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Un évêque peut-il empêcher des jeunes de donner leur vie à Dieu et en détruire d’autres dans leur vie religieuse ? [Addendum : réaction de Mgr Giraud]

Un évêque peut-il empêcher des jeunes de donner leur vie à Dieu et en détruire d’autres dans leur vie religieuse ? [Addendum : réaction de Mgr Giraud]

Suite au verdict du procès intenté à la FMND et à son supérieur de l’époque, considéré comme une quasi relaxe par maître Triomphe, l’évêque de Viviers (Ardèche) a publié un communiqué entraînant incompréhension, inquiétude et même colère. En effet, faisant fi de la présomption d’innocence consécutive à l’appel interjeté immédiatement, Mgr Giraud “demande à la FMND de ne plus accepter de postulants ou de novices, ni d’accueillir des vœux d’aucune sorte jusqu’à nouvel ordre“.

Outre le moment choisi pour sa diffusion, la veille de la messe Chrismale où se sont rendus plusieurs membres de la FMND, il semblerait que Mgr Giraud ne se soit rendu compte ni de la réalité du verdict, ni des conséquences juridiques d’un appel. Nous en voulons pour preuve l’échange lunaire entre un fidèle du diocèse et l’évêque au cours d’une visioconférence le 30 mars :

Le fidèle : “Sans même parler du fait que cette décision pourrait empêcher des vocations dont l’Église a tant besoin et blesser les religieux qui doivent prononcer des vœux notamment perpétuels, pourquoi agissez vous comme si il y avait eu un jugement exécutoire alors que le fait de faire appel anéantit ce jugement et que la présomption d’innocence s’applique ?

Mgr Giraud : “Il y a tout dans le communiqué. Il n’y a rien à ajouter. Tout a été fait selon le droit.”

De nombreux parents de religieux de cette communauté étaient déjà blessés par le fait que Mgr Giraud refuse d’ordonner de nouveaux diacres et prêtres depuis des mois. Cette nouvelle décision arbitraire, prise sans aucun dialogue, a poussé une cinquantaine d’entre eux à accorder une interview à Tribune Chrétienne dans laquelle ils expliquent envisager de “saisir toutes les instances concernées, tant au niveau ecclésial qu’au niveau civil, ainsi que des associations de victimes” et demander à “être reçus par l’évêque de Viviers, par le nonce” mais également “entamer des démarches sur les plans civil et juridique pour mettre fin à ces abus d’autorité qui sont extrêmement nocifs et font eux aussi des victimes d’un autre type” car “c’est une porte ouverte à toutes les accusations injustes voire fausses contre des prêtres ou des consacrés, qui malgré la présomption d’innocence, pourraient être accusés par des membres de la hiérarchie de l’Église“.

Voici l’interview :

Vous êtes des parents de membres de la FMND. Comment se passent les relations avec vos enfants et avec la communauté ?

Nos enfants ont choisi de répondre à un appel de Dieu. Chacun a un chemin unique. Nous sommes de très nombreux parents à être vraiment touchés par l’accueil qui nous est toujours fait dans la communauté. Nous en avons témoigné nombreux sur le blog www.parentsdomini.fr. Nous voyons nos enfants s’épanouir dans cette communauté. Nous avons des temps personnels avec nos enfants. Et nos enfants voient également régulièrement leurs frères et sœurs, neveux et nièces et viennent dans leurs familles lors d’événements particuliers. Par ailleurs, nous rencontrons quand nous le souhaitons les supérieurs qui ont le souci de cet épanouissement de chacun, et nous leur en sommes reconnaissants. Lorsqu’il y a une difficulté, un problème, un accroc de santé, nous pouvons en parler en transparence. Il est important de signaler que nous n’avons jamais été interrogés à l’occasion de ce procès, ni par le tribunal, ni par leur évêque.

Comment comprenez-vous le communiqué de l’évêque de Viviers ?

Ce communiqué est incompréhensible ! Il est tout d’abord d’une grande violence dans sa forme, sans aucune humanité ni aucune considération ni pour nos enfants ni pour nous, leurs familles. Il prétend viser à retrouver la sérénité, mais ne fait que mettre de l’huile sur le feu. La sérénité existe dans la FMND, nous en sommes tout de même les premiers témoins. Ici, c’est l’évêque qui la fait perdre. Il empêche des jeunes de donner leur vie à Dieu, alors même que leurs familles sont d’accord. Il casse des jeunes qui se préparent depuis neuf années à leur engagement perpétuel. Il empêche des jeunes de répondre positivement à l’appel de Dieu. C’est une atteinte grave à la liberté et une forme d’abus de pouvoir et d’infantilisation d’adultes qui ont cheminé avec maturité dans ce choix de vie et de réponse libre à l’appel de Dieu.

