Cher Monsieur l’abbé,
Pour aller droit au but, votre lettre ouverte parue sur ce même site le 04/07 m’a profondément choqué. Vous brandissez cette excommunication comme une victoire, à tout le moins comme une certitude. Mais pourrais-je vous poser quelques questions ?
Vous avez beaucoup écrit pour critiquer la position de la Fraternité. Avez-vous pris votre plus belle plume quand le pape Léon XIV a invité en grande pompe au Vatican Madame Mullaly (grande Papesse de l’Eglise Anglicane pro avortement et pro LGBT). Avez-vous dénoncé ce scandale de voir cette femme, représentant les Anglicans, schismatiques et excommuniés depuis des siècles, donner sa bénédiction à un parterre de cardinaux dont certains se sont signés ? L’avez-vous dénoncé en chaire ? L’avez-vous écrit dans votre gazette paroissiale ?
Avez-vous pris position haut et fort (comme vous le faites courageusement à l’égard de la FSSPX) quand le pape François adorait (ou laissait adorer) la Pachamama dans les jardins du Vatican, acte qui a choqué profondément tous les catholiques dignes de ce nom ?
Vous a-t-on entendu quand le pape François déclarait à la conférence d’Abu Dhabi que « la pluralité des religions est un bienfait de la sagesse divine ». Proposition qui heurte frontalement l’enseignement de l’Eglise !
Tous ces exemples (et on pourrait en écrire un livre entier) sont des actes formellement hérétiques et schismatiques, et ils sont commis par les plus hautes autorités de l’Eglise. Les avez-vous condamnés courageusement ?
Ces questions je vous les pose à vous, mais à travers vous, à tous ceux qui critiquent l’action de la FSSPX !
Par ailleurs, pourriez-vous aussi écrire une lettre ouverte aux fidèles de la Frat St Pierre qui n’ont plus d’église à Quimper, Grenoble, Dijon … comment est-ce qu’ils doivent s’y prendre pour avoir la doctrine et les sacrements traditionnels ? Il me semblait que ces communautés étaient « cum petro et sub Petro » et que par conséquent elles étaient les bienvenus dans l’Eglise, mais j’ai dû manquer une étape !
Pourriez-vous leur expliquer qu’il vaut mieux que leurs enfants ne reçoivent pas le sacrement de confirmation plutôt que d’être confirmés par un évêque de la FSSPX !
Qu’écrirez-vous à tous ses fidèles attachés à la Messe traditionnelle qui n’y ont plus accès en raison du Motu Proprio Traditionis Custodes ! Qu’ils feraient mieux de s’en passer ? Dans de nombreux diocèses en France et dans le monde l’évêque a considérablement restreint l’accès à la messe traditionnelle. Vous bénéficiez de ce privilège et par votre lettre vous voulez en priver certains fidèles.
Pourriez-vous également écrire une lettre ouverte à tous ces fidèles du bout du monde qui habitent dans des coins si reculés que jamais vous n’en entendrez parler que c’est un péché de recevoir des sacrements des prêtres de la FSSPX ! Qu’il vaut bien mieux s’en passer même s’il n’y a rien à des milliers de km autour ?
Alors on dit qu’on est schismatique ? Honnêtement, je rirais volontiers si la situation n’était pas si grave ! Mais votre lettre laisse comme un goût très amer dans la bouche car :
• Elle est remplie d’un pharisaïsme juridique qui ne tient aucun compte de la situation exceptionnelle dans laquelle nous sommes tous.
• Elle jette le bébé avec l’eau du bain. Peu importe pour vous que des milliers d’âmes soient sauvées par son apostolat, ou que ses écoles (bien remplies de fidèles venus de chez vous soit dit en passant) forment des âmes chrétiennes. Exit également toutes les autres œuvres : maisons de retraites, actions caritatives, mouvement scouts, croisades eucharistiques… Tout cela est balayé d’un revers de main dans votre lettre, sans discernement ni analyse.
• Et le plus grave : elle méprise le grand malaise de centaines de milliers de fidèles qui face aux dérives conciliaires cherchent seulement un endroit stable et sûr pour sauver leur âme. Par votre lettre, vous leur niez ce droit, comme s’il n’y avait aucun problème dans l’Eglise officielle et que la situation était normale.
• Enfin, je ne vais pas vous apprendre en ces temps troublés que la vérité est parfois plus complexe et plus contre intuitive que ne le laisse supposer un décret d’excommunication.
Très humblement voici ce que je dirais au jeune qui veut entrer dans un séminaire de la FSSPX :
• Fonce, tu seras bien formé, loin de la doctrine frelatée d’un concile dont soixante-dix ans après, personne ne sait comment il faut l’interpréter, tellement il est ambigu !
• Fonce, tu pourras vivre pleinement ton sacerdoce sans te soucier de savoir si ton évêque va te mettre des bâtons dans les roues parce que tu enseignes simplement la doctrine catholique ou que tu veux porter la soutane.
• Fonce car si tu rentres dans un autre séminaire et que tu n’es pas le champion du grand écart, tu devras faire des compromis toute ta vie, et à la longue c’est fatiguant.
• Ne te soucie pas de cette excommunication. Elle est nulle et non avenue. La FSSPX est excommuniée par des autorités qui en temps normal auraient été exclues de l’Eglise sans coups férir pour hérésies de toutes sortes. Donc surtout pas de panique à ce sujet.
• Sois patient : un jour viendra où les autorités romaines remercieront la FSSPX pour ce geste salutaire. Tu seras très bientôt dans le camp des vainqueurs.
Enfin je dirais à l’abbé Spriet et à tous ceux qui fustigent la FSSPX : Je comprends que vous ne soyez pas d’accord, nous ne demandons à personne de nous rejoindre. Mais arrêtez d’être en guerre avec nous comme si on était l’ennemi public n°1 de l’Eglise, alors que nous voulons nous aussi être ses serviteurs, même si nous prenons des moyens que vous ne comprenez pas ou avec lesquels vous n’êtes pas d’accord.
Comprenez qu’à situation exceptionnelle répondent parfois des circonstances exceptionnelles, et ce qui devrait prévaloir entre nous actuellement c’est la charité. Et je trouve personnellement que votre lettre en manque cruellement. Elle ressemble à ce coup de pied que l’on assène à celui qui est déjà à terre.
Si vous estimez que la question des sacres ou de l’état de nécessité demeure discutables entre catholiques de bonne foi, alors pourquoi ne pas appliquer cette maxime tirée de la sagesse chrétienne : « Dans les choses nécessaires, l’unité ; dans les choses incertaines, la liberté ; en toutes choses, la charité ». Votre situation est peut-être tellement confortable que cette précaution vous semble inutile ? Sachez qu’il y a des milliers de fidèles qui ne partagent pas votre optimisme et qui ne trouvent plus dans l’Eglise officielle de quoi nourrir leur âme. Alors s’il vous plaît, je ne vais pas vous dire où est votre devoir mais je pense qu’il consiste plus à remplir votre église qu’à vider nos séminaires !
Quoi qu’il en soit j’espère de tout cœur que cette sentence de l’Evangile ne vous sera pas appliquée : « Malheurs à vous, Scribes et Pharisiens, vous filtrez le moucheron et vous avalez le chameau (Mt 23, 24) !»
Votre dévoué serviteur
Thomas Legrier
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