obstacles à votre enthousiasme. Ce sont là des sentiments très répandus en raison de la précarité des projets d’avenir, du caractère provisoire des liens affectifs et de la fragilité des relations. À ces sentiments s’en ajoutent d’autres, qui pèsent sur votre génération, comme par exemple la fatigue de l’écran et l’anxiété face aux changements climatiques ou à la situation économique et internationale. Oui, il faut prêter une oreille attentive à ces sentiments. Je vous invite tous, chers jeunes, à garder le cœur ouvert face aux souffrances de vos camarades.
En même temps, l’expérience de la fragilité, de toute fragilité, devient pour un disciple du Christ une occasion de témoignage. Celui qui suit Jésus sur le chemin du service humble et gratuit est libéré de l’angoisse et retrouve un nouvel enthousiasme faisant l’expérience de la joie et de la paix intérieures ; non pas des sentiments passagers ou subjectifs, mais ancrées dans la certitude de la foi dont nous témoignons ensemble comme Église.
Oui, ensemble, nous formons l’Église : fragile et sainte, comme des vases d’argile qui renferment un trésor (cf. 2 Co 4, 7). Saint Paul nous rappelle, une fois encore, que c’est précisément dans la faiblesse que nous sommes forts (cf. 2 Co 12, 10). C’est surtout dans les moments de difficulté que Dieu soutient notre liberté et nous encourage par sa grâce. Il a voulu vivre en tant qu’homme, afin que nous puissions vivre avec Lui, pour toujours, comme témoins joyeux de l’espérance.
Chers amis, c’est dans cette amitié avec Jésus que s’opère notre discernement, une réflexion en implorant le don du Saint-Esprit. Il s’agit d’un exercice constant pour avancer avec ordre et assurance.
Comment bien discerner ?
Tout d’abord, rappelez-vous que la Parole du Seigneur est toujours une lampe pour nos pas (cf. Ps 119, 105). À la lumière de l’Évangile, la formation spirituelle passe par la prière et le service ; l’adoration et l’action ; le silence — ce silence si rare et si nécessaire, loin du vacarme médiatique — et l’annonce.
Ensuite, inspirez-vous de l’exemple des saints : même dans la persécution, ces frères et sœurs ont ouvert des chemins de paix. Regardez ces prêtres passionnés par le Christ, comme saint Eugène de Mazenod et saint Jean-Marie Vianney ; regardez la beauté mystique de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; la bienheureuse Pauline Jaricot, fervente dans la charité et la mission ; le courage des 50 [cinquante] martyrs de l’apostolat de la seconde Guerre Mondiale qui ont servi leurs frères jusqu’au sacrifice de leur vie. Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi.
Chers jeunes, lorsque vous discernez votre vocation, soyez certains que le Seigneur ne vous parle pas de manière confuse, mais il s’adresse à chacun par votre nom, et il vous invite à le suivre car il vous aime. En accueillant son Évangile, l’esprit clair et le cœur pur, vous comprendrez comment Jésus vous appelle à servir. Il s’agit toujours d’un don de vie : plein, fidèle, débordant d’amour. Pour vaincre l’angoisse ou l’incertitude, ayez le courage de dire un seul mot, simple et magnifique : merci. Merci, Jésus, pour ton amour.
C’est pourquoi maintenant, sans crainte mais dans la confiance et plein de joie, nous pouvons déjà dire tous, tous ensemble, à la suite des saints : Me voici Seigneur !
Tous ensemble : Me voici Seigneur !
Et je m’adresse à ceux d’entre vous – et ils sont nombreux ici ce soir – qui pensent entendre l’appel à suivre Jésus sur la voie du sacerdoce ou de la vie consacrée. Chers amis, l’Église en France a tant besoin de vous !… elle prie pour vous, elle vous attend. Chers amis, n’ayez pas peur de cet appel ! Ayez de l’audace ; ayez confiance en Jésus qui veut faire de vous ses plus proches amis : Il ne vous décevra pas et sera toujours à vos côtés ; votre vie sera merveilleusement belle et féconde.
Pour conclure, nous pouvons reprendre cette prière que saint Jean-Paul II nous a transmise : « Maître, toi qui aimes et respectes la personne humaine, toi qui as partagé la souffrance de l’homme, toi qui éclaires le mystère de l’existence humaine, fais-nous découvrir le vrai sens de notre vie et de notre vocation ! » (Homélie lors de la XIIe Journée mondiale de la jeunesse, Paris, 24 août 1997). Merci !
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Discours du Saint-Père
Dans la nuit, la lumière apparaît encore plus éclatante. C’est ainsi, chers jeunes, que nous avons ensemble entendu les paroles de saint Paul. Nous voulons les porter haut, comme une torche qui éclaire, non seulement la prière de chacun, mais aussi toute l’histoire de l’Église. L’Apôtre observe son époque, et il accueille l’inspiration divine, c’est-à-dire l’Esprit Saint qui ouvre toujours des perspectives lumineuses d’avenir. Oui, Dieu est le Seigneur de l’histoire et, quoi qu’il arrive, Il la conduit vers le salut : dans le Christ, tout mal trouve une fin, précisément parce que la fin devient le commencement d’une vie nouvelle et éternelle.
Chers amis, pour éclairer notre époque et transformer le présent à la lumière de l’Esprit, rappelons-nous avant tout que, comme Timothée, nous sommes des hommes et des femmes de Dieu. Cette expression – de Dieu –, choisie par saint Paul, signifie un lien, et non une possession. Celui qui vit avec Dieu est libre : libre de tout ce qui obscurcit la vie et la rend vide et dénuée de sens. Jeunes de France, vous portez dans votre cœur un immense désir de liberté, un mot qui résonne avec force dans votre culture. Mais quelle est donc la source de la vraie liberté ? Jésus nous l’indique clairement lorsqu’Il dit que c’est la vérité qui nous rendra libres (cf. Jn 8, 32) ; et que la Vérité, c’est Lui-même (cf. Jn 14, 6) ! Voilà donc la source de la vraie liberté : la relation vivante avec Jésus.
La compagnie du Seigneur donne, en effet, sagesse à nos projets et beauté aux désirs que nous portons dans le cœur. Dieu traverse notre âme comme une lumière en nous invitant à un renouveau permanent, à une conversion qui donne tout son sens à l’existence, parce qu’elle fait de nous les acteurs d’une histoire qui passe de la confusion à la recherche de la vérité ; de l’indifférence à l’engagement pour la justice. Saint Paul le dit par trois verbes qui font appel à notre liberté : évite, tends, combats.
L’Apôtre écrit à Timothée : avant tout, « évite ces choses », c’est-à-dire l’orgueil, la vanité, la violence, la cupidité (cf. 1 Tm 6, 4.10). Ce sont là des sentiments qui nous saisissent et qui nous possèdent. L’égoïsme qui les caractérise cache une solitude effrayante. Pour savourer la proximité de Dieu et la fraternité humaine, il faut rejeter cette convoitise qui consume les relations sans rien donner en retour, et qui nous gave de choses sans nous rassasier. C’est là un style de vie qui pousse à tout avoir, mais à n’être personne ; à recevoir quantité de “j’aime”, mais à rester seul avec soi-même.
Quand nous décidons de ne pas suivre ce style, nous commençons alors à tendre vers « la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur » (v. 11). Oui, celui qui vit avec Dieu tend vers le meilleur : il est en exercice constant. Il recherche la vertu, c’est-à-dire la force qui le rend bon et vrai. Chers amis, la dynamique qui caractérise l’existence chrétienne porte un nom précis : elle s’appelle chemin de sainteté. C’est le chemin que le Seigneur ouvre devant chacun de nous, en nous accompagnant tout au long de la route. Et combien de fils et de filles de cette terre bien-aimée de France se sont laissés conduire sur cette voie ! Pensons, par exemple, au bienheureux Marcel Callo, un jeune Français, scout et ouvrier qui, dans l’obscurité du camp de concentration, n’a pas cessé de tendre vers le bien, en restant libre intérieurement.
Au fur et à mesure que nous avançons sur ce chemin de la sainteté, il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien. Il ne s’agit pas d’un principe abstrait, ni d’une affirmation évidente : choisir le bien est l’acte propre de la liberté par lequel celle-ci se réalise, se rectifie et mûrit. Pour faire les bons choix, souvenez-vous de ce critère : le bien donne la vie, il ne l’enlève jamais. Le bien prend soin, il ne prend pas pour lui-même. Le bien n’est pas un beau concept, mais le visage rayonnant de l’amour : il est Dieu en personne ! Les vertus que saint Paul nous indique comme reflets de sa bonté sont les suivantes : la justice envers l’humanité ; la piété et la foi envers Dieu ; la charité envers tous ; la patience envers ceux qui nous font souffrir ; la douceur qui caractérise ceux qui recherchent la paix avec un cœur pur.
Les principes d’égalité et de fraternité qui inspirent votre société trouvent ici leur fondement : plus que des prescriptions légales, ce sont les choix radicaux et courageux d’un cœur libre. Faire nôtres ces principes n’est pas seulement un engagement moral : c’est choisir de devenir des hommes et des femmes authentiques, libres de tout compromis.
À ce propos, l’Apôtre nous livre un troisième verbe : combattre. En effet, éviter le mal et tendre vers le bien implique de combattre. Combattre, oui, comme l’a fait saint Paul, souvent représenté une épée à la main, image de la Parole de Dieu, « l’épée de l’Esprit » (Ep 6, 17). Ce verbe résonne avec force, ici en France, terre de sainte Jeanne d’Arc, une jeune fille qui a su combattre avec audace. Mais attention, le verbe comme l’image nous sont désormais clairs : le combat auquel nous sommes invités est celui de la foi, c’est-à-dire l’engagement à vivre selon l’Évangile en tant que disciples de Jésus, le Fils de Dieu qui fait de nous des frères et sœurs. C’est en son nom que nous recevons la force des justes pour résister à la tentation. C’est en son nom que nous recevons la persévérance des doux, pour nous consacrer au bien. Notre combat n’est pas un combat contre les autres, il n’utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l’oppression. Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne.
Nous savons, malheureusement, qu’il y a des forces qui s’opposent à notre relation avec Dieu ; des puissances qui cherchent à diviser les personnes et les peuples en les dressant les uns contre les autres. Ces maux ont non seulement un visage violent, mais prennent aussi parfois une apparence insidieuse ; car ils promettent précisément ce qu’ils nous enlèvent, à savoir le bonheur. Mais lorsque nous nous sentons entourés de leur obscurité, la lumière de l’Esprit Saint nous éclaire et nous réconforte : cette nuit, donc, choisissons ensemble les vertus que nous devons développer pour suivre le Seigneur.
Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin de sainteté, car nous le parcourons en union avec tous nos frères et sœurs qui nous entourent. Vous en faites d’ailleurs l’expérience ce soir, comme lors de grands rassemblements tels que les Journées Mondiales de la Jeunesse. Nous avons aussi pour alliés les saints qui nous soutiennent dans l’épreuve. Chers amis, lorsque les choix de la vie exigent du courage, sollicitez leur intercession et imitez leur exemple. Comme nous l’avons chanté dans les litanies, l’encouragement des saints nous assure que nous ne sommes jamais seuls dans la prière, que nous ne sommes jamais seuls dans l’Église. En ces temps particuliers, demandons leur aide pour être des artisans de paix : désir éternel de Dieu et engagement constant de l’humanité ! Ce soir, j’ai évoqué certains d’entre eux. Demandons également à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de nous enseigner sa petite voie de l’amour quotidien, fondement solide de toute paix durable.
Le Seigneur réalise cette paix à travers l’alliance qu’Il conclut avec nous tous par l’intermédiaire de Jésus, le Christ. C’est pourquoi, en indiquant le fondement de notre expérience de foi, saint Paul parle non seulement de ce que nous pouvons faire en répondant à Dieu, mais aussi de ce que Dieu fait pour nous. L’Apôtre le résume par un épisode : Jésus devant Pilate, la vérité de l’amour devant l’hypocrisie du pouvoir. Le « bon combat » coïncide alors avec le « beau témoignage » (cf. vv. 12-13). C’est ce que démontre l’emploi d’un même adjectif kalos, qui signifie ici bien fait. L’œuvre bien faite, celle qui est bonne, c’est la rédemption que Jésus accomplit pour nous. Dans son combat contre le péché et la mort, la victoire du Christ nous libère, elle nous sauve de tout mal et nous invite à faire toute sorte de bien.
Dans cette lumière, regardons les deux reliques que nous avons devant les yeux : la tunique et la croix. L’une a été enlevée au Christ ; l’autre, lui a été donnée. En ce sens, elles sont toutes deux des signes de sa passion : Jésus est dépouillé de sa tunique pour nous revêtir de la robe blanche, lavée « dans le sang de l’Agneau » (Ap 7, 14). C’est ainsi que la croix, instrument de mort, devient signe d’espérance. Toutes deux, la tunique et la croix, nous représentent, nous l’Église qui naît de la vie de Dieu donnée au monde. Chers jeunes, pour grandir en sainteté et améliorer notre société, soyez de lumineux témoins de cet Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle qu’est le Christ lui-même, notre Sauveur : « À lui soient l’honneur et la puissance pour toujours. Amen » (1 Tm 6, 16).
Vêpres à Notre-Dame de Paris : Je vous exhorte à cultiver un amour authentique pour la liturgie
Chers frères et sœurs,
la prière du soir nous rassemble en ce lieu qui, plus que tout autre, invite depuis des siècles Paris à regarder vers le ciel. Sept années se sont écoulées depuis que le monde entier, retenant son souffle, a vu la cathédrale s’embraser dans un incendie effroyable. À l’époque déjà, nous avions levé les yeux, déconcertés, conscients de l’impuissance humaine face à l’impondérable. Cette douleur n’était pas seulement celle des catholiques, ni celle des seuls croyants. Nous avons pris conscience, en cette heure dramatique, que Notre-Dame est plus qu’un monument. La participation collective à la reconstruction, et aujourd’hui la splendeur du résultat, révèlent que le cœur d’un peuple bat en ce lieu, que nous sommes au centre vital d’une civilisation, que le passé et l’avenir s’étreignent, que le ciel et la terre se rencontrent.
J’ai souhaité vous rencontrer en ce lieu symbolique de l’Église en France. C’est pour moi une joie d’en avoir franchir le seuil, il y a instant, comme le font chaque jour des milliers de frères et de sœurs qui viennent ici du monde entier. Le simple fait d’y entrer nous met en face d’une beauté qui parle à notre cœur inquiet et l’appelle à la paix. En rendant cet espace à l’humanité tout entière, on a bien compris à quel point chaque visiteur peut se laisser régénérer par ce qu’il voit, entend et ressent. Les institutions – publiques, ecclésiales et privées – impliquées dans la restauration de Notre-Dame ont ainsi contribué, par leur apport spécifique, à réactiver les parcours culturels, existentiels et spirituels que la cathédrale révèle. Dans ce contexte, l’Église a interprété sa mission non seulement en termes de conservation, mais aussi de créativité, en faisant vivre la tradition avec l’audace de ceux qui ont la foi et sont tournés vers l’avenir avec Espérance. Je tiens à en remercier Monseigneur l’Archevêque, ses collaborateurs et la communauté diocésaine de Paris qui ont également imaginé un parcours pastoral de première annonce et d’initiation chrétienne accessible à tous. Le baptistère, qui se trouve à l’entrée comme une bénédiction et une invitation, en est le signe.
La reconstruction de la cathédrale a été l’occasion d’une rencontre qui a élargi les espaces d’accueil et de participation au-delà des frontières de l’appartenance ecclésiale. Chers évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées, séminaristes de France : laissez-vous inspirer par ce qui s’est passé ici ! Mettez en priorité l’Evangelii gaudium, c’est-à-dire cette conversion missionnaire dont le Pape François nous a donné le témoignage dès sa première Exhortation apostolique.
Dans la Lettre aux Galates, nous avons entendu la raison pour laquelle nous ne devons pas craindre : « Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). Il l’a envoyé parmi nous, dans notre monde ! Dans le texte paulinien, le verbe décrit un événement réel, historique, et non pas des circonstances idéales. Les chrétiens ne fuient pas la complexité, car Dieu lui-même les a appelés à suivre son Fils dans un monde déjà habité, déjà en mouvement, déjà marqué par les misères et la bonté des êtres humains. Le chemin de la Croix révèle, certes, les ténèbres qui traversent le monde, mais plus radicalement encore l’amour de Dieu qui triomphe de la mort.
Le plan en croix de la cathédrale, où se fondent pierres et lumières, évoque la rencontre entre la terre et le ciel. Elle rassemble et met en ordre les événements de l’histoire, tissée de joies et de souffrances humaines. Elle les tient ensemble dans une dynamique symbolique qui construit une langue vivante à partir de différentes expressions, en les composant dans une unité.
Chers amis, c’est de l’Incarnation – « Dieu a envoyé son Fils » – que découle l’identité de l’Église, appelée à être toujours “en sortie”. En tant que disciples du Christ, vous savez bien que la communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. Au contraire, elle s’offre, à l’instar des anciennes cathédrales, comme un espace d’accueil, de respect, de révélation et de sens pour tous. C’est là que réside la force d’une Église vivante : accueillir la périphérie qui se trouve déjà en son cœur, accueillir celui qui est éloigné mais en réalité déjà proche, accueillir l’étranger en qui le Christ frappe déjà à la porte.
Si Notre-Dame est le signe de cette rencontre au cœur de Paris, les autres villes et régions de France, même les plus périphériques et rurales, seront à plus forte raison transfigurées par une présence missionnaire, simple et bienveillante, qui contribue aussi à l’harmonisation des différences culturelles et à la guérison des blessures présentes dans nos sociétés. Des côtes du Nord jusqu’à la Méditerranée, des régions intérieures aux Départements et Régions d’outre-mer, soyez une Église vivante, multiforme et proche. La pauvreté des moyens n’empêche pas la mission, car c’est la grâce de Dieu qui permet la liberté intérieure et la sobriété de vie, afin de refléter un style évangélique. Dans tout cela, valorisez avec confiance la présence missionnaire des fidèles laïcs qui sont l’avant-poste vivant de l’Église aux carrefours du monde quotidien.
D’autre part, frères et sœurs, nous ne devons pas oublier que la finalité pour laquelle ce Temple, comme toutes les autres églises, a été érigé est la prière et la louange de Dieu. C’est le lieu où la communauté chrétienne célèbre la forme la plus élevée de prière et de louange, en renouvelant dans l’Eucharistie le sacrifice rédempteur du Christ. La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré. Vidée de l’action liturgique, elle perdrait son âme. Ici, à Notre-Dame, cette vérité est mise en évidence par la disposition de l’autel au centre de l’espace. Ainsi, la communauté qui loue le Seigneur se trouve au cœur de l’édifice et les visiteurs, même pendant les célébrations, marchent autour d’elle et l’observent. L’Église y apparaît pour ce qu’elle est : un organisme vivant, une communauté croyante qui rassemble dans la louange tout ce que la culture et la Tradition lui transmettent. Elle est un Corps qui, en célébrant, dit à chacun la raison pour laquelle elle existe.
Aujourd’hui plus que jamais, nous vivons dans une époque qui semble dépourvue de plénitude, de profondeur et de promesses. La noble simplicité du chant, de la parole, du geste liturgique peut représenter pour beaucoup une lueur d’espérance, une oasis de paix dans une société hyper connectée et bruyante, où l’on peut faire l’expérience de la présence de l’Auteur du plus grand amour : « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils » (Ga 4, 4). La célébration de l’année liturgique, du dimanche et des fêtes, fait également de nous des contemporains du Christ, attentifs aux différents moments de sa vie qu’Il a entièrement donnée au Père pour le monde. Nous devenons, de la sorte, plus sensibles et plus ouverts aux signes des temps. En effet, l’écoute communautaire des Écritures et la prière nous permettent de voir les événements historiques à la lumière de Dieu – nous rendant plus conscients de nos responsabilités-, de démasquer les rapports de pouvoir injustes et de préserver les germes de justice et de paix. C’est donc l’espérance qui nous anime, et non la résignation. Et c’est de là que naissent des liens d’une plus grande fraternité, des réseaux de solidarité, fruit de la communion à l’unique Sacrifice du Christ.
À vous qui célébrez quotidiennement l’Eucharistie, je demande de veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et convenance, même là où de plus petites communautés se rassemblent. Soyez les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en témoignant toujours d’une grande humilité face au Mystère célébré. Le Concile Vatican II, dont la richesse doit beaucoup à la France, a recueilli et approfondi cet héritage de manière éminente, en reconnaissant son rôle central dans la vie ecclésiale (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 10). Je vous exhorte donc tous, évêques, prêtres, diacres et personnes consacrées, à cultiver un amour authentique pour la liturgie et à être témoins et serviteurs de la vocation prophétique, sacerdotale et royale de tout le peuple de Dieu.
La liturgie reste en cela un reflet de la vie. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours. C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. Ensemble, nous serons la prophétie qu’un monde réconcilié est possible.
