Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 12 mai 2026 sur The Remnant sous le titre : « SSPX 2026 Consecrations: Why It’s No Longer 1988 »
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Qu’on le déplore ou non, la plupart des catholiques jugeront les consécrations de la FSSPX en 2026 à l’aune de celles de 1988. Mais après Pachamama, la synodalité, Fiducia Supplicans et l’effondrement de la clarté doctrinale à Rome, les catholiques sincères peuvent-ils encore faire comme si rien n’avait changé ? La cause de la FSSPX est aujourd’hui bien plus évidente qu’elle ne l’était lorsque Mgr Lefebvre consacrait des évêques il y a près de quarante ans. Voici pourquoi :
Peu de choses, voire rien, n’ont changé dans les fondements de la position de la FSSPX depuis que Mgr Marcel Lefebvre a consacré des évêques sans l’approbation de Rome en 1988. En effet, le sermon prononcé par Mgr Lefebvre lors de ces consécrations de 1988 contient de nombreux passages qui continuent de définir toute la mission de la FSSPX, tels que le suivant :
« C’est pour cela que nous faisons cette cérémonie. Loin de moi de m’ériger en pape. Je ne suis qu’un évêque de l’Église catholique qui continue à transmettre, à transmettre la doctrine. Tradidi quod et accepi. C’est ce que je pense que je souhaiterais qu’on mette sur ma tombe, et cela ne tardera sans doute pas qu’on mette sur ma tombe Tradidi quod et accepi – ce que dit saint Paul – « Je vous ai transmis ce que j’ai reçu », tout simplement. Je suis le facteur qui porte une lettre. Ce n’est pas moi qui l’ai faite cette lettre, ce message, cette parole de Dieu, c’est Dieu Lui-même, c’est Notre Seigneur Jésus Christ Lui-même, et nous vous avons transmis, par l’intermédiaire de ces chers prêtres qui sont ici présents, et par tous ceux qui, eux-mêmes, ont cru devoir résister à cette vague d’apostasie dans l’Église, en gardant la Foi de toujours et en la transmettant aux fidèles. Nous ne sommes que des porteurs de cette nouvelle, de cet évangile que Notre Seigneur Jésus Christ nous a donné et des moyens pour nous sanctifier : la Sainte Messe, la vraie Sainte Messe, les vrais sacrements, qui donnent vraiment la vie spirituelle. »
Les évêques, les prêtres et les religieux de la FSSPX, ainsi que les laïcs qui y sont rattachés, souhaitent simplement la foi et les sacrements catholiques authentiques, tels qu’ils existaient avant les changements radicaux survenus après Vatican II. En 1988, Mgr Lefebvre poursuivit son sermon en replaçant cette idée centrale dans le contexte de l’enseignement constant des papes d’avant Vatican II :
« Il me semble entendre la voix de tous ces papes depuis Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, nous dire : « Mais de grâce, de grâce, qu’allez-vous faire de nos enseignements ? de notre prédication ? de la Foi catholique ? Allez-vous l’abandonner ? Allez-vous la laisser disparaître de cette terre ? De grâce, de grâce, continuez à garder ce trésor que nous vous avons donné. N’abandonnez pas les fidèles ! N’abandonnez pas l’Église ! Continuez l’Église ! Car enfin, depuis le concile, ce que nous avons condamné, voici que les autorités romaines l’adoptent, et le professent, comment est-ce possible ? Nous avons condamné le libéralisme, nous avons condamné le communisme, le socialisme, le modernisme, le sillonnisme, toutes ces erreurs que nous avons condamnées, voici maintenant qu’elles sont professées, adoptées, soutenues par les autorités de l’Église : est-ce possible ? Si vous ne faites pas quelque chose pour continuer cette Tradition de l’Église que nous vous avons donnée, tout disparaîtra. L’Église disparaîtra, les âmes seront toutes perdues. »
Il n’y a rien de compliqué ici — c’est même très simple. La position de la FSSPX n’est autre qu’une ferme résolution de demeurer catholique d’une manière que Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII et tous les grands saints reconnaîtraient comme catholique. Et si Dieu avait miraculeusement permis à Mgr Lefebvre et aux évêques qu’il a consacrés de cesser de vieillir en 1988, peut-être n’y aurait-il pas eu besoin de consécrations en 2026. Mais il n’en fut rien, et aujourd’hui, la FSSPX compte deux évêques qui ne peuvent indéfiniment s’occuper d’un nombre de fidèles bien supérieur à celui de 1988, année où elle en comptait cinq. De ce fait, le besoin pratique de ces consécrations est sans doute plus pressant aujourd’hui qu’en 1988.
