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Tribune libre

L’identité heureuse, ou une réponse au père Benoist de Sinety

L’identité heureuse, ou une réponse au père Benoist de Sinety

Dans son livre “La cause du Christ. L’Évangile contre « l’identité chrétienne »” , le père Benoist de Sinety met en garde contre une instrumentalisation politique du christianisme et multiplie actuellement les interventions médiatiques sur ce thème. S’il existe en effet un danger à réduire le christianisme à une identité civilisationnelle, et si un christianisme sans vie spirituelle réelle peut devenir un « christianisme sans Christ », l’Évangile n’est pas davantage une simple vue de l’esprit adaptée aux sensibilités contemporaines, toujours éphémères et contingentes.

Son propos souffre souvent d’une asymétrie étonnante. Lorsqu’un responsable politique évoque les racines chrétiennes de la France, on parle aussitôt de récupération ou de « taxidermie ». En revanche, lorsque le christianisme est mobilisé au service de causes migratoires, écologiques ou sociétales, qui ne sont pourtant pas dépourvues de légitimité lorsqu’elles sont véritablement discernées à la lumière de toute l’anthropologie chrétienne, cela devient spontanément l’expression authentique de l’Évangile. Comme si l’instrumentalisation n’existait que dans un sens unique.

Or le Christ est aussi venu annoncer la vérité, la conversion et le salut. Un christianisme qui ne parle plus que d’ouverture risque lui aussi de devenir un christianisme mutilé.

Benoît XVI avait diagnostiqué le problème avec davantage de profondeur : l’Occident souffre moins d’un « excès d’identité » que d’une crise de vérité et d’une fatigue spirituelle. Quand une civilisation ne sait plus ce qu’elle est, elle oscille entre dissolution molle et crispation brutale. Les phénomènes identitaires sont souvent les symptômes d’un vide préalable (parfois cultivé par un clergé progressiste pétri de bonne volonté mais dépourvu de discernement), non leur cause première.

Et l’on songe ici à la formule de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » Après avoir déconstruit pendant des décennies les héritages culturels, spirituels et nationaux, on découvre avec inquiétude les réactions identitaires que produit précisément ce vide. Car lorsqu’une société ne transmet plus rien avec sérénité, tout revient sous forme de crispation.

La même ambiguïté apparaît dans cette idée d’« évolution permanente », devenue presque un dogme sous la plume du père de Sinety. Tout devrait évoluer sans cesse : les mœurs, les peuples, les cultures, et même l’Église. Mais évoluer vers quoi ? Une boussole qui tourne constamment n’indique plus le nord ; elle ne fait qu’indiquer sa propre agitation.

Il est d’ailleurs intéressant de constater que la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, contrairement à l’esprit plus abstrait et individualiste de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, reconnaît pleinement l’importance des appartenances concrètes, culturelles, familiales et nationales dans la construction humaine. L’identité n’y apparaît pas comme une menace en soi, mais comme une réalité dynamique et positive, appelée à s’ouvrir à l’universel sans se dissoudre dans l’indifférenciation.

L’Église n’a jamais eu pour mission de sanctifier chaque mutation du temps présent. Elle transmet quelque chose qui la précède pour ouvrir un chemin vers l’avenir, puis vers l’Éternité. Entre l’immobilisme et le relativisme mouvant, il existe encore la possibilité d’une fidélité vivante.

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