N’y a-t-il pas une volonté de protéger d’éventuels abus ?

C’est un prétexte. En réalité, après le jugement du 24 mars par le tribunal de Privas, il ne reste presque plus rien des accusations. On a entendu pendant des années, y compris de l’évêque de Viviers qui l’a dit dans la presse, que la communauté recrutait trop jeune, or le tribunal a écarté cela. Et tant d’autres choses ont été écartées. L’un des points qui restent reprochés au supérieur et à la communauté, c’est… la relation aux familles. C’est un comble, après les centaines de témoignages que nous avons apportés !

Par ailleurs, il est scandaleux que la présomption d’innocence soit respectée par la République mais pas par l’évêque. Lorsqu’en 2019 le cardinal Barbarin a été condamné à six mois de prison avec sursis (comme le Père Bernard), il a remis sa démission au pape François. Le pape François l’a refusée, en raison de la présomption d’innocence, tant que la décision n’était pas définitive. Et heureusement, car plusieurs mois après, le cardinal Barbarin était totalement blanchi. L’évêque de Viviers devrait avoir le même respect de ces procédures et de la présomption d’innocence.

Quelles sont, à votre avis, les raisons de cet acharnement ?

Pour nous, il est malheureusement assez clair que le discours de la FMND gêne. Aujourd’hui, la communauté a le souci de transmettre la foi selon le Catéchisme de l’Église Catholique, de garder la fidélité à l’enseignement du Magistère, et de vivre totalement le concile Vatican II dans la fidélité à la Tradition de l’Église. C’est ce que Benoît XVI appelait l’herméneutique de la continuité. La FMND a également à cœur de transmettre fidèlement aux familles l’enseignement moral de l’Église, et l’encyclique Humanae vitae de Paul VI. Cette ligne gêne manifestement, en France, jusque dans notre Église… Nous espérons que le fait que la communauté ait de jeunes vocations ne suscite pas de jalousies. Mais comment comprendre une pareille décision. Il est possible aussi qu’après avoir validé oralement le projet de construction d’une église pour la communauté qui a reçu tous les accords de l’État, ainsi que de structures d’accueil, l’évêque précédent ait pris ombrage du succès des pèlerinages et évènements proposés par la Famille Missionnaire de Notre Dame.

Qu’envisagez-vous devant cette situation ?

Tout ! Actuellement, nous sommes très inquiets pour nos enfants, car la situation est la suivante : un évêque est en train de les détruire dans leur vie religieuse, c’est-à-dire dans toute leur vie. Ils en souffrent beaucoup, et nous ne pouvons pas l’accepter. Nous ne pouvons plus laisser faire ces agissements qui sont de l’ordre de l’abus de pouvoir. Nous allons nous organiser et saisir toutes les instances concernées, tant au niveau ecclésial qu’au niveau civil, ainsi que des associations de victimes. Cela ne peut plus durer.

Si l’évêque suspend les entrées dans la FMND, est-ce pour vérifier le discernement ?

Nous sommes là encore les premiers témoins que le discernement n’est pas pris à la légère. D’ailleurs, les Vœux perpétuels ne sont prononcés dans la FMND que neuf années après l’entrée, ce qui laisse un temps très long pour ce discernement. Naturellement, tout le monde peut faire des erreurs. Lorsque Mgr Giraud était évêque de Sens, il a ordonné un seul prêtre en neuf ans, le Père Matthieu Jasseron, et il l’a ordonné contre l’avis des formateurs du séminaire… Ce prêtre a quitté le sacerdoce dans des conditions tragiques. Va-t-on interdire les ordinations dans ce diocèse jusqu’à nouvel ordre ? C’est absurde.

Qu’attendez-vous désormais ?

