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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Ces prêtres et fidèles qui souffrent

Ces prêtres et fidèles qui souffrent

De Jean-Pierre Maugendre sur Renaissance catholique :

En 1966 Michel de Saint-Pierre, sous le titre Ces prêtres qui souffrent, livrait au grand public la synthèse bouleversante de milliers de témoignages de prêtres persécutés par leurs évêques car refusant le modernisme ambiant, les extravagances liturgiques, l’abandon du port de la soutane, etc.

Une histoire mouvementée

Les temps n’ont guère changé. Le port de la soutane est mieux toléré, même si Mgr de Kerimel, archevêque de Toulouse, interdisait en 2022 le port de ce vêtement à ses séminaristes. Les extravagances liturgiques sont moins fréquentes, nonobstant la messe célébrée en 2022 en mer à Crotone sur un matelas pneumatique par un prêtre italien.

Cependant il reste un motif d’exclusion ou du moins de marginalisation, d’une actualité brûlante : la célébration des sacrements selon les rituels traditionnels. Cette volonté de remplacer les rites sacramentels antiques par ceux issus de la réforme liturgique n’est pas nouvelle. Ainsi, le pape Paul VI déclarait le 24 mai 1976 , à l’occasion d’un consistoire : « Le nouvel ordo a été promulgué pour se substituer à l’ancien ». Au fil du temps et de la publication de différents textes (Quattuor abhinc annos, 3 octobre 1984, Ecclesia Dei adflicta, 2 juillet 1988, Summorum Pontificum, 7 juillet 2007) l’étau s’est desserré. Cependant, par le Motu proprio Traditionis custodes (16 juillet 2021) décrétant que les nouveaux rites liturgiques « sont la seule expression de la Lex Orandi du Rite romain » (Art 1), un nouveau tour d’écrou liturgique a été donné, censé mettre à mort par étouffement progressif l’usus antiquior. Si la Fraternité Saint Pierre a obtenu par un décret du 11 février 2022 l’autorisation d’administrer les sacrements selon les rituels en usage en 1962, cette autorisation ne vaut que pour les lieux de culte propres à la FSSP, les mises à disposition d’autres églises étant soumises à la volonté des ordinaires diocésains.

Un harcèlement ecclésiastique trop fréquent

Or, il faut bien observer que la pratique épiscopale s’avère particulièrement restrictive à l’endroit des prêtres diocésains attachés à la messe traditionnelle ou membres des communautés ex Ecclesia dei. Citons quelques faits : expulsion de la Fraternité Saint Pierre de ses apostolats de Grenoble, Dijon, Valence, Quimper. À cela il faut rajouter les pressions psychologiques exercées sur certains prêtres « tradis » jugés trop zélés afin qu’ils limitent leurs activités :  célébration d’une seule messe le dimanche, numerus clausus pour le catéchisme, dans certains diocèses interdiction de célébrer les sacrements de confirmation et du baptême selon le rite traditionnel même dans les lieux de culte desservis par une communauté ex Ecclesia dei. On trouve également des mesures plus subtiles telles que  l’autorisation du rite ancien du baptême pour les enfants mais pas pour les adultes, l’interdiction de célébrer des mariages selon le rite traditionnel en dehors des lieux affectés à la liturgie traditionnelle. Cela impacte aussi la FSSPX qui s’est vue imposer pour obtenir la délégation de pouvoir de l’évêque que le mariage prévu soit célébré dans un lieu de culte desservi par la Fraternité Saint Pie X. L’autorisation de célébrer la messe dominicale dans une église paroissiale n’est parfois donnée à une communauté ex Ecclesia dei uniquement que le dimanche ou refusée les 15 août, l’Ascension ou le 1er novembre et, bien sûr, le mercredi des cendres. Quant aux offices de la Semaine Sainte, les autorisations données à des prêtres diocésains de célébrer la messe traditionnelle dans une église sont assorties de l’obligation pour les fidèles de se fondre dans la « pastorale paroissiale » : catéchismes, sacrements, scoutisme.

Les organisateurs du pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté subissent des pressions permanentes afin qu’y soit autorisée la célébration de la messe selon le rite réformé.

