Malgré les sanctions, les fidèles FSSPX semblent y rester, très majoritairement. Notamment les familles. Pour quelles raisons ? Ou plutôt, pour quels besoins, quelles “nécessités” ?
Analyse et perspectives.
LA FAMILLE, SOCIETE IMPARFAITE, A BESOIN D’UN APPUI EXTERIEUR
La doctrine catholique enseigne que la famille est une « société imparfaite » : elle n’a pas en elle-même tous les moyens de sa finalité.
Elle a besoin de communautés plus larges : communautés intermédiaires, jusqu’à l’État et l’Église.
La famille en a besoin notamment pour la transmission de la Foi : sacrements, enseignements (« caté », etc.), écoles, mouvements de jeunesse (scouts, etc.), etc.
Ce besoin correspond par nature à un « état de nécessité ».
CRISE DE LA FOI : AUSSI (SURTOUT ?) CRISE DE LA TRANSMISSION DE LA FOI ?
Il faudrait une étude rigoureuse sur ce sujet, mais la tendance semble être la suivante.
Pour les fidèles FSSPX, la natalité moyenne doit être à 3,5 enfants (en tenant compte de ceux qui restent célibataires), avec un taux de transmission de la Foi d’environ 80 %. Cela signifie un bilan de 3,5 x 0,8 = 2,8 à chaque génération : 2 parents donnent 2,8 enfants cathos, soit + 0,8 par génération. C’est une croissance réelle mais qui reste modeste, alimentée aussi par les conversions.
Pour les Ecclesia Dei, la tendance semble la même, avec peut-être un peu plus de conversions.
Pour les « diocésains sérieux » (Communauté Saint Martin, scouts d’Europe, etc.), la natalité doit être proche de 3, et le taux de transmission 60 %, soit un bilan de 3 x 0,6 = 1,8. En y ajoutant les conversions, on observe une stabilité. C’est le « socle » des cathos français depuis 40 ans.
Pour les « cathos culturels », natalité de 1,5, et transmission de 30 % : le bilan est de 1,5 x 30 = 0,45. Ils disparaissent du paysage catho, hormis un vague sentiment d’appartenance.
En résumé, globalement, plus une famille veut transmettre, plus elle a besoin d’un « environnement tradi ».
Cet « environnement tradi » est donc un “état de nécessité statistique”.
MAIS… LES ECCLESIA DEI SONT INTERDITS DE S’ETENDRE !
A ce stade, nous pourrions dire que les Ecclesia Dei pourraient répondre aux besoins des fidèles.
C’est ce que Benoît XVI avait permis, avec Summorum Pontificum.
Aujourd’hui, avec Traditionis Custodes et la malveillance de beaucoup d’évêques, les apostolats Ecclesia Dei ne peuvent pas s’étendre. Parfois même, ils disparaissent. Dans tous les cas, ces apostolats sont fragiles, sans garantie dans le temps.
Et donc, pour les familles FSSPX ? Quand on a un toit, un emploi, une école, une messe, des scouts, etc., on ne va pas fragiliser cet équilibre en déménageant près d’une chapelle Ecclesia Dei qui n’existera peut-être plus l’été prochain…
Les familles ont besoin de stabilité, c’est une nécessité.
LES FAMILLES FSSPX VONT DONC RESTER… DONC LE CLERGE AUSSI : OU IRAIT-IL ?
Les familles FSSPX connaissent leurs besoins, leurs nécessités : elles vont y rester, majoritairement.
Répondant à ce besoin, ou l’anticipant, les clercs et religieuses resteront aussi.
De toutes façons, où iraient-ils ? Rejoindre la FSSP ? Pour quel apostolat ? Pour être prof de rugby à Sées ? Pour créer un nouvel institut, dont les statuts ne seront pas respectés par Rome, comme à Toulon, ou la Fraternité Saint Thomas Becket ?
Certes, on peut regretter que la FSSPX ne soit pas rentrée dans le rang en 1988 ou 2009. Mais la confiance dans le long terme n’était pas présente. Traditionis Custodes et Toulon semblent d’ailleurs leur donner un peu raison.
Certes, la FSSPX aussi peut énerver : son refus des canonisations, des mystères lumineux, ses outrances envers Ecclesia Dei, son ton souvent inutilement agressif, etc. Mon avis très personnel est que l’abbé Pagliarani gagnerait à être un peu plus silencieux, pendant quelques mois…
Mais, à la base, c’est Rome et la plupart des évêques qui sont défaillants, en ne répondant pas de manière optimale aux besoins des familles.
Ils ne répondent pas de manière optimale à l’ « état de nécessité » des familles.
« TODOS, TODOS, TODOS » CATHOLIQUES : ET DONC ? LIBERTE !!!
Ce qui est bien triste, c’est que tous sont catholiques. Personne n’a franchi la ligne rouge : aucun texte romain « infaillible » n’est hérétique, et la FSSPX n’est pas sédévacantiste.
Que Rome et les évêques laissent donc la LIBERTE au bien, notamment au bien permis par Ecclesia Dei ! Les besoins des familles seront alors progressivement assumés.
C’est ce que Benoît XVI avait permis. Mais c’est ce que la plupart des évêques ont freiné, en lui désobéissant, comme ils avaient désobéi à Jean-Paul II et sa demande d’application « large et généreuse » du Motu Proprio de 1988.
« In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas » : si la « pastorale moderne » n’est pas nécessaire (necessariis) au salut, si l’on peut avoir des doutes (dubiis) sur cette pastorale moderne, redonnez-nous la pleine LIBERTE de faire le Bien avec tous les éléments de la « pastorale tradi » !
Charles Rosiers, ancien chroniqueur au quotidien Présent, [email protected]
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