Chers évêques, prêtres, séminaristes et personnes consacrées, vous qui avez été appelés à suivre le Christ, je vous remercie pour votre réponse et votre fidélité au Seigneur. Ne négligez jamais cette amitié, voulue par Jésus, qu’il faut cultiver dans la prière personnelle, fondement essentiel de toute vocation. Comme le disait Madeleine Delbrêl : « Sans la prière, nous n’aimerions pas le Dieu d’amour. Nous serons peut-être ses serviteurs, ses combattants, voire même ses disciples ; mais nous ne serons ni les enfants aimants de notre Père, ni les amis (…) de Jésus-Christ » (Notre vie, tome XV des Œuvres complètes, Nouvelle Cité, 2017, p. 41). Préservez donc votre vie intérieure avec le Seigneur, à l’école des nombreux saints qui vous ont précédés, en puisant toujours à la source de l’amour infini de Dieu dans la prière silencieuse. Votre mission découle avant tout de cette relation intime avec le Seigneur qui vous attend.
Au cœur de la ville, la cathédrale ouverte est le signe d’une communauté qui loue le Seigneur et qui vit l’hospitalité non pas comme un geste occasionnel, mais comme la forme même de son existence, afin que tous puissent se sentir chez eux, sans plus être dominés ni marginalisés dans un monde en mutation. « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, […] pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4, 4-5). Et « puisque tu es fils, tu es aussi héritier » (Ga 4, 7).
Héritiers par grâce, frères et sœurs ici rassemblés, c’est maintenant à chacun de vous, à cette assemblée priante et vivante, de devenir la chair et la voix de cette promesse. Pasteurs et personnes consacrées de France, vous êtes appelés à être les premiers gardiens de cette maison ouverte, les pierres vivantes d’une Église qui espère et qui ne craint pas l’avenir. Cette cathédrale est née de nouveau pour que vous puissiez renaître avec elle dans un élan de sainteté et de mission quotidienne. Au milieu de votre peuple, soyez l’expression limpide de la maternité divine de l’Église qui, en témoignant de l’amour de Dieu, reconstruit et guérit la famille humaine.
Levons les yeux vers la statue du XIVe siècle de la Vierge à l’Enfant que l’incendie n’a pas touchée et qui resplendit à nouveau devant nous. Que Marie, qui a gardé le Verbe dans ses entrailles, garde votre fidélité, et qu’elle soit l’étoile qui guide la mission de l’Église en France. Sainte Marie, Notre-Dame de Paris et Mère de l’Église, prie pour le peuple français, soutiens ses pasteurs et marche toujours à nos côtés.
Visite du pape Léon XIV à l’UNESCO : La dignité de chaque personne demeure intacte même dans les circonstances les plus vulnérables, jusqu’à la mort
Visite à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture :
Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
je suis heureux de me trouver aujourd’hui au sein de cette assemblée des Nations, où les langues et les cultures se rencontrent pour coopérer à un projet qui concerne l’ensemble de la famille humaine : « Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Acte constitutif de l’UNESCO, art. 1, al. 1). Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.
En tant que témoin de la paix, je vous adresse mes salutations cordiales, Représentants des États membres et Observateurs, des Organisations internationales, du monde universitaire et de la société civile. Je remercie Monsieur Khaled El-Enany, Directeur Général de cette Organisation, pour son invitation chaleureuse et pour les paroles qu’il nous a adressées. En ma qualité de pasteur, je vous transmets la parole de l’Église, qui se fait sans cesse “message etconversation” à l’intention de tous les peuples, femmes et hommes de bonne volonté (cf. Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67).
Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire. À cet égard, l’UNESCO représente à la fois un objectif et un outil pour poursuivre aujourd’hui, avec un engagement accru, cette tâche, selon nos multiples domaines d’activité. En 2027 [deux mille vingt-sept], nous célébrerons le 75e [soixante-quinzième] anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’UNESCO : une présence qui découle de la conviction que l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous considérons cette Organisation comme un interlocuteur privilégié au service du bien commun, qui est la “forme sociale de la dignité” que nous partageons tous de manière originelle et égale (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 59). Depuis 1952 [mil neuf cent cinquante-deux], la Mission permanente d’observation du Saint-Siège discerne et accompagne, dans cette perspective, les initiatives de l’UNESCO, en apportant sa contribution au dialogue entre les nations, afin de soutenir un authentique développement humain, qui n’est tel que lorsqu’il est orienté à « promouvoir tout homme et tout l’homme » (Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 14).
S’adressant à cette assemblée, mon vénéré prédécesseur saint Jean-Paul II rappelait que « genus humanum arte et ratione vivit ». Puisqu’en effet « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture », [1] ce mot “culture” désigne la manière d’être par laquelle l’homme donne un sens à tout ce qu’il fait. Quarante-six ans plus tard, alors que je renouvelle parmi vous l’engagement de collaboration du Saint-Siège, je vous invite à considérer l’UNESCO non seulement comme une Organisation internationale illustre, mais aussi comme un lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir. Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes.
Dans le domaine de l’éducation, l’Église catholique apporte une expérience très ancienne : depuis des siècles, ses communautés ouvrent des écoles et des universités, enseignent à lire et à écrire, et sont présentes même dans les endroits les plus pauvres et les plus reculés. Avec le Pacte éducatif mondial, mon prédécesseur François a souhaité inscrire cette expérience dans une alliance éducative plus large, ouverte à la contribution de tous. Mais ce que je souhaite vous transmettre, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent. Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité (cf. ibid., nn. 10-11).
Au sein de notre assemblée, il convient donc d’explorer une question fondamentale, qui nous interpelle avec une urgence particulière : qu’est-ce qu’être humain ? Chaque culture est confrontée à cette question, qui touche à la synthèse de tous les savoirs, de tous les arts et de toutes les religions. Même au XXIe siècle, après tout, nous ne pouvons tenir pour acquis que nous savons qui nous sommes et ce que signifie vivre en êtres humains. En effet, chaque génération est appelée à relever ce défi culturel, notamment face aux tragédies qui, hélas, continuent de se produire aujourd’hui.
Avant tout, l’homme est celui qui est conçu et naît : être humain signifie donc, avant tout, être un enfant. Nul ne choisit de l’être. Personne ne décide par qui, quand ni où naître. Cette évidence met en lumière un fait non seulement biologique, mais aussi éthique : enfants, nous sommes tous frères et sœurs. Notre humanité est d’emblée un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité. Pour tout être humain, la procréation instaure un lien originel, une communion de vie qui trouve sa source et son premier contexte éducatif au sein de la famille.
Deuxièmement, nous naissons tous nus et démunis. Nous naissons pauvres : dépourvus de pain et de paroles, de soins et d’affection, c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en vieillissant, nous risquons de l’oublier. Et les plus grandes conséquences de cette amnésie sont subies par les plus démunis, chaque fois que leur humanité est trahie, rejetée, exploitée ou trompée. L’oubli de notre naissance obscurcit l’idée même de vie humaine, car il la détache de l’histoire commune à tous. Ainsi, la vie n’est plus conçue comme un don, mais comme une marchandise. Elle n’est plus perçue comme un appel à la sollicitude et à la responsabilité, mais comme un produit à exploiter. Cette alternative, pour le moins dramatique, nous rappelle qu’être humain, c’est être libre par nature. Puisque chacun de nous est un enfant, notre liberté commence par notre réponse à celle de la première personne qui nous adresse la parole, par des gestes d’affection ou de rejet, d’acceptation aimante ou d’abandon et de cruauté.
Troisièmement, se souvenir de notre humanité commune, c’est reconnaître sa magnificence, son potentiel immense, malgré les nombreux maux et injustices qui la caractérisent. Ceux qui se consacrent à l’éducation, à la science et à la culture sont d’autant plus appelés à prendre soin de chaque personne, afin que rayonne la beauté de notre liberté. Cette beauté a un nom : la justice. Oui, la liberté est belle lorsqu’elle est orientée vers le bien et la vérité ; elle est pervertie lorsqu’elle sombre dans l’arbitraire, la violence et la soif de pouvoir. Être humain implique donc une responsabilité face à l’appel de l’histoire : l’homme est celui qui grandit, apprend et travaille de son esprit et de ses mains. Par son engagement, il peut cultiver ou défigurer la terre, créer de l’art ou détruire. En ce moment précis, nous devons reconnaître que la plus terrible des « œuvres humaines » est la guerre ; car en elle, la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer.
À cet égard, le préambule de la Constitution de l’UNESCO s’ouvre sur des mots d’une actualité surprenante – comme nous l’avons constaté avec le « Mur de la Paix » – : « Puisque les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être placées les défenses de la paix » ( Constitution de l’UNESCO , Préambule, 1945). Ces mots furent écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la tragédie la plus dévastatrice du siècle dernier. L’humanité avait alors compris que le progrès scientifique, dissocié de la sagesse, pouvait devenir une arme redoutable ; que la culture, lorsqu’elle se soumet à l’idéologie, pouvait se muer en mensonges et en propagande ; que l’éducation, lorsqu’elle renonce à la vérité, se réduisait à un instrument de manipulation des consciences. Les États fondateurs de l’UNESCO avaient compris que les traités sont nécessaires, mais non suffisants en eux-mêmes. Ils requièrent une culture et un engagement commun en faveur de la paix pour perdurer. La paix ne peut se construire par les seuls traités, ni par des compromis entre forces opposées. La paix est véritable lorsqu’elle naît de la vertu de justice et non d’un simple contrat, d’une volonté juste et non d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté juste peut reconnaître en autrui un frère ou une sœur, une personne semblable à soi.
Quatre-vingts ans plus tard, les termes de votre Charte fondatrice n’ont rien perdu de leur force. Pourtant, nous constatons aussi combien ce principe commun est profondément menacé par des formes de barbarie qui attisent la rivalité et les conflits. Parmi les défis auxquels le monde scientifique et éducatif est confronté aujourd’hui, je relève tout particulièrement ceux qui se posent dans le vaste domaine de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, et non qu’elles deviennent un instrument de domination et d’injustice.
Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par les humains ont été confiées aux machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de croître. Plus récemment, certains systèmes artificiels se sont même vu attribuer le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Pourtant, dans le même temps, nos idées et nos relations risquent de s’appauvrir sous l’effet d’un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus flagrant : tandis que l’« intelligence » est attribuée aux systèmes informatiques, nous peinons à reconnaître la dignité inaliénable des êtres humains, dont la vie est évaluée à l’aune de l’efficacité et, lorsqu’elle est jugée improductive, rejetée et mise au rebut.
