Sixième article de l’abbé Spriet :
De quoi parle-t-on ? Est-ce grave ou non ? Est-ce une question qui ne dépend que des ordinations épiscopales sans mandat pontifical (et même contre la volonté du pape) du 1er juillet prochain ?
Dès maintenant et avant même le 1er juillet 2026
Un canon du Code de droit de l’Eglise mérite notre attention. Can. 1364 § 1 : “L’apostat de la foi, l’hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latæ sententiæ”.
Il nous faut donc définir le schisme. Le canon 751 précise :
“On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité ; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne ; schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis” (cf. note 1).
Sous cet angle, quelques membres de la FSSPX sont peut-être déjà excommuniés latae sententiae pour schisme, du moins ceux qui continuent à approuver formellement l’acte schismatique du 30 juin 1988, et sont conscients que cela pourrait bien être une faute très grave.
Une peine supplémentaire (en plus de celle qui est liée au péché de schisme)
Le droit de l’Eglise est clair et formel : canon 1387 (dans la rédaction renouvelée du livre VI du Code, cf. site du Saint-Siège) :
“L’Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu’un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque, encourent l’excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique”.
Comment éviter le péché de schisme ?
Dans la mesure où, “appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, [le Concile Vatican II] enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés” (Lumen Gentium 14) alors la question d’éviter le péché de schisme est cruciale. Il y va du salut des âmes. “Chaque personne est aimée de Dieu pour elle-même et a été rachetée par le sang du Christ versé sur la Croix pour le salut de tous les hommes” (Saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Ecclesia Dei adflicta).
Il ne faut en aucun cas quitter l’Eglise catholique par un “refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis” (canon 751).
J’exhorte donc fraternellement les fidèles laïcs proches de la FSSPX à ne pas approuver la désobéissance constituée par ces ordinations illicites (si elles ont lieu bien sûr, et si elles ont lieu sans l’accord du pape Léon XIV), à ne pas vivre exclusivement en “vase clos” au sein de la FSSPX, mais à participer, par exemple, à des Messes, à des baptêmes célébrés par des prêtres ayant une mission canonique légitimement reçue d’un évêque en communion pleine et entière avec le successeur de Pierre. Cela les préservera du péché de schisme et donc de l’excommunication. Ils se maintiendront sur le chemin du salut éternel.
En disant cela, je ne fais que reprendre ce que saint Jean-Paul II écrivait déjà en 1988 : “Dans les circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois solennel et ému, paternel et fraternel, à tous ceux qui, jusqu’à présent, ont été, de diverses manières, liés au mouvement issu de Mgr. Lefebvre, pour qu’ils réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l’unité de l’Eglise catholique et de ne pas continuer à soutenir de quelque façon que ce soit ce mouvement. Nul ne doit ignorer que l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Eglise”.
La gravité de l’excommunication expliquée par saint Pie X
Nous lisons dans le Catéchisme rédigé par Saint Pie X :
“Peut-on se sauver en dehors de l’Eglise Catholique, Apostolique, Romaine ? Non, hors de l’Eglise Catholique, Apostolique, Romaine, nul ne peut se sauver, comme nul ne put se sauver du déluge hors de l’Arche de Noé qui était la figure de l’Eglise.
Qu’est-ce que les schismatiques ? Les schismatiques sont les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Eglise de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs.
Qu’est-ce que les excommuniés ? Les excommuniés sont ceux qui, pour des fautes graves, sont frappés d’excommunication par le Pape ou l’Evêque, et sont par suite, comme des indignes, séparés du corps de l’Eglise, qui attend et désire leur conversion.
Doit-on craindre l’excommunication ? On doit craindre beaucoup l’excommunication, car c’est la peine la plus grave et la plus terrible que l’Eglise puisse infliger à ses fils rebelles et obstinés”.
Les effets de l’excommunication
Le code de droit en vigueur dans l’Eglise catholique actuelle stipule au can. 1331 § 1 :
“À l’excommunié il est interdit : 1° de célébrer le Sacrifice de l’Eucharistie et les autres sacrements ; 2° de recevoir les sacrements ; 3° d’administrer les sacramentaux et de célébrer les autres cérémonies du culte liturgique : 4° de prendre part activement aux célébrations mentionnées ci-dessus ; 5° d’exercer des offices, des charges, des ministères et des fonctions ecclésiastiques ; 6° de poser des actes de gouvernement”.
Ces peines sont très sévères et très graves.
Le 17 juin 1988 une “monition canonique” avait été envoyée à Mgr Lefebvre par Mgr Gantin pour lui rappeler le droit de l’Eglise et pour l’aider à quitter sa “contumace” (c’est-à-dire, en droit canonique, sa volonté de commettre consciemment un délit très grave) avant de procéder aux ordinations épiscopales. Peut-être en sera-t-il de même avant le 1er juillet 2026 : une monition sera peut-être envoyée aux évêques actuels de la FSSPX pour leur rappeler le droit de l’Eglise et pour les aider à ne pas commettre cet acte schismatique annoncé. Ce sera une ultime tentative de “correction fraternelle”. Prions pour qu’elle soit entendue le cas échéant.
Devant ces questions canoniques très graves souvenons-nous de ce que le bienheureux Pie IX a enseigné :
“la doctrine catholique la plus élémentaire nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde ; et sans contredit « c’est à Pierre que le Seigneur a parlé, à un seul afin de fonder sur un seul l’unité” (Lettre encyclique Et si multa luctuosa, Sur l’obligation de croire à l’Église, 21 novembre 1873).
Note 1 : “On distinguera avec soin le schisme de la désobéissance pure et simple. Le schisme suppose un refus systématique et habituel de dépendance. Au contraire, la désobéissance peut n’être qu’un acte passager, sans que son auteur conteste aucunement l’autorité de la loi ou du législateur, et veuille se soustraire à elle de façon habituelle” R. Naz, art “schisme et schismatique”, in DDCan, VII (1965), col. 886-887.