Nous attendons d’être entendus par les autorités de l’Église, qui sont tellement tétanisées par les accusations qu’elles en viennent à prendre des mesures totalement disproportionnées, et extrêmement injustes. Nous voulons être reçus par l’évêque de Viviers, par le nonce, et nous allons aussi entamer des démarches sur les plans civil et juridique pour mettre fin à ces abus d’autorité qui sont extrêmement nocifs et font eux aussi des victimes d’un autre type. C’est une porte ouverte à toutes les accusations injustes voire fausses contre des prêtres ou des consacrés, qui malgré la présomption d’innocence, pourraient être accusés par des membres de la hiérarchie de l’Église. Nous nous battrons pour eux.

Addendum :

Mgr Giraud, évêque de Viviers, a immédiatement réagit à cette interview en déclarant à Tribune Chrétienne qu’il s’engageait à recevoir les parents des religieux concernés :

“Je m’engage à les recevoir avant l’été, afin qu’un climat apaisé et serein puisse prévaloir. Je suis parfaitement conscient de la souffrance des familles et des religieux de la Famille Missionnaire de Notre-Dame. Je me dois d’avancer avec une grande prudence, car je reçois des témoignages contradictoires de toutes parts … je souhaite que l’on lise et parle avec précision (acribie). Trop d’approximations nuisent à la vérité et font le jeu du Diviseur.”

C’est un premier pas mais dire qu’il entend des témoignages contradictoires de toutes parts est peu conforme à la vérité. En effet, Mgr Giraud est très peu présent auprès de la FMND et les 156 religieux et religieuses attendent depuis de trop longs mois que leur évêque vienne les visiter et s’entretenir avec eux. Et il n’y a pas que les religieux qui sont concernés : de nombreux amis qui n’ont pas d’enfants dans la communauté souffrent également de cette prise de distance, pour ne pas dire hostilité, de l’évêque à l’égard de la FMND. Ils étaient plus de 600 lors du Triduum Pascal…

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4 commentaires

  1. Soutien total à la FMND

  2. “Rome perdra la foi” La Salette, ça ne se fait pas tout seul…et Notre Dame en pleure.

  3. La présomption d’innocence doit toujours prévaloir. C’est un droit et il doit toujours s’appliquer. Nos évêques sont si décevants : soit ils ne font rien ou quasiment, soit ils pèchent par excès de zèle déplacé et injustifié. Où est le juste milieu ?

    On aimerait voir de la part de la CEF une réaction au moins aussi rapide et musclée pour dénoncer le crime contre Dieu et contre l’humanité de la constitutionnalisation de l’infanticide avec préméditation qui fait 1/4 de million de petites victimes innocentes par an en France; enfants à naître, brutalement assassinés dans des conditions barbares.

    Pourquoi cette tiédeur de nos évêques français à dénoncer ce crime épouvantable qui crie vers le Ciel ?

  4. Quel est l’objectif de Mgr Giraud ?

    Les juges n’ayant pas appliqué les requêtes du Procureur, Mgr Giraud impose lui-même leur mise en œuvre, sous une forme agressive et injuste.

    Nous voyons ici que les requérants n’avaient que peu d’importance, il s’agissait de prétexte pour arriver aux fins souhaitées lors de l’initiation de ce procès.

    Je voudrais faire un constat réaliste concernant l’Eglise catholique en France. Si nous n’avions pas la foi en la toute-puissance du Christ ressuscité, nous pourrions la croire quasiment morte. Les structures sont toujours présentes : évêchés, paroisses, écoles catholiques, … mais regardons réellement les faits, alors que nous sommes au début du temps pascal 2026. Dieu fut le grand absent pour la population française à l’occasion de la fête de Pâques : j’observais autour de moi durant les jours Saints que la vie des Français se poursuivait comme si Dieu n’existait pas. Seul Philippe de Villiers a explicitement dit qu’il ne ferait pas son émission sur Cnews en raison du Vendredi saint. Ailleurs, Pâques se réduisait à la chasse aux œufs pour les plus petits. Les catéchumènes augmentent, mais combien vont à la messe après leur baptême ; compensent-ils le nombre d’enfants non baptisés ? J’assistais, il y a peu, à la réouverture d’une église, l’évêque présent a pu penser que l’église étant pleine, l’assemblée reflétait une pratique religieuse encore importante. Dans cette même église, le nombre de fidèles en semaine est de 3 personnes et un maximum de 30 le dimanche avec une moyenne d’âge de 80 ans. L’enseignement que nous pouvions en tirer est l’attachement de la population à l’édifice.

