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Pologne : Mgr Schneider raconte son enfance sous le communisme aux élèves d’une école de la FSSPX

Pologne : Mgr Schneider raconte son enfance sous le communisme aux élèves d’une école de la FSSPX

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Pologne : Mgr Schneider raconte son enfance sous le communisme aux élèves d’une école de la FSSPX
8 mai 2026
Source: FSSPX Actualités

Le 23 avril 2026, Mgr Athanasius Schneider a livré un témoignage personnel devant les élèves de l’école Saint-Thomas-d’Aquin de Józefów, près de Varsovie, établissement de la FSSPX en Pologne. Évoquant son enfance sous le communisme, la foi vécue dans la clandestinité et l’exemple héroïque de sa famille, l’évêque auxiliaire d’Astana a exhorté les jeunes à conserver intact le trésor de la foi catholique.

L’enfance sous le régime soviétique et la persécution communiste
Loué soit Jésus-Christ.
À jamais. Amen.

Malheureusement, je ne parle pas polonais, c’est pourquoi je m’exprimerai en anglais, et l’abbé Karol Stehlin traduira pour vous.

Je remercie beaucoup Monsieur le Directeur pour son invitation. Je suis très heureux d’être parmi vous dans votre école. Je voudrais simplement partager avec vous quelques expériences de ma vie.

Tout d’abord, je suis né dans l’ancienne Union soviétique. Vous êtes relativement jeunes, et vous n’avez donc pas connu le régime soviétique communiste. Mais probablement que vos parents, ainsi qu’une partie de vos professeurs, se souviennent encore de l’époque communiste ici en Pologne. C’était également une dictature idéologique.

Le communisme avait pour objectif d’éliminer complètement Dieu de la société. Il voulait établir une société totalement sans Dieu. Ils appelaient cela le matérialisme : seule comptait la réalité matérielle et temporelle. Il n’existait rien d’éternel, rien de surnaturel.

Et le plus grand danger pour les communistes était l’Église, parce que la foi catholique et la vie catholique constituaient l’opposition la plus radicale à l’idéologie communiste.

C’est dans ce système que j’ai grandi.

Mes parents étaient des Allemands qui avaient été déplacés dans l’Empire russe. Nous avions des villages : dans l’un vivaient des catholiques germanophones, dans l’autre des protestants. Jusqu’à l’époque de Staline, ils vivaient dans ces villages près de la mer Noire.

Vous savez que Staline fut l’un des plus grands dictateurs communistes. En 1936-1937, il décida d’entreprendre ce qu’il appelait une « purification » de la société. Ce furent deux années de terreur. Pendant ces deux années, des millions d’innocents furent assassinés dans l’Union soviétique.

Il appelait ces victimes des « ennemis potentiels du communisme ». Et qui étaient ces ennemis potentiels ? Tout d’abord les prêtres, ensuite les intellectuels, puis ceux qui possédaient des biens. Ainsi, pratiquement tous les catholiques et tous les croyants étaient considérés comme dangereux pour le communisme. De même, les personnes capables de réfléchir de manière indépendante et de comprendre ce qui se passait dans la société étaient aussi considérées comme des ennemis.

Le communisme affirmait qu’il ne devait pas exister de propriété privée.

L’une des victimes de cette purge fut mon grand-père, Sebastian Schneider. Il fut assassiné parce qu’il était catholique, allemand, et qu’il possédait quelques biens. Il n’avait que vingt-sept ans. Il venait de se marier. Ma grand-mère se retrouva veuve à vingt-cinq ans, et mon père n’était encore qu’un tout petit enfant.

Lorsque mon grand-père fut exécuté, la police vint perquisitionner la maison de ma grand-mère. Elle avait beaucoup d’images saintes accrochées aux murs. Les policiers lui dirent :

« C’est interdit. Nous vivons dans un État athée. Il faut enlever tout cela. »

Ils ordonnèrent à ma grand-mère de décrocher elle-même les images devant eux. Mais elle refusa :

« Je ne le ferai pas. »

Alors un policier s’approcha du mur pour les enlever lui-même. Ma grand-mère lui cria :

« Ce n’est pas toi qui as accroché ces images au mur ! Tu n’as donc pas le droit de les enlever ! »

Le policier fut tellement choqué qu’il ne toucha à rien et quitta la maison en silence.

