L’opuscule sur le bureau du Maréchal
En 1940, à Vichy, dans le bureau de l’hôtel du Parc où le maréchal Pétain recevait ses visiteurs, on pouvait apercevoir sur la table de travail un opuscule de Salazar : Comment on relève un État ? https://www.chire.fr/r/apD . Le geste était délibéré. Pétain tenait à signifier, sans équivoque, que sa Révolution nationale ne s’inscrivait pas dans la lignée du fascisme mussolinien ni du national-socialisme hitlérien, mais qu’elle regardait vers le Portugal et son Estado Novo.
Ce geste discret pose une question qui n’a rien de rhétorique. Qu’y a-t-il donc dans les écrits de cet ancien professeur de Coimbra, devenu chef de gouvernement d’un petit pays atlantique, pour qu’un chef d’État français en fasse son bréviaire politique, dans une France défaite et partiellement occupée ? La réponse se trouve dans les écrits et dans les discours d’António de Oliveira Salazar, dont les éditions de Chiré viennent de rééditer une anthologie : Principes d’action. Un livre à découvrir et à méditer. Cliquez ici : https://www.chire.fr/r/1Z6
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Le livre et ses garants
Le volume que l’on tient entre les mains est donc une anthologie de discours et d’écrits de Salazar, traduits en français par Jean Haupt et sélectionnés par Christian Melchior-Bonnet. Il ne s’agit pas d’une compilation approximative : les textes ont été choisis avec soin et ordonnés selon un plan logique. La préface est signée de Pierre Gaxotte, historien, académicien, ancien secrétaire de Charles Maurras. La postface est de Gustave Thibon, le philosophe chrétien enraciné. Ces deux parrainages disent assez le sérieux de l’entreprise.
Le volume est organisé en six parties qui dessinent une pensée cohérente et progressive : la crise contemporaine, les principes d’action, Dieu et la Patrie, la famille et le travail, l’autorité et ses problèmes, la politique internationale. Les éditions de Chiré avaient déjà publié en 2020 Comment on relève un État (https://www.chire.fr/r/apD). Ce nouvel ouvrage en est le prolongement doctrinal naturel.
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Un homme d’État atypique
António de Oliveira Salazar est né en 1889 dans une famille paysanne du Dão. Professeur d’économie politique à l’université de Coimbra, ancien député catholique du Centre académique de démocratie-chrétienne, il entre au gouvernement en 1928 comme ministre des Finances avec des pouvoirs exceptionnels sur l’ensemble du budget de l’État. En deux ans, il redresse les finances portugaises, équilibre le budget et stabilise l’escudo. C’est un fait, non un mythe : il accomplit ce que des dizaines de gouvernements libéraux avaient déclaré impossible. Chef du gouvernement en 1932, il préside à la mise en place de l’Estado Novo, dont la Constitution est adoptée par référendum le 19 mars 1933. Il gouverne le Portugal jusqu’en 1968.
Ce qui frappe, à lire ces textes, c’est l’absence totale de pose idéologique. Salazar ne se réclame d’aucun système inventé par lui. Il puise ses principes dans le dépôt immortel de la philosophie antique et chrétienne. Il est thomiste sans le proclamer, augustinien sans l’afficher, réaliste politique sans être cynique. Son modèle de gouvernement ne prétend pas réinventer l’homme : il prétend s’appuyer sur ce que l’homme est réellement, enraciné dans une famille, une communauté, une foi.
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La crise de l’homme avant la crise des marchés
Le livre s’ouvre sur un diagnostic d’une actualité saisissante. Salazar ne commence pas par la crise économique. Il commence par la crise de l’homme. “On a tout réformé, sauf ce que l’on aurait en réalité dû réformer en premier lieu : l’homme.” Cette phrase, écrite dans le premier tiers du XXe siècle, pourrait figurer en exergue de n’importe quel bilan sérieux de notre époque. Ce qui est en crise, ce n’est pas d’abord le système bancaire ou les institutions représentatives. C’est la capacité de l’homme à ordonner son existence à une vérité qui le dépasse.
