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L'Eglise : Léon XIV

Visite du pape Léon XIV à l’UNESCO : La dignité de chaque personne demeure intacte même dans les circonstances les plus vulnérables, jusqu’à la mort

Visite du pape Léon XIV à l’UNESCO : La dignité de chaque personne demeure intacte même dans les circonstances les plus vulnérables, jusqu’à la mort

Visite à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture :

Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président de la Conférence Générale,
Monsieur le Président du Conseil Exécutif,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

je suis heureux de me trouver aujourd’hui au sein de cette assemblée des Nations, où les langues et les cultures se rencontrent pour coopérer à un projet qui concerne l’ensemble de la famille humaine : « Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales » (Acte constitutif de l’UNESCO, art. 1, al. 1). Construire ensemble un monde juste est, en effet, le fondement même de la coopération internationale. Nos expériences, nos aptitudes et nos compétences visent à édifier un espace accueillant pour tous et fécond pour chacun, afin que tous les peuples puissent grandir dans la paix.

En tant que témoin de la paix, je vous adresse mes salutations cordiales, Représentants des États membres et Observateurs, des Organisations internationales, du monde universitaire et de la société civile. Je remercie Monsieur Khaled El-Enany, Directeur Général de cette Organisation, pour son invitation chaleureuse et pour les paroles qu’il nous a adressées. En ma qualité de pasteur, je vous transmets la parole de l’Église, qui se fait sans cesse “message etconversation” à l’intention de tous les peuples, femmes et hommes de bonne volonté (cf. Paul VI, Lett. enc. Ecclesiam suam, n. 67).

Le projet de construire ensemble un monde juste coïncide avec une mission que nous avons appris à partager au fil de l’histoire. À cet égard, l’UNESCO représente à la fois un objectif et un outil pour poursuivre aujourd’hui, avec un engagement accru, cette tâche, selon nos multiples domaines d’activité. En 2027 [deux mille vingt-sept], nous célébrerons le 75e [soixante-quinzième] anniversaire de la présence du Saint-Siège à l’UNESCO : une présence qui découle de la conviction que l’avenir dépend avant tout du respect et de la promotion de la dignité inaliénable de chaque être humain créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi nous considérons cette Organisation comme un interlocuteur privilégié au service du bien commun, qui est la “forme sociale de la dignité” que nous partageons tous de manière originelle et égale (cf. Lett. enc. Magnifica Humanitas, n. 59). Depuis 1952 [mil neuf cent cinquante-deux], la Mission permanente d’observation du Saint-Siège discerne et accompagne, dans cette perspective, les initiatives de l’UNESCO, en apportant sa contribution au dialogue entre les nations, afin de soutenir un authentique développement humain, qui n’est tel que lorsqu’il est orienté à « promouvoir tout homme et tout l’homme » (Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio, n. 14).

S’adressant à cette assemblée, mon vénéré prédécesseur  saint Jean-Paul II rappelait que « genus humanum arte et ratione vivit ». Puisqu’en effet « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture », [1] ce mot “culture” désigne la manière d’être par laquelle l’homme donne un sens à tout ce qu’il fait. Quarante-six ans plus tard, alors que je renouvelle parmi vous l’engagement de collaboration du Saint-Siège, je vous invite à considérer l’UNESCO non seulement comme une Organisation internationale illustre, mais aussi comme un lieu où l’humanité réfléchit sur elle-même, sur son histoire et sur son avenir. Promouvoir l’éducation, les sciences et la culture est en effet impossible sans promouvoir la vie de l’homme et de la femme, qui en sont les protagonistes.

Dans le domaine de l’éducation, l’Église catholique apporte une expérience très ancienne : depuis des siècles, ses communautés ouvrent des écoles et des universités, enseignent à lire et à écrire, et sont présentes même dans les endroits les plus pauvres et les plus reculés. Avec le Pacte éducatif mondial, mon prédécesseur François a souhaité inscrire cette expérience dans une alliance éducative plus large, ouverte à la contribution de tous. Mais ce que je souhaite vous transmettre, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent. Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. Dans ce même discours, saint Jean-Paul II le rappelait : éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et non seulement à « avoir » plus, en reconnaissant en lui aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité (cf. ibid., nn. 10-11).

