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Culture

Est-il encore possible d’être favorable à la peine capitale ?

Est-il encore possible d’être favorable à la peine capitale ?

C’est une oeuvre salutaire que réalise Matthieu Lavagna en étudiant Ce qu’enseigne vraiment l’Église sur la peine de mort, suite à la réécriture du Catéchisme de l’Eglise catholique sur ce sujet sous le pape François.

La peine de mort demeure l’un des points les plus sensibles du débat moral actuel, y compris dans le monde catholique. Certains estiment qu’elle est inconciliable avec l’Évangile. D’autres rappellent qu’elle fut longtemps tenue pour moralement possible, selon des circonstances précises.

Dans cette analyse rigoureuse et sans a priori de l’enseignement bimillénaire de l’Église sur la peine capitale, l’auteur reprend l’ensemble de la Tradition sur cette question : Écriture sainte, Pères de l’Église, théologiens, papes, aucun n’a condamné la peine de mort.

Alors comment concilier l’ancien § 2267 du Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC)

« L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiés, le recours à la peine de mort »

avec le nouveau :

2267 Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée a la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne » [François, Discours aux Participants à la Rencontre organisée par le Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation, 11 octobre 2017.] et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde.

Le pape François a même ajouté dans ses discours que la peine de mort est en soi un péché, la comparant même à l’euthanasie et à l’avortement, ce qui est encore en contradiction avec ce que déclarait le cardinal Ratzinger, lequel, bien que personnellement défavorable à la peine de mort, rappelait la légitime diversité des opinions des catholiques en matière de peine capitale, soulignant :

Tous les problèmes moraux n’ont pas le même poids que l’avortement ou l’euthanasie. Par exemple, si un catholique venait à être en opposition avec le Saint Père sur la peine capital ou sur une décision de mener une guerre, il ne serait pas, pour cette raison, considéré comme indigne de se présenter à la Sainte Communion. Bien que l’Eglise exhorte les autorités civiles à rechercher la paix et non la guerre et d’user avec discrétion et pitié dans l’application de la peine capitale aux criminels, il reste néanmoins possible de prendre les armes pour repousser un agresseur et d’avoir recours à la peine capitale. Il peut y avoir une légitime diversité d’opinion parmi les catholique sur l’opportunité de mener une guerre ou de recourir à la peine capitale mais pas sur l’avortement et l’euthanasie.

Dans la postface de ce livre, Mgr Christophe J. Kruijen, docteur en théologie dogmatique, ancien collaborateur de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2008-2016), fait remarquer que la modification du CEC en 2018 fut décidée par un simple rescrit pontifical, dont on relève le caractère autoréférentiel puisque la seule source citée est un discours du pape François. Alors que le projet de rédaction du CEC fit l’objet d’une vaste consultation de tous les évêques. Mgr Kruijen souligne l’imprécision théologique du terme « inadmissible », le caractère disruptif de ce néo-Magistère pontifical, qui fragilise la crédibilité et la cohérence de tout le Magistère. Ce qui permet de conclure que ce passage du CEC ne fait pas partie du Magistère infaillible.

Matthieu Lavagna répond également à un certain nombre d’objections, notamment croire qu’il serait incohérent d’être hostile à l’avortement et à l’euthanasie tout en étant favorable à la peine de mort, ce qui rejoint l’article récent de Guillaume de Thieulloy ; l’objection selon laquelle seul Dieu est maître de la vie et de la mort ; ou encore celle du père Basile Valuet, moine au Barroux, qui considère qu’il n’y a pas de contradiction entre l’ancienne et la nouvelle rédaction, le pape François enseignant que la peine de mort est inadmissible aujourd’hui, compte tenu des circonstances actuelles, et non qu’elle est immorale en tous temps et en tous lieux. Le père Basile n’a visiblement pas bien lu le pape François, qui a approuvé la déclaration de la Doctrine de la foi dans Dignitas infinita :

 la peine de mort, elle aussi, viole la dignité de tout être humain, inaliénable en toutes circonstances.

Il est même hostile à la prison à perpétuité :

La prison à perpétuité est une peine de mort cachée [Fratelli Tutti n°268]

Au regard de l’enseignement historique de l’Eglise, Matthieu Lavagna interroge :

Doit-on vraiment croire que notre Eglise indéfectible a approuvé une sorte de meurtre contraire au 5e commandement pendant presque deux mille ans jusqu’à ce que la lumière de la vérité illumine enfin l’intellect de François pour rectifier l’affaire ? Non, une telle hypothèse n’est pas crédible et remettrait d’ailleurs en cause l’indéfectibilité de l’Eglise dans son enseignement moral.

Le recours à la peine de mort demeure une question d’ordre prudentielle, légitime, à laquelle il est possible pour un chrétien d’être favorable. A titre personnel, je suis défavorable à sa légalisation dans la France d’aujourd’hui, compte tenu des circonstances politiques, ne voulant pas mettre cet outil judiciaire entre les mains d’un ministre mélenchoniste ou de juges gauchistes, parfois plus sévères avec les honnêtes citoyens en situation de légitime défense qu’avec les criminels.

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