Cette douloureuse réalité nous invite à réfléchir à la fois à la fragilité de la nature humaine et à l’immense dignité de chaque personne, une dignité qui demeure intacte même dans les circonstances les plus vulnérables, jusqu’à la mort. Oui, un être humain est certes quelqu’un qui naît, mais aussi quelqu’un qui meurt . Notre dignité n’est ni anéantie par la maladie ni par la douleur, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle requiert une attention bienveillante à chaque étape de la vie.
Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière dans le Christ qui, « précisément par la révélation du mystère du Père et de son amour, révèle pleinement l’homme à lui-même et lui fait connaître sa vocation suprême » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes , 22). À la lumière de sa lumière, chaque personne nous apparaît comme une créature voulue et aimée de Dieu. Cette lumière nous aide aussi à saisir plus profondément le sens de notre expérience humaine commune.
Mesdames et Messieurs, au nom de notre histoire commune, en tant qu’hommes et femmes de science, vous êtes constamment appelés à coopérer afin que, de perspectives diverses, une convergence de vues puisse émerger, et de cette convergence une harmonie d’action. Cette harmonie s’exprime dans le travail de l’UNESCO lorsqu’elle donne une voix unifiée aux plus hautes intentions de bien et de sollicitude envers l’humanité. Là où règne l’harmonie, il y a accord entre les différentes voix et, par conséquent, concorde entre les nations que vous représentez.
À cet égard, je voudrais évoquer deux images tirées de la Bible, grand code culturel de l’humanité : la tour de Babel et la place de la Pentecôte. Je vous les propose comme autant de manières de représenter l’unité de la famille humaine qui, aujourd’hui encore, est sans cesse appelée à discerner le sens et la direction de l’histoire qu’elle traverse. Ces récits bibliques, en effet, mettent en scène deux formes sociales qui nous invitent à réfléchir sur les circonstances de notre présent.
La tour de Babel représente une unité imposée par la domination (cf. Gn 11, 4). Cet édifice révèle également que plus le pouvoir opprime, plus il s’affaiblit, dévoilant son visage inhumain. Cela se manifeste dans les souffrances et les injustices engendrées par le despotisme, ainsi que dans l’exploitation qui nuit à la société et à l’environnement. L’histoire nous enseigne que de nombreux empires ont célébré leur arrogance avant de s’autodétruire et de s’effondrer comme une tour. Le résultat de cet orgueil démesuré et anéanti est la dispersion. La prétention de se prendre pour Dieu et de soumettre les peuples à un joug unique engendre la confusion des langues et une incompréhension générale. Au lieu de toucher les cieux, comme elle le prétendait, la tour de Babel s’écroule, avec un double effet néfaste. De même que l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui suit son effondrement est conflictuelle. Aujourd’hui, la tentation de Babel ressurgit dans une mondialisation menée sans fraternité, dans un colonialisme financier avide, dans des impositions idéologiques, dans tous ces « contacts sans liens » qui réduisent la vie humaine à un commerce (cf. Commission théologique internationale, Quo vadis, humanitas ? 42). La science elle-même, réduite à une technique de pouvoir, ne sert plus à élever la personne humaine, mais risque au contraire de dégrader les fruits de l’engagement.
Aujourd’hui, nous disposons d’outils capables de connecter instantanément les individus et les continents, et pourtant, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’isolement, de pauvreté matérielle et spirituelle, et d’abandon. La communication est devenue beaucoup plus rapide, mais pas nécessairement plus fiable ; l’information abonde, mais elle ne se confond pas avec la connaissance. En l’absence d’une éthique partagée, les canaux de communication les plus diversifiés risquent de multiplier les fausses informations ou d’employer des termes vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser.
L’intelligence artificielle exacerbe ce problème : bien que ces systèmes soient capables de corréler des données, ils ne peuvent répondre aux questions relatives au sens de l’existence humaine, qui s’enracine dans l’expérience vécue. Or, l’être humain ne peut vivre sans sens. Le sens est l’oxygène de l’esprit. Dès lors, les défis de la communication, qui sont toujours des défis éducatifs, soulèvent la question de la vérité comme un enjeu de justice sociale et d’équité historique. C’est pourquoi l’éducation dans ce domaine est essentielle, et je salue l’initiative de l’UNESCO à travers son programme « Éducation aux médias et à l’information » (EMI), qui promeut un usage responsable des médias et des outils numériques.
En effet, sans vérité, le langage se trouve soumis à la logique de la violence et à la volonté arbitraire des puissants. D’autres sont ainsi exclus au nom du profit, et des innocents sont tués au nom de la liberté. Plutôt que de respecter la loi, ceux qui détiennent le pouvoir l’invoquent lorsqu’elle sert leurs intérêts et l’ignorent lorsqu’elle les limite, allant jusqu’à traiter la justice comme une marchandise. Si l’on reconnaît que la corruption de la loi découle de la corruption du cœur, on comprend alors que toute science risque de perdre son sens si elle est pratiquée sans éthique, cessant ainsi de servir et de refléter la dignité humaine.
À cet égard, j’exhorte la communauté internationale dans son ensemble à accorder une attention particulière à la protection des enfants et des jeunes. À l’ère du numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir un prétexte à l’exploitation. Puisse ces technologies soutenir leur développement, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de pensée et de discernement, et en restant toujours au service de la dignité humaine.
La corruption culturelle dont nous parlons trouve sa rédemption sur la place de la Pentecôte. Là, un message de paix est accueilli comme une bonne nouvelle par tous les peuples. Ce message proclame la résurrection de Jésus, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort, le salut qui donne espérance au monde. Le jour de la Pentecôte, la place devient un lieu où se célèbre la paix qui guérit toute atteinte à la personne humaine. Chacun entend ce message « dans sa propre langue », et la communion n’entrave en rien la diversité (cf. Ac 2, 8). Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. Dans la proclamation de la paix, la variété des cultures devient le vecteur d’une vérité universelle. L’enseignement biblique nous montre ainsi le chemin vers ce que nous recherchons tous : « cette unité qui n’efface pas les différences, mais qui valorise l’histoire personnelle de chacun et la culture sociale et religieuse de chaque peuple » ( Homélie lors de la célébration eucharistique pour le début du ministère pétrinien , 18 mai 2025). Ce n’est pas l’arrogance de Babel, mais la paix de la Pentecôte qui rend possible une telle communion entre tous les peuples. Chaque culture, dès lors, atteint sa plus haute sagesse lorsqu’elle recherche la paix et le bien de tous, témoignant ainsi du sens authentique de notre humanité.
Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation savent que seule la vérité nous libère. Ceux qui enseignent et font de la recherche savent que l’erreur nous asservit à l’ignorance et à la superstition. Lorsque nous rencontrons des obstacles à notre mission, souvenons-nous qu’il n’y a qu’une seule terre pour tous et une seule nature humaine. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, nos relations aux autres et à l’environnement. Tout participe de l’unité de notre existence. Cultiver la terre, c’est donc cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, comme l’indique l’étymologie du mot, toute culture est une culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin à la fois de la personne humaine et de la création : le pape Benoît XVI a parlé de la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que le pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Parlement fédéral , 22 septembre 2011 ; François , Lettre encyclique Laudato si’ , 137-162).
Le critère qui nous permet d’évaluer cet engagement est notre souci des plus petits et des plus pauvres : les enfants à naître et sur les différents théâtres d’opérations, les personnes handicapées physiques et intellectuelles, les personnes âgées, les migrants et les réfugiés, et tous ceux que l’orgueil exclut, les jugeant improductifs. Ils sont le test de notre affirmation du respect de la dignité humaine, dont la protection et la promotion s’étendent aussi à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploitation et de pillage, qui cherche à tirer le maximum de chaque être vivant, à consommer sans protéger et à détruire sans cultiver. C’est pourquoi la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture recèle une sagesse qui s’épanouit au sein d’un écosystème de peuples. Oui, la société est bien l’ habitat de la personne humaine : non pas un simple milieu physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un milieu moral et relationnel. Dans la paix sociale, les peuples prospèrent selon la justice.
C’est donc là que l’UNESCO trouve la synthèse de ses hautes missions éducatives et scientifiques : dans le travail patient de construction de la paix. Face aux nombreuses et complexes urgences de notre époque, le monde considère les institutions internationales avec des sentiments contrastés. D’une part, celles-ci sont appelées à relever des défis qu’aucun État ne peut affronter seul. D’autre part, ces mêmes institutions traversent une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est considéré comme un frein à l’action au lieu d’une ressource pour la paix ; comme une forme d’hypocrisie plutôt que comme une occasion de rechercher ensemble le bien. Face à ces dérives, il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. Que l’UNESCO témoigne donc de cet espoir en favorisant l’entente entre les nations, par le dialogue entre leurs cultures respectives. Nous croyons, en effet, que l’éducation est l’instrument qui permet de surmonter les peurs réciproques et que la science peut être au service de la vie de chaque être humain, en semant aujourd’hui les graines d’une bonne récolte pour l’avenir. Cette confiance nourrit notre espérance dans la charité, c’est-à-dire dans le service pour le bien du prochain : en nous consacrant tous, avec cohérence, à notre magnifique humanité, la paix pourra enfin s’épanouir.
Alors que nous coopérons à cette œuvre, les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos interrogations face à l’origine de la vie et à sa fin, en élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. En effet, lorsque les hommes et les femmes de bonne volonté orientent leurs actions vers Dieu, le pluralisme des cultures ne se disperse pas dans le désordre de Babel. L’humanité se retrouve au contraire dans une recherche commune de sens, et vers une destinée qui n’est pas la mort. Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs.
Je souhaite donc que notre rencontre renforce l’engagement de chacun à œuvrer sans relâche pour que la conscience d’appartenir à une seule famille humaine devienne plus vivante, plus active et plus juste. À cet égard, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à l’ensemble du personnel de l’UNESCO, qui accomplit avec compétence et dévouement cette mission si noble : édifier la paix en cultivant toutes les sciences et tous les arts de l’homme.
Je vous adresse ces paroles à vous tous, aux peuples que vous représentez, et tout particulièrement aux jeunes. Ce sont en effet les nouvelles générations qui observent avec le plus d’attention notre action. Tout en soutenant leurs aspirations à la justice, c’est avec gratitude et estime que j’invoque sur vous tous et sur vos nations l’abondance des bénédictions de Dieu, Créateur tout-puissant et miséricordieux. Merci.
[1] Discours à l’UNESCO, 2 juin 1980. Cf. Thomas d’Aquin, In Aristotelis Posteriora Analytica, 1.
