Du Père Marcelino Constant pour Le Salon beige (partie I à lire ici)
L’acte de Foi est un acte de l’intelligence impliquant le respect du principe de non-contradiction…
Notre adhésion de Foi à la vérité divine révélée est une adhésion de l’intelligence mue par la volonté, sous la motion (l’influence) de la grâce. L’acte de Foi, bien que surnaturel, demeure un acte de l’intelligence et ne saurait se soustraire à sa loi première qu’est le principe de non-contradiction récusant que deux affirmations opposées soient simultanément vraies sous le même rapport.
Aussi, la Révélation, objet de la Foi, ayant pour auteur Dieu, Vérité première, est nécessairement Une et cohérente, ce qui exclut toute possibilité de contradiction.
Tant donc par son sujet que par son objet, la Foi ne saurait imposer l’adhésion à deux affirmations contradictoires.
On comprend alors qu’en cas de contradiction réelle entre deux enseignements magistériels, il y a nécessairement un choix à faire. Faut-il choisir celui qui nous arrange ou celui qui est le plus récent ?
Ni l’un ni l’autre. Dans la mesure où cette contradiction ne saurait concerner deux enseignements infaillibles (le Saint–Esprit garantissant leur absence d’erreur et leur unité à travers le temps), c’est l’enseignement non infaillible ou rompant avec le magistère constant qui doit être rejeté en attendant une rectification éventuelle du pape ou d’un concile.
En effet, ce n’est pas la date d’un document magistériel qui détermine son autorité mais les signes textuels manifestant le degré d’autorité engagé par l’Église enseignante ou, à défaut, la récurrence du magistère à enseigner la même doctrine.
Cependant, si deux propositions apparemment contradictoires semblent toutes deux avoir été enseignées infailliblement, alors, soit la contradiction n’est qu’apparente et disparaît à la lumière d’une analyse plus approfondie du sens et du contexte des enseignements ; soit l’une des propositions ne remplit pas réellement les conditions requises pour relever de l’infaillibilité, malgré les apparences.
Deux critères de réception de l’enseignement du pape et des évêques…
Demeurer intégralement catholique en temps de crise ecclésiale suscitée notamment par un exercice déficient du pouvoir magistériel implique donc de garder comme critères de réception d’un acte magistériel ceux donnés par la prière de l’acte de Foi.
Le respect de ces deux critères permet d’éviter les impasses des herméneutiques volontaristes continuistes ou rupturistes, toutes deux étant à bannir. En effet, le continuisme implique la négation de la réalité des déficiences, équivocités voire erreurs du magistère non infaillible au profit d’une compréhension moderniste de la Révélation. Tandis que le rupturisme implique le déni de l’exercice d’un vrai magistère depuis le pape Pie XII au profit d’une remise en cause de l’indéfectibilité de l’Église.
Ces deux critères de réception de l’enseignement magistériel, donnés par la prière de l’acte de Foi, que sont le degré d’autorité engagé et la conformité avec le magistère antérieur infaillible ou constant doivent demeurer le rempart objectif pour tout catholique soucieux de persévérer dans la profession intégrale de la Foi. Ce rempart objectif est le meilleur antidote contre les erreurs véhiculées au sein de l’Église et contre le danger qu’elles font courir de perdre la Foi ou de s’ériger en magistère parallèle.
Une attitude prudente à adopter en temps de crise…
Si le magistère non infaillible implique une vraie adhésion de l’intelligence du catholique, celui-ci qui n’est pas théologien n’est pas toujours en mesure de trancher définitivement s’il y a contradiction réelle ou seulement apparente entre deux affirmations magistérielles qui ne semblent pas conciliables. Mais cela ne doit pas remettre en cause la Foi du fidèle car l’unité de la Révélation et l’adhésion irrévocable qu’elle commande au magistère infaillible ou constant, le préservent de tout rejet coupable de ce qui serait vrai dans une affirmation magistérielle équivoque.
Ajoutons que le Saint–Esprit, qui assiste encore aujourd’hui son Église, n’a jamais permis que des propositions erronées soient enseignées de manière infaillible.
Ainsi, les simples fidèles doivent au moins, à titre prudentiel, s’en tenir aux enseignements du magistère infaillible ou constant, au lieu de faire leurs les affirmations équivoques ou erronées contenues dans le dernier concile du Vatican ou dans le magistère ou d’autres documents officiels postérieurs concernant tant le dogme : la liberté religieuse, les fausses religions et leur rapport à l’Église, le remplacement de l’ancienne alliance par la nouvelle, la collégialité ; que la morale : la légitimité de la peine de mort, l’impossibilité de la communion aux pécheurs publics (divorcés remariés, schismatiques…), l’impossibilité de la bénédiction de couples non réellement mariés, la hiérarchisation des fins du mariage, le devoir de subordination de l’épouse à l’époux.
Sur ces sujets, il est donc nécessaire de s’en tenir respectivement, pour le dogme, aux enseignements : de Quanta Cura de Pie IX, de Mortalium animos de Pie XI, de la bulle pontificale Hæbreorum gens de Saint Pie V, de Pastor æternus de Vatican I ; et sur la morale aux enseignements : de la Profession de foi prescrite aux Vaudois, d’Innocent III, de Reconciliatio et paenitentia (n°34) de Jean-Paul II, de la Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1/10/1986), de Casti connubii de Pie XI, d’Arcanum divinæ Sapientiæ de Léon XIII.
Lorsqu’un enseignement du magistère, norme prochaine de la Foi, rend obscur ce qui était clair par les multiples interprétations qu’il suscite, il n’atteint pas sa finalité, rappelée par Pie XII dans Humani generis :
« …l’acte du magistère est donc d’éclairer et de dégager ce qui n’était contenu dans le dépôt de la foi que d’une manière obscure et pour ainsi dire implicite. ».
Dans une situation où cela devient fréquent, on ne peut que supplier le Ciel pour que de telles déficiences cessent et que soient donnés à l’Église des théologiens et des pasteurs se tenant à disposition de la hiérarchie pour lui permettre de rectifier ce qui doit l’être aussi rapidement que le péril pour les âmes d’ignorer ou de rejeter la Révélation est grand.
Père Marcelino Constant
