Prêtre du diocèse de Bordeaux, l’abbé Pierre-Alain Lejeune a publié chez Artège un Eloge spirituel de la rencontre. « Malheur à l’homme seul ! » avertit la Bible. Les autres, mes frères, mes semblables, sont tout autant indispensables qu’insupportables bien souvent. Puisque les rencontres que nous tissons depuis le tout début de notre existence sont le lieu des plus grandes blessures comme des plus grandes joies, il se joue là quelque chose d’essentiel, de vital même pour notre vie d’homme.
Qui cherchons-nous ? Au fil de cet ouvrage, en mêlant des expériences concrètes et l’écoute de la parole de Dieu, se fait jour cette vérité profonde : chaque visage croisé nous prépare à une autre Rencontre. À quelles conditions et par quels chemins pouvons-nous trouver celui que notre coeur cherche ? Une profonde méditation pour découvrir combien nous sommes tous et chacun attendus et sauvés par une Rencontre.
L’auteur revient sur la pandémie et sur l’hystérique distanciation :
Depuis plusieurs années déjà, les guichetiers de La Poste remplacés par des machines, les caissières par des automates et la petite monnaie par le “sans contact” : tout allait vers l’élimination progressive de nos corps. Et voilà qu’un virus nous a rappelé que nous avons un corps ; que ce corps a besoin de contact, de toucher, de chair ; que c’est bien beau de s’embrasser sur Skype, mais ça ne suffit pas… Que ce corps existe bel et bien ! Nous l’avions presque oublié.
Voilà qui met en lumière l’ineptie de tout un ramassis de délires sociétaux de notre époque récente. Depuis quelques années, on nous promet l’homme augmenté, la quasi-immortalité, l’effacement de tout ce qui engage le corps, l’éradication de toute faille, de toute imperfection avant même la naissance. L’individu tout-puissant se rêve affranchi du corps et de ses conditionnements. Le corps modelé à loisir, le corps interchangeable, le coprs dépersonnalisé. Et cette funeste évolution, qu’on a le toupet d’appeler “progrès”, va évidemment de pair avec l’éloignement de la terre, l’émancipation orgueilleuse de la sagesse des anciens, la perte de l’odeur de l’herbe mouillée et l’oubli des saisons. Depuis plusieurs décennies, nous vivons “hors sol”, dans un monde irréel, un monde sans corps. Pensez donc : on nous vend même comme progrès la perspective d’enfanter sans relation… D’enfanter sans corps. Quand le corps n’y est plus… Mais voilà que, “grâce” au Covid, contraints à un confinement qui nous a privés de relations réelles, concrètes, charnelles, nous avons redécouvert que tout ce qui nie le corps contribue à nous déconstruire.
