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Tribune libre

Réponse à Dollie: Cycle féminin et vie spirituelle

Réponse à Dollie: Cycle féminin et vie spirituelle

Cher Dollie,

Vous en conviendrez, vos échanges avec Madame Vialla au sujet de son livre « Prier avec le cycle féminin » relève de plusieurs débats à la fois actuels et extrêmement anciens : L’Eglise et les femmes, l’Eglise et la sexualité, les sacrements, la psychologie et la foi…

Sur la forme, il est regrettable que soit brandie fréquemment dans vos écrits la menace de l’hérésie. Le catholicisme n’a jamais interdit l’exercice de l’intelligence, même quand elle tâtonne et se trompe. Et sur des sujets comme la place du cycle féminin dans la vie spirituelle d’une femme, il n’y pas de condamnation directe ou de déclaration magistérielle. Il y a, de fait, tout un tas de réalités théologiques et morales qui peuvent encadrer ce débat de manière indirecte, mais rien qui permettent de brandir la condamnation pour hérésie de facto. Depuis les universités du Moyen-âge, l’Eglise pratique la disputatio. Il est nécessaire que cela continue, dans la prudence, pour ne déclarer bon ce qui est mauvais. Mais aussi dans l’intelligence, il n’y aucune question interdite d’avance, l’Eglise n’est pas une secte, cela fait 2000 ans qu’elle cherche à comprendre et à soutenir l’être humain tant du point de vue individuel que social. Et cela fait aussi 2000 ans qu’Elle répond aux questions des catholiques de l’Eglise militante qui doivent faire leur salut ici et maintenant et éduquer leurs enfants. Toutes les questions légitimes ne se sont pas arrêtées avec le Concile et la crise de l’Eglise.

Sur le fond, ce livre est l’occasion de remettre sur la table des questions qui reviennent souvent : Est-ce que l’Eglise a quelque chose à dire de pertinent sur la femme, la vocation spécifique ordonnée à sa nature spécifique qui est la sienne ?

Vous reprochez à Madame Vialla de mauvaises interprétations qui, même si elles ne sont pas explicites, transparaitraient (Sur l’épitre aux Ephésiens, Partie I, 3 de vos écrits)

Mais sur le fond : il est clair que vos écrits trahissent également une conception anthropologique et philosophique, très problématique et du point de vue du Magistère et du point de vue de la femme.
Pour ne pas assommer les lecteurs, je ne reprendrai que les points qui semblent à vous lire les plus problématiques.

– « Vouloir faire intervenir le corps sexué dans cet acte de connaissance et affirmer qu’il pénètre les pensées les plus intellectuelles est méconnaître le mode de fonctionnement de l’âme, voulu par Dieu. L’acte d’intelligence est indépendant de la notion de sexe et n’a rien à voir avec lui. Il y a une sorte de perversité à vouloir faire intervenir dans les pensées intellectuelles humaines la notion de sexe. De plus on ne peut dire que le corps pénètre des pensées ».

Si, on pourrait le dire puisque comme le rappelle le paragraphe 365 du catéchisme de l’Eglise catholique « l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature. ».

Il n’y a rien que l’homme fasse qui soit donc purement spirituel ou purement corporel. Même la sexualité est spirituelle, ce qui explique tout l’enseignement et toute la réflexion de l’Eglise autour de la sexualité et de la vocation du mariage, consommée dans l’union sexuelle des époux.

Quant à Saint Thomas, s’il fait une hiérarchie de capacité à la connaissance entre le corps et l’esprit, ce n’est absolument pas pour condamner le corps ou même nier sa place dans la connaissance, ou sur le fait que l’homme soit un esprit incarné. Et je ne vous apprendrai rien sur ce qu’il appelle le « sensus communis »…

– Vous confondez la réalité du cycle féminin et la sexualité féminine et vous prenez sans prudence l’un pour l’autre. C’est un abus de langage. Le cycle féminin est une réalité quotidienne, scientifique, parfois relevant du médical, qui rythme la vie d’une femme. Les religieuses sont aussi soumises au cycle féminin et les Mères Supérieures le savent bien ! Parlez du cycle féminin n’est pas sale, ni dégradant et ce n’est pas la même question que celle de la sexualité. Et poser la question de « comment vivre son cycle féminin et sa vie spirituelle en même temps » ce n’est absolument pas sexualiser la prière (Partie I,1) Par contre, il est tout à fait possible que la prière soit « genrée », que les hommes et les femmes ne prient pas de la même manière. Et que cela ne soit ni regrettable ni à éliminer. L’Eglise n’effacera jamais la différence ni la complémentarité des sexes.

-La couverture de Madame Vialla n’est pas une offense à Dieu, le corps humain est une création divine et le représenter n’est pas dégradant ni offensant. « Je te rends grâce pour tant de prodiges : merveille que je suis, merveille que tes œuvres. » Psaume 138

Vous précisez « organe génital » mais là encore ce n’est pas dégradant. L’être humain n’est pas un pur esprit, il est création divine en tant que corps et esprit. Cet organe génital est aussi un des paramètres qui encadre le chemin vers le salut pour la femme. (idem chez l’homme) Le puritanisme est un fruit du protestantisme pas du catholicisme.

– L’unité de la personne. Il n’y a pas besoin d’aller sur un site ésotérique pour savoir que l’Eglise défend le « tout » de l’être humain. Et si, il faut affirmer qu’elle cherche bien à unifier intelligence et sensibilité, corps et esprit et vers le plein épanouissement de la personne et vers Dieu. L’un va avec l’autre. « La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne. » St Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, q. 1, a. 8, ad 2. C’est le principe de l’ascèse monastique, de l’éducation chrétienne, de la morale catholique.

– Le cycle féminin a donc bien une valeur sur le plan surnaturel contrairement à ce que vous écrivez.
L’être humain n’est pas « en tranches », d’un côté le corps, d’un côté l’esprit. L’Eglise prend toujours soin de l’être humain en tant qu’esprit incarné. La réalité du cycle féminin est vécue au quotidien par les femmes, l’Eglise même encourage que cette réalité soit connue et intégrée dans la vie de couple afin qu’homme et femme puissent ensemble être en mesure d’accueillir des enfants de manière prudente et responsable. Il est évident que le cycle féminin a une valeur directe et indirecte sur le plan surnaturel : il rythme la vie de la femme qui doit faire son salut sur Terre, il a des répercussions sur la vie sexuelle et morale du couple. Comme absolument rien dans la vie de l’être humain, il n’est pas une simple « fonction biologique », il est une fonction biologique assumée et vécue par une âme qui doit faire son salut et qui participe à celui de son époux. Le dualisme est incompatible avec la foi.

– Vous rappelez souvent que la vocation de l’être humain, homme ou femme, est la même : le salut par la vie de la Grâce, comme l’enseigne l’Eglise catholique. Mais cela n’exclut pas la proposition qui vient dire qu’il y a une spécificité et une vocation propre à la nature féminine ou masculine. Les deux sont appelés à faire leur salut et le cadre de ce cheminement vers Dieu est leur nature d’être humain, avec un corps d’homme et des hormones d’homme ou avec un corps de femme et des hormones de femme. En somme, exactement ce que la Transidentité ne supporte pas de s’entendre dire.

Cet article est déjà trop long, mais le débat ne fait que commencer. Les femmes et les jeunes femmes en devenir ont besoin de réponses vraies et de compassion authentique. Les idéologies modernes sont prêtes à les blesser voire à les détruire, l’Eglise doit être à leur côtés sans rien nier ni de son Magistère ni de la spécificité propre de la femme.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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