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France : Politique en France

Message de Louis de Bourbon à l’occasion de la fête de Saint Louis

Message de Louis de Bourbon à l’occasion de la fête de Saint Louis

Chers Français,

Depuis plusieurs années, j’ai pris l’habitude d’exprimer, à l’occasion de la Saint-Louis, les constats et les vœux que m’inspire la situation du pays, à la lumière de la tradition multiséculaire dont je suis l’héritier.

En cette rentrée 2026-2027, l’année qui s’ouvre s’accompagne d’une échéance cruciale pour la France : celle d’une élection présidentielle.

Plus que jamais, l’avenir du pays paraît incertain. Au-delà des positionnements politiques souvent prévisibles, on ne peut que constater une grande absente : celle de la clarté et de la vision de long terme. Est-ce là ce qui explique la grande profusion des candidatures ? il semble que le pays soit frappé d’une dispersion des volontés à la mesure de la disparition du principe d’autorité. Cette absence fait d’autant plus cruellement défaut que les urgences se font pressantes.

Sur le plan de la Justice et de la sécurité, malgré un durcissement de son arsenal, l’État n’obtient pas de diminution des crimes et des délits. Il s’agit là de drames humains et non seulement de statistiques. Que dire lorsque se succèdent les affaires aussi retentissantes que désolantes ? En quatre ans, Quentin, Lyhanna, Louis ont succédé à Elias, Louise, Lorène, Mélanie et Mehdi, Shemseddine, Matisse, Philippine, Fayed, Dominique Bernard, Thomas, Lola et Justine… Cette litanie de crimes, qui touchent des victimes de plus en plus jeunes, est tout simplement intolérable. Une profonde mutation de l’esprit public et une rénovation complète de notre Justice sont nécessaires pour en venir à bout.

Sur le plan économique, la France poursuit sa descente aux abîmes de l’immobilisme et de l’endettement. Dès fin 2026, la charge de la dette dépassera celle de toutes les grandes politiques publiques non sociales, dont l’Éducation nationale et la Défense. Cette charge va comprimer l’espace disponible pour les autres dépenses publiques. Or, la France peine à se réindustrialiser, et à relancer sa croissance. Asphyxiée par la fiscalité, l’économie accuse un retard croissant face aux évolutions en cours aux États-Unis et en Asie. Le tableau n’est pas entièrement sombre : la France conserve des atouts solides dans plusieurs filières industrielles telles que l’aéronautique, le luxe, l’énergie, la défense, l’intelligence artificielle. Certains projets commencent à produire des effets. Mais la capacité du pays à transformer ces points forts en croissance durable dépendra de sa faculté à restaurer ses finances publiques et à simplifier ses règles.

Sur le plan de la santé, la première responsabilité des dirigeants est de protéger la vie. Or, le 15 juillet, l’Assemblée nationale a voté la loi légalisant l’euthanasie. Des institutions médicales et hospitalières, qui étaient consacrées à soulager les souffrances, à protéger la vie et la santé, administreront désormais la mort. J’ai eu l’occasion de dire à quel point cette loi constitue un basculement mortifère pour toute la société. Je regrette que les réserves du Conseil constitutionnel aient été si timides, et que cette institution, qui s’est réservé la mission de garantir les libertés, soit passée à côté de l’enjeu essentiel : éviter à nos personnes âgées et malades de se sentir un fardeau lorsque nous les entourons de nos soins. Cette responsabilité de veiller sur les patients jusqu’au terme naturel de la vie, qui incombait à toute la société, ne dépendra plus désormais que de la fragile conscience isolée de chaque personne : enfants, proches, soignants et de la ténacité des personnes âgées elles-mêmes. Je souhaite qu’au plus tôt, la garantie d’une loi intangible revienne au secours de la vie, notamment de la plus faible et la plus démunie.

Sur le plan des services publics, on répète souvent, à juste titre, que la France a été façonnée par son État. Or c’est un État affaibli qui se dévoile aujourd’hui. Malgré le dévouement des agents, l’été a été marqué par une succession de graves lacunes dans l’anticipation des crises et dans leur gestion. En voici trois illustrations : dès le mois de juin, face à la canicule, la climatisation des établissements s’est avérée lacunaire – en particulier celle des hôpitaux et des lieux accueillant des personnes âgées, provoquant une surmortalité de plus d’un tiers. En juillet et en août, face aux incendies forestiers, l’organisation et l’équipement se sont révélés gravement insuffisants, conduisant à des pertes majeures : près de 120 000 hectares ont brûlé, dont des habitations, plusieurs morts sont à déplorer ainsi que des centaines de blessés parmi les secours. Enfin, sur le plan névralgique du secret fiscal, l’administration, que l’on pensait hautement sécurisée, a été prise en défaut au détriment de plusieurs centaines de milliers de contribuables – cette nouvelle fuite succédant à celle ayant touché bien d’autres services publics. Ces trois illustrations matérialisent la désillusion des Français à l’égard d’un État dont la puissance et l’efficacité ont tant perdu de leur lustre.