L’origine de ce désordre, Salazar l’identifie avec précision : “L’esprit philosophique avait commencé par ébranler dans les intelligences l’adhésion aux vérités éternelles […] on avait nié Dieu, la certitude, la vérité, la justice, la morale […] on a créé ainsi un vide qui n’a pu être comblé.” Ce vide, nous le connaissons. Il s’appelle aujourd’hui relativisme, fluidité identitaire, démocratie procédurale sans finalité. En 1934, Salazar formule ce qui reste la seule réponse sérieuse à cette dissolution : “Notre tâche n’est pas de sauver une société en putréfaction, mais bien, en utilisant les éléments sains de la charpente qui subsistent encore, de jeter les bases de la société future.” Neuf décennies plus tard, la phrase n’a pas pris une ride.
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Les intangibles
L’un des passages les plus commentés de cet ouvrage est le discours de Braga de 1936, dans lequel Salazar formule les quatre piliers de son action politique : “Nous ne discutons pas Dieu et la vertu ; nous ne discutons pas la patrie et son histoire ; nous ne discutons pas la famille et sa morale ; nous ne discutons pas l’honneur et le devoir du travail.” On a voulu voir dans cette litanie un autoritarisme primaire. C’est exactement l’inverse. Ces refus de discussion ne sont pas des interdits de pensée : ils sont la condition de toute action politique cohérente. Une société qui remet sans cesse en délibération ses propres fondements se dissout et devient ingouvernable.
Sur la famille, Salazar est d’une précision que nos contemporains jugent démodée et que la réalité sociale contemporaine vérifie chaque jour : “Qui dit famille dit foyer ; qui dit foyer dit atmosphère morale et économie propre.” L’idéal social du Portugal salazariste, c’est la petite maison indépendante, habitée en pleine propriété par une seule famille, à rebours des “grands phalanstères” modernes que nos urbanistes et nos politiques ont érigés en modèle. Sur les rapports entre l’Église et l’État, il tranche sans brutalité : “L’État portugais n’est pas confessionnel, mais il reconnaît l’importance tout à fait spéciale de la religion catholique dans la formation de la conscience portugaise.” Le concordat de 1940 en est la traduction concrète et durable.
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L’autorité comme réalité, la liberté comme accomplissement
C’est peut-être sur la question de l’autorité et de la liberté que Salazar est le plus courageux, parce qu’il dit ce que personne n’ose dire dans nos démocraties épuisées. “Nous ne discutons pas l’autorité. Elle est un fait et une nécessité : elle ne disparaît que pour se reconstituer ; on ne la combat que pour la remettre en d’autres mains.” Cette observation, si banale en apparence, renverse le postulat libéral fondamental selon lequel la liberté précède toute organisation. Elle lui répond en le retournant.
Sur la liberté elle-même, sa formule est l’une des plus belles du volume : “La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. Elle n’est pas à la racine, mais à l’épanouissement de la vertu humaine. Rendre un peuple meilleur, c’est le préparer à être plus libre.” Thibon, dans sa postface, commente avec une force tranquille : “Nul n’est plus hostile au mythe de l’État totalitaire que ce prétendu dictateur.” Sa formule synthétique de la politique salazariste mérite d’être gravée : “conserver pour rénover”, sauver le passé non comme une pièce de musée, mais comme “la matrice vivante du futur.”
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Un manuel, pas un document d’archives
Paul Sérant, cité dans la présentation de l’ouvrage, donne la clé de tout : “Le drame de notre temps n’est pas seulement un drame politique, c’est un drame métaphysique.” Salazar l’avait compris dès les années 1930, et c’est précisément pourquoi ses prescriptions ne vieillissent pas. Elles ne traitent pas des symptômes. Elles remontent aux causes. Thibon conclut sa postface avec une élévation propre aux grands esprits : “Salazar, sauveur et gardien d’un peuple, restitue à la fonction politique sa pureté originelle.”
Face à nos gouvernants actuels, qui font de la politique sans doctrine, sans principes intangibles, sans la moindre idée de ce qu’est le bien commun, sans jamais oser prononcer le mot de vérité, ce livre n’est pas un document d’archives. C’est un manuel. La question que pose sa réédition n’est pas de savoir si Salazar avait raison sur tous les points de détail de sa politique portugaise des années 1930 à 1960. La question est de savoir si nous avons, aujourd’hui, un seul homme d’État capable de tenir la moitié de ce qu’il a pensé.
Salazar, Principes d’action, Éditions de Chiré, 2026. Préface de Pierre Gaxotte. Postface de Gustave Thibon. Traduction de Jean Haupt.
Disponible à sur le site de Chiré : https://www.chire.fr/r/1Z6
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