Au sein de notre assemblée, il convient donc d’explorer une question fondamentale, qui nous interpelle avec une urgence particulière : qu’est-ce qu’être humain ? Chaque culture est confrontée à cette question, qui touche à la synthèse de tous les savoirs, de tous les arts et de toutes les religions. Même au XXIe siècle, après tout, nous ne pouvons tenir pour acquis que nous savons qui nous sommes et ce que signifie vivre en êtres humains. En effet, chaque génération est appelée à relever ce défi culturel, notamment face aux tragédies qui, hélas, continuent de se produire aujourd’hui.

Avant tout, l’homme est celui qui est conçu et naît : être humain signifie donc, avant tout, être un enfant. Nul ne choisit de l’être. Personne ne décide par qui, quand ni où naître. Cette évidence met en lumière un fait non seulement biologique, mais aussi éthique : enfants, nous sommes tous frères et sœurs. Notre humanité est d’emblée un don et une épreuve, une promesse et une responsabilité. Pour tout être humain, la procréation instaure un lien originel, une communion de vie qui trouve sa source et son premier contexte éducatif au sein de la famille.

Deuxièmement, nous naissons tous nus et démunis. Nous naissons pauvres : dépourvus de pain et de paroles, de soins et d’affection, c’est-à-dire de tout ce qui nourrit le corps et l’esprit. Nous le savons bien, et pourtant, en vieillissant, nous risquons de l’oublier. Et les plus grandes conséquences de cette amnésie sont subies par les plus démunis, chaque fois que leur humanité est trahie, rejetée, exploitée ou trompée. L’oubli de notre naissance obscurcit l’idée même de vie humaine, car il la détache de l’histoire commune à tous. Ainsi, la vie n’est plus conçue comme un don, mais comme une marchandise. Elle n’est plus perçue comme un appel à la sollicitude et à la responsabilité, mais comme un produit à exploiter. Cette alternative, pour le moins dramatique, nous rappelle qu’être humain, c’est être libre par nature. Puisque chacun de nous est un enfant, notre liberté commence par notre réponse à celle de la première personne qui nous adresse la parole, par des gestes d’affection ou de rejet, d’acceptation aimante ou d’abandon et de cruauté.

Troisièmement, se souvenir de notre humanité commune, c’est reconnaître sa magnificence, son potentiel immense, malgré les nombreux maux et injustices qui la caractérisent. Ceux qui se consacrent à l’éducation, à la science et à la culture sont d’autant plus appelés à prendre soin de chaque personne, afin que rayonne la beauté de notre liberté. Cette beauté a un nom : la justice. Oui, la liberté est belle lorsqu’elle est orientée vers le bien et la vérité ; elle est pervertie lorsqu’elle sombre dans l’arbitraire, la violence et la soif de pouvoir. Être humain implique donc une responsabilité face à l’appel de l’histoire : l’homme est celui qui grandit, apprend et travaille de son esprit et de ses mains. Par son engagement, il peut cultiver ou défigurer la terre, créer de l’art ou détruire. En ce moment précis, nous devons reconnaître que la plus terrible des « œuvres humaines » est la guerre ; car en elle, la science elle-même est mise au service d’une volonté inhumaine de détruire et de tuer.

À cet égard, le préambule de la Constitution de l’UNESCO s’ouvre sur des mots d’une actualité surprenante – comme nous l’avons constaté avec le « Mur de la Paix » – : « Puisque les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être placées les défenses de la paix » ( Constitution de l’UNESCO , Préambule, 1945). Ces mots furent écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la tragédie la plus dévastatrice du siècle dernier. L’humanité avait alors compris que le progrès scientifique, dissocié de la sagesse, pouvait devenir une arme redoutable ; que la culture, lorsqu’elle se soumet à l’idéologie, pouvait se muer en mensonges et en propagande ; que l’éducation, lorsqu’elle renonce à la vérité, se réduisait à un instrument de manipulation des consciences. Les États fondateurs de l’UNESCO avaient compris que les traités sont nécessaires, mais non suffisants en eux-mêmes. Ils requièrent une culture et un engagement commun en faveur de la paix pour perdurer. La paix ne peut se construire par les seuls traités, ni par des compromis entre forces opposées. La paix est véritable lorsqu’elle naît de la vertu de justice et non d’un simple contrat, d’une volonté juste et non d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté juste peut reconnaître en autrui un frère ou une sœur, une personne semblable à soi.

Quatre-vingts ans plus tard, les termes de votre Charte fondatrice n’ont rien perdu de leur force. Pourtant, nous constatons aussi combien ce principe commun est profondément menacé par des formes de barbarie qui attisent la rivalité et les conflits. Parmi les défis auxquels le monde scientifique et éducatif est confronté aujourd’hui, je relève tout particulièrement ceux qui se posent dans le vaste domaine de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies restent au service de la personne humaine, et non qu’elles deviennent un instrument de domination et d’injustice.