« La protection du droit à la vie constitue le fondement de tout autre droit humain »
Lors de sa rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique au palais de l’Elysée, le pape Léon XIV a prononcé ce discours :
Monsieur le Président,
Distinguées Autorités et membres du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs,
c’est pour moi une grande joie d’être parmi vous aujourd’hui. Je vous suis particulièrement reconnaissant, Monsieur le Président, de votre cordiale invitation à venir visiter la France et je vous remercie des paroles de bienvenue que vous venez de m’adresser. À travers vous, je salue aussi tous ceux et celles qui habitent ce pays au vaste patrimoine culturel et religieux. Ils forment ensemble un peuple au sein duquel la diversité des origines contribue à vivifier la vie démocratique et enrichir l’art de vivre ensemble. Je tiens également à vous assurer, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, que la France est très souvent au cœur de la prière du Pape, qui n’oublie pas ses origines familiales normandes et béarnaises.
Ma visite en France commence par la capitale de votre pays, Paris, souvent désignée comme la Ville lumière. Depuis des siècles, la France brille comme un phare culturel, artistique et spirituel, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde. Forte de ses Écoles cathédrales, de ses Universités, de ses Académies, lieux essentiels de recherche de la vérité, la France a contribué à forger l’intelligence des populations, bien au-delà de ses frontières. L’illumination d’esprits d’exception français, qui étaient en même temps de grands catholiques, souligne combien les sciences, les arts, la littérature, la philosophie peuvent concourir au bien de l’humanité dès lors qu’ils sont orientés vers la recherche du beau, du bien et du vrai, afin que le monde ait la vie.
Le savoir-faire français est synonyme d’excellence dans de nombreux domaines. Il s’est notamment illustré de manière remarquable dans le vaste chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, auquel nombre d’institutions, tant privées que publiques, ont dès le début participé ; et auquel vous avez, Monsieur le Président, réservé une attention particulière, ce dont je vous remercie. Je salue avec reconnaissance tous les artisans et corps de métiers qui s’y sont investis. La récente réouverture de la cathédrale à la célébration du culte divin, comme aux visiteurs du monde entier, n’est pas seulement le couronnement d’une prouesse technique, mais le symbole d’une espérance retrouvée, la preuve que ce que l’on croyait détruit à jamais peut renaître grâce à la collaboration de chacun, et le témoignage d’une unité réalisée dans l’effort commun. Un si bel accomplissement doit inspirer à tous les acteurs de la vie politique, sociale et religieuse du pays un nouvel élan pour œuvrer sans cesse dans un esprit d’unité, avec la force d’une vivante espérance.
La France est aussi une terre aux riches racines chrétiennes. Depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, l’âme de votre patrie s’est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd’hui à travers le monde. C’est ainsi que, dans la France du XVIe siècle, s’est épanoui l’humanisme qui cherchait à unifier l’héritage gréco-romain et la foi chrétienne. Aux célèbres penseurs de la Renaissance, puis du Grand Siècle, feront suite ceux des Lumières, la France apportant alors au monde de véritables conquêtes ; parmi elles, la reconnaissance des Droits de l’homme, inscrits dans la nature de la personne humaine, en particulier la liberté religieuse. Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement.
La Déclaration universelle des droits de l’homme, qui fut proclamée dans cette ville de Paris – et où le juriste français et prix Nobel de la paix, René Cassin joua un rôle de premier plan dans son élaboration – a eu pour but de créer une conscience générale de la dignité inaliénable de la personne humaine. Saint Jean-Paul II, qui considérait ce document comme « une véritable pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité », avait conscience que « toute menace contre les droits humains, aussi bien dans le cadre des biens matériels que dans celui des biens spirituels, est également dangereuse pour la paix car elle touche toujours l’homme dans son intégralité ». [1]
La question du respect de la dignité humaine et des droits et libertés fondamentaux qui dérivent de la nature humaine se pose à toute époque et doit accompagner les évolutions de la société et du progrès technique. En effet, « au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration significative des conditions de vie de l’humanité ; en même temps, chaque étape du progrès a également révélé la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien » ( Magnifica Humanitas, n. 4). Déjà en son temps, Georges Bernanos percevait le risque de voir l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité devenir maîtres d’un “Paradis des Machines”. Il soulignait comment, pour leur échapper, la civilisation française avait, au contraire, travaillé pendant des siècles à former des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes. [2]
Pour cette raison, il m’est apparu indispensable d’aborder, dans ma première Lettre Encyclique, le thème de l’Intelligence Artificielle, afin de replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion. Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du “paradis de machines” qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique, capable de voir ce qui est moralement bon. Cette exigence est requise pour reconnaître le bien véritable qui fait grandir l’homme selon sa vocation première, dans le respect inconditionnel de sa liberté intérieure et de sa dignité sacrée. À cet égard, je voudrais rappeler « qu’une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique qui enrichit le tissu social » (Discours au Corps Diplomatique, 9 janvier 2026). Ce dialogue est d’autant plus urgent dans le contexte de la France d’aujourd’hui où des personnes de différentes appartenances culturelles et religieuses sont appelées à vivre ensemble et à donner leur contribution à l’édification de la société.
C’est justement grâce à la richesse de son tissu social que, depuis des siècles, la France se distingue par une attention à la diversité et un fort désir de solidarité. Par l’œuvre insigne d’hommes et de femmes demeurés fidèles à leur humanité et aux valeurs de l’Évangile, l’Église catholique en France n’a cessé d’œuvrer pour le bien des plus démunis, se faisant le visage vivant de la tendresse et de la compassion de Dieu.
Pensons aux œuvres de saint Vincent de Paul, au renouveau caritatif du XVIIe siècle, et aujourd’hui encore aux nombreuses institutions catholiques où des soignants accompagnent nos frères et sœurs fragilisés par la souffrance. Leurs témoignages d’attention et de service constituent une véritable école d’humanité sur la grandeur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain. Ils sont aussi une invitation à la fraternité renouvelée qui nécessite d’apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l’existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus. C’est pourquoi je réaffirme « avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain » (Discours au Corps Diplomatique, 9 janvier 2026).
Il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances. Le risque est souvent de tomber dans l’illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément.
Je constate parfois avec préoccupation les dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée. N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l’intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs.
Comment ne pas voir aussi dans un tel engagement l’expression de la juste laïcité de la Cité terrestre ? Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. En effet, « la véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative » (Discours aux participants à la réunion nationale des enseignants de religion catholique, 25 avril 2026).
C’est précisément la raison pour laquelle l’École catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France. « Cela s’inscrit d’ailleurs dans une attitude plus large, indispensable à tout dialogue, à l’école comme dans la société : connaître et aimer ce que l’on est, pour savoir aller à la rencontre de l’autre avec respect et ouverture d’esprit » (Ibid, 25 avril 2026).
Une juste laïcité ne consiste donc pas à exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation, mais à travailler pour que l’État et les institutions religieuses dialoguent ensemble et unissent leurs forces au service du bien commun, pour que le monde ait la vie. À cet égard, je salue le travail effectué dans le cadre de l’Instance de dialogue entre le Saint-Siège, l’Église catholique en France et le Gouvernement français. De fait, l’infatigable œuvre de l’Église catholique, à travers la richesse de ses expressions et institutions, est assurément précieuse et louable pour le bien-être de toute la société. De tels échanges illustrent très heureusement cette saine complémentarité qui fut réaffirmée lors du Concile Vatican II, en ce sens que « [la communauté politique et l’Église] quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération » (Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 76-3).
Je constate également avec joie que cette même volonté de servir ensemble toute personne, quelle que soit son origine, inspire depuis des siècles la coopération entre la France et l’Église catholique au service des chrétiens d’Orient. L’action éducative, sociale, culturelle et humanitaire menée dans les pays du Moyen-Orient, en lien avec diverses associations telles que l’Aide à l’Église en Détresse ou l’Œuvre d’Orient, est une précieuse contribution au dialogue entre les peuples et au soutien des droits de toute personne.
Il y a là un témoignage éloquent où culture et foi se présentent comme les piliers qui favorisent l’harmonie entre différents peuples et religions pour le service de la paix et de la médiation entre les hommes. Ici également, l’éducation constitue un enjeu particulièrement important. Elle demeure de fait l’un des principaux domaines de coopération, trouvant notamment une expression concrète et féconde à travers le Fonds pour les écoles d’Orient. À ce sujet, je souhaite exprimer ma reconnaissance à toutes les personnes investies dans ce projet qui, depuis sa fondation en 2021, a permis d’apporter un soutien à plus de deux-cent soixante établissements d’enseignement au Moyen-Orient, y compris à sept universités au Liban et à l’université de Bethléem.
Mais comment évoquer cette région du monde, où est né le Prince de la Paix il y a deux mille ans, sans penser aussi à toutes ces populations affectées par les conséquences de conflits et à tous ceux qui sont affligés par le fléau de la guerre. Nous ne pouvons pas rester indifférents devant de telles souffrances qui blessent la dignité humaine et crient justice à Dieu. La gravité de ces situations doit nous interpeler et appelle chacun, là où il se trouve, à une véritable conversion du cœur et à un changement d’attitude. C’est en reconnaissant humblement le besoin que nous avons les uns des autres que nous pourrons ensemble œuvrer davantage à la construction de la civilisation de l’amour au cœur de notre monde devenu si complexe et interdépendant (cf. Lett. enc. Magnifica humanitas, n. 182). En même temps, comme l’affirmait déjà en son temps mon saint prédécesseur Jean XXIII, « la justice, la sagesse, le sens de l’humanité réclament […] qu’on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l’armement existant dans les divers pays, la proscription de l’arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d’un commun accord et accompagné de contrôles efficaces » (S. Jean XXIII, Lett. enc. Pacem in terris, n. 112). En effet, se répand de plus en plus la conviction, erronée, que la possession de l’arme nucléaire serait un gage de sécurité, ce qui alimente une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable. (cf. Lett. enc. Magnifica humanitas, n. 194). Or, la paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice.
Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”, mais à promouvoir sans relâche le dialogue et la diplomatie, afin de préserver des sociétés pacifiques, respectueuses de la dignité et des droits de la personne et des peuples. Face aux bruits de bottes et aux crises multiformes qui ébranlent notre monde, la France a la vocation de demeurer un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme, notamment au sein de notre chère Europe. Puisse la France, dans la fidélité à ses valeurs, creuser le sillon d’une paix désarmée et désarmante, et offrir avec responsabilité sa contribution irremplaçable en faveur de la paix. Que votre liberté grandisse sans cesse dans le souci du bien commun. Que votre fraternité embrasse l’humanité tout entière. Et que l’égalité à laquelle vous aspirez s’établisse toujours sur les fondements de la justice et de la charité, sans supprimer les différences entre les personnes, mais en les faisant fructifier harmonieusement au profit de la société tout entière.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je désire une fois encore vous exprimer ma gratitude pour cette rencontre qui, pour reprendre les paroles – significatives pour chacun – prononcées par Votre Excellence aux évêques de France en 2018, souligne combien « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir ». [3]Soyez assurés de ma fervente prière pour votre belle Nation.
