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Démographie

Un coup d’état démographique se déroule sous nos yeux

Un coup d’état démographique se déroule sous nos yeux

Du père Danziec dans Valeurs Actuelles :

80 ans. Quasi un siècle. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, jamais le nombre de naissance n’avait été aussi bas. Suite au détricotage de la politique familiale sous le quinquennat de François Hollande, le récent bilan publié par l’Insee confirme une tendance démographique lourde. En cette fin janvier, l’hiver n’est pas seulement à nos balcons, il est démographique. Après le film Trois hommes et un couffin en 1985, doit-on craindre Un enfant et trois sépultures en 2035 ? Selon la formule du démographe Gérard-François Dumont, la France aura bientôt besoin de plus de « cercueils que de berceaux ». Quelle refroidissante perspective.

Pourtant le désir exprimé d’enfants des Françaises se situe bien au-dessus de l’indice de fécondité (2,3 contre 1,6). En 2023, le nombre des naissances sera pourtant passé sous la barre symbolique des 700.000 naissances. « Au-delà de la donnée brute, ce chiffre, bien en deçà du seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme), est lourd de sens pour notre économie » soulignait une tribune publiée dans Les Echos.

Si la chute des naissance entraîne d’inévitables répercussions sur la vie économique d’un pays, la mise en place d’une politique familiale courageuse se justifie pour trois autres motifs selon Pascale Morinière, présidente des Associations Familiales Catholiques (AFC) : le désir d’enfants des jeunes familles, notre système social fondé sur la solidarité intergénérationnelle et notre capacité à espérer collectivement en l’avenir.

Ce dernier point, capital, mérite un éclairage spécifique. Aux lecteurs du Figaro, Nicolas Pouvreau-Conti, en tant que cofondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, offrait une analyse remarquable des chiffres de la natalité en 2023. Selon lui, la question du « combien » gagnerait à ne pas occulter la question du « qui ». En effet, à regarder plus précisément les chiffres de la natalité en France, on observe que près d’un tiers des enfants nés sur le territoire ont désormais au moins un parent né hors de l’Union Européenne. Depuis l’an 2000, le nombre annuel d’enfants nés sur le sol français et issus de deux parents eux-mêmes nés en France a diminué de 22%. Dans le même temps, les naissances issues d’au moins un parent né hors de l’Union Européenne ont augmenté de 40% et celles issues de deux parents nés hors-UE ont augmenté de 72%.

Cette particularité toute française, si elle n’est pas une surprise, laisse tout de même sans voix par sa dimension massive. Cela signifie surtout que la France se trouve aujourd’hui confrontée à des dynamiques de fécondité contradictoires sur son propre sol : « la natalité “native” se contracte fortement, tandis que la natalité issue de l’immigration extra-européenne augmente de manière très significative » explique Nicolas Pouvreau-Conti. Et d’avertir, face à ce diagnostic incontestable :

« Il doit être permis à chacun de s’interroger sur les conséquences d’un tel basculement à long terme, en particulier pour la cohésion de notre société, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent en matière de politiques publiques. »

Or en guise de réponse au défi du moment, Philippe de Villiers le soulignera sur CNews, la macronie se pare d’une double ambition mortifère : « Le raccourcissement de la vie par les deux bouts : l’avortement constitutionnel et l’euthanasie ». S’il fallait, suite au bilan de l’Insee, résumer l’irresponsabilité indigente des élus, les tergiversations politiques en pas de canard sur une thématique pourtant cruciale et l’impensé de la question familiale ces dernières années, il n’y aurait qu’à mettre en parallèle deux réactions exprimées par Sandrine Rousseau en moins de 48 heures.

La première, postée sur X le mardi16 janvier, jour de la publication des chiffres de la natalité : « Parce que nous sentons tous et toutes que nous avons un énorme problème d’avenir et que personne au gouvernement ne semble en prendre la mesure ». La deuxième sur la matinale info de TF1, le jeudi 18 janvier : « Nos utérus ne sont pas une affaire d’Etat. Il n’y a pas d’enjeu national à faire des enfants. Les femmes font absolument ce qu’elles veulent ».

« Pour la paix et l’harmonie de demain, peut-on raisonnablement rester aveugle, ou angélique, devant une partition en marche ? »

« Faire ce que l’on veut », donner le primat à l’individu au mépris du bien commun : voilà les tares dont souffre précisément la société postmoderne. Or l’on ne peut rester indifférents devant la réalité factuelle de la chute de la natalité si l’on est habité par le souci authentique de la paix civile et de la sociabilité. Ce bouleversement démographique en cours devrait alerter chacun, notamment les hommes d’Eglise ! Voulons-nous devenir des artisans de paix en favorisant l’harmonie nationale (une unité culturelle autour de mœurs, d’une langue, d’une histoire, de coutumes et de repères partagés) ou nous moquer du réel en vantant les charmes mensongers du multiculturalisme ?

Un trajet en RER D, depuis Paris pour s’enfoncer dans la banlieue, vaut mieux que tous les grands discours. Comment « vivre ensemble » sans bénéficier d’un socle commun permettant de « prendre plaisir à vivre ensemble » se demandait le professeur Pierre Chaunu. Pour la paix et l’harmonie de demain, peut-on raisonnablement rester aveugle, ou angélique, devant une partition en marche ? Aspirons-nous à l’harmonie ou au chaos ? Ces statistiques brutes annoncent de grands déséquilibres.

Un coup d’état démographique se déroule sous nos yeux et il s’agirait de garder le silence ? Jean Anouilh, qui s’est opposé avec force aux folies de l’épuration, écrivait en 1964 que « l’indifférence et la frousse sont les deux maladies qui conduisent aux guerres civiles ». La peur de mettre le doigt sur le sujet préoccupant d’une politique migratoire débridée. L’indifférence à prendre en juste considération le sujet des banlieues et leurs conséquences pratiques (incivilité, violence, islamisation, dédain des devoirs à l’endroit du pays hôte… etc.) qui, contrairement à ce qu’a pu évoquer le Président de la République, ne relèvent pas du simple concours Tik-Tok…

Pour que le corps continue, s’épanouisse et exprime toute sa plénitude, chaque membre est appelé à se sentir responsable du corps tout entier. « Une nation est une âme, un principe spirituel » a pu dire Ernest Renan dans sa fameuse conférence Qu’est-ce qu’une nation ? donnée à la Sorbonne en 1882. Selon lui, cette âme et ce principe spirituel ne font qu’un.

L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage reçu par chacun.

« Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment de sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé. Elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune ».

Dans les psaumes, on trouve ce verset saisissant :« Ah ! qu’il est bon, qu’il est agréable pour des frères d’habiter ensemble ! » (psaume 152, 1). L’expression du Psalmiste « habiter ensemble » ne signifie pas “habiter sous le même toit” ou “se retrouver ensemble à tels moments de la semaine” ou encore “honorer durant l’année, de façon commune, des festivités ou des événements particuliers”. Ce « Habiter ensemble » correspond au socle même de l’unité d’une nation. Il plonge ses racines dans une réalité plus ultime et plus profonde. Disons-le : le bonheur d’une fraternité de sang, d’une fraternité d’arme, de conviction ou de destinée ne réside pas tant dans la durée du temps passé ensemble que dans les dispositions intérieures de ses membres.

En effet, l’union la plus forte qui puisse exister entre les hommes relève de l’intime. Elle est une union intérieure : celle des intelligences, des volontés et des cœurs. Elle est une unité d’âme, celle qui permet de sentir instinctivement ce qu’il faut défendre, transmettre ou entreprendre quand le danger la menace.

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