Ainsi, peu de choses, voire rien, n’ont changé dans les fondements de la position de la FSSPX depuis 1988. Cependant, Dieu a permis que certains aspects de la crise se précisent progressivement depuis lors. Dans la mesure où nous entreprenons de formuler un jugement sur les consécrations de 2026, il semble impossible d’ignorer ces développements.
Interlocuteurs. Du moins en apparence, il existe une profonde différence entre les hauts responsables du Vatican qui s’opposent à la FSSPX. En 1988, Jean-Paul II et le cardinal Joseph Ratzinger ont mené les négociations avec Mgr Lefebvre. Nombre de catholiques engagés qui s’opposent aujourd’hui à la FSSPX ont un respect bien plus grand pour ces deux hommes que pour Léon XIV et le cardinal Víctor Manuel « Tucho » Fernández. Parmi les nombreux signes qui illustrent la différence entre la situation actuelle et celle de 1988, il convient de noter que, tandis que le cardinal Fernández a récemment publié un document rejetant le titre de Médiatrice de toutes les grâces de la Vierge Marie, la Fraternité Saint‑Pie‑X a choisi la fête de Notre‑Dame Médiatrice de toutes les grâces pour lancer sa campagne de prière quotidienne pour les nouveaux évêques.
Scandales retentissants. Le plus grand scandale que Mgr Lefebvre pouvait dénoncer en 1988 était la réunion de prière d’Assise de 1986. Aujourd’hui, cependant, des événements comme celui d’Assise en 1986 sont si fréquents qu’ils ne font plus la une des journaux. Désormais, nous avons des Pachamamas, des Amoris Laetitia, des Fiducia Supplicans et des soutiens hebdomadaires d’évêques de haut rang à diverses initiatives anti-catholiques. Même nos frères protestants s’étonnent de la déchéance de l’Église catholique (aux yeux du monde) ces dernières décennies. Il est donc désormais impossible pour un catholique raisonnable de nier que Rome soit devenue une source intarissable de graves scandales.
Église synodale. Nous avons maintenant le Synode sur la synodalité et l’Église synodale. Même les catholiques dits conservateurs, qui jusqu’alors n’avaient guère de raisons de critiquer l’ecclésiologie post-conciliaire, ont découvert que l’ensemble du processus synodal est indubitablement anti-catholique. L’Église synodale est blasphématoire, hérétique et absurde… et pourtant, c’est l’initiative la plus en vue du Vatican aujourd’hui.
Domination homosexuelle. Si des problèmes existaient déjà en 1988 concernant le clergé homosexuel, ils étaient insignifiants comparés à la situation actuelle. À en croire les signaux envoyés par Rome, le Vatican défend l’homosexualité car il est contrôlé par le lobby homosexuel. Cela peut paraître anodin pour certains, mais pour beaucoup d’entre nous, cette situation rend la crise absolument impossible à ignorer.
L’omniprésence du catholicisme à la carte. Le catholicisme à la carte s’est largement répandu après le Concile, en grande partie à cause du rejet massif de la réaffirmation par Paul VI de l’enseignement catholique sur la contraception dans Humanae Vitae. Mais qu’a fait Rome pour endiguer ce fléau ? En dehors des communautés catholiques traditionnelles, aucun effort concret n’a été entrepris pour freiner cette acceptation désastreuse d’une situation qui offense Dieu et conduit d’innombrables âmes en enfer. Cela démontre clairement que Rome est soit totalement incompétente, soit n’a plus aucun intérêt à honorer Dieu et à guider les âmes vers le Ciel.
Remise en question de Vatican II. En 1988, rares étaient les catholiques, hormis Mgr Lefebvre et la FSSPX, à remettre en question les documents de Vatican II. Il fut donc relativement aisé pour Jean‑Paul II de condamner la FSSPX pour son refus d’accepter le Concile. Aujourd’hui, cependant, de nombreux catholiques influents reconnaissent la pertinence et la nécessité des critiques formulées par Mgr Lefebvre à l’égard du Concile. Comme l’a si éloquemment expliqué récemment le Père Robert McTeigue, s.j., il s’avère que presque personne – à moins d’être schizophrène ou d’ignorer le contenu des documents conciliaires – ne peut accepter Vatican II dans son intégralité. Quiconque a étudié les écrits de Mgr Lefebvre comprendra pourquoi : les parties adverses à l’origine des documents conciliaires n’ont pas cherché à harmoniser leurs points de vue divergents ; elles ont simplement laissé coexister des passages contradictoires, rendant ainsi impossible pour un catholique rationnel d’« accepter Vatican II dans son intégralité ».