    L’état de déchristianisation de notre pays est tel qu’il est urgent de redresser la barre afin que Dieu n’y disparaisse pas totalement.

    Je cite en exemple, une communauté religieuse que je connais très bien : à leur maison-mère, les sœurs n’arrivent pas à avoir la messe une fois par semaine, en raison de l’impossibilité de trouver un aumônier. Cela semble normal désormais !

    Lorsque l’on écoute les discours des écoles catholiques (elles n’en ont plus que le nom, je suis membre de l’OGEC, parler de Dieu est totalement prohibé, il n’y a plus rien de religieux), des personnalités ecclésiales, tout va bien, on s’autocongratule, on s’adresse des louanges… sauf que la réalité est aux antipodes : le nombre de catholiques est désormais de 1 ou 2%, la plupart des séminaires diocésains ont fermé, les communautés religieuses s’éteignent les unes après les autres, les monastères ferment, 95% des églises n’ont plus de messe le dimanche : Dieu est le grand absent dans la vie de 99% des concitoyens français.

    Il reste encore quelques poches de résistance face à l’athéisme envahissant, et en particulier cette communauté qui reste fidèle à l’enseignement moral de l’Église, à l’enseignement d’Humanae vitae, célèbre la liturgie dans toute sa splendeur, liturgie à travers laquelle le Christ se perçoit. Ceci n’est pas conforme avec les idées de ceux qui se façonnent une religion édulcorée, adaptée aux mœurs et aux lois contre nature, qui réduira encore le nombre de fidèles. Seule l’authenticité du message du Christ attire, tandis que les accommodements engendrent l’abandon de la foi.

    J’ai découvert, en lisant l’article, que durant 9 années Mgr Giraud n’a pas ordonné un seul prêtre sauf M. Jasseron ; je connais cet homme. C’est incroyable, quelle référence, Monseigneur !

    Vous avez dans la communauté FMND exactement l’inverse : des prêtres qui veulent vivre leur sacerdoce selon le cœur de Dieu, des religieuses qui vivent avec rigueur les vœux que l’Église demande aux religieux. Est-ce ceci qui pose problème ?

    S’il vous plaît, l’Église n’est pas une œuvre humaine, et ses « cadres » ne sont pas des dirigeants, mais des serviteurs du Christ qui devraient conduire humblement le troupeau qui leur a été confié, afin que toutes les âmes soient sanctifiées. Travaillez avec cette communauté, allez les voir chaque semaine, ils seront ravis de partager un déjeuner avec vous ; allez célébrer la messe avec eux chaque semaine, confiez-leur un apostolat ardéchois, priez pour elle afin que leur rayonnement s’étende, ouvrez-leur grandes les missions au sein de votre diocèse. Vous avez la chance d’avoir une source d’énergie spirituelle rare. Ne détruisez pas l’œuvre de Dieu, il me vient en tête le passage de St Mathieu 23 vs28.

    Votre décision est pour moi un cauchemar : je crains que vous agissiez à dessein malheureusement, au lieu de conforter cette communauté, de lutter avec elle pour le salut des âmes, en lui permettant un développement tel que Dieu le veut. Vous me donnez l’impression d’appuyer sur les têtes sous l’eau jusqu’à ce que mort s’en suive. Ne pourriez-vous pas vous rapprocher du cardinal Sarah, de réfléchir et prier avec lui, et de lui demander conseil. Il saura vous aider à prendre la décision la plus juste et la plus opportune.

    Vous évoquez dans votre réaction « la sérénité » ; la sémantique est aujourd’hui une véritable arme : utiliser un mot sans argument précis, uniquement pour vous justifier, un mot qui recueille l’adhésion de tous. N’est-ce pas une manipulation linguistique. Qui peut s’opposer à la sérénité ? Selon moi, cette sérénité, après le jugement, ressemble à celle de Pilate : il n’avait rien trouvé, mais pour la forme il fait frapper Jésus quand même. Pourtant, il reste le jugement en appel : il vous suffit d’attendre, et la sérénité ne sera pas perdue.

    Votre « sérénité » invoquée est en réalité un trucidement : parce que votre ligne de conduite a été désavouée lors du procès, vous attaquez frontalement pour détruire cette communauté catholique. Accepterez-vous de changer ? Je prie pour vous.

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