Au fil des siècles, de nombreuses tâches autrefois accomplies par les humains ont été confiées aux machines, dont les capacités et les applications n’ont cessé de croître. Plus récemment, certains systèmes artificiels se sont même vu attribuer le nom de notre faculté humaine de pensée : l’intelligence. Pourtant, dans le même temps, nos idées et nos relations risquent de s’appauvrir sous l’effet d’un processus de déshumanisation. Le paradoxe est devenu de plus en plus flagrant : tandis que l’« intelligence » est attribuée aux systèmes informatiques, nous peinons à reconnaître la dignité inaliénable des êtres humains, dont la vie est évaluée à l’aune de l’efficacité et, lorsqu’elle est jugée improductive, rejetée et mise au rebut.

Cette douloureuse réalité nous invite à réfléchir à la fois à la fragilité de la nature humaine et à l’immense dignité de chaque personne, une dignité qui demeure intacte même dans les circonstances les plus vulnérables, jusqu’à la mort. Oui, un être humain est certes quelqu’un qui naît, mais aussi quelqu’un qui meurt . Notre dignité n’est ni anéantie par la maladie ni par la douleur, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle requiert une attention bienveillante à chaque étape de la vie.

Pour la foi chrétienne, le mystère de la personne humaine trouve sa pleine lumière dans le Christ qui, « précisément par la révélation du mystère du Père et de son amour, révèle pleinement l’homme à lui-même et lui fait connaître sa vocation suprême » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et Spes , 22). À la lumière de sa lumière, chaque personne nous apparaît comme une créature voulue et aimée de Dieu. Cette lumière nous aide aussi à saisir plus profondément le sens de notre expérience humaine commune.

Mesdames et Messieurs, au nom de notre histoire commune, en tant qu’hommes et femmes de science, vous êtes constamment appelés à coopérer afin que, de perspectives diverses, une convergence de vues puisse émerger, et de cette convergence une harmonie d’action. Cette harmonie s’exprime dans le travail de l’UNESCO lorsqu’elle donne une voix unifiée aux plus hautes intentions de bien et de sollicitude envers l’humanité. Là où règne l’harmonie, il y a accord entre les différentes voix et, par conséquent, concorde entre les nations que vous représentez.

À cet égard, je voudrais évoquer deux images tirées de la Bible, grand code culturel de l’humanité : la tour de Babel et la place de la Pentecôte. Je vous les propose comme autant de manières de représenter l’unité de la famille humaine qui, aujourd’hui encore, est sans cesse appelée à discerner le sens et la direction de l’histoire qu’elle traverse. Ces récits bibliques, en effet, mettent en scène deux formes sociales qui nous invitent à réfléchir sur les circonstances de notre présent.

La tour de Babel représente une unité imposée par la domination (cf. Gn 11, 4). Cet édifice révèle également que plus le pouvoir opprime, plus il s’affaiblit, dévoilant son visage inhumain. Cela se manifeste dans les souffrances et les injustices engendrées par le despotisme, ainsi que dans l’exploitation qui nuit à la société et à l’environnement. L’histoire nous enseigne que de nombreux empires ont célébré leur arrogance avant de s’autodétruire et de s’effondrer comme une tour. Le résultat de cet orgueil démesuré et anéanti est la dispersion. La prétention de se prendre pour Dieu et de soumettre les peuples à un joug unique engendre la confusion des langues et une incompréhension générale. Au lieu de toucher les cieux, comme elle le prétendait, la tour de Babel s’écroule, avec un double effet néfaste. De même que l’unité qu’elle imposait était forcée, la diversité qui suit son effondrement est conflictuelle. Aujourd’hui, la tentation de Babel ressurgit dans une mondialisation menée sans fraternité, dans un colonialisme financier avide, dans des impositions idéologiques, dans tous ces « contacts sans liens » qui réduisent la vie humaine à un commerce (cf. Commission théologique internationale, Quo vadis, humanitas ?  42). La science elle-même, réduite à une technique de pouvoir, ne sert plus à élever la personne humaine, mais risque au contraire de dégrader les fruits de l’engagement.

