Le cardinal Gerhard Ludwig Müller a averti que l’Occident traverse une « crise d’identité sans précédent » à mesure qu’il s’éloigne de ses racines chrétiennes, arguant que « l’apostasie interne » de l’Occident se produit parallèlement à la « propagation vigoureuse de l’islam ».
Le préfet émérite de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a déclaré que la réponse à la crise ne devait être ni le relativisme religieux ni le fondamentalisme islamique, mais un retour à Jésus-Christ et au caractère missionnaire du christianisme.
Le cardinal Müller a tenu ces propos dans un discours pour la conférence Tavole di Assisi 2026 , qui s’est déroulée au début du mois. Son Éminence a abordé la sécularisation des sociétés occidentales, les relations entre chrétiens et musulmans, le posthumanisme et la responsabilité missionnaire de l’Église. Le cardinal allemand a soutenu que la crise à laquelle est confronté l’Occident chrétien ne pouvait pas être comprise simplement comme le résultat de pressions extérieures.
« L’Occident chrétien n’est plus seulement menacé par des forces extérieures, mais rongé par l’apostasie interne ».
Le cardinal Müller a lié cette érosion à la montée du posthumanisme, qu’il a qualifié d’« idéologie nihiliste ». Son Éminence a soutenu que les tentatives visant à affranchir l’humanité de Dieu risquent, à terme, de saper la conception de la nature humaine sur laquelle repose la civilisation occidentale.
Au lieu d’être considérés comme des créatures faites à l’image et à la ressemblance de Dieu, les êtres humains peuvent, selon Son Éminence, être traités comme de la « matière manipulable » ou un « algorithme parmi des algorithmes ».
Le cardinal a déclaré que cette évolution se produisait en même temps que « l’expansion vigoureuse de l’islam », tandis que les sociétés occidentales abandonnaient des croyances religieuses qui avaient façonné la culture européenne pendant des siècles.
Le cardinal Müller a également soutenu que l’affirmation constante de Dieu et de la transcendance par l’islam contrastait avec la sécularisation de la société occidentale. Parallèlement, il a affirmé que le christianisme et l’islam ont des conceptions fondamentalement différentes de la révélation et de la personne humaine.
« Les musulmans ne respectent pas un christianisme faible, honteux de la Croix et réduit à une œuvre de charité ou à un organisme de défense de l’environnement ». « Ils respectent ceux qui croient. »
Son Éminence a fait valoir que le vide spirituel créé par le déclin du christianisme pouvait faire apparaître l’islam à certaines personnes comme un « roc solide », notamment dans le contexte des controverses sur le sens de la nature humaine, du mariage, de la vie et de la mort.
Le cardinal Müller a néanmoins rejeté l’idée que l’islam puisse à lui seul apporter la solution à la crise occidentale.
« La réponse au nihilisme n’est pas le fondamentalisme, mais le Christ, le Logos incarné ».
Le cardinal Müller a également évoqué la rencontre entre saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kamil lors de la cinquième croisade, un événement qui a suscité un vif intérêt lors du colloque d’Assise. Il a critiqué les interprétations de cette rencontre qui présentent saint François principalement comme un précurseur du dialogue interreligieux moderne ou du pacifisme.
« Un courant sentimental et relativiste a présenté saint François comme le précurseur du syncrétisme moderne, le prophète du dialogue pacifiste comme une fin en soi, dans lequel toutes les religions sont équivalentes et aucune ne détient la vérité », qualifiant une telle interprétation de « falsification historique et théologique ».
Le cardinal Müller a soutenu que la rencontre de saint François avec le sultan devait être comprise dans le contexte de sa foi chrétienne et de son souci du salut des âmes. François, a-t-il affirmé, s’est rendu auprès du sultan non pas pour des discussions diplomatiques, mais par « amour des âmes » et par conviction dans la mission salvifique de Jésus-Christ.
Le cardinal a déclaré que l’engagement en faveur du dialogue interreligieux n’exigeait pas des chrétiens qu’ils dissimulent ou renoncent à leur identité religieuse.
« Le dialogue interreligieux, pour être authentique et respectueux de la dignité humaine, ne peut se fonder sur la dissimulation de sa propre identité ».
Son Éminence a donc appelé l’Église à retrouver son caractère missionnaire, arguant que cela était « non seulement juste, mais urgent et nécessaire » dans les circonstances actuelles.
Le cardinal Müller a également établi un lien entre la perte de la foi en Occident et ce qu’il perçoit comme une crise plus profonde de la conception occidentale de la raison et de l’humanité. « L’Occident a perdu la foi parce qu’il a perdu la raison ».
Le cardinal a fait valoir que l’abandon du christianisme s’accompagne d’une remise en question des affirmations fondamentales concernant la nature humaine. Les religions offrant des réponses claires et des convictions fermes peuvent donc paraître attrayantes pour les personnes en proie à un doute spirituel.
L’alternative au nihilisme réside dans une foi centrée sur le Christ et compatible avec la raison.
« L’Occident se sauvera du posthumanisme et ne sera pas absorbé par d’autres religions s’il redécouvre la valeur de la mission ».
Dans la dernière partie de son discours, le cardinal Müller a appelé les chrétiens à réaffirmer le Christ et le caractère unique du salut chrétien plutôt que de répondre au déclin du christianisme en réduisant les exigences de la foi.
Son Éminence a soutenu que l’Église devait retrouver la conscience de sa mission et replacer le Christ au cœur de son message. Le cardinal Müller a réaffirmé le principe selon lequel « hors de Jésus-Christ, point de salut », adressant son appel aux chrétiens et à l’Europe, qui, selon lui, s’éloigne de plus en plus de ses racines chrétiennes.
Le cardinal Müller a conclu en liant le rétablissement de la foi chrétienne à une compréhension renouvelée de la dignité humaine.
« Ce n’est que lorsque l’Occident replacera Dieu au centre que l’homme redeviendra pleinement humain ».