L’interdiction par Mgr de Germay du pèlerinage Via lucis qui avait prévu de faire célébrer la messe selon le rite lyonnais, l’impossibilité de célébrer la messe traditionnelle dans les églises de Covadonga (Espagne) et Lujan (Argentine) à l’occasion des pèlerinages qui s’y achèvent, les palinodies interminables pour imposer, en vain, au pèlerinage Nosto Fe un bricolage liturgique innovant : messe traditionnelle avec lectures du Nouvel ordo, l’interdiction romaine, maintenue par Mgr Touvet, évêque de Fréjus-Toulon, d’ordonner six diacres des Missionnaires de la Miséricorde Divine, selon et pour la messe traditionnelle, les tracas pour exiger le biritualisme des prêtres « tradis » notamment à travers la concélébration du jeudi saint sans exigence réciproque que les prêtres célébrant selon le Novus ordo célèbrent également selon l’usus antiquior, les pressions couronnées de succès, pour que la congrégation des dominicaines du Saint-Esprit adopte la réforme liturgique, les difficultés de telle ou telle communauté religieuse ex Ecclesia Dei, prospère et riche en vocations, pour trouver un lieu de fondation agréé par l’ordinaire du lieu, complètent ce triste constat. À l’occasion de l’Université d’été de Renaissance catholique, Mgr Jordy, archevêque de Tours, interdisait la célébration de la messe traditionnelle dans l’église paroissiale d’Abilly. La messe dût être célébrée dans une salle paroissiale à la consternation du maire : « Vous êtes une religion de fous ! ». LAppel à la démission de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon et la suspension de Mgr Strickland, évêque de Tyler au Texas, ne relèvent-elles pas d’une trop grande complaisance envers les communautés traditionnelles?

Les fidèles ont droit aux sacrements

Les prêtres et fidèles attachés aux pédagogies traditionnelles de la foi font ainsi l’objet, très souvent, d’un véritable « harcèlement épiscopal ». Or, pour assurer leur salut, les fidèles ont droit à un enseignement doctrinal pleinement catholique sans ambiguïté ni complaisance avec les valeurs d’une société apostate, un enseignement qui transmette les vérités de la foi sur les fins dernières, la Royauté du Christ, la réalité sacrificielle de la messe, la morale conjugale, etc. Cet enseignement ne peut être vécu qu’avec l’aide de sacrements qui procèdent de la même doctrine et qui ne soient pas le simple rite flou d’un message doctrinal faible. Les rites trop souvent désacralisés et insipides, à la symbolique affaiblie et ambiguë, sont imprégnés d’anthropocentrisme et de préoccupations plus communautaristes que surnaturelles. Cet attachement aux rites traditionnels des sacrements est un droit strict et non négociable des fidèles, d’abord par piété filiale envers la tradition de l’Eglise et ensuite, en raison du doute légitime qui pèse sur la stricte orthodoxie et la fécondité apostolique de ces rites réformés. Au-delà de l’éther des principes, il est un fait que les communautés ex Ecclesia Dei subissent et souffrent d’une grande précarité institutionnelle. La promesse romaine explicite d’un « accueil large et généreux » des fidèles attachés aux formes liturgiques traditionnelles n’a pas été plus tenue que celle, implicite, d’accorder à ces communautés un évêque, ce que prévoyait l’accord du 5 mai 1988 entre Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger.

La lassitude bien compréhensible, face à un harcèlement épiscopal aussi sournois que constant, peut conduire certains clercs à des « accommodements raisonnables » ou à un silence assourdissant sur certains textes ou actes romains à l’orthodoxie douteuse. A cet égard, est-il bien élégant que certains aient cru devoir multiplier les mises en garde contre les sacres épiscopaux, même sans mandat pontifical, prévus par la FSSPX alors qu’on ne les avait guère entendus commenter, avec la même verve et assurance, les bénédictions de couples homosexuels permises par Fiducia supplicans ou l’accès à la communion des divorcés remariés autorisé par Amoris laetitia, sans omettre de commenter le scandale que constitue la réception avec tapis rouge et bénédiction, par Léon XIV, de madame Mullaly, archevêque anglicane de Cantorbery, en compagnie de son époux, et en réalité pas plus prêtre qu’archevêque ? Y aurait-il des vérités, ou supposées telles, agréables aux oreilles des puissants et donc dicibles et d’autres moins agréables à entendre et donc indicibles ? Une similitude de comportements entre les « chiens battus » et les « chiens muets » ?

Dans son autobiographie, Christus Vincit, Le triomphe du Christ sur les ténèbres de notre temps, Mgr Athanasius Schneider, qualifie le Concile Vatican II d’« énorme spectacle de triomphalisme clérical ». Les temps n’ont guère changé. En ces temps d’apostasie généralisée où témoigner de sa foi, en vivre et la transmettre exige un héroïsme de chaque instant, les fidèles et les prêtres qui ne demandent qu’à vivre en paix selon les rites et les pédagogies qui ont sanctifié leurs anciens, ont soif de trouver dans leurs évêques des pères et des pasteurs ayant le souci du bien des âmes et non des idéologues sectaires. Ceux auxquels pensait déjà, peut-être, Jacques Maritain, pourtant un des grands inspirateurs du Saint Concile :

« Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou. »

Jean-Pierre Maugendre

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