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Histoire du christianisme

L’abandon de la doctrine du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ rend impossible la guerre juste

L’abandon de la doctrine du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ rend impossible la guerre juste

Dans son numéro du 2 mai, L’Homme Nouveau consacre un dossier au rôle de l’Eglise face à la guerre. Clément Millon, docteur en histoire du droit, est notamment interrogé sur la doctrine de la guerre juste :

La doctrine classique de la guerre juste est-elle aujourd’hui abandonnée par la papauté, ou simplement reformulée de manière implicite ?

Selon saint Thomas d’Aquin, la doctrine de la guerre juste requiert trois conditions précises et cumulatives (Somme théologique, II, II, 40. 1). Pour être juste, la guerre doit être déclarée par une autorité publique reconnue ; sa cause doit en être juste ; l’intention de celui qui la mène doit être droite. Aujourd’hui, si les deux derniers aspects peuvent sembler être reconnus de manière implicite, il n’en est pas de même pour le premier. Léon XIV ne dénie pas l’existence du droit d’un État à la légitime défense, dans son message de paix du 1er janvier 2026. De même, il condamne les frappes sur les infrastructures civiles iraniennes en avril 2026. Le premier critère, quant à lui, est paradoxalement le plus difficile à appliquer : les pouvoirs en place sont reconnus en tant que tels par le pape (« Il n’est de pouvoir qui ne t’ait été donné », Jn 19, 11). Cependant, cela fait bien longtemps que l’Église peine à reconnaître dans les États, même catholiques, d’authentiques manifestations du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aujourd’hui, il en ressort l’idée justement exprimée par Gérard Leclerc dans France Catholique en avril 2026 : « On ne conçoit pas un pape justifiant un conflit armé. » Déjà, Pie X, dans une formule restée célèbre, répond à l’ambassadeur d’Autriche-Hongrie venu lui demander en 1914 la bénédiction de ses armées : « Le Pape bénit la paix, pas la guerre. » Aussi, l’application concrète et explicite de la doctrine de la guerre juste semble hypothétique. Au final, l’abandon de la doctrine du règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ la rend impossible. Et pourtant, elle reste dans la Tradition de l’Église et elle ne demeurera peut-être pas toujours lettre morte. Qu’adviendra-t-il si l’Église est attaquée à Rome ?

Dans ce même numéro, L’Homme nouveau publie un court extrait des Institutions du droit public ecclésiastique, vol. I, Constitution sociale et pouvoir de l’Église du grand théologien romain que fut le cardinal Ottaviani, proche collaborateur de Pie XII puis propréfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sous Paul VI :

En pratique donc il ne sera jamais permis de provoquer une guerre, pour revendiquer ses droits. Bien plus, il ne faudra pas entamer une guerre défensive, à moins que l’autorité légitime, à qui il revient de discerner, ne possède avec la certitude de la victoire, des arguments valables de la supériorité du bien qui résulterait pour le peuple d’une guerre défensive par rapport aux maux immenses qui viendront de la guerre pour ce peuple et pour le monde entier.

Autrement le gouvernement des peuples aurait la même valeur que le gouvernement de massacre universel où, comme cela fut manifeste lors de la dernière guerre, les victimes innocentes sont plus nombreuses parmi les civils que parmi les militaires.

C’est pourquoi, face à un État totalitaire ou tyrannique, on applique encore, de facto, ce principe : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » Mais cela ne se justifie que si la société ou la coalition de sociétés, aimant véritablement la paix, préparent une force armée seulement en vue de se défendre. C’est évidemment la même raison pour laquelle « les objections de conscience », comme système général, ne peuvent être approuvées.

L’opinion répandue parmi les hommes politiques est qu’on pourrait ouvrir la voie pour la paix « en déposant les armes ou du moins en les limitant » (disarmo, désarmement). Mais ce remède suppose que toutes les parties sont vraiment sincères et aiment la paix ; en revanche si, d’une part, il y a quelque mensonge, ruse ou désir de domination, toutes choses propres à un régime totalitaire ou à une faction tyrannique, ce moyen, loin d’être un remède, serait dangereux pour la partie qui cherche sincèrement la paix, la prospérité et la liberté du peuple. Car, cependant qu’une partie sincère se prive d’armes, son adversaire conserve des armes en secret de diverses façons, ce qui n’a rien d’impossible. Quelle sera donc pour l’avenir la voie pour résoudre les conflits internationaux ? « Il y a deux manières de se disputer, l’une par la discussion, l’autre par la violence ; la première est propre à l’homme, l’autre aux bêtes. » Il faut toujours aller vers la première, c’est-à-dire toujours envisager la paix.

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