Pour moi, cela a toujours été un événement extraordinaire, presque un miracle, car nous savons que Dieu protège particulièrement les veuves et les orphelins.

Après la Seconde Guerre mondiale, mes parents furent déportés dans l’Oural pour travailler dans les mines et les forêts. Les conditions étaient terribles : parfois moins quarante degrés en hiver, très peu à manger, un travail extrêmement dur. Beaucoup mouraient d’épuisement ou gelaient dans les forêts.

Chaque matin, ils ne savaient pas s’ils seraient encore vivants le soir.

Tous ces déportés étaient allemands : certains catholiques, d’autres protestants. Et lorsque, le matin, on les emmenait travailler dans les forêts, les catholiques récitaient le rosaire à haute voix. Après quelque temps, les protestants se joignirent à eux et commencèrent eux aussi à réciter le rosaire.

Face à la mort, même les protestants invoquaient la Sainte Vierge.

Dans ce ghetto allemand, ils réussirent à organiser une véritable vie ecclésiale clandestine. Mes parents faisaient partie des principaux animateurs de cette Église souterraine.

La foi clandestine et la naissance de la vocation
Un jour, ma mère sauva un prêtre poursuivi par la police. Il s’appelait le père Alexis Tsikiewicz, un prêtre gréco-catholique ukrainien qui célébrait aussi la messe latine. Il mourut plus tard martyr au Kazakhstan et fut béatifié par l’Église.

C’était en 1958. Dans ce ghetto allemand, le père Alexis célébrait secrètement la messe. Ma mère était présente. Pendant la messe, certains fidèles avertirent :

« La police va arriver ! »

Le père Alexis ne savait plus quoi faire. Ma mère lui dit :

« Venez avec moi. Je vais vous cacher. »

Elle l’emmena hors du ghetto, dans un quartier habité uniquement par des Russes qu’elle connaissait. Elle le cacha dans une petite pièce.

Elle lui proposa à manger et à boire, car depuis deux jours il n’avait rien pris : il passait tout son temps à confesser les fidèles. Il y avait environ mille catholiques qui, pour certains, ne s’étaient pas confessés depuis dix ans.

Le soir venu, dans l’obscurité, ma mère et ma tante conduisirent le prêtre à travers la forêt enneigée jusqu’à une autre gare, située à douze kilomètres, parce que la gare principale était surveillée par la police.

Le danger était immense. En tant qu’Allemande internée, ma mère n’avait pas le droit de quitter le ghetto. Si la police l’avait arrêtée, les conséquences auraient été graves. Et pourtant elle avait laissé à la maison ses deux petits enfants : mon frère et ma sœur.

Elles arrivèrent finalement à la gare. Ma mère acheta un billet au prêtre. Ils s’assirent dans la salle d’attente.

Soudain, la porte s’ouvrit : la police entra.

Le prêtre était pétrifié. Non pas pour lui-même — il avait déjà connu plusieurs fois la prison — mais pour ma mère, qui risquait énormément avec ses deux jeunes enfants.

Le policier demanda :

« Où allez-vous ? »

Le prêtre, paralysé de peur, ne répondit pas.

Alors ma mère dit calmement :

« C’est notre ami. Nous l’accompagnons. Voici son billet. »

Le policier regarda le billet, puis dit au prêtre :

« Ne montez pas dans le dernier wagon, car il sera détaché au prochain arrêt et n’ira pas plus loin. Je vous souhaite un bon voyage. »

Puis il partit.

Le père Alexis dit alors à ma mère :

« Dieu nous a envoyé un ange. »

En réalité, ce policier l’avait aidé à fuir la police.

Le prêtre ajouta :

« Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. À chaque messe, je prierai pour vous et pour vos enfants. Et si Dieu le permet, je reviendrai un jour vous voir. »

Plus tard, le père Alexis fut interné à Karaganda, au Kazakhstan.

Entre-temps, mes parents quittèrent l’Oural pour le Kirghizistan, où je suis né. Le père Alexis apprit notre déménagement et vint nous rendre visite depuis le Kazakhstan. Il célébra secrètement la messe dans notre maison.

J’étais alors un bébé d’un an. À côté de l’autel improvisé se trouvait mon berceau. Je plaisante parfois en disant qu’à un an déjà, je servais la messe.

Il bénit notre maison, mes frères, mes sœurs et moi-même. Puis il repartit à Karaganda, où il fut arrêté par le KGB et envoyé au célèbre camp de concentration de Karlag. Après un an et demi de souffrances supplémentaires, il mourut dans ce camp en 1963. C’est pourquoi il fut béatifié comme martyr.

