En cette période de graves incendies, les sapeurs-pompiers pointent du doigt certaines normes européennes.
Marc Vermeulen, directeur du Sdis 33, avait interpellé la préfecture sur les normes européennes «très contraignantes».
La première, l’AdBlue, ce dispositif anti-pollution obligatoire sur les véhicules diesel. L’AdBlue est un liquide composé d’urée et d’eau déminéralisée, stocké dans un réservoir séparé de celui du carburant. Son rôle : déclencher une réaction chimique qui transforme une partie des gaz polluants émis par le moteur en azote et vapeur d’eau, des substances beaucoup moins nocives pour l’environnement. Ce système équipe aujourd’hui la quasi-totalité des véhicules diesel afin de répondre aux exigences européennes en matière d’émissions d’oxyde d’azote. Une obligation qui touche également les véhicules d’incendie et de secours. Lorsque le réservoir est vide ou qu’une panne est détectée, le véhicule peut perdre en puissance, voire refuser de redémarrer après un arrêt. Pratique avec un camion de pompiers…
Le 14 juillet, le député socialiste Pascale Got avait interrogé le ministre délégué auprès du ministre de l’intérieur sur les conséquences opérationnelles des normes européennes d’émissions polluantes imposant l’utilisation du système AdBlue sur les véhicules lourds des services d’incendie et de secours.
Ce dispositif, conçu pour réduire les émissions d’oxydes d’azote des poids lourds effectuant de longs trajets routiers, s’applique de la même manière aux véhicules de lutte contre les incendies, dont le profil d’usage est pourtant radicalement différent : trajets courts entre la caserne et le sinistre, puis fonctionnement prolongé à l’arrêt ou à faible vitesse, souvent dans des conditions de chaleur et de poussière extrêmes qui perturbent le bon fonctionnement du système SCR. Les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sont confrontés, sur le terrain, à des difficultés croissantes liées au fonctionnement de ce dispositif qui peut entraîner, en cas de défaillance technique, de défaut de détection ou d’absence de liquide, une limitation automatique des performances du moteur, voire une impossibilité de redémarrage du véhicule. Les représentants des sapeurs-pompiers alertent sur ces dysfonctionnements, qui peuvent survenir alors même que les véhicules sont entretenus conformément aux préconisations des constructeurs. Les engins d’incendie interviennent dans des situations d’urgence où chaque minute est déterminante pour sauver des vies, protéger les biens et préserver l’environnement. Toute immobilisation ou limitation de leurs capacités opérationnelles est susceptible de compromettre la continuité du service public de secours et de mettre en danger les intervenants comme les populations. Dans ce contexte, elle lui demande si le Gouvernement entend engager des discussions avec les autorités européennes afin d’obtenir une dérogation spécifique pour les véhicules d’incendie et de secours ou, à défaut, permettre la mise en œuvre d’aménagements techniques garantissant que les dispositifs antipollution ne puissent, en aucune circonstance, empêcher ou limiter l’engagement opérationnel d’un véhicule de secours en intervention.
La réponse se fait attendre.
Outre l’AdBlue, les sapeurs-pompiers souhaitent bénéficier d’exonérations similaires à celles déjà accordées aux véhicules militaires pour d’autres réglementations. Le règlement GSR2 impose depuis 2024 de nouveaux équipements de sécurité sur les véhicules neufs. Notamment le système d’évitement de collision piéton. Lorsque les véhicules interviennent en forêt ou dans le maquis, ce dispositif ne parvient pas toujours à distinguer un arbre d’un piéton, ce qui provoque un arrêt automatique du véhicule… Ce phénomène peut se produire à l’avant comme à l’arrière du véhicule, ce qui peut retarder l’évacuation rapide des équipes sur les lieux d’un incendie et compromettre leur sécurité.
