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Culture de mort : Euthanasie

“Nous sommes responsables devant la vie elle-même, devant notre conscience et devant nos enfants.”

“Nous sommes responsables devant la vie elle-même, devant notre conscience et devant nos enfants.”

Intervention du député Vincent Trébuchet, UDR, sur la loi sur l’euthanasie :

Nous voici en troisième lecture, et disons-le tout de suite : l’euthanasie, plus on en parle, plus on comprend ce que c’est, moins on y adhère. Depuis 2021, le soutien des députés à l’assistance médicalisée active à mourir ne cesse de s’éroder : il était de 79 % en 2021 ; il est tombé à 75 % en 2023, à 64 % en 2024, à 54 % en 2025, puis à 53 % lors de la précédente lecture du texte, cette année. Et je ne parle pas du Sénat, qui a rejeté en bloc cette proposition de loi, maintes fois. Cette si mal nommée « aide à mourir » est donc minoritaire au Parlement.

Pourquoi donc le soutien à ce texte s’effondre-t-il ainsi ? Peut-être d’abord parce que tout lobbying incessant est suspect. Quand, en février dernier, au moment de la deuxième lecture, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet –⁠ après avoir assuré : « Je ferai tout pour que nous arrivions à l’aboutissement de ces débats avant l’été » – se trouve le matin chez RTL pour faire la promotion du texte, et l’après-midi au perchoir pour assurer la neutralité des débats, cela sème le doute, que voulez-vous. Quand Olivier Falorni, initiateur de cette proposition de loi, est présenté par de nombreux médias comme le nouveau Robert Badinter, cela renforce le doute –⁠ sans vouloir faire offense à mon collègue, dont je reconnais les talents. Quand l’audiovisuel public, dont notre commission d’enquête a montré la probité, nous sert matin, midi et soir des reportages à l’eau de rose qui vous donneraient presque envie de prendre un aller sans retour pour la Suisse, on se dit qu’on cherche peut-être à nous forcer la main.

Dernier exemple en date, le 11 juin, l’émission « Ça commence aujourd’hui », avec Faustine Bollaert, affiche un titre passe-partout : « Accompagner un proche jusqu’à son dernier souffle : leur ultime acte d’amour ! » Bien sûr, il ne s’agit pas d’un reportage sur les soins palliatifs, que personne ne connaît, mais d’une démonstration, sans aucune contradiction, dont la conclusion est annoncée dès le titre : l’euthanasie est un acte d’amour. Méchants, si vous être contre, c’est que vous n’aimez pas. Les soignants vous remercient du message.

Quand, enfin, le Conseil constitutionnel refuse l’organisation d’un référendum sur le sujet, alors que 200 parlementaires ont proposé de rendre la parole au peuple français, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que tout est déjà ficelé en haut lieu et que le peuple n’aura qu’à acquiescer à ce qui est déjà décrété comme un progrès.

Trêve de plaisanterie, tant cette propagande est excessive et clownesque. En réalité, je pense que les députés approuvent de moins en moins ce texte pour des raisons bien plus profondes.

Ils voient déjà que le mot garde-fous est une vaste blague. À chaque nouvelle lecture à l’Assemblée, les députés favorables à l’euthanasie reviennent, en commission, sur ces fameux garde-fous. Nous avions réussi à obtenir que le suicide assisté soit la règle, et l’euthanasie l’exception ; ce garde-fou a sauté. Nous avions réussi à rétablir un peu d’objectivité, en obtenant que la mort par euthanasie ne soit pas déclarée mort naturelle ; à nouveau, ce garde-fou a sauté. L’un comme l’autre ont sauté, après bien d’autres : bien sûr, les amendements visant à rendre la décision plus collégiale, à renforcer les clauses de conscience, à interdire la publicité pour le suicide assisté, à contrôler les pressions et les gains financiers, à protéger les personnes fragiles ont tous été rejetés.

Au fond, ce qui fait douter les députés jusque-là convaincus qu’il fallait légiférer pourrait se résumer en un mot : fragilité, ou vulnérabilité. Tous, nous pourrions être un jour dans la situation d’avoir recours à l’euthanasie. Et l’on se dit que, peut-être, ce jour-là, si quelqu’un nous propose d’appuyer sur le bouton « fin », nous serons trop fragiles pour dire non.

Surtout dans une France dont le système de santé est à l’agonie, où le nombre de seniors va exploser, où le poids de la dépendance et des retraites pèsera considérablement sur le budget. Ce jour-là, la proposition de quitter la scène risque fort d’être insistante. Qui peut dire qu’il aura assez de force intérieure pour savoir et dire vraiment ce qu’il souhaite ?

Position égoïste, me direz-vous. Mais où est l’égoïsme ? Dans ce regard qui reconnaît sa propre vulnérabilité comme pouvant être celle de tout homme, et devant donc être protégée ? Ou bien dans cet hémicycle, dans nos rangs de bien portants qui ont décrété qu’à partir de tel stade de pathologie, physique ou psychique, mourir dans la dignité signifiait –⁠ de préférence – mettre fin à ses jours et disparaître proprement ?

Chers collègues qui êtes contre ce texte, qui pensez que la société, au seuil de la mort, doit continuer à donner ce qu’elle peut donner de mieux –⁠ le soin et le sourire aimant, la présence et non la mort sur demande –, je vous adresse l’invitation de La Marseillaise  : « Aux armes ! » Aux armes du débat ; aux armes, car l’heure est grave, et rien n’est perdu. L’Écosse, le 17 mars dernier, en troisième lecture –⁠ celle que nous commençons aujourd’hui –, a rejeté le projet de loi sur le suicide assisté. La même semaine, l’Espagne, qui a fait le choix inverse, euthanasiait Noelia Castillo Ramos, jeune paraplégique dépressive de 25 ans, contre l’avis de ses parents ! Choisissons. Nous sommes responsables devant la vie elle-même, devant notre conscience et devant nos enfants.

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