La réhabilitation de Mgr Lefebvre. Avec le pape François en particulier, de nombreux catholiques fervents, initialement opposés à Mgr Lefebvre et à la FSSPX, ont fini par reconnaître la justesse de sa dénonciation des erreurs qu’il avait si clairement perçues, bien avant la plupart des autres. On comprend désormais parfaitement pourquoi Rome a déployé tant d’efforts pour persuader les catholiques ordinaires que Mgr Lefebvre avait tort : son œuvre aurait compromis la révolution si davantage de catholiques y avaient prêté attention. C’est pourquoi sa Déclaration de 1974 (qui résume parfaitement la position de la FSSPX) est aujourd’hui plus importante encore qu’en 1974, car elle expose la véritable réponse catholique à cette crise, que Dieu seul peut résoudre en définitive.
Les fruits de la FSSPX. Comme toute communauté au sein de l’Église catholique, la FSSPX n’est pas parfaite. Cependant, il est évident qu’elle a porté des fruits sains et abondants depuis 1988, malgré les ressources considérables que Rome a consacrées à sa destruction. De plus, bien qu’il soit naturel pour la FSSPX de rejeter le pape à la suite des événements de 1988, elle ne l’a jamais fait. Au contraire, la FSSPX a toujours soutenu que, jusqu’à ce qu’un futur pape ou concile en décide autrement, les hommes reconnus comme papes par l’Église sont véritablement les papes. Autrement dit, la FSSPX a constamment produit de sains fruits catholiques sans jamais céder à la tentation de rejeter les occupants actuels de Rome. Les sédévacantistes reprochent cela à la FSSPX, mais ceux qui professent aujourd’hui leur loyauté à Léon XIV devraient méditer sur cette fidélité paradoxale. Comme l’ont toujours affirmé Mgr Lefebvre et la FSSPX, le plus grand service que nous puissions rendre au pape et à l’Église est de rester fidèles à l’enseignement traditionnel de l’Église, surtout lorsque le prix à payer est si élevé.
Le revirement de Rome concernant les consécrations de 1988. Après les consécrations de 1988, Rome a déclaré la FSSPX schismatique et a excommunié ses évêques. Benoît XVI a levé les excommunications en 2009, et François a par la suite accordé à la FSSPX la faculté d’administrer le sacrement de Pénitence et de célébrer le sacrement de Mariage. Ces faits, ajoutés au constat évident que Rome ne mettrait pas en garde la FSSPX contre le schisme aujourd’hui si elle était déjà schismatique, montrent que Rome reconnaît que la FSSPX n’est pas schismatique. De ce fait, la FSSPX est fondée à affirmer avec conviction que les consécrations de 2026 ne conduiront pas au schisme.
Dieu a permis que toutes ces choses deviennent évidentes au cours des dernières décennies, et il nous appartient de décider comment nous voulons utiliser ces informations. De tous points de vue pertinents, la situation de la FSSPX en 2026 est bien plus claire qu’elle ne l’était en 1988. Devons-nous croire que notre Dieu d’amour, qui ne peut ni tromper ni être trompé, souhaite réellement que nous ignorions tous ces signes manifestes qu’il nous a donnés ? Alors qu’il est si évident que la crise orchestrée par Rome s’est aggravée jusqu’à devenir diabolique, et que la FSSPX a porté des fruits exemplaires malgré la persécution dont elle a été victime, sommes-nous vraiment justifiés d’agir comme si la situation était aussi obscure qu’en 1988 ?
Dieu nous a tous permis de voir suffisamment clair pour comprendre la véritable nature de cette crise. Les dégâts subis par l’Église ne sont pas dus à un simple hasard, mais bien aux manœuvres d’hommes qui voulaient la remodeler à des fins anti-catholiques. Les héritiers des premiers destructeurs dirigent toujours le Vatican et sont parvenus à séparer définitivement la vérité et l’autorité. Comme nous le constatons aujourd’hui, le seul vestige du catholicisme traditionnel auquel ces destructeurs ne renonceront pas est la seule mesure qui serait utilisée contre eux si Dieu venait à restaurer l’Église aujourd’hui : le pouvoir de Rome de déclarer certains hommes schismatiques ou de les excommunier. On peut imaginer que, si la joie pouvait exister en enfer, elle n’a jamais été aussi grande qu’à la simple pensée de Tucho excommuniant la FSSPX.
Quoi qu’il arrive, nous n’avons pas besoin de conforter Satan dans sa victoire éphémère en reprenant à notre compte les condamnations que Rome pourrait lancer contre la FSSPX. Nous ne sommes plus en 1988, et il nous semble bien plus judicieux d’ouvrir les yeux sur les réalités que Dieu nous a permis de voir depuis. Puisse Dieu accorder à Léon XIV la grâce de voir tout cela lui aussi et le courage héroïque de résister à ceux qui prétendent que la FSSPX doit être condamnée.
Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !
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