Qui peut obtenir de l’État une réelle responsabilité ? La redevabilité des dirigeants est pourtant un principe cardinal, que nos institutions peinent à assurer.

Le modèle de Saint Louis peut nous paraître lointain. Pourtant, ses Enseignements à son fils Philippe sont d’une frappante actualité. Le roi ne s’est pas contenté de donner l’exemple, mais il a souhaité coucher lui-même par écrit ses préconisations : faire preuve de désintéressement, d’humilité et de redevabilité dans l’exercice du pouvoir, ne pas accabler le peuple d’impôts et de taxes, avoir compassion des pauvres, des malheureux et des personnes qui souffrent, rendre la Justice avec droiture et fermeté, préserver les libertés et les coutumes locales, nommer des administrateurs irréprochables et les contrôler régulièrement, ne pas provoquer ni intervenir dans un conflit guerrier sans une nécessité impérieuse… Que d’enseignements pour nos dirigeants contemporains !

La mise en œuvre de ces enseignements atemporels est d’autant plus urgente que dans le contexte général d’affaiblissement de l’État que nous venons de décrire, trois spectres menacent la France.

Le premier est celui de la lutte entre les générations. Alors que le système de redistribution sociale hérité de l’après-guerre n’a cessé de prendre de l’ampleur, il aspire désormais une part considérable de la production quotidienne des travailleurs actifs, de moins en moins nombreux, au profit des inactifs et des plus âgés, en proportion croissante. Face à ce constat, comment échapper à une nouvelle donne économique et sociale ? Comment rendre de l’air à une politique familiale, absolument nécessaire pour renouveler les générations dont la France a besoin ?

Le second spectre est celui de la division intérieure. Tandis que, depuis des décennies, de lancinantes offensives de dénigrement de l’Histoire de France frappent la fierté des Français et les détournent de leur identité, les vagues successives d’immigration ont confronté la population à un morcellement identitaire et culturel sans précédent. Les dernières élections municipales ont illustré comment plusieurs décennies de clientélisme complice peut laisser place à des attitudes d’éviction communautaristes. Dès lors, comment faire face aux enjeux d’unité nationale et de destin collectif ?

Le troisième spectre enfin est celui de la guerre extérieure. Les dirigeants français et européens sauront-ils, à l’image de Saint Louis, apaiser les conflits et mettre fin aux tensions internationales ? Avec les traités de Paris et de Corbeil, en 1258, mon aïeul, pourtant victorieux et en position de force, préféra consentir à l’Angleterre et à l’Espagne de lourdes concessions pour transformer des victoires militaires en paix durable, en supprimant les occasions futures de reprise de ces guerres. Puissent les dirigeants d’aujourd’hui retrouver une semblable magnanimité !

Face à ces menaces et contre tout déclin, j’appelle à un sursaut. Forte de sa longue histoire, les Français doivent s’en souvenir : rien n’est jamais perdu. C’est aux Français qu’il appartient de ressaisir les armes de la volonté, de la grandeur et du courage.

Ils sont nombreux ceux qui accomplissent avec ferveur et vaillance leurs responsabilités au service du bien commun : ceux qui veillent sur l’État, ceux qui conduisent leurs entreprises avec conscience, ceux qui se dévouent pour des œuvres associatives, caritatives et sociales, ceux qui ont consacré leur vie à l’enseignement ou à la contemplation, ceux qui, tout simplement, élèvent et éduquent leur famille. Chacun à leur façon, ils détiennent une part de l’intérêt national. Je sais combien l’avenir de la Patrie dépend de leur action, et combien nous pouvons placer en eux notre confiance.

Sous la protection de ses saints tutélaires de la France, en renouvelant l’affirmation de ma disponibilité selon la permanence du principe royal, je les assure de ma fidèle pensée et de ma plus profonde reconnaissance.

Louis de Bourbon,

Duc d’Anjou

Chef de la Maison de Bourbon

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