Aujourd’hui, nous disposons d’outils capables de connecter instantanément les individus et les continents, et pourtant, nous assistons à l’émergence de nouvelles formes d’isolement, de pauvreté matérielle et spirituelle, et d’abandon. La communication est devenue beaucoup plus rapide, mais pas nécessairement plus fiable ; l’information abonde, mais elle ne se confond pas avec la connaissance. En l’absence d’une éthique partagée, les canaux de communication les plus diversifiés risquent de multiplier les fausses informations ou d’employer des termes vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser.

L’intelligence artificielle exacerbe ce problème : bien que ces systèmes soient capables de corréler des données, ils ne peuvent répondre aux questions relatives au sens de l’existence humaine, qui s’enracine dans l’expérience vécue. Or, l’être humain ne peut vivre sans sens. Le sens est l’oxygène de l’esprit. Dès lors, les défis de la communication, qui sont toujours des défis éducatifs, soulèvent la question de la vérité comme un enjeu de justice sociale et d’équité historique. C’est pourquoi l’éducation dans ce domaine est essentielle, et je salue l’initiative de l’UNESCO à travers son programme « Éducation aux médias et à l’information » (EMI), qui promeut un usage responsable des médias et des outils numériques.

En effet, sans vérité, le langage se trouve soumis à la logique de la violence et à la volonté arbitraire des puissants. D’autres sont ainsi exclus au nom du profit, et des innocents sont tués au nom de la liberté. Plutôt que de respecter la loi, ceux qui détiennent le pouvoir l’invoquent lorsqu’elle sert leurs intérêts et l’ignorent lorsqu’elle les limite, allant jusqu’à traiter la justice comme une marchandise. Si l’on reconnaît que la corruption de la loi découle de la corruption du cœur, on comprend alors que toute science risque de perdre son sens si elle est pratiquée sans éthique, cessant ainsi de servir et de refléter la dignité humaine.

À cet égard, j’exhorte la communauté internationale dans son ensemble à accorder une attention particulière à la protection des enfants et des jeunes. À l’ère du numérique, leur vulnérabilité ne doit jamais devenir un prétexte à l’exploitation. Puisse ces technologies soutenir leur développement, leur éducation et leurs relations, en préservant leur liberté de pensée et de discernement, et en restant toujours au service de la dignité humaine.

La corruption culturelle dont nous parlons trouve sa rédemption sur la place de la Pentecôte. Là, un message de paix est accueilli comme une bonne nouvelle par tous les peuples. Ce message proclame la résurrection de Jésus, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort, le salut qui donne espérance au monde. Le jour de la Pentecôte, la place devient un lieu où se célèbre la paix qui guérit toute atteinte à la personne humaine. Chacun entend ce message « dans sa propre langue », et la communion n’entrave en rien la diversité (cf. Ac 2, 8). Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages. Dans la proclamation de la paix, la variété des cultures devient le vecteur d’une vérité universelle. L’enseignement biblique nous montre ainsi le chemin vers ce que nous recherchons tous : « cette unité qui n’efface pas les différences, mais qui valorise l’histoire personnelle de chacun et la culture sociale et religieuse de chaque peuple » ( Homélie lors de la célébration eucharistique pour le début du ministère pétrinien , 18 mai 2025). Ce n’est pas l’arrogance de Babel, mais la paix de la Pentecôte qui rend possible une telle communion entre tous les peuples. Chaque culture, dès lors, atteint sa plus haute sagesse lorsqu’elle recherche la paix et le bien de tous, témoignant ainsi du sens authentique de notre humanité.

Ceux qui œuvrent dans le domaine de l’éducation savent que seule la vérité nous libère. Ceux qui enseignent et font de la recherche savent que l’erreur nous asservit à l’ignorance et à la superstition. Lorsque nous rencontrons des obstacles à notre mission, souvenons-nous qu’il n’y a qu’une seule terre pour tous et une seule nature humaine. On ne peut comprendre l’être humain en séparant ce qui est indissociable : le corps et l’âme, la vie personnelle et les relations, nos relations aux autres et à l’environnement. Tout participe de l’unité de notre existence. Cultiver la terre, c’est donc cultiver l’humanité qui l’habite. L’éducation et la science sont appelées à cette tâche. En effet, comme l’indique l’étymologie du mot, toute culture est une culture. Je renouvelle donc l’appel de mes prédécesseurs à prendre soin à la fois de la personne humaine et de la création :  le pape Benoît XVI a parlé de la nécessité d’une écologie de la personne humaine, tandis que  le pape François a développé la perspective d’une écologie intégrale (cf. Benoît XVI, Discours au Parlement fédéral , 22 septembre 2011 ; François , Lettre encyclique Laudato si’ , 137-162).