Que Dieu lui concède la paix, l’unité et la prospérité afin que le monde ait la vie. Je confie ces vœux à l’intercession maternelle de la Bienheureuse Vierge Marie, Patronne principale de la France.
Que Dieu bénisse la France et tous les Français !
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[1] S. Jean-Paul II, Discours à l’assemblée générale des Nations Unies, nn. 7 e 14, 2 octobre 1979.
[2] Cf. G. Bernanos, La France contre les robots, Rio de Janeiro 1946, p. 114.
[3] E. Macron, Discours du Président de la République devant les Evêques de France, Collège des Bernardins, 9 avril 2018.
Communion ecclésiale et Vetus Ordo
À l’occasion de l’arrivée en France du pape Léon XIV, la Province de France de la Fraternité Saint-Pierre vient de publier un article sur la question importante et actuelle de la communion ecclésiale et du vetus ordo. L’abbé Benoît de Giacomoni, Provincial de France de la FSSP, souligne que
La visite du pape Léon XIV en France suscite de profondes attentes spirituelles pour le renouveau de la vie chrétienne ainsi que la paix et l’unité de l’Église. Dans cette espérance commune, la Province de France de la Fraternité Saint-Pierre entend proposer une contribution théologique offrant un regard apaisé sur la communion ecclésiale et la place du Vetus Ordo. Les auteurs, prêtres de la FSSP, ont ici synthétisé et mis à jour diverses publications antérieures. Notre communauté ainsi que les fidèles de l’Église sincèrement attachés à la forme ancienne du rite romain, veulent en effet participer pleinement au témoignage actuel de l’Évangile « pour que le monde ait la vie ».
Le texte, assez conséquent, est à lire ici. En voici des extraits :
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A – L’ « ecclésiologie de communion » de Vatican II
Nombreux sont ceux qui affirment que le Vetus Ordo véhicule une « ecclésiologie archaïsante » parce que « préconciliaire », radicalement différente de l’ecclésiologie du dernier Concile4. Mais il faut rappeler que la réflexion de l’Église fonctionne par approfondissement dans la continuité, et qu’il n’y a pas une ecclésiologie valable pour un temps, dépassée ensuite par une autre. Si le Concile Vatican II proposait une ecclésiologie radicalement différente de celle du Concile de Trente, les conséquences en seraient dramatiques pour la foi. Que signifie donc, pour un catholique baptisé, être en communion avec l’Église ? Sur ce point précis, nous le verrons, le Concile Vatican II affirme avec clarté la doctrine traditionnelle.
B – La communion, un thème traditionnel
N’allons pas croire que l’idée de « communion » soit une idée récente et moderne, une nouveauté du dernier Concile5. Certes, Vatican II a beaucoup développé ce thème, mais déjà en son temps, l’encyclique Satis Cognitum de Léon XIII décrivait l’Église comme une communauté (coetus) de fidèles (§ 22), ou comme un « peuple constitué en société, un par la communion de foi, de fin et de moyens » (§21). De même le prologue de la constitution Pastor Aeternus de Vatican I proposait « une sorte de condensé de la communion ecclésiale telle qu’elle résulte de la théologie la plus vénérable des Pères6 ».
La théologie de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) a également approfondi le thème de la communion (communio), et manifeste que celle-ci est toujours fondée sur une communication (communicatio), c’est-à-dire un partage, un échange ou un don7. En effet, le thème de la communion puise ses racines dans la Révélation elle-même, comme participation à la communion trinitaire, qui nous est communiquée.
C – La communion n’est pas l’uniformité
Une remarque de vocabulaire apportera une première information, précieuse, sur la notion de communion. Les mots d’ « unité » et de « communion » sont souvent pris l’un pour l’autre. Il convient cependant de les distinguer8. Le pape saint Jean-Paul II propose ainsi une harmonisation de ces notions :
L’universalité de l’Église entraîne d’une part la plus solide des unités et, d’autre part, une pluralité et une diversité, qui ne sont pas un obstacle pour l’unité, mais lui confèrent au contraire son caractère de “communion”9.
Ainsi, on se tromperait lourdement en pensant que la communion dans l’Église consiste à être tous identiques, ou à faire tous la même chose ensemble : la diversité de missions, de grâces, de charismes dans l’Église n’est pas un obstacle à la communion, elle est au contraire nécessaire pour exprimer toute la richesse du Verbe Incarné dont elle est le prolongement, de même que la diversité multiforme des réalités créées est plus convenable que l’unicité pour exprimer la splendeur du Créateur selon saint Thomas10.
Pour le cardinal Ratzinger, l’unité et la pluralité ont « leur fondement ultime dans le mystère même du Christ qui, tout en étant mystère de récapitulation11 et de réconciliation universelles, déborde les possibilités d’expression de n’importe quelle époque de l’histoire, et par là se dérobe à toute systématisation exhaustive12 ». En un mot : le Christ est trop grand pour être réduit à un langage ou à une façon de faire unique. Nous aurons l’occasion d’y revenir : mais l’Église a toujours reconnu dans la diversité des expressions de foi, de rites, de traditions, d’usages et de formes de vie ou d’apostolat non pas un obstacle à l’unité, mais au contraire un élément en faveur de la communion13.
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B – La réception du Concile Vatican II
Conséquemment, la communion dans la foi passe nécessairement pour le chrétien par une réception de l’enseignement Magistériel (les conciles, les encycliques, etc.) qui transmet et explicite le contenu de la foi. Cela pose la question de la réception du Concile Vatican II au sujet duquel divers écrits manifestent suffisamment la position de la FSSP depuis son origine : une réception des textes du Concile Vatican II, interprétés (pour les points difficiles) à la lumière de la Tradition, et en distinguant les différents niveaux d’autorité des textes :
Jamais la Fraternité Saint-Pierre n’a donc mis en doute la valeur magistérielle du dernier Concile, sans toutefois feindre d’ignorer les difficultés ou ambiguïtés suscitées par quelques passages ou textes qu’elle s’est toujours attachée à lire et à recevoir à la lumière de la Tradition de l’Église, ce que le Pape Benoît XVI qualifiera en 2005 d’ « herméneutique de la réforme dans la continuité »36.
Le protocole d’accord du 5 mai 1988, signé entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger, qui servit de base à la fondation de la Fraternité Saint-Pierre, reconnaissait en effet le droit d’avoir une attitude positive d’étude et de communication avec le Siège apostolique « à propos de certains points enseignés par le Concile Vatican II ou concernant les réformes postérieures de la liturgie et du droit, et qui paraissent difficilement conciliables avec la Tradition ».
L’usage, dans le présent travail, de textes du Concile Vatican II pour approfondir la question de la communion et les nuances apportées à telle ou telle interprétation de cette notion, manifeste concrètement cet effort sincère de réception et d’interprétation traditionnelles. Nous refusons donc d’entériner la rupture que certains souhaitent, ou que d’autres déplorent, sur le plan magistériel, entre « Église préconciliaire » et « Église postconciliaire ». Le chantier est vaste et difficile mais il est nécessaire, au service de la communion dans la foi, et spécialement de la communion diachronique : ce que l’Église a enseigné hier, elle peut l’approfondir mais ne peut le condamner aujourd’hui car elle est Une dans le temps.
Ainsi, il apparaît clairement que notre attachement à la liturgie traditionnelle ne s’enracine pas dans un refus de l’enseignement Magistériel de Vatican II. Il faut en outre distinguer les enseignements du Concile qui s’achève en 1965, et notamment ceux de la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium, d’avec la réforme liturgique qui donne naissance au Missel de Paul VI en 1969. Cela laisse ouverte la question suivante : la Messe de saint Paul VI est-elle vraiment la « Messe du Concile » ?
5 – La soumission à la hiérarchie de l’Église n’est pas facultative
C’est le deuxième point de la communion visible : il n’y a pas de communion ecclésiale en dehors d’une reconnaissance vécue, par des actes concrets, de la hiérarchie de l’Église.
A – Bien tenir le principe
« Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église37 », dit Jésus au prince des apôtres, fondant ainsi la hiérarchie apostolique autour du pape et des évêques unis à lui. Si cela vient de Jésus, l’homme ne peut le changer : c’est une institution divine. C’est au pape et aux évêques, sur mission directe du Christ, que revient la charge de diriger l’Église, de préserver son unité et d’orienter les âmes vers le Ciel : nul ne peut le faire à leur place. L’un des fondateurs de la Fraternité Saint-Pierre, l’abbé Denis Coiffet, rappelait souvent que « ce n’est pas nous qui sauverons l’Église : c’est l’Église qui nous sauve ».
Nous ne pensons pas que l’on puisse mettre un ordre d’importance entre la communion par la foi et la communion hiérarchique, et encore moins que l’on puisse, poussé par la nécessité, choisir l’une au détriment de l’autre, et décider au nom de la foi de ne plus respecter la communion hiérarchique. C’est à travers cette hiérarchie actuelle, concrète, que le Christ agit sur nous, lui qui a dit à saint Pierre : « Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux38 ».
Il y a là, très certainement, un mystère de foi à méditer longuement ainsi qu’une confiance surnaturelle en la Providence. Si, à certains moments de l’Histoire de l’Église, la conciliation de ces deux communions (celle par la foi et celle par la soumission à la hiérarchie légitime) a pu en effet sembler difficile au regard de la raison naturelle, en raison de possibles défaillances de la hiérarchie, il faut se rappeler que le chrétien est guidé, dans sa conduite, par les vertus théologales et plus encore par le Saint-Esprit : Lui trouve toujours un chemin. L’exemple des saints, en ce domaine, peut vraiment nous aider.
Mais, de manière plus concrète, les difficultés en ce domaine viennent souvent de ce que l’on comprend mal ce que signifie l’obéissance à la hiérarchie, son extension, et ses justes limites.