Au Kirghizistan aussi, mes parents organisaient des messes clandestines. Nous avions très peu de prêtres ; beaucoup étaient en prison. Parfois, soudainement, un prêtre apparaissait secrètement. C’était pour nous une fête silencieuse et discrète, car il fallait constamment se méfier du KGB.

Quand je suis né, il n’y avait aucun prêtre au Kirghizistan. Ma mère ignorait quand le prochain viendrait : peut-être dans six mois, peut-être dans un an. Elle ne voulait pas que je reste si longtemps sans baptême.

Elle connaissait bien son catéchisme : en cas de nécessité, un laïc peut baptiser.

Une semaine après ma naissance, en présence de mon père, elle décida donc de me baptiser elle-même. Elle prit le catéchisme et suivit soigneusement toutes les instructions. Après le baptême, elle demanda à mon père :

« Ai-je bien fait ? »

Mon père répondit :

« Je ne sais pas… »

Alors elle recommença, parce qu’elle voulait être absolument certaine.

Quelques mois plus tard, un prêtre jésuite venu secrètement de Lituanie arriva. Il demanda qu’on lui apporte tous les enfants baptisés par leurs parents, car il ne pouvait vérifier si les baptêmes avaient été valides.

Ma mère m’emmena donc à lui. Et il me baptisa encore une fois.

Ainsi, j’ai été baptisé trois fois !

Je n’ai donc aujourd’hui absolument aucun doute sur la validité de mon baptême.

Je me souviens aussi très bien des veillées de Noël au Kirghizistan. Là-bas, Noël était un jour ordinaire de travail et d’école. On ne pouvait célébrer qu’en secret, la nuit. Le gouvernement interdisait sévèrement les réunions de prière.

Chaque année, mes parents organisaient une nuit entière de prières pour les Allemands catholiques vivant dans la région. Ces réunions avaient lieu dans notre maison.

Or, juste en face de chez nous habitait le chef de la police de la ville. Il s’appelait Anatoli. C’était un communiste, mais plutôt un communiste de façade, et il était ami avec notre famille.

La veille de Noël, mon père alla le voir :

« Tu sais, demain c’est Noël. Nous, catholiques, devons prier et chanter toute la nuit. »

Le policier répondit :

« C’est interdit… mais je te promets qu’aucun policier ne viendra cette nuit-là. Priez et chantez. »

Il nous protégea ainsi secrètement.

Ensuite, nous avons déménagé en Estonie. La première chose que firent mes parents fut de chercher une église catholique. Finalement, ils en trouvèrent une… à cent kilomètres de chez nous.

Mes parents s’exclamèrent avec joie :

« Les enfants, quelle grâce ! Une église si proche : seulement cent kilomètres ! Au Kazakhstan et au Kirghizistan, il fallait parfois parcourir mille kilomètres ! »

Ainsi, chaque dimanche, nous faisions deux cents kilomètres en train pour assister à la messe.

Pour éviter les contrôles de police, nous partions toujours de nuit et revenions par le dernier train, vers minuit.

Cette église se trouvait à Tartu, en Estonie. Là vivait un saint prêtre capucin letton, qui avait lui aussi passé de longues années au camp de Karlag.

Toutes les messes y étaient célébrées selon le rite traditionnel, comme ici chez vous. C’est là que j’ai fait ma première communion et reçu la confirmation.

Comme nous étions la famille vivant le plus loin de l’église, le prêtre nous proposa de venir passer les dimanches après-midi dans une chambre de son presbytère pendant l’attente du train.

Un jour — l’un des souvenirs les plus marquants de mon enfance — après la messe, alors que nous marchions avec ma mère vers le presbytère, je lui demandai simplement par curiosité :

« Maman, comment devient-on prêtre ? »

Le prêtre faisait une immense impression sur moi, mais je ne pensais pas sérieusement à devenir prêtre. Je voulais seulement comprendre.

Ma mère me répondit :

« Pour devenir prêtre, le plus important est que Dieu donne l’appel. »

Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Je croyais qu’un appel de Dieu signifiait une voix venant du ciel !

À partir de ce moment-là, je ne demandai plus jamais comment devenir prêtre. Pourtant, je suis devenu prêtre… et même évêque.