Le critère qui nous permet d’évaluer cet engagement est notre souci des plus petits et des plus pauvres : les enfants à naître et sur les différents théâtres d’opérations, les personnes handicapées physiques et intellectuelles, les personnes âgées, les migrants et les réfugiés, et tous ceux que l’orgueil exclut, les jugeant improductifs. Ils sont le test de notre affirmation du respect de la dignité humaine, dont la protection et la promotion s’étendent aussi à la création. À cela s’oppose une volonté d’exploitation et de pillage, qui cherche à tirer le maximum de chaque être vivant, à consommer sans protéger et à détruire sans cultiver. C’est pourquoi la crise écologique actuelle est une crise anthropologique ; de plus, l’Église est convaincue que chaque culture recèle une sagesse qui s’épanouit au sein d’un écosystème de peuples. Oui, la société est bien l’ habitat de la personne humaine : non pas un simple milieu physique, comme le désert ou l’océan pour les animaux, mais un milieu moral et relationnel. Dans la paix sociale, les peuples prospèrent selon la justice.

C’est donc là que l’UNESCO trouve la synthèse de ses hautes missions éducatives et scientifiques : dans le travail patient de construction de la paix. Face aux nombreuses et complexes urgences de notre époque, le monde considère les institutions internationales avec des sentiments contrastés. D’une part, celles-ci sont appelées à relever des défis qu’aucun État ne peut affronter seul. D’autre part, ces mêmes institutions traversent une crise d’efficacité, surtout lorsque le dialogue est considéré comme un frein à l’action au lieu d’une ressource pour la paix ; comme une forme d’hypocrisie plutôt que comme une occasion de rechercher ensemble le bien. Face à ces dérives, il faut promouvoir une vertu, aussi rare que désirée : la confiance ; confiance que les différences ne constituent pas nécessairement une menace ; confiance que le dialogue sincère peut engendrer un bien plus grand que celui que chacun pourrait obtenir seul. Le Saint-Siège souhaite insuffler cette confiance à l’UNESCO, comme aux autres organisations internationales, conscient que chaque peuple possède une richesse à partager dans la recherche de ce progrès authentique que seule la paix peut garantir. Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance. Chaque homme et chaque femme qui consacre sa vie à la recherche de la vérité accomplit un acte d’espérance. Que l’UNESCO témoigne donc de cet espoir en favorisant l’entente entre les nations, par le dialogue entre leurs cultures respectives. Nous croyons, en effet, que l’éducation est l’instrument qui permet de surmonter les peurs réciproques et que la science peut être au service de la vie de chaque être humain, en semant aujourd’hui les graines d’une bonne récolte pour l’avenir. Cette confiance nourrit notre espérance dans la charité, c’est-à-dire dans le service pour le bien du prochain : en nous consacrant tous, avec cohérence, à notre magnifique humanité, la paix pourra enfin s’épanouir.

Alors que nous coopérons à cette œuvre, les traditions religieuses jouent un rôle culturellement nécessaire et irremplaçable, et les religions expriment nos interrogations face à l’origine de la vie et à sa fin, en élaborant le sens premier et ultime de l’existence, qui se reflète dans les choix quotidiens. En effet, lorsque les hommes et les femmes de bonne volonté orientent leurs actions vers Dieu, le pluralisme des cultures ne se disperse pas dans le désordre de Babel. L’humanité se retrouve au contraire dans une recherche commune de sens, et vers une destinée qui n’est pas la mort. Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs.

Je souhaite donc que notre rencontre renforce l’engagement de chacun à œuvrer sans relâche pour que la conscience d’appartenir à une seule famille humaine devienne plus vivante, plus active et plus juste. À cet égard, je tiens à exprimer mes sincères remerciements à l’ensemble du personnel de l’UNESCO, qui accomplit avec compétence et dévouement cette mission si noble : édifier la paix en cultivant toutes les sciences et tous les arts de l’homme.

Je vous adresse ces paroles à vous tous, aux peuples que vous représentez, et tout particulièrement aux jeunes. Ce sont en effet les nouvelles générations qui observent avec le plus d’attention notre action. Tout en soutenant leurs aspirations à la justice, c’est avec gratitude et estime que j’invoque sur vous tous et sur vos nations l’abondance des bénédictions de Dieu, Créateur tout-puissant et miséricordieux. Merci.

 

 


[1] Discours à l’UNESCO, 2 juin 1980. Cf. Thomas d’Aquin, In Aristotelis Posteriora Analytica, 1.

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