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Précisons cependant un point important : la communion ecclésiale peut aller de pair avec des désaccords réels et même très sérieux, liés en particulier à la période de crise de l’Église que nous traversons. Nous pensons qu’il est fondamental pour avancer dans un sain dialogue théologique, de distinguer et de rappeler ce qui est nécessaire pour qu’un catholique appartienne à l’unité de l’Église, de ce qui est relève de la liberté évangélique. Oui, l’attachement de ces prêtres et de ces fidèles au Vetus Ordo n’est pas fondé seulement sur un choix esthétique ou nostalgique, ou sur une « sensibilité ». Il y a des raisons théologiques, doctrinales, selon lesquelles ces prêtres et ces fidèles choisissent la liturgie tridentine et telle manière de vivre la foi et de l’enseigner. Ces raisons ne sont pas partagées par tous et les choix de l’un seront peut-être vus comme une dépréciation des choix de l’autre. Mais cessons de voir la vie de l’Eglise selon une mentalité dialectique et manichéenne mortifère : choisir quelque chose ne signifie pas qu’on déteste ou déprécie tout le reste. Un bénédictin choisit sa règle et son style de vie et par le fait-même ne fait pas usage de la règle carmélitaine sans pour autant détester celle-ci et ne pas reconnaître sa valeur. Justement, la communion dans l’Église ne réside pas dans l’uniformité. Ce qui est nécessaire, c’est l’unité dans la foi, la hiérarchie, les sacrements. Ce qui est libre, c’est d’user dans l’Église des moyens de sanctification approuvés et éprouvés, qui peuvent aussi pour des motifs fondés être estimés plus aptes. Au contraire, pour les âmes de bonnes volontés, les désaccords théologiques ou pastoraux peuvent souvent être à l’origine de discussions franches et fructueuses, et d’évolutions significatives faisant avancer toujours plus la communion dans la vérité.
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Il faut ainsi distinguer entre les « signes essentiels » de la communion dans l’Église (la communion eucharistique et l’offrande du même sacrifice pour la communion sacramentelle, ainsi que la profession de foi, et la communion hiérarchique) ; et les « signes secondaires » comme le fermentum autrefois ou la concélébration sacramentelle aujourd’hui, ajouts de l’Église, légitimes dans la mesure où ils ne se substituent pas au signe essentiel qu’est le sacrement de l’eucharistie en lui-même.
Et c’est là, justement, qu’est le véritable problème et une impasse liturgique : lorsqu’un signe secondaire prend tellement d’importance qu’il en vient à masquer la puissance unificatrice du signe essentiel.
Prenons deux exemples. Certes, le rassemblement matériel de nombreux fidèles autour de l’eucharistie à la messe peut être un signe éloquent de la communion de l’Église. Mais il semble que parfois il soit devenu un signe essentiel au point que, en l’absence de fidèles, certains prêtres aujourd’hui ne célèbrent pas la messe, oubliant qu’en consacrant le Corps du Christ, ils réalisent de fait l’unité de l’Église, en présence ou non des fidèles : le signe accidentel a alors pris le pas sur le signe essentiel.
L’autre exemple est celui de la concélébration sacramentelle. Ce signe est en soi une « manifestation heureuse de l’unité du sacerdoce50 », mais il demeure un signe secondaire : il ne réalise pas en soi, ni tout seul, la communion ecclésiale, ce qui le rendrait alors nécessaire. Toute forme de concélébration, sacramentelle ou cérémonielle, est appelée à être uniquement une manifestation, un signe « supplémentaire » de la communion déjà existante. La preuve en est que le code de droit canon interdit la concélébration ou l’assistance rituelle avec ceux qui ne sont pas déjà en pleine communion dans l’Église51. Ainsi, affirmer le caractère théologiquement ou moralement obligatoire de la concélébration sacramentelle est doublement contradictoire : par l’inversion de l’ordre des signes (le secondaire avec l’essentiel), et parce qu’on exige la concélébration en preuve de la communion ecclésiale alors que celle-ci la présuppose.
Signe secondaire, la concélébration sacramentelle demeure donc pour cela dans le droit de l’Église issu du Concile Vatican II (1983), une simple possibilité mais jamais une obligation. Si un prêtre, usant du droit que lui confère l’Église52 pour des raisons qui lui sont personnelles décide de ne pas concélébrer tout en manifestant sa communion avec l’Église à travers les signes objectifs essentiels que nous avons rappelés (et par d’autres signes secondaires réels), comment peut-on affirmer de manière suspicieuse que « ce refus semble exprimer un refus de communion ecclésiale53 ? ».
La liberté de ne pas concélébrer sacramentellement est en effet universelle et non pas une concession faite aux prêtres membres de communautés traditionnelles. User de cette liberté, fondée dans la théologie et la tradition en particulier de l’Eglise latine, n’équivaut donc pas en théorie ou en pratique à un refus de la communion hiérarchique. Il existe de nombreux motifs valables pour lesquels certains prêtres, même célébrant habituellement dans la forme ordinaire, ne souhaitent pas concélébrer sacramentellement. Par ailleurs la mission propre des communautés dites « traditionnelles » au sein de l’Eglise, et les réserves émises (bien au-delà de ces communautés) par rapport à la liturgie réformée n’empêchent pas de la reconnaitre valide et sanctifiante. Ne pas la célébrer tout en reconnaissant l’autorité du Concile Vatican II n’est donc pas contradictoire et ne constituepas non plus un refus de communion avec l’Église. Nous ne célébrons certes pas la même liturgie de la Messe mais nous célébrons la même Messe (unité sacramentelle), c’est-à-dire l’unique sacrifice eucharistique confié par le Christ à son Église. Et nous le faisons avec l’autorisation de la hiérarchie et dans la communion de la foi avec l’Église dont Vatican II est l’un des Conciles. Pour qui a bien compris que la communion ecclésiale n’était pas un « vague sentiment », basé sur un « faire ensemble » ou sur un « être d’accord sur tout », il n’y a là aucune difficulté en ce qui concerne la communion54.
D – Un glissement dangereux
Imperceptiblement ou volontairement, un glissement s’est produit : le signe « heureux » de la concélébration sacramentelle est devenu signe nécessaire au sens de moralement obligatoire, au point que celui qui refuse de le poser est considéré comme séparé de la communion de l’Église. Outre le caractère abusif d’une telle considération, disons en passant qu’elle méconnait aussi au point de vue liturgique la pertinence objective du signe séculaire dans l’Église latine de la concélébration dite « cérémonielle », c’est-à-dire du prêtre qui participe sacerdotalement sans prononcer les paroles consécratoires. Au service aussi de la communion ecclésiale ne serait-il pas urgent de retrouver paisiblement le sens d’une tradition vivante qui ne prend pas comme point de départ une époque donnée mais assume concrètement l’entièreté de l’héritage ? « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous55 ».
[…]
La foi catholique nous l’assure : la communion ecclésiale est objective. Elle a des critères précis et la sagesse de l’Église, consciente des différences légitimes qu’elle ne veut ni abolir ni contraindre, a toujours su se montrer prudente dans les signes de communion qu’elle demandait aux chrétiens : le Christ, rien que le Christ, pas plus que le Christ. À propos de l’unité à rechercher avec les Orientaux séparés, le concile Vatican II s’était ainsi appuyé sur une belle parole de l’Écriture :
« Tout cela étant bien examiné, le saint Concile renouvelle ce qui a été déclaré par les saints Conciles antérieurs, ainsi que par les Pontifes romains : pour rétablir ou garder la communion et l’unité, il ne faut “rien imposer qui ne soit nécessaire” (Ac 15, 28)69 ».
Les points nécessaires ce sont ces fameux trois liens, les tria vincula : professer la même foi, vivre des mêmes sacrements et reconnaître la même hiérarchie. Quant aux points libres, témoins de la riche diversité de l’Église en sa tradition vivante, en voici quelques-uns que le Concile énumère :
Conservant l’unité dans ce qui est nécessaire, que tous, dans l’Église, chacun selon la charge qui lui est confiée, gardent la liberté qui leur est due, qu’il s’agisse des formes diverses de la vie spirituelle et de la discipline, de la variété des rites liturgiques, et même de l’élaboration théologique de la vérité révélée ; et qu’en tout ils pratiquent la charité. De la sorte, ils manifesteront toujours plus pleinement la véritable catholicité et apostolicité de l’Église70.
On aura reconnu, comme en filigrane, la belle sentence souvent attribuée à saint Augustin : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas71 ».L’équilibre entre le nécessaire et le libre – tous deux évangéliques – doit être éclairé en permanence par la charité et l’amour des âmes. Voilà qui résume au mieux la notion de communion dans l’Église. Dom Gérard la décrivait en parlant de « la grande respiration catholique ». Tout ce dont le chrétien a besoin, c’est de pouvoir respirer dans l’Église. Et le cardinal Ratzinger qui s’était longuement penché sur ce thème, écrivait :
Pour souligner qu’il n’y a pas de rupture essentielle, que la continuité et l’identité de l’Église existent, il me semble indispensable de maintenir la possibilité de célébrer selon l’ancien Missel comme signe de l’identité permanente de l’Église. C’est pour moi la raison fondamentale : ce qui était jusqu’en 1969 la liturgie de l’Église, la chose la plus sacrée pour nous tous, ne peut pas devenir après 1969 – avec un positivisme incroyable – la chose la plus inacceptable […]. Il n’y a pas de doute qu’un rite vénérable comme le rite romain en vigueur jusqu’en 69 est un rite de l’Église, un bien de l’Église, un trésor de l’Église, et donc à conserver dans l’Église72. »
Le collaborateur pro-vie de Jordan Bardella
Le canard d’extrême gauche Les Jours révèle qu’Étienne Duhazé, l’un des deux assistants parlementaires européens de Jordan Bardella, a participé en avril dernier à une « marche pour la vie » à Bruxelles, tandis que l’année précédente, il rencontrait outre-Atlantique d’influentes figures américaines de la lutte contre l’avortement, tels que Marc Wheat et Brian S. Brown.
Étienne Duhazé est entré en 2023 au service de Jordan Bardella. Diplômé de l’université Panthéon-Assas, ce discret jeune d’une petite trentaine d’années le conseille notamment sur les questions de relations internationales et de droit. En 2018, Étienne Duhazé, alors secrétaire général de l’Union des jeunes pour le progrès, une formation d’obédience gaulliste, signe un texte dans lequel il dénonce « la marchandisation du corps, conséquence directe de la funeste loi Taubira ». La gestation pour autrui est qualifié de « nouvel esclavage dans ce qu’il a de plus vil de prospérer ». Les coupables selon lui ? « Cette gauche caviar qui consent à violer ce qui était alors inviolable, le sanctuaire qu’est le corps humain ».
Evidemment, cela choque le petit milieu germano-pratin, que l’on remercie pour nous avoir rappelé qu’il y a de bonnes personnes dans ce parti.
Les évangiles sont-ils faux ?