Cette courte conversation avec ma mère est restée gravée dans ma mémoire toute ma vie.

Des années plus tard, je suis retourné à cet endroit en Estonie. Je me suis agenouillé précisément à l’endroit où cette conversation avait eu lieu et j’ai remercié Dieu pour ma vocation sacerdotale.

Le trésor de la foi catholique
Puis nous avons eu la grâce de pouvoir quitter l’Union soviétique et partir pour l’Allemagne.

Quand nous sommes arrivés dans une petite ville catholique allemande, nous sommes immédiatement allés à l’église. Et là, nous avons reçu un choc immense : pour la première fois de notre vie, nous avons vu des gens recevoir la communion dans la main.

C’était inimaginable pour nous.

Avant notre départ d’Estonie, le père Janis Pawlowskis nous avait avertis :

« Quand vous serez en Allemagne, si vous trouvez des églises où l’on distribue la communion dans la main, n’y allez pas. »

Nous le lui avions promis.

La réaction de ma mère fut immédiate :

« Quelle chose horrible ! Nous ne retournerons plus dans cette église. »

Mais dans l’église suivante, c’était pareil. Puis encore pareil ailleurs.

Un soir, après avoir visité plusieurs églises, ma mère nous réunit et se mit à pleurer :

« Mes enfants, je ne comprends pas comment on peut traiter Notre-Seigneur Jésus-Christ de cette manière… »

Les larmes de ma mère furent l’un des premiers éléments qui inspirèrent plus tard le livre que j’ai écrit contre la communion dans la main et debout.

C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé à servir la messe comme enfant de chœur, car c’était interdit aux enfants sous le régime soviétique.

Et c’est précisément en servant la messe que la vocation sacerdotale est née dans mon cœur. J’étais convaincu : je devais devenir prêtre.

Alors seulement j’ai compris ce que ma mère voulait dire lorsqu’elle parlait de « l’appel de Dieu ».

Quel est le plus grand don que j’ai reçu dans ma vie ? L’une des plus grandes grâces que Dieu m’a accordées est d’avoir reçu la véritable foi catholique, comme avec le lait de ma mère.

C’est le plus grand trésor.

Et ce don de la foi catholique est, à mes yeux, encore plus grand que le sacerdoce ou l’épiscopat.

La foi catholique intégrale est le plus précieux trésor que nous possédions.

Et c’est précisément ce que je vous souhaite, chers élèves : accueillir ce trésor et le conserver. Ce trésor est inestimable. Personne ne doit pouvoir vous le voler.

Il vaut bien plus que tous les titres ou toutes les réussites professionnelles que vous pourrez obtenir dans votre vie.

Peut-être qu’un garçon parmi vous dira un jour :

« Mon Dieu, si telle est votre volonté, je voudrais devenir prêtre. »

Et peut-être qu’une jeune fille priera ainsi :

« Mon Dieu, si vous le voulez, accordez un jour la vocation à l’un de mes futurs fils. »

Et vous tous qui êtes appelés au mariage et à fonder une famille, souvenez-vous que votre premier devoir sera de transmettre à vos enfants ce trésor de la foi catholique.

Je terminerai par une petite histoire.

Mon ancien archevêque de Karaganda, Mgr Lenga, qui vit aujourd’hui en Pologne, participait un jour à un synode à Rome. Un cardinal vint le saluer et demanda :

« Qui êtes-vous ? »

Mgr Lenga répondit :

« Je suis évêque au Kazakhstan. Et vous ? »

Alors le cardinal énuméra tous ses titres :

« Je suis cardinal, préfet de cette congrégation, président de ceci, membre de cela… »

Quand il eut terminé sa longue liste de titres, Mgr Lenga le regarda et lui demanda :

« Éminence… êtes-vous catholique ? »

Car ce cardinal avait oublié le plus important : dire qu’il était catholique.

Et c’est cela qui compte le plus.

Je vous remercie beaucoup pour votre attention. Je vous souhaite beaucoup de succès dans vos études.

Mais le plus grand succès de votre vie sera d’aimer, de défendre et de vivre votre foi catholique jusqu’à votre dernier souffle.

Merci beaucoup.

Loué soit Jésus-Christ.

Watch Bp Schneider: historia mojego powołania – wykład w Szkołach Akwinaty on YouTube.
(Sources : Ecole Saint-Thomas-d’Aquin de Józefów – FSSPX Actualités)

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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