Les évangiles sont-ils fiables, crédibles ? Auraient-ils pu être falsifiés (argument que répètent souvent les musulmans) ? De quand datent les plus anciens manuscrits ? Pourquoi n’avons nous plus les originaux de la main des évangélistes ? Pourquoi présentent-ils de nombreuses variantes ?
Nous revenons aussi dans cette vidéo sur les confirmations externes (archéologie, histoire…) et internes (critères d’embarras, d’attestation multiple…) de la véracité des évangiles.
Ne manquez pas ce résumé clair, accessible et précis de tous les arguments pour la véracité des évangiles !
00:00 : Introduction
00:25 : L’objection des Musulmans
00:40 : Le texte le plus fiable de l’Antiquité
02:05 : Le papyrus P52
02:40 : Pourquoi on n’a pas accès aux originaux
03:02 : Comparaison avec les grandes oeuvres antiques
04:05 : Le contenu du texte est-il crédible ?
04:20 : L’argument des variantes
05:25 : Originaux, fragments et manuscrits
06:01 : Les confirmations de l’archéologie
07:22 : Saint Luc, spécialiste de la navigation en Méditerranée ?
08:25 : 1. Le critère d’embarras
09:44 : 2. Le critère d’attestation multiple
10:27 : 3. Le critère de cohérence
11:10 : Des contradictions entre les évangiles ?
12:12 : L’Eglise a-t-elle caché des évangiles ? (= Apocryphes)
14:27 : Conclusion
ONU : le président polonais appelle à promouvoir la natalité et non pas l’avortement
Voici un extrait de l’intervention du président polonais, Karol Nawrocki, lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies :
Dans le même temps, n’oublions pas que le développement économique durable et la stabilité internationale sont impossibles sans la prise en compte des difficultés structurelles que connaissent nombre de régions du monde aujourd’hui.
Une de ces difficultés est la crise démographique, qui n’est pas une simple question de statistiques, mais qui est un défi posé à la civilisation elle-même.
Les sociétés sont vieillissantes, la natalité est en berne, l’érosion des liens sociaux est réelle, et tout ceci sape les fondations mêmes de nos nations.
La réponse ne saurait être une simple série de mesures économiques.
Nous devons également reconstruire nos institutions, refaçonner notre culture.
Nous devons protéger et apprécier la valeur de la famille, renforcer l’importance significative de la parentalité.
Oui, la famille, le père, la mère, et nous devons mieux apprécier leurs rôles, qui sont la première étape pour surmonter la crise démographique.
Sans communautés et familles solides, nous n’aurons pas de développement stable, ni de sécurité à long terme.
Faisons tout ce que nous pouvons pour que notre culture et les médias s’attachent à promouvoir la natalité et non pas l’avortement.
Je crois que les Nations unies peuvent être une organisation dans laquelle nous pouvons collaborer pour surmonter la crise démographique, ainsi que d’autres défis comme les migrations illégales, qui prennent souvent la forme d’une traite d’êtres humains.
Toutefois, la migration illégale ne saurait en soi être la réponse aux difficultés démographiques, car cela entraîne des tensions, des troubles, etc. Ce n’est pas la solution.
FSSPX : « le pape reste le pape. J’espère de sa part, comme pasteur, un signe de compréhension de ce que veut dire l’attachement à la tradition »
A l’occasion de la venue du pape, Le Pèlerin s’est intéressé aux fidèles de la Fraternité Saint Pie X :
« Que le pape vienne en France, ça me réchauffe le cœur ». Ian fait partie des convertis dont le retour à la foi est passé par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Celle-ci se trouve aujourd’hui au cœur d’une nouvelle crise avec le Saint-Siège, après la consécration, le 1er juillet 2026, de quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical qui a entraîné leur excommunication. Pourtant, avec son épouse, il ira au passage de Léon XIV « pour recevoir une bénédiction ».
Comme lui, d’autres fidèles de la Fraternité se réjouissent de sa venue malgré la blessure laissée par la rupture avec Rome. Mais d’autres, comme Benoît, s’interrogent : « En tant que paroissien habituel de la FSSPX, suis-je invité à la visite du pape ? » Il confie : « J’ai un sentiment partagé : à la fois très heureux que le Saint-Père vienne, sûr qu’il y aura des grâces pour notre pays, et en même temps, je ressens cette blessure qui fait que j’ai presque l’impression d’être au balcon quand il passera au milieu de la foule, dans la rue. »
La première apparition de Léon XIV, le 8 mai 2025, reste un souvenir marquant pour plusieurs membres de la FSSPX. Jean se souvient : « À la première vue du pape avec les attributs papaux traditionnels, j’avais le sentiment qu’on avait un pape qui prenait toute la tradition. » Benoît s’en rappelle aussi comme d’un « moment d’apaisement et d’espérance ».
Car les dernières années du pontificat du pape François avaient ébranlé l’impression d’une normalisation amorcée par Benoît XVI en 2009. Le 21 janvier de cette année-là, en pleine semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il avait en effet levé l’excommunication qui pesait sur les évêques de la FSSPX depuis 1988.
« Les années 2000 ont vu des barrières s’abaisser », se souvient Jean. Au-delà de la levée des excommunications, Jean et Jacques-Régis se souviennent d’avoir participé à différentes mobilisations de catholiques : les manifestations contre le mariage pour tous, les marches pour la vie lors des débats sur l’inscription de l’avortement dans la Constitution puis lors du débat sur la fin de vie, des protestations contre des œuvres d’art jugées offensantes, telles que Piss Christ ou Golgotha Picnic en 2011… Cette expérience militante leur a fait rencontrer des catholiques en dehors de leur réseau et découvrir une convergence de lutte avec des fidèles de la messe « moderne ».
Malgré de profondes divergences avec le pape François, ils gardent de lui le souvenir d’un homme « accessible », comme le résume Benoît. Sa décision en 2021 (motu proprio Traditionis Custodes) de durcir les conditions d’usage de l’ancienne liturgie a ébranlé les fidèles de la FSSPX. « Cela a réactivé les divisions », note Jean. Jacques-Régis en a gardé une incompréhension : « On a senti que l’ancien missel devait disparaître parce qu’il attaquerait l’unité de l’Église, et que, nous-mêmes, nous étions voués à la disparition. »
En voyant le pape Léon apparaître au balcon de Saint-Pierre, ces fidèles ont pu penser que la situation reviendrait à ce qu’ils avaient connu entre 2009 et 2021. « Dans la communauté traditionaliste, ce pape qui avait l’air plus classique a suscité des espoirs », conclut Jean.
Le 2 février 2026, la décision de la FSSPX d’ordonner quatre nouveaux évêques a ouvert plusieurs mois de discussion avec le Vatican qui se sont conclus par un échec. L’ordination le 1er juillet, contre l’avis du pape, a entraîné dès le lendemain la déclaration d’excommunication des évêques concernés. Le décret précise également les conséquences canoniques pour les clercs et les fidèles qui adhèrent formellement au schisme de la Fraternité. Une rupture donc plus lourde que l’excommunication de 1988, qui ne concernait que les évêques.
Les fidèles de la FSSPX s’attendaient-ils à un tel durcissement ? Pour ceux qui ont répondu au Pèlerin, ce fut un choc. Ils se retrouvaient de facto hors de la communion de l’Église catholique par décision d’un pape dont ils attendaient un apaisement.
« Le 2 juillet a laissé un trouble certain, commente Benoît, mais la radicalité de la décision nous a fait finalement revenir au calme. On s’est dit que la situation ne pouvait pas rester telle quelle. »
Chez ces fidèles, le lien à la figure du pape reste fort. Jacques-Régis l’explique : « On a l’impression d’une injustice et cela crée de la tristesse avec plus ou moins d’amertume, mais pas de résignation. Car le pape reste le pape. J’espère de sa part, comme pasteur, un signe de compréhension de ce que veut dire l’attachement à la tradition. Mais ce voyage en France sera-t-il le bon moment pour poser un tel signe ? » Ian évoque, lui, « le sentiment de vivre une épreuve surnaturelle dont nous ne comprenons pas tout ».
Que le pape fasse ou non un geste à leur égard, ils voient dans sa visite un soutien pour le catholicisme français. « On a l’impression d’avoir perdu tous les combats juridiques, on se sent un peu étouffés. Sa visite va redonner de l’oxygène aux catholiques », commente Benoît. « La solution à nos problèmes n’est pas plus de laïcité mais plus de foi en Dieu », résume Ian.
Ils sont particulièrement sensibles à sa venue à Notre-Dame de Paris. Jean y voit un symbole : « J’avais vécu l’incendie comme un signe de dévastation, de presque disparition de la « fille aînée de l’Église ». Que Notre-Dame ne soit pas tombée, qu’elle ait été reconstruite, je le vis comme un message d’espoir pour notre temps. Parmi mes connaissances, mes collègues, de nombreuses personnes sont sur un chemin de foi, reviennent au catholicisme. Le voyage du pape vient confirmer cela. »
La rupture avec l’Église catholique a beau être désormais actée et l’horizon incertain, ces fidèles accueillent la venue du pape comme une éclaircie. Ils partagent la joie du regain de vigueur du catholicisme ces dernières années. Mais quelle place auront-ils demain dans ce catholicisme français ? Le fossé avec l’Église catholique se creusera-t-il davantage ?
Message du district de France de la FSSPX à l’occasion de la Visite apostolique du pape Léon XIV :
La venue du Saint-Père représente un honneur particulier pour tous les catholiques de notre pays. Il est vrai que ce voyage du pape intervient dans un contexte particulier pour les fidèles de la FSSPX : après les sacres du 1er juillet à Ecône, suivis dès le lendemain des sanctions canoniques prononcées par le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, la FSSPX a déposé un recours assorti d’un effet suspensif. Elle estime que ces sanctions ne sauraient être valides en raison de l’intention droite qui a motivé les sacres épiscopaux dans cette terrible crise que traverse l’Eglise. La FSSPX a écrit au Saint-Père pour l’assurer qu’elle ne recevait pas ces sanctions dans l’amertume ou la révolte.
C’est dans cet esprit de piété filiale envers le Vicaire du Christ, et envers l’Église catholique et romaine, que celle-ci envisage la venue du Saint-Père. C’est pourquoi le district de France a demandé à l’ensemble des prêtres de la FSSPX d’organiser, dans leurs chapelles, un temps de prière spécifique pour offrir aux fidèles l’opportunité de prier à toutes les intentions du Souverain Pontife à l’occasion de cette visite apostolique.
Puisse la France, à cette occasion, mériter la grâce de suivre généreusement l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur des âmes.
